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LOS ANGELES

On se croirait en Orient, sur une des côtes barbaresques.

Les maisons, la plupart en pisé^ terre desséchée au soleil, aux murs épais, rappellent assez bien les remparts de Tanger ou de Tunis.

A part quelques bâtisses en briques rouges, sans goût, il y a beaucoup de masures, lourdes et basses, épouvantablement décrépites.

D'ailleurs, elles existaient avant la découverte deTor, en Californie, en date de iSiS.

Cela n'ajoute rien à leurs charmes!

Les rues, à rencontre de celles des cités américaines, sont absolument sans symétrie.

Elles sont tantôt trop larges, tantôt trop étroites.

Dans le premier cas, elles ont quelque ressemblance avec les landes incultes.

Dans le second cas, elles rappellent les coupe-gorges où Tassassin peut impunément jouer du couteau.

Il y a des voies qui affectent la forme d'un entonnoir.

Très évasées à une de leurs extrémités, elles finissent en pointe; parfois quelquesunes sont sans issue, c'est alors un vrai culde-sac.

Ajoutez à cela que les rues ne sont pas toujours pavées, qu'elles sont sans trottoirs, que partout règne un air d'incurie, de malpropreté qui répugne, et vous aurez une vague idée de cette ville que d'aucuns proclament un Eden terrestre !

Pourquoi a-t-on choisi cet emplacement pour y bâtir une ville? Là plutôt qu'ailleurs?

Je n'en sais rien.

Les habitants seraient probablement en peine de le dire eux-mêmes.

Est-ce pour jouir des bienfaits de ce ruisseau qui traverse la cité?

L'eau est rare dans ces longues plaines desséchées, et sans eau point de culture possible.

C'est le désert à perpétuité.

Le soleil, ce bienfaisant flambeau, au lieu de fertiliser le sol, brûle, dessèche tout.

Avec de l'eau, du travail, l'homme commet des prodiges.

Mais, d'un autre côté, l'homme, dans les pays chauds, est souvent paresseux, apathique.

Et Los Angeles, peuplée d'élément latin, mêlé de sang indien, ne brille pas précisément par son amour excessif du travail !

Les tessons de bouteilles, les débris de poterie cassée, les vieux clous, les vieilles chaussures, les balayures du jour, quelques chats crevés, les eaux ménagères, tout cela tapisse les rigoles de la rue.

Il s'en dégage une atmosphère qui rappelle les égouts absents.

C'est exquis!

Mais, me direz-vous, il y a des jardins?

des orangers? des citronniers? des oliviers?

des amandiers en fleur ?

Mon Dieu oui.

Mais tout cela existe à la condition expresse d'être noyé dans une eau plus ou moins pure.

Elle ne l'est même pas du tout!

La rivière est le dépotoir de toutes les eaux sales de la ville.

Je ne sais pas ce que l'on n'y trouverait pas?

Depuis un fond de culotte, jusqu'à une cervelle pourrie de mouton !

Plus l'eau est sale, mieux elle fertilise les champs.

Demandez-le plutôt à l'agriculteur?

Décidément l'agronome et le touriste ne s'entendent jamais.

Quelle eau boivent les habitants de Los Angeles ?

Parbleu ! celle du ruisseau.

Il n'en existe pas d'autre.

Et les habitants?

Tous honnêtes gens.

La crême, la fleur des sociétés.

Selon ma coutume, je proposai à un passager, qui était venu dans la même cabine que moi, sur TOrizaba, de faire une excursion, à pied, aux environs de la ville.

Un Français, M. Barré, nous entendit, il leva les bras au ciel et s'écria :

4c Malheureux que vous êtes, gardez-vous- 4(, en bien ! Si un Mexicain ou un de ces 4< mille individus qui rôdent dans les rues « vous entendait, au sortir de la ville il vous << assassinerait et il fuirait vers la plaine sans « fin qui est, ici, le maquis de la Corse. . . >^

Charmant pays !

Il y a encore quelques années, pendant longtemps, à sept milles de Los Angeles, cinq honnêtes Mexicains mettaient régulièrement à contribution toute voiture ou voyageur qui passait dans un défilé très dangereux.

Las de cet impôt forcé, le Shériff du Comté leva une petite armée et mit fin à cette hono-

rable profession en les pendant haut et court.

Cétait vraiment barbare.

Car, somme toute, il faut bien que tout le monde vive !

SAN-BEI<NARî>INO

Je pars pour San-Bernardino, en diligence.

Lisez un affreux char-à-bancs.

J'ai, en perspective, une course de 65 milles, autant pour le retour.

Cela, dans une plaine nue, sans arbres, sans eau, par conséquent sans végétation, sauf à rapproche des rares villages semés sur la route.

Du sable, toujours du sable, planté d'immenses cactus, ce parasite des pays chauds :

voilà ce que sont ces plaines sans fin.

Quoi, pas de pâturages au mois de février?

Qu'est<e donc quand l'implacable été rôtit les champs!

Par contre, nous avons une nuée de corbeaux qui planent sur nos têtes avec une sinistre persistance.

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