RELATIONS EXTERIEURES
Il est inutile de reproduire ici les considérations si connues d'après lesquelles le système de l'Europe fut établi par le Traité de Vienne. Si les arrangemens n'ont pas été parfaits sur tous les points, il faut convenir au moins que c'étaient les meilleurs moyens pourmaintenir danslescirconstances actuelles la paix future de l'Europe. Les événemens importans de cette époque donnèrent, par le fait, naissance aux Congrès des souverains. La plupart des monarques de l'Europe avaient accompagné leurs armées en France , assisté et veillé à la conclusion de ces traités de Paris qui préparaient les voies pour les arrangemens définitifs et complets qui furent pris à Vienne. La communauté de senlimens qui unissait alors ces illustres personnages, suggéra naturellement l'idée qu'on pourrait, pour maintenir le système , adopter les mêmes moyens dont on s'était servi si heureusement pour le créer : voilà dans le fait l'origine de ce qu'on appelle maintenant le Congrès des souverains.
( 176) Son but est de conserver le système établi à cette époque, et plus particuUèrernent la paix du continent. Ses principes ou plutôt ses moyens peuvent être définis par une seule phrase: c'est le maintien de la paix générale en Europe par l'amitié personnelle des souverains, et par un système dé médiation et de discussion modérée, système qui, d'un coté, i*econnaît la parfaite indépendance des divers états dans leurs affaires intérieures, et de l'autre rappelle leur intérêt commun, et leurs communes obligations à consulter la politique générale de l'Europe dans toutes les questions qui regardent la sûreté de tous.
Ce n'est pas présenter le caractère de ce système sous le véritable point de vue, que de prétendre que les puissances alTiées, sans en excepter l'Angleterre , ont, dans le dernier Congrès, formé une confédération pour contrôler les intérêts intérieurs des autres nations, ou pour intervenir en arbitres souverains dans les dissensions particulières d'état à état. Il y a encore plus de riialveillance et d'injustice à assurer que lesi souverains européens, et l'Angleterfê d'accord avec eiix , se sont engagés dans ce même Congrès à se garantir les uns aux autres la même extension du pouvoir monarchique que chacun
( i77 ) iTeux possède actuellement. Quant à l'Angleterre et aux autres États , le Congrès n'est dans le fait qu'une conférence amicale des souverains sur leurs intérêts communs et particuliers, un simple conseil de discussion, et non pas une ligue agissante. Pour ce qui regarde la Grande-Bretagne, elle ne reconnaît aucune convention secrète ni publique par laquelle un membre s'engagerait, soit à supporter les vues particulières de l'autre, soità concourir à l'exécution de ce qu'aura voté la majorité. C'est en un mot, une conférence, et non pas une diète ou une confédération.
II n'y a là aucun article ni exprès ni tacite, rien qui ressemble à une résolution ; rien qui puisse faire entendre ou établir qu'un souverain peut avoir le droit d'en faire intervenir un autre dans les actes de son administration particulière f si elle prenait une marche opposée à ses intérêts ou à ses désirs), ou qu'il puisse invoquer le pouvoir du Congrès, afin d'interposer dans les contestations purement intérieures entre ce souverain et ces sujets.
Le Congrès est établi d'après ces principes, et leur maintien peut seul permettre à l'Angleterre d'en faire partie et de prendre part à ses délibérations ; il ne s'occupe que de ces objets
( '78 ) qui menacent évidemment la tranquillité de l'Europe , de ces événemens qui tendent à reproduire les principes d'anarchie, de spoliation j de régicide systématique , et d'anéantissement de toute religion et de tout culte qui ont caractérisé la révolution française. En un mot, le but avoué du Congrès est d'abord de réprimer l'esprit destructeur du jacobinisme; car, pourquoi ne pas nommer les choses par leur nom? Son objet secondaire est de maintenir la paix générale par des médiations et des discussions amicales.
Telle est en peu de mots la nature de ce congrès ; c'est un système de médiation et de discussion, et nullement une alliance offensive ou défensive.
