‹ Etat de la généralité d'Alençon sous Louis XIVChapitre 2 sur 76 · BERNARD HECTOR DE MARLE · texte numérisé non relu

BERNARD HECTOR DE MARLE

Bernard-Hector de iMarle, fils de Christophe-Hector de Marie, seigneur de Versigni, président en la Chambre des Comptes, mort en i058, et de Marie Colbert, fille d'Oudart Colbert, seigneur de Villacerf, morte le 26 mai 1666, avait été reçu conseiller au parlement de Paris en i652, et maître des requêtes en i665. Il avait épousé, le 16 mai i665, Claude-Hector de Marie, sa cousine. Il avait le titre de chevalier, seigneur de Versigni et autres lieux, et portait écarlclé au i et 4 d'azur à 3 tours d'or, qui est d'Hector; au 2 et 3 d'argent, à une bande de sable, chargée de 3 molettes d'argent, qui est de Marie.

Le premier acte de son administration à Alcnçon qui nous soit connu est en date du i*' mars 1666. Le fils du lieutenant général du vicomte de Mortagne, M. de Niverville, avait été tué par l'crdinand Lebret, soldat de la garnison du régiment

(1) IbU, p. 24.

(2) I*. CIcmcnt. t. II, p. icLxxiv. OJolanl Dcsn«»s nous apprcnJ «qu'en i^/>i Fa\ icr accepta la dcdicacc d'un ouvraj^c du P. David. lecteur jubilé, et confesseur des reli^^icuses de Sainte-Claire d\\lenv<»n, intitulé : Octjra de Assumptionc hcjtiv Mariœ, in -8-.

d'infanterie royale, de la compagnie d'Ernouville. Le procès commencé par M. de la Mesnière, lieutenant général criminel au siège du Perche, avait été renvoyé au présidial d'Alençon, par arrêt du Conseil d'Etat du 12 février 1O6', « pourestrefaict et parfaicl, souverainement et en dernier ressort. » La signature de M. de Marie figure avec celles de deux conseillers au présidial, MM. Ragaine et Charles Got de la Rozière, lieutenant général criminel au dit siège, au bas d'une ordonnance, pour faire apporter au greffe, l'interrogatoire et la confrontation faite au nommé Hervé, autre accusé. Le nom du même intendant ligure en tête d'une sentence du 26 mars 1666, par laquelle deux cavaliers de la compagnie de M. de Saint-Remy, à la suite du procès instruit par Jean Le Vavasseur, écuyer, sieur de Siglas, visbailli dTvreux, furent, sur le rapport des conseillers au présidial d'Alençon, déclarés convaincus de plusieurs vols commis sur le grand chemin de Lisieuxà Blangi. et en punition de ce, condamnés à être, le jour même, pendus cl étranglés à une potence plantée à cet effet devant le palais d'AIençon, « pour leurs corps morts, après y avoir reposé vingtquatre heures, estre portez aux fourches patibulaires, leurs biens acquis et confisqués au Roy. » Cette sentence porte en tête le protocolle suivant :

« Bernard Hector de Marie, chevalier, seigneur de Versigny et

• autres lieux, conseiller du Roy en ses conseils, maistre des

• requestes ordinaire de son hostel, dcparty pour le senice de « SaMajcstéen Normandie, Généralité d'Alençon et intendant de

• la justice, police et finances, sur les troupes, estant en ladite « qualité, etc. »

Par sentences du 29 mai 1666, la cour présidiale où siégeait M. de Marie condamna trois autres cavaliers de la compagnie

de Saint-Remy en garnison à Lisieux, à ôtre pendus pour vols de grands chemins, et condamna au bannissement pour trois ansGilles et Jacques Desforges, père et fils, ci-devant concierges des prisons de Lisieux, pour avoir favorisé l'évasion d'un des détenus.

La môme année, AL de Marie fut nommé commissaire général de la réformation des eaux et forôts de la Généralité. Les ordonnances qu'il rendit pour réglementer le régime des eaux de rivières de Sarlhe, les 27 avril, 17 septembre et 2 novembre 1671, font encore autorité (i).

