‹ État civilChapitre 85 sur 88 · CHAPITRE IV i8i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV i8i

nant, prodigieux, fécond; cette découverte du XVI^ siècle qui s'aperçoit qu'il n'a plus besoin de Dieu parce que la source divine est aussi bien dans l'homme, ouvre cette source toute grande et tout de suite en commence le gâchage le plus magnificent. Tout cela au vingtième siècle, vers 1909, quel radotage épuisé et inefficace.

Donc moi qui n'avais plus déjà ni la guerre ni l'intimité de la Nature ni la jeunesse (la seule qui compte celle de la race), je me suis encore privé de Dieu. Ce déchirement des lisières, si naturel à ce seizième siècle, je l'ai répété puérilement, sénilement.

Dans ce que je rejetais sans l'avoir connu — personne ne s'était présenté pour me le faire connaître, certes la tradition avait été rompue avant moi — il y avait pourtant une richesse indestructible, ne craignons pas les mots fiers: d'immortel.

La prière, cette réminiscence merveilleuse de l'acte de création, voilà l'athlétisme spirituel que j'ai ignoré comme l'autre.

Les prêtres avaient peu de ferveur à me communiquer. Ce jeune abbé roux, aux yeux tendres, timide et découragé; il se réfugiait dans

i82 ETAT-CIVIL

l'extase mystique comme dans un égoïsme épuré. Cet autre trouvait le change dans la contemplation intellectuelle. Surtout tant de braves gens parfaitement lâches, vaincus, résignés.

Un seul me frappa. Je me rappelle cette heure capitale passée sous sa poigne énergique. C'était une des dernières fois que je me confessais. Ce jour-là, ce sacrement dont j'usais avec tiédeur comme des autres, fut efficace. Soudain la vertu d'un homme restaura pour un moment l'institution dans sa prodigieuse audace: Un homme investi de l'autorité regarde un autre homme dans les yeux.

Cet homme était un fort : haut, large, taillé dans un bloc énorme. Et dans les traits la véritable aristocratie, celle que des siècles de vertu spirituelle impriment sobrement en de très simples bourgeois. Dans ses yeux clairs, il y avait un foyer de métempsycose.

Je me tordais devant lui depuis une demiheure dans un long aveu morbide de ma fièvre d'adolescent, de mes regrets déjà de la vie que je ne porterais pas assez haut.

Soudain de sa main déliée il saisit mon éoaule. Et du fonds sombre du confessionnal.

Page 1