Lors donc qu'une question est présentée au Congrès, on se demande d'abord si c'est un des objets qui peuvent regarder ce Congrès. Si c'est, par exemple, une insurrection évidemment jacobinique, pourchasser les rois, la noblesse et le clergé, alors on se fait une seconde question : Le mal est-il assez grave pour que sa répression exige le concours de toute l'Europe? Si ce n'est qu'un différent entre deux Etats, c'est évidemment un objet de médiation amicale, médiation qui est conduite d'après les
( >79 ) mêmes principes que Ton suivrait s'il n'existait pas de congrès. La seule différence , c^est que les parties sont en présence devant leurs amis mutuels*
S'il n'est question que d'une affaire intérieure, soumise au Congrès par un souverain, elle n'est suivie que d'un avis amical. On doit croire que c'est d'après ces principes que les ministres de Sa Majesté ont réglé leur conduite dans la part qu'ils ont prise aune affaire non encore terminée.
Le différend entre l'Espagne et ses sujets fut introduit au Congrès de Vérone. Sans recourir ici à d'autres faits qu'à ceux que les événemens ont suffisamment fait connaître, il paraît manifestement que la France appela d'abord l'intervention de l'Europe pour le maintien de la paix, et les forces des souverains si elles devenaient nécessaires pour la répression d'une révolution si directement oppos ée aux vues du Congrès. Ses ministres, au nom de leur souverain, soutinrent , et non pas sans une forte apparence de vérité , que l'examen de cette affaire appartenait au Congrès. Son double objet, selon la France, était de réprimer dans leur origine même les princrpes révolutionnaires et antisociaux, ainsi que de maintenir la paix générale
de l'Europe. t( La révolution d'Espagne, disaitelle, menace l'Europe sous l'un et l'autre rapport. Elle est évidemment le résultat du jacobinisme: d'abord parce qu'elle est fondée sur une défection militaire; en second lieu , parce qu'elle restreint la liberté et met en danger la personne du roi et de la famille royale ; troisièmement, parce qu'elle agit d'après un système d'irréligion et de spoliation de l'Eglise. Ce triple caractère de la révolution d'Espagne est un fait notoire. L'armée entière a désobéi à son souverain ; ce ne sont plus les soldats du roi Ferdinand, mais ceux de Mina et des cortès. Le roi n'a pas le choix de ses ministres, et est forcé de signer les ordres d'exécution ou plutôt d'assassinat de ses partisans les plus zélés et les plus fidèles. Il est notoire pour toute l'Europe que le roi n'est plus que de nom le chef de son royaume ».
« L'Autriche et Naples présentaient un cas semblable. Si d'une part l'une des puissances avait refusé de se rendre aux principes qui ont porté les forces réunies de l'Europe à s'opposer aux mouvemens révolutionnaires de Naples et du Piémont, les autres souverains s'étaient déjà avancés pour soutenir l'Autriche dans une contestation dont elle avait augmenté l'importance,
quoiqu'elle n'eut certainement pas affaibli le danger des principes. Le roi de France ne demande pas le droit de s'interposer dans les affaires intérieures d'un autre peuple , à moins que les choses ne se présentent sous un aspect menaçant pour la sûreté de tous les autres gour vernemens et de la France en particulier. Or, est-il possible que cet étal de choses chez une nation voisine ne compromette pas la sûreté de la couronne de France? Ce n'est pas sans les plus grands efforts que le Gouvernement français est parvenu à réprimer l'esprit de faction dans la capitale et quelques - unes de ses provinces. Si on laisse à la révolution espagnole le temps et les moyens de consolider son sys-» tème d'anarchie 5 si on tolère qu'une forme de Gouvernement s'établisse d'après ces affreux principes, l'Europe entière aura bien de la peine à lutter contre le torrent dévastateur du jacobinisme. Que demande donc la France ? Rien que ce qui appartient comme droit commun à toute nation indépendante. Le roi de France croit que la sûreté de son trône et la tranquillité de son peuple sont compromises par les principes révor lutionnaires et les menées d'une puissance voisine; il pense que la situation de l'Espagne lo met dans la nécessité de songer à sa propre dén
fense, il demande donc l'exercice du droit de se défendre. Peut-on nier que, dans nn tel état de choses, et en envisageant ]e danger qui le menace, il ne soit naturellement investi du droit de déclarer la guerre à l'Espagne, pour éloigner le fléau qui compromet sa sûreté? C'est certainement une autre question de savoir si les souverains d'Europe peuvent appuyer ces efforts du secours de leurs armes. Les autres souverains décideront si leur propre sûreté n'est pas compromise par cet état de choses ; et si, avec l'exemple de l'Espagne sous les yeux, le reste de l'Europe pourrait conserver sa tranquillité. »
