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JLlîLRT ni-: I30i:VII-Li: (I6îî2.i60g)
Michel-André Jubert de Houville, chevalier, marquis de Bizy, d'une ancienne famille de la Généralité de Rouen, d'abord
(I) Archives nationales, 5>7/i.
avocat général à la cour des AidesL avait été nommé intendant de Limoges en 1676, de Moulins en octobre 1678. 11 lut envoyé à Alençon, à la fin de 1682, ou au commencement de i683.
11 nous est possible, au moyen de la Correspondance des contrôleursgcnérauXy desu'wrCjSLnnée par année, les principaux actes de son administration.
Le 12 mars i683, il se fit envoyer par Colberl, les plans et devis des travaux relatifs à la rivière de Touque, dressés par Bruand, ingénieur. 11 présenta lui-môme, Tannée suivante, un projet pour rendre l'Orne navigable, depuis Argentan jusqu'à Caen, projet plusieurs fois repris jusque dans noire siècle. Le 6 juillet i683 il avait entretenu Colberl de la réparation de la partie du chemin de Paris à Caen, passant sur le territoire de la Généralité d'Alençon (i).
Le 8 mai 1684, il proposa au contrôleur général l'adjonction de deux trésoriers de France à l'intendant, pour le département des tailles, et lui fournit, en môme temps, des noies sur la capacité et la sûreté de chacun des trésoriers de la Généralité. Quelque temps après, il signalait l'apparence inquiétante des récoltes. Le 3i juillet de la môme année il présenta un projet de règlement, pour les nominations des collecteurs, dans lesquelles se commetlaienl de grands abus, que les intendants, dit-il, ne peuvent empêcher, parce qu'ils ne peuvent connaître des malières contenlieuses qui apparlicnnenl aux élus, et par appel aux cours des Aides. Dans sa lettre du 22 août, il signale les irrcgularilcs dont sont remplies les échelles des collecteurs; ceux qui ont du crédit, trouvant moyen de n'être pas portés
(I) Mém. hist, sur Alençon^ t. n, p. 453. Lettres^ instructions et mémoires iic CoUert, t. IV, p. 55o, 55ç.
sur ce tableau et d'échapper à la collecte. Le lo décembre il écrit au contrôleur général : « La chose la plus utile que vous puissiez faire pour le peuple, est la réforme des élections, en ôtant les mauvais officiers (i). »
L'arrêt du Conseil, du 14 février i685, qui interdissait la mendicité et chargeait chaque paroisse de nourrir ses pauvres en y faisant contribuer les ecclésiastiques pour un sixième, les seigneurs et autres propriétaires laïques pour trois quarts, et les fermiers et locataires pour le reste, donna lieu, de la part de M. de Bouville, à des observations qui furent adressées au contrôleur général. Il signala les vices qu'il apercevait dans ce règlement et le peu de résultat utile qu'il en attendait. Le 23 avril de la même année, il fit un rapport sur les travaux publics de sa Généralité. Au mois d'août suivant, il adressa au contrôleur général, plusieurs mémoires sur les hôpitaux, notamment un mémoire des habitants de Nogent-le- Rotrou (2).
M. de liouville ne parait pas s'être signalé par un zèle extraordinaire dans l'exécution des mesures qui accompagnèrent la révocation de l'édit de Nantes. L'activité déployée par les officiers du bailliage et du présidial d'Alençon, dans les procès nombreux qu'eurent alors à subir les protestants, dut lui paraître suffisante. Le 4 mars i665, par exemple, le lieutenant général au bailliage ayant été averti que quelques catholiques s'étaient laissé attirer à la religion protestante, fit défense aux ministres et aux anciens de se livrer à aucune propagande, sur les peines portées par les édits. Le 29 août 1676, Marthe Levesque, veuve
(1) Correspitiidancc des contrôleurs généraux, n-^ 64, 70. 0, io3, i35.
(2) Itid^ 12. i03, 32.
Courtois, fut condamnée au bannissement et à la confiscation, pour être retournée au protestantisme, après avoir fait abjuration. Louise Baroche, veuve Cardel et Simon Courtois, convaincus d'avoir contribué à la pervertir, furent condamnés, après un mois et demi de détention, à 20 livres d'amende, et aux frais (1).