Il fut chargé également de la recherche de la noblesse (2) de la Généralité, en 1666. Comme son prédécesseur, il encourut le ressentiment des protestants. Suivant Llie Benoist, il n'oublia rien pour leur susciter des ennuis au sujet de leur temple, mais « il ne put dit-il, donner atteinte à un arrêt donné avec pleine connoissancc de cause, et fut renvoyé dans une autre Généralité, sans avoir trouvé moyen de satisfaire sa passion. » Cette appréciation du caractère de M. de .Marie, nous semble peu équitable. 11 parait plus vrai que le fonctionnaire ne faisait que se conformer aux instructions de la Cour. Le nom de .M. de Marie est resté attaché à la création de la Marmite des Pauvres^ à laquelle eut également part François l^'oucquet, archevêque do Narbonnc, alors exilé à Alençon. J'ai consacré

(I ) Ces rcjricmcnts. dont il existe aux Archives de l'Orne, plusieurs exemplaires imprimés (fonds des Kaux el forêts) ont été reproduits en 184^» cten i85y, dans les Annuaires de l'Orne, avec la date fautive du 17 septembre 1673, que porte l'imprimé. M. de Marie était alors intendant à Riom, et .Michel Colbert l'avait remplacé.

(2) l-a Recherche de la noblesse de la Ciénéralité d'Alcnv'on a été publiée par .M. (iravelle-Desulis dans les Annuaires de l'Orne de ir/>.S, iJV/), i8'')7.

à celte institution philantropique un article publié dans 1*^4 re«/r de VOrne (n* du 17 février 1888). Nommé à Riom vers la fin de Tannée 1671, iM. de Marie y était en fonctions au mois de juillet suivant. Il mourut en 1694.

La mort de Gaston d'Orléans, duc d'Alençon, arrivée en 1660 était passée presque inaperçue. Sa veuve, Marguerite de Lorraine, fille de François, duc de Lorraine jouit en douaire du duché, et se fit rendre aveu par les sujets de ce domaine. Elle pourvut en i663 à la nomination du gouverneur d'Alençon.

Il est à remarquer que dans les lettres patentes qu'elle fit expédier, la princesse déclare qu'elle agit comme mère d'Isabelle ou Elisabeth d'Orléans, sa fille, et de concert avec Guillaume de Lamoignon, tuteur de cette dernière. Cependant elle fit des nominations d officiers, sous le titre de duchesse d'Alençon jusqu'à l'époque de sa mort arrivée le 3 avril 1672.

Elisabeth d'Orléans était née le 25 décembre 1646. Le roi lui donna, en faveur de son mariage, célébré le i5 mai 1667, avec Louis-Joseph de Lorraine, duc de Guise, pair de France, le duché d'Alençon tel qu'il était alors composé avec quelques portions qui n'étaient pas engagées, ce qui fut confirme par lettres patentes du mois de novembre suivant. Le duc de Guise mourut le 3o juillet 1O71. Il avait eu, de son mariage avec Elisabeth d'Orléans, François-Joseph, duc d'Alençon, né le 28 août i6"o, mort le 16 mars i6"-5.

MICMKL COIJiKRT (16-1-16-6)

Michel Colbert, fils d'Edouard Colbert et d'Antoinette Sevin, neveu de roll')ert de Saint-Pouange, celui même qui avait fait

entrer le grand Colbert chez Le Tellier, en 1643, avait été nommé conseiller au parlement en 1654. Il fut envoyé comme intendant à Alençon non pas le 8 août 1672, comme le rapporte Odolant Desnos, mais en 1671, comme on le voit par une ordonnance qu'il rendit le 10 décembre de cette année et qu'il adressa à Michel de Viel, écuyer, sieur de Surosne, maître particulier des eaux et forêts d'Argentan, par lequel il lui donna commission, pour faire la visite et arpentage des bois de sa maîtrise, sujets au droit de tiers et danger, en exécution de l'arrêt du Conseil du î3 août 1670 (1).