- Quelle que soit la vérité générale de ces raisonnemens présentés par la France, un appel aux armes doit paraître un mal en lui-même , sans compter les chances fâcheuses que la lutt€ pourrait présenter. Probablement les ministres de la Grande-Bretagne auront répondu à-peuprès dans le langage suivant ;
Nous admettons en thèse générale le droit de la France d'agir comme puissance indépenxlan te ; mais nous en appelons à la sagesse et à la modération du Gouvernement français. Il n'y a pas de doute que les vues des souverains n'aient eu pour but d'adopter des mesures générales pour
le maiutiea de la paix ; mais ou ne peut douter en même temps que ce dernier objet n'ait été limité par la nécessité de respecter l'antique principe de l'indépendance des nations. Quand les opérations intérieures d'un Gouvernement sont directement contraires au salut commun de l'Europe , il est du droit et du devoir de tous les souverains de recourir à des moyens préservatifs, et d'abattre ce Gouvernement par la force des armes. Mais pour justifier une pareille démarche, deux choses sont toujours nécessaires : I". l'existence du mal; 2<^. son existence à un tel degré qu'il y ait indispensabihté de recourir à la force des armes. C'est alors seulement qu'une nation peut justement intervenir dans les affaires d'une autre : sans cette restriction l'indépendance des nations ne serait qu'un vain mot, et une nouvelle source de guerres futures menacerait la stabilité des Gouvernemens en Europe.
On a pu reconnaître que la révolution d'Espagne provenait de principes très-susceptibles d'objections, et que dans son cours elle a présenté des actes et des incidens justement alar-raans pour tous les gouvernemens établis^ mais ne pourrait-on pas aussi mettre en doute si le danger était aussi pressant que le craignait le Gouvernement français ? !Ne voit-on pas en Es-
pagne la lutte de deux partis plutôt qu'une téy o\\ii\on jacobine? Le roi catholique jouit encore de sa liberté personnelle, son autorité est encore reconnue : si ses prérogatives sont restreintes, et si l'exercice de ses droits royaux est surveillé, c'est sans doute une malheureuse conjoncture dans l'état de l'Espagne; mais à coup sûr cela ne constitue pas le cas d'un recours général à la force des armes. Ce n'est certainement point le cas que les souverains ont prévu lorsqu'ils ont formé leur alliance, e s souverains doivent avoir actuellement deux objets en vue : i^. de maintenir la paix générale^ a'', de ne pas provoquer une exaspération universelle parmi les sujets des Etats libres , en confirmant l'opinion insidieusement répandue, que leur alliance était en réalité une ligue des rois pour empêcher toute réforme avantageuse à leurs sujets, et pour se garantir réciproquement la plénitude du pouvoir monarchique.
Il était nécessaire de répondre à ces allégations malveillantes sur l'objet du congrès des souverains, pour arrêter ces associations sécrètes ou publiques qui affectent les États libres d'une manière beaucoup plus dangereuse, parce qu'elles se composent d'individus plus respectables que les sociétés jacobines d'Espagne e%
d'Italie. L'un des objets du Congrès serait nécessairement interrompu par un appel aux armes de la part de la France; ce serait, par le fait, mettre fin à la paix générale maintenant existante en Europe. Le danger serait grand , le succès incertain, et les conséquences complètement impossibles à prévoir. La guerre ne serait certainement pas terminée parce que l'on occuperait Madrid, tant que Cadix tiendrait pour le parti des cortès. Une expérience précédente a suffisamment prouvé que cette place était à-peuprès imprenable. Toutes les forces militaires de la France , et à une époque où cette puissance pouvait réunir aux siennes une grande portion de celles de l'Europe , sont venues échouer devant Cadix ; et quelque considération que Ton ait pour le courage éprouvé des armées françaises, l'on pourrait certainement demander s'il serait maintenant prudent au gouvernement français d'entreprendre le long siège qu'exigerait cette forteresse. Les opérations ne se borneraient donc pas à une seule campagne. Quelque intérêt que prennent les ministres de S. M. Britannique à la prospérité de la France et à la continuation de la tranquillité dans ce pays , il leur était impossible de s'engager , par aucune promesse , à coopérer à une telle guerre. Si donc'
cette puissance s'embarque dans une semblable lutte , ce sera entièrement pour son propre compte et en en prenant pour elle tout les risques éventuels. '
Tel , nous le présumons, a été au Congrès de Vérone, le langage de nos ministres relativement aux ouvertures de la France, afin d'entraîner l'Europe dans la guerre avec l'Espagne.
