‹ Etat de Californie en 1870: impressionsChapitre 40 sur 43 · DÉSERT · texte numérisé non relu

DÉSERT

Comme toujours, il a amené avec lui sa femme, ses enfants, ses serviteurs.

Ces gens-là n'ont jamais vu de ville plus

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grande que Murphy, qui possède à peine six mille âmes.

Stockton, San-Francisco leur sont inconnues.

C'est un fermier américain.

Il ne connaît, de la vie mondaine, que les récits lus dans les journaux ou dans quelques livres peu véridiques.

De sorte que lui et moi — pour le moment — nous représentons assez bien les deux bouts de la société.

Aussi sa femme, ses deux jeunes filles surtout, s*emparent-elles de moi pour me questionner.

J'ai, à leur décrire, le monde des plaisirs, à San-Francisco.

Volontiers, je m'y prête de la meilleure grâce, bien qu'il soit assez difficile d'étancher cette brûlante soif de curiosité, somme toute très naturelle chez deux Jeunes filles nées dans les montagnes, qui ne connaissent en fait de bals, de soirées, de théâtres, etc., que l'écurie des vaches, la musique que font les petits cochons en mangeant dans leurs auges.

Nous ne parvenons pas à nous entendre.

Chacun de nous vante le bonheur qu'il n*a pas.

Elles me parlent de robes de soie, moi, j'exalte les beautés de la montagne !

Nous n'en restons pas moins bons amis.

Ils me reçoivent presque comme un parent.

Ils me donnent la meilleure chambre.

Ils tuent, pour moi : volaille, pigçons, canards, etc. ; me servent les meilleurs fruits et légumes de leur jardin.

Le tout est arrosé d'une bouteille de vin blanc, enfouie dans leur cave depuis des années : l'Américain, à ses repas, ne buvant que de l'eau.

Après le repas, je viens m'asseoir sur le banc qui est devant la porte.

Bientôt, j'ai, autour de moi, toutes les bêtes de la ferme : des poules, des chiens, un jeune veau, une petite chèvre, etc.

Tout cela se dispute mes caresses et veut jouer avec moi.

Malgré ce manque absolu de respect, je me sens en famille. . .

. La situation topographique de ce — HalJ way house — est vraiment admirable.

Au fond d*une jolie petite vallée, assez grande pour y loger un berceau de verdure, la ferme, sous les pommiers et les poiriers, rit.

Une grosse source d*eau fraîche et claire, venue des coteaux voisins, bouillonne à la sortie d'une fontaine devant la maison.

Cette nappe d'eau se répand dans la cour, avec bruit et chant, au grand plaisir des canards, qui en crient de joie.

C'est, tout le jour, un va et vient de bêtes et de gens qui se désaltèrent, et le plus proche voisin, dans cette forêt, est à dix milles de distance !

Et, comme ici, tout paraît vivre heureux, dans une paix profonde, je n'ai pas le courage d'aller plus loin. . .

J'y couche.

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