Pour ce qui est de M. de Bouville, il semble s'être borné à exécuter les instructions des ministres. C'est ainsi que le dimanche 4 juillet i683, il se transporta à l'extrémité du faubourgde Lancrel, au lieu dit Saint-lsige, où était situé le temple des réformés, accompagné de Pierre Chenart, curé de Notre-Dame d'Alençon, de Charles Le Sage, aumônier de la duchesse de Guise et d'Alençon, pour signifier aux ministres, Elie Benoît et Sauvage, et aux anciens du consistoire, la lettre pastorale du clergé de France. Sauvage, après que l'intendant eut fait connaître l'objet de sa visile, répondit: « Nous espérons de la justice de Sa Majesté qu'elle ne voudra pas nous contraindre en nos consciences, dont l'empire appartient à Dieu seul qui est le maître et le roi des cœurs. » 11 fit ensuite l'éloge de l'intendant, rendit hommage aux vertus de la duchesse de Guise, aclucUenient à Alençon, et témoigna de son respect pour le clergé de France et pour ses membres présents. « Mais,ajoutat-il, nous sommes dans l'obligation de dire icy que, dans l'état où en sont les choses, ces Messieurs du clergé n'ont aucun pouvoir ni aucune juridiction sur nous, à l'égard de la religion et de sa discipline. Nous vivons dans une communion séparée de la leur, et ne sommes point du nombre de leurs brebis.
(1) Ephànéridcs alençontuhes, publiées dans VA\cnir Je VOrne, — Les procès de relaps sont nombreux dans les Minutes du bailliage dWIençon.
Pour ce qui est de la réunion de nous tous dans une mesmc église, nous la souhaitons ardemment. Mais quelq uc souhaitable qu'elle soit, nous ne la désirons pas, pourtant, aux dépens de la vérité. La paix est belle, mais la vérité est sacrée. Suivons la vérité avec la charité: ce sont les paroles d'un grand apôtre. »
Après ce discours, le curé de Notre-Dame prit à son tour la parole et dit: « Monseigneur l'intendant est venu ici aujourd'hui, par un ordre exprès de Sa Majesté, pour vous inviter à cette réunion d'une manière très sincère ; et pour vous y porter encore davantage, j'ai ordre de vous lire une lettre pastorale composée par Nos Seigneurs de l'Assemblée du clergé de France.
Après la lecture de cette lettre. Sauvage, s'adressant à l'intendant, prolesta contre les accusations qu'elle contenait et déclara que le roi n'avait pas de plus fidèles sujets que les Réformés. L'intendant remit ensuite aux assistants, plusieurs exemplaires de la lettre pastorale, et se retira (i).
En 1684, l'inhumation d'une dame Boullay, protestante, donna lieu à un véritable tumulte, dans le faubourg de Montsort. La même année, une procédure fut commencée contre Llie Benoit, ministre, pour avoir altéré les registresdu Consistoire (2).
L'instruction de ce procès se poursuivait enc(M'e lorsqu'arriva la révocation de l'edil de Nantes (2 octobre i6M5). Benoit écrivit alors de Paris, le 2; octobre, au procureur qu'il
II) Archives nati>nalcs 1. 1. 2-0. M. de Bouvillc cul à examiner, vers la même époque, une requête présentée par une vinj^taine Je propriétaires protestants de Hadon, au contrôleur y:énéral, pour être dispensés de contribuer à la coni^lructi »n du presbytère de cette paroisse ^ibU. 1. 1. 2.^."»).
(2j Les pièces de ce procès existent dans le fonds du bailliajre d'Alenvon, année i^».*^.
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avait constitué: « J aurois bien souhaité estre en état de vaquer moi-môme à cette affaire. Mais aiant plu à Sa Majesté ordonner à tous les ministres de sortir du royaume dans quinze jours je suis obligé d'obéir à sa volonté, ce qui m'oste le moien de répondre aux poursuites criminelles que Ton fait contre moi. VA comme Tordre de sortir du roiaume met fin à toutes les affaires où la religion avoit quelque part, celle que Ton m'a faite, doit estre finie par là comme les autres, puisque Tédict, me juge et que Ton ne peut plus faire le procès à un homme jugé. Je ne puis satisfaire à deux ordres contraires, dont l'un m'ordonnant de me représenter, et l'autre me défendant de demeurer dans le roiaume plus de quinze jours, qui sont desjà passés en partie; il est plus juste d'obéir au souverain qu'au subalterne; et l'obéissance que je rends aux ordres du Roy ne peut passer pour rebeHion à justice. » Signification de cette lettre et des conclusions conformes du procureur, qui demandait la main-levée des meubles saisis d'Klie Benoit, fut faite au bailliage le i3 novembre. Nous ignorons s'il y fut fait droit (i).