Il est impossible de méconnaître le droit qu'a la France, comme nation indépendante, d'entreprendre cette guerre si son gouvernement la croit nécessaire à sa propre défense , et si le gouvernement espagnol, refuse de facto les conditions que la Frarice regarde comme les seules compatibles avec sa sûreté personnelle. Nos ministres ne reçoqnurent dopp pa^ l'existence de ce dxoit^paais, mirent et mettent probablemenj; encor!^ en question ÇQtte existence dans, la situation actuelle de la France et de l'Espagn^v et même de l'Europe en général. Ils pensent que la paix générale est d'an trop grand prix pour la compromettre ^ur la seule appréhension d'un danger éloigné ; ils reconnaissent l'antique principe de l'indépendance des nations dans leurs affaires intérieures ,. .et regardent ce principe comme si intimement lié au maintien de la paix générale et aux intérêts,. perraanens de la race.
( i87 ) humaine, quils ne veulent y admettre d^exception que dans le cas d'une nécessité absolue , c'est-à-dire d'un danger aussi incontestable dans son existence que formidable par son étendue. Très-peu de mots suffiront pour expliquer suffisamment ce qui nous reste à dire sur les relations extérieures, r' ' '"!
Pour ce qui regarde nos relations avec la Russie, il est impossible de ne pas reconnaître nos succès diplomatiques avec ce pays. î^os négociations avec Sainl-Pétersbourg et Constantinople ont été incontestablement la première cause qui a prévenu la guerre entre là Russie et la Porte. Il était impossible , en vérité, de ne pas partager avec la Russie et avec toute puissance chrétienne uiY certain penchant pour les Grecs ; mais iFé^t également impossible délaisser assez d'empire aux sentimens de générosité pour se laisser séduire par eux au point de renoncer aux devoirs que nou^ imposent rigoureusement et la prudence et le soin de notre propre défense. Le premier et le plus important deé intérêts de toutes les nations de l'Europe , et de l'Angleterre en particulier, est de maintenir la paix générale existante, et dans cette vue , de prévenir avec le plus grand soin toute espèce de
( >88) changement qui , en troublant l'harmonie qui règne aujourd'hui entre les grands pouvoirs européens , détruirait la sécurité sur laquelle sont fondés les derniers traités de paix. Il serait plusaisé départager la Turquie que d'en diviser d'une manière satisfaisante les provinces démembrées. Nous savons que la paix générale est durable dans l'état de choses actuel , nous la possédons et nous nous en félicitons ; m lis il est impossible de prévoir combien cet ordre de choses serait troublé par suite delà guerre entre la Russie et la Turquie. Telles sont les circonstances qui ont déterminé la politique des ministres de Sa Majesté touchant la Russie et la Porte.
, D'un côté , ils reconnaissent et déplorent le malheureux état de la Grèce ; d'une autre part , ils ne peuvent fermer les yeux sur la supériorité de deux grands intérêts , ceux de maintenir^ en fait , la paix générale de l'Europe , et de ne point provoquer un nouvel état de choses dont il serait impossible de prédire les résultats : c'est d'après l'appréciation comparative de ces deux objets que les ministres de Sa Majesté ont pris leurs mesures. Suivant les conseils d'une haute prudence, ils ont préféré le plus grand bien et ont réussi, jusqu'à ce jour, à con^
( "89) server la paix continentale : profondément sensibles aux cruautés commises dans les provinces grecques , ils ont coopéré en toutes occasions , avec la Russie, à chercher les moyens de prévenir le renouvellement de pareils outrages. Lorsque, d'après le droit public de l'Europe, les ministres de Sa Majesté étaient obligés de reconnaître dans la Porte le grand principe de l'indépendance des nations , leur ambassadeur a employé, en toutes occasions, le langage d'une puissance amie, et a fait usage du haut caractère de son gouvernement et de sa juste et personnelle influence , pour engager la sublime Porte à suivre une ligne conforme aux obligations de la Russie et à l'attente de l'Europe.
