‹ Etat de la généralité d'Alençon sous Louis XIVChapitre 30 sur 76 · GÉNIE DES HABITANTS, POPULATION · texte numérisé non relu

GÉNIE DES HABITANTS, POPULATION

Au surplus, on ne voit pas que l'industrie des hommes les porte à aller gagner de l'argent hors de leur province, si ce n'est quelques journaliers qui vont aux environs de Paris, dans la Beauce et autres provinces franches, dans le temps des foins, et couper les bleds, dans le temps de la récolte, après quoy ils reviennent chez eux avec le profit qu'ils ont fait, et qui n'est pas peu considérable. La plus grande partie travaillent au labourage de la terre ; d'autres sont artisants qui travaillent à la fabrication des toiles, serges, et autres étoffes de laine, ainsy qu'aux autres arts méchaniqucs ; plusieurs vont exploiter les bois dans les forests, d'autres travaillent à journée. Pour les femmes et filles du commun, elles s'occupent à filer et à appresler les chanvres et laines, dont on fait les toiles et les étoffes de laine.

En général, on peut dire que les uns et les autres ont l'esprit plus pesant que vif, qu'ils sont peu capables d'autre travail que ccluy qu'ils font, et que leur inclination commune, est portée à la culture des terres. L'on remarque seulement, que du costé d'Alençon, ils sont plus actifs et propres pour le commerce, de mesme que ceux qui habitent, devers Domfront

(i) (T. Guibray au temps de Louis XIII, par d. Manccl. n«'licc jointe à la rcpr-nJuclion du dessin de l'r. (hauvel, la Foire Je (iuitrjv en NormauJie f>rès la ville Je Fahise, ^^ravée par Nie. r<^K:hin.

(2) \. Vif 'tire Franche de Caen, établie par Henri IV en i.Si>4. s'ouvrait le lundi de la semaine après Quasimodo.

et Falaise, la partie de ce canton qui est arrousée de la rivière d'Orne; mais ces derniers sont aussy réduits à Tagriculture, faute d'établissement d arts et niestiers et par leur pauvreté. Quelques-uns, du costé de Sées et d'Argentan, ont l'humeur plus séditieuse et ont aussy plus de penchant pour les armes ( i ) ; d'autres du costé de Verneuil, sont en réputation d'estre plus paresseux au travail, quoyque tous, à le bien prendre, soient assez laborieux.

Le peuple estoit constamment plus nombreux autrefois qu'il ne l'est à présent ; Ton voit qu'en i65o il y avoit entre autres dans l'élection d'Argentan dix-sept mille quatre cens soixante six taillables. Suivant la supputation qui en a esté faite en 1697, il ne s'en trouve que seize mille trois cens soixanteneuf.

Dans une autre élection, il s'en trouve près d'un sixième de moins.

Celte diminution paroist encore principalement, dans les

(I) l*n passviirc du livre Je .M. oes Diiiujres i/j Vie Je nos pères en bjssc Xornijn.iie, notes histin-iques i'in-^r.ipln^ues et *sènéjlucsijjues sur /j ville d'Ari^entan, p. ^4. 3.1). peut servir de commentaire à ce juiremenl sur le caractère des habitants et surtout des anciens jrenlilshommes d'Ar^rentan.

€ Parmi les hommes, l'harmonie n'est pas toujours facile à maintenir. I.a plupart ont servi ou servent encore: tous sont chatouilleux sur le point d'honneur. Aussi les renc<»nlres particulières ne sont-elles point rares, l'n vieux ^rentilhomme. dont oxx nous a raconté maintes prouesses, devait être le type de ce «renre. >»

Dans mon étude intitulée La Ville èpiscopale de Sées en /fov. j'ai cite plusieurs traits qui tenii>i^nent de l'humeur batailleuse des anciens Sagiens. irentilshommes et j^ens de robe.

villes, dont la pluspart des habitans, pendant la dernière guerre, ont abandonné (i), à cause des différentes taxes imposées sur les villes pour les besoins de TÉtat. Et tant dans les villes que dans la campagne les recreues, comme nous avons desjà dit, ont enlevé beaucoup de personnes qui ne sont point retournées. Il en est mort aussy une quantité les années 1690 et 1694, et enfin, il est sorty du royaume, beaucoup de religionnaires qui estoient habitués dans ce pays.

