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LES INDIENS

Sur l'autre rive du ruisseau, je me trouve en présence d'un campement d'Indiens.

Ce sont les premiers que je vois depuis

que j'ai quitté les placers de la Trinity River.

Je m'arrête un instant pour causer avec eux.

Les Indiens que j'ai ici, sous la main, sont en apparence civilisés.

C'est-à-dire qu'ils ont oublié le peu de qualités qu'ils avaient en propre, mais, par contre, ils ont ajouté les vices des Européens aux leurs.

Ils vendent, à l'hôtel que je viens de quitter, le produit de leur pêche et de leur chasse.

Le propriétaire leur abandonne, en paiement, de vieilles couvertures, des vêtements hors d'usage, quelques vivres, etc.

Ils sont ici une trentaine ; hommes, femmes, enfants.

Ils grouillent dans une misérable cahute, construite en écorce de sapin. Cette cabane a la forme d'un cône, le foyer est au centre.

Ils couchent, pêle-mêle, en rond, sur la terre, les pieds au feu. La fumée sort par une ouverture qui est au sommet.

L'Indien a la figure large, plate, le front bas, déprimé, le nez aplati, les narines puver-

tes, les pommettes saillantes, les yeux obliques, comme ceux de la race mongolique.

11 se brûle les cheveux sur le devant de la figure, le reste de la chevelure flotte derrière, à la manière libre d'une crinière de cheval.

D'ailleurs, elle en a toute la consistance.

Il se tatoue le visage, par de profonds sillons bleus, pointillés de piqûres rouges, etc.

Tout cela n'est pas beau !

Sa peau huileuse émet une odeur désagréable de graisses rances, cela parce qu'il se frotte tout le corps avec la graisse des bêtes tuées. Sa peau est couleur cannelle, mais non pas rouge, comme on le croit communément, bien qu'il soit connu sous la dénomination générique de * Peau-rouge, »

Il ne se lave jamais.

Ce qui n'ajoute rien au charme de sa personne !

L'Indien a le regard fauve, farouche de l'animal sauvage.

L'expression générale de sa figure est un mélange de ruse et de férocité.

L'homme croirait s'avilir s'il s'occupait d'autre chose que de la chasse ou de la pèche.

A la femme incombent tous les travaux pénibles, tels que ceux de récolter les glands de chêne, base de leur nourriture.

Cest elle qui les fait sécher, les pile, les prépare, les cuit, etc. C'est encore elle qui va chercher le bois, puise Teau, tresse les paniers, tanne les peaux, etc.

Elle porte et nourrit les enfants, etc.

Pour salaire de son travail, elle reçoit les coups de son mari.

L'Indien, par nécessité, selon les saisons, change souvent de domicile. Alors, en voyage, la femme porte, sur ses épaules, un énorme panier, dans lequel il y a tout ce que la famille possède : provisions, ustensiles, objets divers, etc., puis là-dessus, un enfant ou deux, le plus jeune, quand il a fain^i, penche sa tête par-dessus Tépaule de sa mère.

Celle-ci, tout en marchant, lui jette le bout du sein à la tête. Quand le nourrisson a fini de têter, le sein de la femme retombe sur le devant jusqu'à la ceinture.

L'Indie est maître absolu de sa femme, de ses eni its.

Il peut, selon son bon plaisir, les mettre à mort.

Dès rage de 12 à i5 ans, le jeune Indien doit commencer à pourvoir à sa subsistance.

Les moyens lui sont connus.

Qu'il l'obtienne par la chasse, par la pêche, par la ruse, par le vol, par l'assassinat, etc., peu importe.

D'ailleurs, plus la difficulté matérielle est grande, plus le mérite, aux yeux des Indiens, est haut : un ennemi tué, un blanc scalpé, une femme blanche violée, etc. Tout cela fait de lui un chef respecté, le classe au premier rang.

L'Indien ne fait point de distinction entre le bien et le mal ; le bien, c'est la satisfaction de ses appétits, de ses passions ; le mal, c'est l'obstacle qui s'y oppose.

Ces mots, comme nous l'entendons, n'ont point de vocables dans la langue indienne.

L'Indien ne connaît qu'un remords, c'est celui d'avoir manqué l'occasion de voler ou de tuer son ennemi.

Il n'en connaît point d'autres.

Ceux qui excellent dans l'art de dissimuler,

de feindre, de voler, de chasser, d'assassiner, de scalper proprement Tennemi, sont considérés comme les plus braves, les plus habiles de la tribu, par cela même ils deviennent les chefs, les mentors. Toute Tambition du jeune Indien est d'être le digne émule de son père.

D'exploits en exploits, il arrive à l'égaler.

Dès lors il peut s'asseoir à ses côtés, il a rang d'égal.

Il n'a plus à obéir aux femmes qui précédemment étaient son unique société.

Il est déclaré majeur.

Il est libre.

Il peut posséder du bien à lui, en propre, se marier, prendre femme. C'est un homme accompli.

Il est adroit, fin, patient, dissimulé, menteur, fourbe, voleur, cruel, paresseux, glouton, assassin et lâche.

Lâche, dis-je, car s'il voit, devant lui, un blanc, le fusil à la main, il aime mieux se fier à la légèreté de sa course qu'à la sûreté de ses flèches empoisonnées, qu'il manie cependant avec une extrême adresse.

Un Indien qui, la nuit, rampe doucement derrière un buisson, pour surprendre un Européen qui dort, le tue, lui prend sa chevelure, est considéré, par les siens, comme un homme adroit et brave, bien plus que s'il avait attendu son adversaire, en plein jour, face à face, sur un chemin, pour le combattre.

Sur la frontière, le colon passe en partie son existence à défendre son bétail contre l'Indien qui le pille et le vole.

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