Sous ce rapport, les ministres de Sa Majesté ont été intempestivement censurés par des personnes dont ils sont plus habitués à apprécier les sentimens humains et généreux que la pénétration et la prudence politique. Ces personnes eussent désiré remplacer le ministère, et prendre avec la Turquie un ton que ne souffrirait pas le dey d'Alger. Les ministres pourraient sans doute répondre à ces gentlemen qu'ils n'ont manqué ni de fermeté ni de courage. Leur diplomatie ne s'est point bornée à de simples efforts de médiation entre
( 19^ ) la Russie et la Porte : ils n'ont jamais un instant perdu de vue le caractère de l'insurrection grecque , et n'ont point ralenti leurs tentatives pour apaiser, s'ils ne pouvaient les terminer , le^ atrocités qui ensanglantaient ce débat; mais ils n'ont pu méconnaître cette circonstance, que ces cruautés n'étaient point imputables à un seul parti. Ils ont vu , avec un profond regret, que les premiers outrages, quoique vengés sans doute outre mesure , et de la manière la plus barbare , furent exercés non par les Turcs , mais par les Grecs de Scio; mais on ne doit pas s'attendre à voir l'Angleterre s'engager dans une croisade pour une bien meilleure cause , ni prendre les armes pour réformer le gouvernement de la Turquie, ou obtenir une administration plus impartiale de la justice en Grèce, en Egypte , ou à Constantinople. îfotre politique générale avec la Russie, abstraction faite de cette question , n'a pas obtenu des résultats moins avantageux. Les deux pays commercent ensemble sur les bases de l'égalité et de l'amitié. Nous n'avons pas, il est vrai, de traité de commerce avec la Russie ; nous rien avons pas non plus avec la France , l'Allemagne et les Pays-Bas, parce que, d'une part, nous évitons soigneusement de donner à notre diplo-
( iQï ) matie l'air de courir après des avantages purement commerciaux, et parce que, d\m autre côté, nos marchands et nos manufacturiers sont si opiniâtrement attachés à leurs privilèges e^-^ clusifs , que cette circonstance met à-peu-près dans l'impossibilité de solliciter auprès des états étrangers une plus grande liberté pour notre commerce. Les ministres de S. M. ont fait toutefois en cela tout ce qui dépendait d'eux. Par un statut de la dernière session du Parlement, ils ont abroofé la huitième section de l'Acte de navigation, qui gênait le commerce direct entre la Grande-Bretagne et la Russie. Le commerce entre ces deux pays a , dans le fait, été augmenté par suite des derniers encouragemens du gouvernement de Sa Majesté ; et si la jalousie dé nos agriculteurs pouvait admettre un système plus libéral dans l'importation des produit* bruts, et particidièrement des suifs et des cuirs, il n'y a point de doute que cette augmentation deviendrait tous les jours plus considérable. C'est seulement en donnant de l'étendue aux achats qu'une nation peut en donner à ses ventes; se montrer jaloux des importations et soigneux seulement sur les exportations , c'est désirer un marché très-étendu , et en même
( 19^' ) temps porter envie et obstacle aux moyens de rétablir.
Le même système de confiance et d'amitié existe avec l'Autriche et les Etats germaniques. Nous avons vu leurs diètes et leurs, conseils imposer des droits pesans et prohibitifs sur certains articles de manufacture anglaise , pour favoriser, disent-ils, l'industrie de leurs propres sujets. Si nous avons vu ces lois sans jalousie et sans foire aucune remontrance, c'est parce que nous avons envisagé notre propre commerce dans ses rapports avec ces pays; et trouvant que la totalité de nos exportations s'élevait annuellement à plus de dix millions , nous avons trouvé que cet état de choses justifiait suffisamment notre confiance dans la solide base de notre commerce. Nous voyons que le revenu de plusieurs états de l'Allemagne provient du produit du droit de transit sur les marchandises et des impôts territoriaux levés sur la vente des denrées; ils ont alors un intérêt direct à accroître le débit des objets des manufactures anglaises. Dans les vastes marchés d'Allemagne, comme dans ceux de l'Amérique, tous les commerçans du monde sont reçus sur le même pied, et le manufacturier anglais peut
( '95 ) seulement maintenir sa supériorité pour un prix plus bas et par de meilleures marchandises. Quant à la Prusse, aux Pays-Bas et aux autres États du nord de l'Europe, tant que les relations utiles d'une bonne intelligence ne seront point interrompues , nos négociations commerciales ne feront que s'étendre et s'accroître. Nonobstant îa cessation totale du commerce des grains et des autres objets de subsistance, notre commerce avec ces pays va toujours en croissant : avec la Prusse, il a augmenté d'un tiers dans les quatre dernières années; avec la Hollande et la Flandre, il continue à être plus stationnaire. Les Hollandais et les habitans des Pays-Bas , comme les Français , trouvent dans leurs propres manufactures de quoi suffire à leurs besoins, et ils importent les produits coloniaux dans leurs propres navires. A l'égard delà Suède, notre commerce s'est un peu ressenti de notre fabrication intérieure de fer, et a décliné sous ce rapport , en raison de ce que nous n'avons pas admis plus long-temps les produits de ce genre, manufacturés dans ce pays ; mais quant à la Norwège et au Danemarck , depuis le rapport des droits sur le bois de constructions militaires notre commerce a fait les progrès les plus rapides.
