CHAPITRE IV
COGLE TOURNE COURT
A seize ans. Ne dois-je pas croire que ma vie s'arrête à ma seizième année ? Ne se taritelle pas déjà dans son principe ? A quoi bon pousser plus loin cette histoire: elle n'est pas exemplaire.
J'écris ceci pour me débarrasser de moi, ou d'un que j'ai été, particulièrement pendant une certaine guerre dont l'événement coïncida avec mon entrée dans la vie.
Je n'ose préjuger que cet effort d'arrachement met par ailleurs à nu des fondements sur quoi ma jeunesse n'a pas étendu ses constructions hasardeuses, qui attendent et pourront supporter les tours plus solides de ma trentaine.
Si je n'avais pas eu ces soucis urgents, j'aurais voulu m'attacher non pas à moi mais en ayant la force, au-delà, à ces êtres qui sont es plus belles réussites de notre temps.
Celui qui écrit doit s'effacer. Et voici la fatale illusion littéraire à laquelle j'échoue: je trace ces pages pour fixer hors de moi tout ce dont je veux me séparer.
Ensuite aux autres ! à ceux qui vivent ! je serai leur ombre.
Ne me parlez pas d'un certain charme qui a pu s'insinuer çà et là, je suis las d'un art qui n'est que d'utiliser les inhibitions imposées par la faiblesse à un auteur qui n'a de paternel que ce titre qu'il usurpe, j'ai de la répugnance pour ces œuvres ou il n'y a de vitalité que dans l'acte indispensable qui les a mises au jour, mais dont l'objet chétif n'est viable que par l'artifice de la représentation. Je ne me console pas en m'utilisant comme personnage de roman de n'être point un homme accompli.
S'il y a ici un charme, il n'est dû qu'au renversement pervers, à l'inversion des forces qui se sont fourvoyées en moi. Voilà une trop vieille rengaine > un tour trop usé depuis les confessions de Jean- Jacques que de tirer profit ainsi sournoisement de l'étalage de ses faiblesses et de ses échecs. Les premiers romantiques y ont prodigué une force qui se multipliait au