ÉPILOGUE
Dans ce voyage, je viens de changer 32 fois de chevaux, ii fois de voiture, 9 fois de cocher.
J'ai fait, assis sur les banquettes des voitures, 5oi milles^ soit environ 800 kilomètres, en cinq jours et quatre nuits. Coût : vingt dollars, soit cent francs, non compris les frais d'hôtel.
L*homme est un étrange animal.
Une fois assis confortablement sur les banquettes luxueuses du wagon, pn chemin de fer, je me prends à regretter mon vieux char-à-bancs, ce bruit de vieilles ferrailles qui se cassent, ce cahot de la voiture qui roule sur une route inégale, menaçant sans cesse de se disloquer ou de se renverser, le grincement de Tessieu mal graissé, le son cadencé des sabots des six chevaux qui frappaient le sol, le tintement des clochettes pen-
dues au cou des cavales, leurs joyeux hennissements à rapproche des relais.
Tout cela faisait encore vibrer les couches profondes de mon cerveau.
Oh ! ces pauvres bêtes !
Comme je les aimais! Quel immense plaisir j'éprouvais à les voir se ramasser sur leurs jambes, aux passages difficiles^ se cramponner, sur la roche polie, pour gravrr les côtes escarpées.
Que de fois, aux relais, ne les ai-je pas caressées, en leur donnant, dans la main, du sucre ou un morceau de pain, et leurs gros yeux ronds vers moi se tournaient.