Dans toutes les parties de TRiirope noiisproT, cédons d'après le même système; nous ne désirons point de traités de commerce, parce que t;e]le est la jalousie de nos commerçans et de nos manufacturiers , qu'ils ne voudraient point consentir aux concessions équivalentes, sur lesquelles seules, des traités de cette nature peuvent être fondés. Noi^s sommes alors forcés de traiter avec eux d'après un système de droits réciproques, et notre commerce, où il est le plus favorisé, peut seulement se soutenir sur le pied de notre concurrence avec les nations qui le sont le plus.
Si le Portugal est une exception à ce système, d'après la politique du traité de Méthuen, et s'il y a quelque raison de se plaindre de ce que par les derniers droits très -forts mis sur les étoffes de laine, il a^ violé l'esprit de ce traité, on. doit se Sjou venir que le commerce du Portugal n'est pas , à proprement parler ^ compris, dans notre système çuropéen. Loin d'agir comme les autres puissances coloniales de l'Europe, le Portugal a, dans le principe, ouvert le Brésil et l'Amérique méridionale au commerce; brin tannique. Ce commerce, il.est vçai, est maintenant sur uji autre pied; il est peut-être ind^t, pendant du contrôle de la^ mère-patrie ; il e&ti
peut-être maintenant (nous parlons du Brésil), aussi libre et aussi ouvert que celui que l'on peut faire avec les provinces de l'Amérique espagnole. Il ne repose plus ma ntenant sur des concessions et des privilèges ; mais nous ne pouvons, en bonne justice , oublier la main amie qui la première nous en a rouvert les portes. Cepen-^ dant quant au Portugal , nous avons , sous le rapport des négociations commerciales, quelques reproches à lui faire : le traité de Métlmen existe aujourd'hui pour son avantage exclusif. Mais les cotons et les laines de la Grande-Bretagne auront toujours la même supériorité dansles marchés du Brésil, comme dans ceux desEtat^- Unis. Si nous prenons les vins de Portugal ,€ii leur imposant des droits moindres qu'aux vinà de France , c'est une concession de plus que nous faisons au Portugal. Ses produits colo-iniaux , comme sucre , eafé , tabac , etc. , sOiit admis, dans les ports britanniques, aux mêmes conditions que les produits coloniaux des nations étrangères. L'Angleterre, comme pavs commercial , n'a point de raison de désirer d'autre base de commerce que celle d'une par faite égalité et réciprocité.
Vis-à-vis des État-Unis , comme nous l'avons déjà démontré, notre commerce a éprouvé un
( '9^ ) accroissement, et nos relations amicales avec celle puissance ne sont pas seulement confirmées , elles sont encore placées sur une base plus solide par notre dernier système de lois de navigation, et la modification de notre commerce colonial. Cette mesure, nous en sommes certains , a tari la source de l'irritation et de la jalousie qui divisèrent long-temps les deux pays. L'Amérique a maintenant ce commerce entre les Indes occidentales britanniques et ses propres Etats, qu'elle a si long-temps désiré ; elle peut aujourd'hui y exporter sur ses propres vaisseaux des denrées de toute espèce; et sans être obligée de faire un circuit vers les îles Bermudes ou Bahama , elle peut trafiquer directement avec les Indes occidentales. Cette concession n'est pas sans doute sans quelque inconvénient pour nos petites colonies; mais un système de lois fondé sur de plus hauts intérêts de politique nationale, ne doit pas être affaibli par trop d'attention pour des intérêts secondaires et particuliers. Par le traité de i8i4 nous avons ouvert à l'Amérique les ports de l'Inde. Calcuta, Madras et Bombay furent rendus aussi accessibles à son commerce que Londres, Liverpool et Glasgow, Nous venons de lui permettre de trafiquer avec nos colonies des Indes
( Ï97 ) occidentales sur le même pied d'égalité et de liberté.