Dès le 25 octobre \ii\5 une requête avait été présentée par le curé de Notre-Dame, président du conseil d'administration de l'Hôpital d'Alençon, pour être autorisé à faire démolir le temple des protestants, dont les biens avaient été déclarés acquis à cet établissement. Dès le lendemain, M. de Boullemer, lieutenant général au bailliage, se transporta à l'extrémité du faubourg de Lancrel, où était situé le temple, et en fit faire l'ouverture par Georges Le Marié, concierge. Le mobilier se composait d'une grande chaire où se pk^ait le ministre, d'un
(i) Plus lard une partie dos biens de Henoii el des autres ministres fui restituée par le lise.
pupitre, couvert de serge verte, d*un j^n*and cadre dore, garni de toiie bleue, sur laquelle étaient écrits les commandements de Dieu, en lettres d'or, de cinq boites de cuivre servant aux quêtes, d'un banc situé en face de la chaire du ministre, réservé aux catholiques, et surmonté des armes du roi. Les autres bancs étaient au nombre de cinquante-neuf, de quinze à vingt pieds de long environ, plus une douzaine d'escabeaux. Le temple avait 84 pieds de long, et 62 de largeur, à l'intérieur ; trois grandes portes, munies de tambours, et 16 fenôtres dont huit hautes et huit basses. Il était lambrissé de douves de bois, couvert de tuile et surmonté d'un coq, comme on le voit par le procès de 1681, cité plus haut. Il était dans un enclos, renfermant la maison du concierge, et Ton y entrait par une grande porte à deux battants, et par une petite porte. Les bibles et psautiers furent saisis. Quant aux quatre coupes en argent, servant à la cène, ils avaient été déposés dans la maison d'Abraham Lecomte, l'un des anciens (i).
La même mesure fut appliquée à tous les autres consistoires de la Généralité.
Alençon eut aussi ses dragonnades et ses missions cuirassées. Le 24 novembre i6.S5, fut affichée l'ordonnance suivante :
« De par le Roy, les maire et eschevins de la ville dWlençon. Sur fadvis qui leur a esté donné, que, au préjudice de leurs ordonnances publiées, les gens de la k. i». k. ne laissoient pas de demeublcr leurs maisons [2} et de divaguer journellement;
(1) Minutes du baillia^rc.
(2) I-c 3 ntivcmbro i<»'».î une p'-'rquisition fui faite dans les maisons des protestants. >ur ravis qui lui fut donné que la plupart d'entre eux se retiraient de la \ille, et vendaient leurs meubles (Minutes du bailliaj^e).
et sur Tadvis, à eux aussy donné, que les troupes du Roy dévoient arriver en cette ville, aujourd'huy ou demain, pour estre logez chez les dits de la r. p. r ;
« Nous avons fait itérative défenses auxdits de la r. p. r. d'enlever aucuns de leurs meubles, ny mesme de sortir de cette ville, sans notre permission, sur peine de punition corporelle et de confiscation de leurs biens, comme estant rebelles aux ordres de Sa Majesté (i). A laquelle fin, enjoint à tous habitans de la dite ville et faubourg d'Alençon de les arrester.
« Fait à Alençon, à THostel-de- Ville, le 24 novembre i685.
« DE BOULLEMER, BUHÉRU-DES-PLANCHES, des CHENES-THOMAS (2). »
Malheureusement les rigueurs exercées contre les protestants ne firent que s'aggraver, lorsque Ton vit que les ordres du roi et les missionnaires bottés de Louvois n'étaient pas suffisants pour opérer les conversions en masse sur lesquelles on avait compté. En même temps, la situation intérieure et extérieure de la France devenait de jour en jour plus mauvaise, depuis que Louvois était devenu le principal ministre. On en avait été réduit à recourir aux expédients, aux édits bursaux. On avait créé, par exemple, de nouvelles charges de notaires, et comme il ne se présentait pas assez d'acquéreurs, M. de lîouvillc, crut devoir proposer d'autoriser ceux qui se présenteraient pour acheter les nouvelles charges, de les faire
(Il Par sentence du baillia^rc d'Alcnçon en date du 7 novembre i685, une amende de 3.ax) livres au profil de l'I lôlel-Dicu fui pnMioncée contre Pierre et Abraham Ciiilot, Pierre Ardcsoif. Daniel Allix. avr»cal. Samuel Ksnout, chirur.iricn, et autres, faisant profession de la K. P. K.. absents de leur domicile (Minutes du baillia^'^c).
