‹ État civilChapitre 84 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

moment où elle commençait de se détruire- Mais chez ceux d'entre nous qui se traînent encore sur cette voie la faiblesse apparaît toute nue, misérable.

Non, dès ma seizième année, tout était décidé. Et je l'ai su. C'est alors que j'ai lâché prise. Je ne me le pardonne pas.

La Vie, nous n'avons plus que ce mot à la bouche quand sa naïve réalité se dérobe.

Ah! mort de mon corps. Mes muscles étaient encore jeunes en dépit de ma molle enfance. Cette magnifique ressaisie de l'homme moderne sur lui-même je l'ai conçue, mais je ne l'ai pas accomplie, je n'en ai pas fait ma victoire personnelle.

Je suis né trop vieux, dans un monde qui, je veux le croire avec un fanatisme désespéré, sera demain à nouveau très jeune. Mes parents, vieux Français d'une vieille France qu'héroïquement nous pourrions oublier.

L'homme a la faculté de résurrection comme un dieu. Il peut fuir la ville qu'il a construite et qui se dresse contre lui. Il peut secouer les colonnes du temple maudit et les pierres qui s'écroulent meurtrissant moins ses épaules que leur combinaison savante n'écrasait l'air

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qu'il aspirait. Il revoit le jour et il se suspend au soleil comme à la mamelle véritable. Et rien ne peut résister au soleil. Tant qu'il durera, nous durerons, notre plus sacré totem. Mais moi je suis mort à seize ans sans avoir connu cette libération. Je me suis complu à languir dans cette prison vieille et délabrée de la pensée sans corps.

J'ai tenu dans mes mains maigres le ballon, l'œuf de cuir, cette perfection étroite mais tangible. Il m'a échappé. Il y a un instant imperceptible où mes nerfs n'ont pas transmis cet influx, cette chance qui m'a traversé qui aurait pu ensuite se prolonger, se perpétuer et rayonner sur toute ma vie et, qui sait, sur celles de tant d'autres.

L'atroce de mon cas, c'est qu'alors que je me privais de cette rédemption accordée aux hommes de mon temps, (non! laissons s'élancer la certitude lyrique : conquise par les hommes de mon temps) il ne m'était épargné aucune des diminutions qui les atteignent par ailleurs.

C'est ainsi que vers quatorze ou quinze ans j'ai perdu le secret de Dieu.

Toujours la même histoire. Ce qui fut éton-

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