Nos relations avec les provinces de l'Amérique méridionale sont également favorables aux intérêts bien entendus du commerce et des manufactures britanniques. Autant que le droit public de l'Europe peut le permettre, les ministres de Sa Majesté ont éloigné tous les obstacles qui pourraient entraver les progrès de ce commerce. On n'a pas besoin d'observer, surtout en s'adressant à des lecteurs intelligens, que, d'après le droit public de l'Europe, une nation n'a pas le droit de reconnaître l'indépendance des colonies d'une autre nation qui se sont séparées de la métropole, à moins que l'une de ces deux circonstances ne se rencontre : ou la mère -patrie elle-même doit avoir fait quelque concession préliminaire, qui peut autoriser l'induction que le souverain est prêt d'admettre en fait l'indépendance des provinces dont il s'agit; ou l'indépendance coloniale doit être fermement établie, et doit reposer sur un système de gouvernement régulier dirigé d'après des formes suffisantes pour que , selon les principes de la raison et du sens commun , toutes les puissances reconnaissent formelle-
( '9« ) ment ce qui existe en fait, d'une manière palpable et qu'on ne peut révoquer en doute. Il serait peut - être odieux de presser avec trop d'exactitude l'application de ce principe à la situation actuelle de l'Espagne vis-à-vis de ses colonies : il suffit de dire que l'Espagne n'ayant fait aucune concession préliminaire, la guerre, de sa part, est toujours continuée. On ne peut disconvenir que presque tous les états de l'Amérique méridionale sont, dans le fait, indépendans ; mais on n'oserait affirmer qu'ils se trouvent aujourd'hui dans l'état de gouvernemens réguliers, établis et permanens. En pareille circonstance , les ministres n'ont pu qu'adhérer à leur système de stricte neutralité ; ils l'ont fait dans les termes les plus libéraux. Par les nouvelles lois de navigation, un commerce direct est permis entre l'Angleterre et les états de l'Amérique méridionale; ils sont traités, sous tous les rapports, comme colonies étrangères et amies ; les ministres ont fait tout ce qui dépendait d'eux pour favoriser les négocians anglais et ces colonies dans leur commerce réciproque. Autrefois, le commerce entre l'Amérique du sud et la Grande-Bretagne était réglé d'après le système général de l'Acte de na-
( Ï99 ) vigation. D'après les derniers statuts, ce commerce peut se faire sur des vaisseaux de leur propre conslruclion,ou, comme ils pourraient avoir besoin d'une marine commerciale , sur des vaisseaux armés par les citoyens de ces provinces. Pour débarrasser et faciliter ce commerce, nous nous sommes beaucoup écartés de la lettre et de la politique de l'Acte de navigation. En permettant au Portugal et aux États- Unis seulement d'importer les produits de l'Amérique sur des vaisseaux construits dans les pays d'où ces productions étaient tirées, reconnus et montés par leurs propres sujets, les ministres de Sa Majeslé, eu égard aux besoins des provinces de l'Amérique méridionale, se déterminèrent à étendre leur condescendance et à reconnaître le pavillon de la vieille Espagne dans ce nouveau trafic entre ces colonies et la Grande-Bretagne.
Notre commerce éprouve aujourd'hui les avantages de cet encouragehnent : ces provinces sont devenues» aujourd'hui de vastes marchés pour les produits de nos manufactures ; et si notre politique coloniale peut s'étendre assez pour nous permettre de recevoir leurs importations sur un pied moins rigoureux, il n'y a pas de doute que l'Amérique méridionale, comme
puissance conimerçanle avec l'Angleterre, ne rivalise progressivement avec les marchés des États-Unis.
Telle est la situation générale de nos relations extérieures.
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