(2) Archives de l'Orne, série K. Municipalité d'AIen^on.
exercer par des fondés de pouvoir, afin d'engager les ifentilshommes et les gros bourgeois, r. se les faire adjuger. Le (6 octobre, il envoya au contrôleur général, des états des recettes de chaque cabaretier ou débitant, afin que Ton fût à même de voir ce que Ton en pouvait tirer. Le 17 octobre, il avait été invite à ne faire de nomination d'office de collecteurs, qu'en cas de refus des paroisses, et à se contenter de presser les habitants, de faire ces nominations. Le 2 décembre, il annonçait que les nominations paraissaient se faire régulièrement, mais qu'il ne pouvait empêcher les fraudes employées certains habitants aisés, pour éviter d'être collecteurs, ne pouvaient être déjouées que par les nominations d'office (i). Des scènes affligeantes pour l'humanité eurent alors lieu à Alençon, comme dans presque toutes les localités où le protestantisme avait eu des adhérents, que l'on prétendait convertir, bon gré mal gré. Les malades étaient pressés, à leur mort, de sollicitations intempestives ; on en vit se débattre sur leur lit de souff*rance, pour disputer leur foi aux convertisseurs. En exécution de la déclaration du roi, du 29 avril 1686, il n'était pas permis d'inhumer les corps des prétendus nouveaux convertis qui avaient refusé les sacrements: et leur cadavre restait ainsi souvent plusieurs jours, dans la maison mortuaire, exhalant une odeur méphitique (2). On vit avec horreur les corps des personnes les plus honorables, traînés aux fourches patibulaires, par la main du bourreau, comme les
(1) (jorrcsponJjnce Jcs contrôleurs gùnèrjiux, n<* i5r,, 32o, .^O.
{2) Procès fait au cadavre de Jean Moreau, dit Frappe d'abord^ soldai du réjrimenl Dauphin, de la conipa«rnie de La Villedieu, décède à Thùlel Dieu d'Alenv'on, au mois de décembre !'».%.
plus vils scélérats. Cette infamie ne fut pas épargnée à plusieurs dames des meilleures familles de la ville d'Alençon. Lorsque le cadavre de la dame Hourdebourg, veuve de M. Le Rouillé, fut ainsi livré aux bourreaux, une pauvre femme Jacquine Aubry, qui avait, comme bien d autres, abjuré, de bouche, le protestantisme, dit tout haut qu elle était une sainte et qu'elle eût voulu être comme elle.
A la suite de ce propos et de plusieurs autres, injurieux à la religion catholique (i), Jacquine Aubry fut décrétée de prise de corps et poursuivie comme relapse. Une de ses amies déclara qu'un jour, qu'elle la félicitait d'ôtre revenue à la religion
(I) Dans rinlcrroj^atoirc do jacquine Aubry, nous relevons l'article suivant :
« Inlern\Lrcc si clic n*a pas dii qu'il y avoit un cure qui avoit baptisé en latin plus de cent enfants, au nom du diable, dont elle feroii preuve.
« A répondu qu'ayant entendu chanter certaine chanson, elle dist que c'cstoit du curé de la Ilaye-du-Puy en (otcntin. qui avoit baptisé, en latin ou une lan^^ue non entendue, plusieurs enfans. au nom du diable, et que l'on luy avoit fait l'aire son procès di»nl elle avoit eu le factum: ce qui se seroit passe dans le temps qu'il fut rapporte de la ville do Rouen, qu'il y avoit une charretée de sorciers. «•
Les bois de la Ilaye-du-Puits larr. de (duîanccs. avaient au xvii* siècle la réputation d'être un lieu fameux de réunion pour le sabbat. Dans une enquête qui eut lieu à ce sujet, en i^y». une des dep>santes déclare que le diable qui présidait rassemblée avait contrefait sur elle les cérémonies du baptême (de Ponlauniont, Xintrclics rcclicrchcs sur ics l>f\'tctLiucs posscssiims diaboliques, survenues Jaus h vicomtt- Je Carentan.