Le i5 janvier 1672 Colbert lui adressa des instructions sur l'ensemble du service dont il était chargé :

« J'ay reçu vostre lettre du 1 1 de ce mois. Je m'étonne que celles que vous m'avez écrites jusqu'à présent soyent si courtes, vu que, estant dans un employ aussy considérable que celuy d'Alençon, vous devez continuellement m'informer de tout ce qui peut concerner le service du roy et le soulagement de ses sujets. En un mot, vous devez observer de ne jamais demeurer dans la ville d'Alençon et estre toujours dans toutes les élections qui la composent, pour examiner de quelle sorte la collecte de la taille se fait, et tenir la main à ce qu elle soit imposée également partout, en sorte que les principaux habitants des paroisses, ne se fassent point décharger par aucune recommandation sur les foiblcs et que les frais de recouvrement diminuent toujours.

« Vous devez surtout exciter incessamnienl, les peuples au

(i) Archives de TOrnc, scrio n. Maîtrise des eaux et forêts d\\r^'"enlan. Knrcgistrcment, èdils, arrêts, ordonnances, etc. Michel de N'iel fut remplacé le 16 mai 1673, par Antoine du Mesnil.

commerce, à la nourriture et augmentation des bestiaux, et généralement travailler, à tout ce à quoy les commissaires départis qui vous ont précédé se sont appliqués.

« Ne manquez pas de m'informer aussy de ce qui se passe dans le jugement des affaires pour le tiers et danger qui sont très importantes pour le bien du service du roy et auxquelles il est nécessaire que vous donniez beaucoup d'application et de soin.

« Je ne puis m'empescher encore de vous répéter, que vos lettres sont trop courtes, estant nouvellement dans une généralité où il y a une si grande abondance d'affaires (i). *

Colbert, avec sa fermeté habituelle, ne ménagea pas les avertissements à son parent. Le 29 janvier 1671, il revient à la charge, pour engager l'intendant d'Alençon à donner plus d'attention à sa correspondance. Le 1 1 novembre, il lui écrit (2): « Nous sommes assez proches pour vous écrire que je ne reçois d'aucun des intendans qui travaillent dans les généralités du royaume, des lettres si courtes que les vostres et qui marquent si peu l'application que vous devez donner à toutes les affaires ordinaires et extraordinaires qui vous sont commises. Je suis obligé de vous dire que, pour le bien du service du Roy, il est nécessaire de s'appliquer davantage que vous ne faites et d'agir avec un peu plus de résolution et de fermeté, et rechercher mesme ce qui peut cstre du bien du service du Roy, et du soulagement des peuples, suivant les mémoires que vous en avez pris et tout ce que ceux qui vous ont précédé ont fait. »

Ces rappels réilércs, ne donnent pas une idée favorable du

(1) Lettres, instructions et mémoires Je Colbert, t. II, p. 246.

(2) IbiJ. p. 24:, 248.

cousin de Colbert. Le 12 septembre 1672, il avait informé le Conseil des finances, que dans la visite qu'il faisait de sa Généralité, il avait remarqué un abus considérable dans la confection desrôles des tailles. A Domfront, notamment, certains particuliers avaient trouvé moyen de s'y faire porter exempts, comme nobles, sans aucuns titres. Colbert jugea ce cas comme grave, et exigea de nouvelles explications, qui lui furent fournies le 19 septembre. Le 23, il donnait de nouvelles instructions à son cousin, pour lui rappeler qu'il importait au service du roi, et au soulagement des pauvres, d'arrêter la suite d'un pareil abus et ^d'empêcher qu'il ne se renouvelât. Il lui donna ordre en même temps de taxer d'office ces prétendus exempts, suivant les pouvoirs donnés aux commissaires départis en Normandie (1).

Le 20 janvier 1673, Colbert avait encore à se plaindre de la négligence de l'intendant d'Alençon. Il aurait voulu qu'il s'occupât plus activement des jugements à rendre pour assujetir les communautés et les particuliers au droit de tiers et danger ; il l'invitait à faire faire des arpentements des forêts et des bois de sa Généralité, et à s'enquérir curieusement de toutes les particularités relatives au pays. Il se plaignait enfin de ce que par le fait de Tinexaclitude de cet intendant, les courriers de Bretagne à Paris, passant par Alençon, étaient arrêtés dans cette ville, cinq à six heures, et jusqu'à dix heures, afin qu'il eût le temps de terminer ses dépêches (2).