Il pou voit y avoir environ quatre mille Huguenots avant la guerre, dont près de trois mille demeuroient en la ville dWlençon et y faisoient le plus gros commerce ; le surplus estoit dispersé dans quelques autres lieux, dont il en est sorty peu ; mais la plus grande partie de ceux de la ville dWlençon ont passé en Hollande et en Angleterre, avec leurs effets, qui consistent uniquement en argent, ou marchandises qu'ils ont vendues.

Il reste à dire un mot de certaines choses qui regardent le pays en général, comme les eaux minérales, le salpêtre, les foires cl marchés, et les lieux où le débit des bestiaux, des marchandises et denrées se fait, les princes et les principaux seigneurs de la cour qui possèdent des terres dans ce pays, et les plus anciennes et illustres maisons qui en sortent ou qui y subsistent, et ensuite quelque chose de chacune des meilleures villes et bourgs en particulier.

Pour les eaux minérales il ne s'en trouve point dans le pays, sinon celles dont il a desjà été parlé cy-devant et qui sont dans

(1) I/abandonncmcnt ou dc^'"iicrpisscmcnt avait lieu lorsqu'un immeuble était sniinijs à des charircs qui en surpassaient la valeur. De là le verbe aband< Miner. empl«»yë neutralement.

le vicomte de L'Aigle, en la paroisse d'Ecubley, lesquelles passent pour être bonnes pour le mal de la pierre.

L'on trouve aussy peu de salpêtre, sinon dans Telection d'Argentan où les colombiers sont assez communs.

FOIRHS ET MARCHÉS

Comme le débit des bestiaux, marchandises et denrées, ne se peut faire que par le moyen des foires, il y en a de considérables en différents lieux, et successivement, pendant toute Tannée. Les plus fréquentées sont :

Celle de la Guibray (i ) qui commence au seizeyesme d août et dure huit jours entiers. L'on sçait que c'est une des plus belles et principales foires du royaume, par le concours des marchands de Paris, Rouen, Caen, et des provinces voisines, lesquels y ont la pluspart en propriété leurs loges et boutiques fermées, et le grand débit qui s'y fait de toutes sortes de marchandises de laine, de soye, orfèvrerie, mercerie, quincaillerie, toiles, cuir et de toute sorte de bétail, mais principalement des chevaux qui sont nourris et élevés, comme il a esté dit, dans les herbages du pays d'Auge.

Celle du mesme lieu, de Cluibray (i), que Ton appelle communément la petite Guibray, au i6 septembre, une au mesme lieu au oo du mesme mois ; à Falaise, le 20 juin ; à Sainl-Pierre-sur-l)ives, le id mars, 19 may, 22 juillet et 4 septembre.

Au bourg de Bréouze, le mcrcrcdy d'après Pasques, le

(I) Cf. Amcdcc McricL Histoire de Falaise, foire Je (iuitrav, Hcllcnic, (G. Lcvachcr, iV)i\), in-îî» de i7«> p>.

lendemain de la Trinité, le i**^ juillet et le lundy de devant la feste de Sainte-Catherine.

Au bourg de la Ferté, le 22 septembre et le 29 octobre (i).

Au bourg de Thury, le premier lundy de Caresme.

A la Carneille, le 22 septembre (2).

Au Bois-Halbout, le 3 février.

A Mezidon, le 26 juillet.

A Carouges, le 1 1 novembre (3).

A Saint-CIair-de-la-Pommeraye, le p** décembre.

A Rabodange, les 18 juillet, 22 mars, 29 avril, 22 juillet et 18 octobre.

A Argentan, il se tient six foires par an : la première, aux festes de la Pentccoste, la deuxième au i'"*aoust, la troisième à la Toussaint, la qualriesme à la feste Saint-Vincent, la cinquicsmc à la Q)uasimodo, et la sixiesme à la fôle de Saint- Bcnoist.

(1) Dans un tableau des foires de rarrondisscment de Domfront, dresse en ir»ii, nous trouvons quelques indications, qui, pour être d'une époque relativement récente n'en ont pas moins un intérêt historique : « Les foires de La Ferlé sont assez importantes par la vente des bêtes à cornes, des Coutils, passenKiilLiies, rubanneries et rouenneries, dont il se fait un commerce consUtrable. » Les foires du 22 Septembre et de la mi-carême sont sii^nialccs comme les plus considérables de la l'erté par la quantité de bélos à cornes qui s'y vendent.