On sait en outre qu'en i^»72, le parlement de Rouen tit arrêter un ;^rand nombre de bergers et autres jrens de ce pays, accuses d'être sorciers, et qu'un arrêt du Conseil, rendu le 2^) avril de la même année, ordonna de rclûcher tous les accusés.
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catholique, « où clic trouveroit beaucoup de douceurs et où Ton n'enteiToit pas les morts comme des chiens, » la dame Aubry repondit « qu'elle ne se souciait point de cela, qu'elle estoit venue à la religion cuirassée, et qu'il falloit bien sauver son bien comme Ton pouvoit. »
La môme déposition nous fait connaître un fait, qui n'est pas sans intérêt. C est qu'après que les ministres eurent été chasses, un inconnu portant cette qualité, eut la hardiesse de pénétrer dans la ville d'Alençon. Jacquine Aubry alla de maison en maison, chez plusieurs nouveaux convertis, pour les avertir, entre autres chez Gilbert, gendre de la veuve Loppé, les dames Brière, Granger, apothicaire, les Boullay, teinturiers, Vauperron cl Loppé, les nommés Graffin, Boisguerin et Louvel; ensuite de quoi tous s'assemblèrent de maison en maison. Le missionnaire l'ut arrêté, emprisonné, et nous ignorons quelle fut l'issue de son procès. Quant à Jacquine Aubry, les juges ayant égard aux signes de repentir qu'elle donna, et aux raisons qu'elle fit valoir contre ses accusateurs, qu'elle dénonça comme ayant agi dans des vues d'intérêt, pour s'emparer du peu de bien qu'elle avait, elle fut condamnée, après la prison préventive qu'elle avait subie, à une grosse amende eu égard à sa fortune, et à la prison, pendant un mois, Jurant lequel elle dut être conduite par le geôlier pour assister aux messes dites les j(;urs d'audience en la chapelle du palais, à genoux, tenant un cierge allumé. Llle fut soumise en outre, durant sa détention, aux visites journalières des personnes ecclésiastiques, pour recevoir leurs exhortations.
I/émigration produite par les vexations auxquelles étaient en butte les protestants et les prétendus convertis, n'avait pas tardé à prendre des proportions telles i|ue l'intendant en avait
été effrayé. Aussi le 27 janvier 1687, proposa-l-il un expédient au contrôleur général, pour les retenir malgré eux à Alençon :
« Depuis que la taille ne se lève plus dans la ville d'Alençon par capitation, mais par imposition sur les denrées, et que le tarif de cette imposition est joint à la ferme des Aides, tous ceux des habitans qui veulent transporter leur domicile, dans une ville franche ne peuvent être assujetis à payer dans leur ancienne résidence, pendant les dix ans portés par le règlement de 1634. Les nouveaux convertis profitent de cette facilité pour aller se cacher à Paris, et la crainte des troupes poussera les plus riches habitants à prendre le même parti, si Ton ne les oblige à payer au fermier des aides pendant dix ans, une somme égale à celle de leur consommation de la dernière année. »
Si Alençon se dépeuplait, par Témigralion des familles protestantes, un mouvement en sens inverse se produisait à la même époque, dans le but de profiler des avantages assurés aux Alençonnais par le tarif.
« Comme félection du Mans n'est séparée de celle-ci que par la rivière, les plus riches habitans des paroisses voisines, ne manquent pas de transférer leur domicile de celte élection dans Sainl-Paler, après quoi ils font une nouvelle translation pour, de cette paroisse, venir en celte ville, où, par ce moyen ils se trouvent exempts de taille, au lieu que s'ils Jcclaraient venir droit en cette ville, ils payeraient toujours la laille, parce que les villes de tarif ne peuvent acquérir de laillables. »
L'intendant proposa de rendre un arrêt pour ordonner que les habitants des paroisses de Normandie qui transféreraient leur domicile, pour venir ensuite s'établir à Alençon, continueraient à payer la taille dans la paroisse qu'ils avaient quittée. Cet expédient fut agréé par le contrôleur général ;
mais il n'en fut pas de môme du prcijiicr proposé dans le but de retenir les nouveaux convertis à Alençon ; le contrôleur général répondit, le 26 février, que le procédé lui paraissait trop extraordinaire.