(I) IbU, p. 25 1.

\2) IHJ, p. 263. V. une autre lettre de Colbert au môme sur l'affaire du tiers et danj^er {ibiJ, p. 27.!), du 17 février 1673; Tédit du roi du mois d'avril suivant sur l'amortissement de ce droit et un arrêt du conseil d'état du i3

L'intendant d'Alençon s'ctant cru autorisé, quelque temps après, à rendre une ordonnance contre le traitant des affaires extraordinaires, pour l'obliger à élire domicile à Alençon s'attira le 17 février 1678, des observations sévères et méritées, de Colbert qui jugea le procédé mauvais, parce que, dit-il, « les peuples connoissent par là, que vous n'estes pas satisfait de ceux qui sont chargés des dits recouvrements, et en prennent des impressions, qui ne conviennent pas au service de Sa Majesté (i). »

Le 10 octobre 1673, nouveaux reproches de Colbert au sujet de la levée des francs-fiefs :

« Je ne puis m'empescher de vous avertir que les irrésolutions que vous avez presque toujours dans les affaires du Roy et la lenteur qu'elles causent aux expéditions qui voussontdemandées nuisent considérablement au service de Sa Majesté (2). »

Le 6 juillet 1 674, des instructions lui furent adressées au sujet des propositions faites par les villes d'Argentan, Sées et Verneuil, pour les taxes des arts et métiers. En môme temps des blûmes lui furent infliges, pour s'être permis de faire arrêter de sa propre autorité le commis à la recette des tailles

mai sur les coupes cl le roccpaj,''c des futaies cl taillis de Normandie cl un aulrc arrêt du 17 juin de la même année p(»urraffranchisscmenl des droits de tiers cl danner de la province, l-c ^^o décembre 167!-, Michel Colbcrl rendit une ordonnance pour obliger lf>us les possesseurs de bois, même les ecclésiastiques à faire des déclarations aux ^^elTes des maîtrises de la (iênéralité d'Alen^'on. L'étal des chauiïa^res, passajres cl pâturajjes de la maîtrise d'Ar^a'nlan fui dressé le h; décembre 1^7^ tarch. dcrOrne, série H., maîtrise d'Arpenlan.

(I) IbU. p. 27.>.

0 ItU. p. 2<p.

de Domfront, nommé Marreau et pour avoir commis le vicomte de cette ville, pour cette recette, et pour le recouvrement du droit de franc-fief (i).

Au reste, Tirrégularité des procédés de cet intendant, était devenue intolérable. Il prétendait rester dans la maison qu'il louait de M. de Forbonnais (2), malgré le propriétaire qui lui avait en vain fait signification de la clause de six mois portée par son bail. « Je dois vous dire, lui écrit Colbert le 16 mars 1674, qu'un homme de vostre caractère, qui est dans la province pour faire rendre la justice aux sujets du Roy doit commencer par luy-mesme (3). »

Michel Colbert eut d'autres affaires du môme genre. Il paraît avoir occupé d'abord la maison située au faubourg Saint-Biaise en face le couvent des Capucins, et bâtie en i63o par Charles Fromont de la Bénardicre, qui fut vendue par son fils en 1675 a Madame Flisabelh d'Orléans, duchesse d'Alençon et de Guise et qui devint plus tard Thôtel de l'Intendance (aujourd'hui la Préfecture). Odolant Desnos rapporte, qu'il s'empara ensuite de force, de la maison que les filles de Notre-Dame avaient acquise de M. de BouUemer, gouverneur (4). Il eut l'honneur de recevoir la duchesse d'Alençon lorsqu'elle fit le 1 1 septembre 1676 son entrée dans cette ville où elle fixa son séjour d'été, et où elle résida même constamment, pendant toute Tannée i693-i6<;4 où Alcnçon fut ravage par une épidémie. Ce fut sur les

(ij ItU, p, 047.

(2) Il s'agit sans doulc d'un ancêtre du ccicbre ccononiislc, Vcron de Forlonnais, ne au Mans en 1722.

(3) Lettres, instructions, ctc», l. II, p. 246.

(4) Mémoires historiques sur Alençon, II, 4^2.

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