(2) D'après une dcciarati<»n des habitants, en ifx/), les droits des foires et marches de la Carneille se montaient aU)rs à loo livres iIL de la l'errière. Histoire du cjviun J'Athis, p. ^(hj).

(,>) On possède la copie d'une enquête qui atteste l'importance des foires de C*arrou;:es à la lin du xiv siècle (Manuscrits conservés dans le« Archives de l'Orne, n- 2<>>.

Il se tient huit foires par an, proche la ville de Domfront, sur une plaine en brières (i).

Il y a cinq foires par an qui se tiennent en la ville de Lisieux, deux à Orbec, une à Livarot, une à Blangy, une à Fervaques, une à rHostellerie, une à Lieurey et une à Folleville.

Il se tient trois foires à Bernay, par chacun an : la première qui dure les mercredy, vendredy et samedy de la semaine de la Passion ;' la seconde, le mardy des festes de la Pentecoste, et la troisiesme le lendemain de la Notre-Dame de septembre.

II s'en tient aussy à Beaumont-le-Roger, au Neufbourg, Harcourt, Breteuil, Damvilie, Rugles, Lire, Condé, et Notre- Dame-du-Val.

Il se tient tous les ans, une foire, à un quart de lieue de la ville de Verneuil (2), le jour de Saint-Denis, et à TAigle trois,

(1) Le tableau des foires de rarrondisscmcnt de Dom front, en sig^iale neuf dans le chef-lieu comme importantes, « à raison de la [^rrande quantité de bœufs vaches et génisses qui s'y vendent habituellement. Les marchands du pays d'Auge viennent s'y approvisionner pour peupler leurs herbages; il s'y vend en outre beaucoup de toiles, qu'on reporte surtout dans les départements méridionaux. Ces neuf foires sont encore importantes par la vente des fers des forges de Varennes, Chaillant, Port-Briet et Arron. » A la foire du premier lundi de janvier, il ne se vendait pas tant de bètes à cornes qu'aux autres, mais beaucoup de porcs, brebis, laines, toiles, fils, fer, étoffes de toute espèce, quincaillerie, boisterie, comestibles. — Voir Thebault de Champassais, Mémoire historique sur les ville et domaine de ^Dom/rofil, p. 21 (.\nnuaire de l'Orne 1868).

(2) A un kilomètre de Verneuil, existait une chapelle dédiée à saint Denis, élevée, dit-on, en souvenir de la bataille que les chevaliers Français livrèrent aux Anglais, sous les murs de Verneuil en 1424. Montjoie et saint Denis, était comme on sait, le cri de guerre des Français. On prétend qu'un vieux guerrier s'y bAtit un ermitage, qui devint plus

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scavoir le jour de saint Martin d'hivert, le jour de saint Benoist et le !•' vendredy du mois de septembre.

A Chateauneuf, les i6 juin et 3o novembre.

La foire appellée le Grand Lundy, qui se tient tous les ans en la ville d'Alençon, le deuxiesme lundy de Caresme, et une autre, le lendemain de la Chandeleur, sont assez considérables pour les chevaux et les bestiaux ; il s'y en tient encore d autres, scavoir la iMy-Carême, le lendemain de la Nativité de la Vierge, et le jour et feste de saint Mathieu.

Il se tient aussy, par chacun an, plusieurs marchés dans rétendue desdites élections :

A Alençon, trois par semaine, scavoir le lundy, le jeudy et le samcdy ; celuy du jeudy est le plus considérable ; et au Mesle-sur-Sarthe, le mercrcdy.

A Argentan, tous les lundys de chaque semaine (i).

tard un lieu de pêlcrinag^c célèbre, où Ton se rendait principalement le jour de la Saint-Denis. Telle est l'orijjine de la foire dont il est ici fait mention et qui, encore aujourd'hui, est la principale de Vcrneuil. Depuis plus d'un siècle, elle se tient dans rintérieAr de la ville, comme les autres foires.

