‹ Etat de Californie en 1870: impressionsChapitre 26 sur 43 · LOS ANGELES · texte numérisé non relu

LOS ANGELES

Je monte sur TOrizaba, bateau à vapeur qui fait le service de la côte.

C'est toujours un moment solennel quand un navire, un de ces grands transatlantiques, quitte le quai pour un voyage sur r Océan.

Il y a de part et d'autre un sentiment d'angoisse, d'anxiété.

On sait bien quand le navire part, on ne sait pas toujours s'il arrivera. . .

Quand on lâche les amarres, la foule un instant se recueille, les mouchoirs s'agitent, les pleurs coulent. . .

On comprend qu'il y a séparation brutale, absolue.

11 y a, dans ces sortes de départ, de la poé-

sie^ de la grandeur qui impressionnent même les âmes les plus vulgaires.

Lentement d*abord, nous passons devant le front de la ville de San-Frangisco, laissant à droite le Mont Tamalpaïs, nous franchissons le — Golden Gâte — la porte d*or^ nom que les Américains donnent au Goulet, puis, une fois en plein Océan, le navire s'élance à toute vapeur.

Par suite de Torage de la nuit précédente, la mer est fort houleuse.

La scène change.

Les passagers subitement deviennent sérieux.

Est<e le spectacle imposant de deux immensités : le ciel et la terre, qui désormais seuls borneront notre horizon?

Mon Dieu non.

C'est un sentiment plus terre-à-terre.

C'est quelque chose d'essentiellement prosaïque et tout à fait personnel.

Les sourires disparaissent, les expressions deviennent amères, les figures s'allongent et pâlissent affreusement : quelques-uns de nous font même une horrible grimace.

Tout cela pour retenir en vain un déjeuner qui persiste à vouloir remonter.

Ils ouvrent la bouche, émettant le son particulier d'une bouteille qui se vide par le goulot, et par un mouvement brusque de bas en haut, rejettent des aliments impossibles à garder.

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