M. Rog:er. maire de Verneuil, de qui nous tenons ces détails, nous apprend qu'à l'occasion de cette foire de Saint-Denis, il se pratiquait à Verneuil un usa^'^e que ncnis retrouvons à Argrcntan. P<mr permettre aux marchands qui venaient à cette foire de se diri«rer. pendant la nuit, à travers la forêt, on avait coutume de sonner les cl^nrhes de la ville à toute volée, dans la soirée qui précédait la Saint-Denis. Cet usajre s'est perpétué jusqu'à nos j(»urs.

(i) Pendant la Révolution les marchés dWr^entan, au lieu de se tenir le lundi, furent fixés arbitrairement par l'administration, à des intervalles irrégruliers, de o ou de 7 en 7 jours, suivant le jour où tombaient la décade et les fêtes nati«>nales. Mais dès le commencement de l'an I.X, on tendait à

A Ecoucné, les vendredis ; à Trun, les jeudis ; à Vimoutiers, les lundys ; à Falaise, les mercredys et samedys de chaque semaine ; à Saint-Pierre-sur-I)ives, Pont-d*Ouilly et Bréouze les lundis (i).

A Thury, les mardis; et à la Carneille, à la Ferté-Macé et au Pont-Escrepin, les jeudis; à Bois-Halbout, les vendredis, et àRasnes et Mézidon, les samedis.

A Domfront, les lundy, mercredy, et samedy de chaque semaine ; à Lonlay, le mardy ; à Juvig^îy, Passais et la Ferrière, le mercredy, et à Sepforges, le jeud .

revenir à l'ancien syslcme hebdomadaire, et à ramener les marchés aux jours de la semaine consacrés par un usage séculaire. L'administration s'en émut et vit dans un fait si simple un symptôme inquiétant. Le sous-préfet dWrjrentan. M. l><»uffcy. homme de sens, se fît l'écho de ces inquiétudes dans une lettre qu'il adressa à son chef hiérarchique, le 9 prairial, an IX :

« Ce chan^icmcnl. dit-il, afflige les vrais amis des institutions républicaines qui y vnjent l'intention arrêtée, d'éluder la loi, et un retour à dos anciens usages qui ne peuvent être rappelés d'une manière partielle sans nuire aux marches. ré^Hés depuis plusieurs années sur l'ordre décadaire. »

La fixation du marche d'Ari^entan au mardi, n'eut lieu qu'en vertu d'un arrêté du préfet, en date du zd novembre iîk).'', à la suite d'une décision du Ministre de l'inlérieur. obtenue le iM du même mois.

(I) Pendant la Révolution. Hriouze. au lieu d'un marché par semaine, le lundi, en eut {\i:u\ par décade, les primidi et scxtidi. Les haletants et les marcha.Kis s'en plai;:nirenl et. le 1 1 messidor an L\, le citoyen Le('r»uturier, maire, adressa à ce sujet une pétition au Ministre de llntérieur:

« Le marché de lîriouze est sans contredit, le plus fort de toute la cidevant province de Normandie. Les marchés qui se tiennent les primidi et sextidi de chaque décade sont trop multiplies ; cela est nuisible au commerce, attendu que les laboureurs, marchands, artisans et manouvricrs n'ont pas le temps d'apprêter leurs différentes marchandises. I*ar ces motifs,

A Lizieux, les mardy, jeudy et samedy de chaque semaine.

A Thiberville et Fervacques, le lundy ; au Sap, le mardy ; à Orbec et Blangy, le mercredy ; à Livarot, le jeudy ; à Lieurey et Gacey, le samedy.

A Conches, le jeudy ; au Neufbourg, le lundy et le mercredy ; à Harcourt, le mercredy ; à Breteuil, le samedy ; à Damville. le mardy ; à Rugles, le vendredy ; à Lire, le lundy et à Baubray, le lundy.

A Bernay, le mardy, jeudy et samedy ; à Montreuil, le lundy ; à la Fert^e jeudy ; à Chambrois, le mercredy. A Vemeuil, les lundys et vendredys.

A Laigle, le mardy ; à Chesnebrun, le jeudy, et à Bourg, le samedy.

A Chateauneuf et à la Ferté, le mercredy ; à Bressolles, le samedy.

Tous ces marchés et foires sont d'autant plus fréquentés, que les grands chemins et ponts se trouvent en bon estât.

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