D'autres villes, notamment Argentan, avaient été affranchies de la taille par l'établissement du tarif. Le 20 novembre 1687, M. de Bouville transmit au contrôleur général: i** les plaintes du fermier des aides contre les adjudicataires des droits fixés par le tarif dans cette ville qui, étant tous hôteliers et cabaretiers favorisaient les fraudes sur les droits d'entrée, et le fermier demandait, en conséquence, à être chargé de la perception, ou subrogé aux adjudicataires, ce qui ne fut accordé par le ministre que moyennant une augmentation du prix du bail ; 2** une requête du séminaire de Lisieux, pour l'exemption des droits d'entrée qui ne fut également accordée qu'avec restriction ; 3*» une réclamation du fermier des Aides, au sujet de l'emploi obligatoire du papier timbré.
A la même date, M. de Bouville, demande que les officiers de judicature soient traités comme ceux des eaux et forêts, c'est-à-dire taxes d'office par l'intendant, pour empêcher les collecteurs de les surtaxer. Le 1 1 décembre suivant, M. de Bouville ajoutait, que si certains collecteurs surtaxaient les magistrats par animosité, ceux-ci, d'autre part, abusaient parfois de leur caractère contre les collecteurs. Le 4 décembre il avait signalé comme abusifs, les privilèges des gardes étalons, et autres officiers.
Les gabelles furent, en 1O87, l'objet de deux lettres de AL de Bouville. Les officiers de l'élection d' Alençon, accusaient, d'une part, le receveur du grenier à sel, de donner certaines facilités, aux pauvres gens, les jours de grande livraison, et
d autre part, les commis, de môler du faux sel, au sel des gabelles, et un monitoire avait même été lancé contre ces derniers.
Le 19 juin, M. de Bouville avait proposé d'autoriser une conférence, entre les intendants des trois Généralités de Normandie, pour Tadoption de règlements uniformes et cette proposition fut approuvée.
Mais la question des nouveaux et mauvais convertis, qui occupait M. de Bouville au mois de janvier 1687, paraît avoir été, pour cet administrateur, zélé et intelligent, l'objet d'une préoccupation constante. Le 12 mars et le 22 décembre, il avait présenté des mémoires, sur la nécessité d'établir des hôpitaux généraux dans les principales villes de son département et d'affecter à leur entretien, les octrois ou même les revenus communanx, et il proposait d'y recevoir, non seulement les pauvres, devenus plus nombreux parl'accroissemcntdcscliarges publiques, mais aussi les fils des nouveaux convertis, de même que les couvents, où les maisons des Nouvelles Catholiques recevaient leurs filles (i).
La correspondance de M. de Bouville pour Tannée iW}8 et pour les premiers mois de 1689 qu'il passa encore à Aleni;on est moins chargée. Il appuya une demande des habitants de
(I) Correspondance, n*^ 160, 369. 421. 428, 442. 470, 49^, 5o3, 504. — I.e 7 septembre 1688, il rendit une ordonnance pour renvoyer devant le lieutenant criminel Abraham Le Sage, marchand d'Alcnçon, ayant fait abjuration au mois de décembre i(jH5, par crainte des dragons, et coupable de ne pas s'être découvert devant le Saint-Sacremcnl. Apres une instruction qui ne dura pas moins do deux ans, il fut condamné au bannissement et à la cf)nfiscation. l'ne somme de 40 livres fut prise sur ses biens p«)ur faire faire un tableau en Thonneur du Saint-Sacrement.
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Bernai, qui désiraient employer à la construction d'un hôpital général, les fonds épargnés, sur ceux qui leur avaient été accordés par le roi, pour la construction de Téglise Sainte- Croix. Il se montra également favorable, à une demande des habitants de Châteauneuf-en-Thimerais, qui voulaient établir dans cette ville deux sœurs grises, à l'entretien desquelles ils destinaient une somme de 3oo livres, à prendre sur leurs deniers communs, montant à 700 livres: « ChAteauneuf est un lieu où il passe quantité de troupes et qui est rempli de pauvres; les malades n'y sont pas soignés ni les enfants instruits. » Le 20 février 1O89, M. de Bouville envoya un état des revenus patrimoniaux des villes de sa Généralité.
Les rapports de AL de Bouville, pour Tannée i638, font connaître que la recette des tailles, se faisait alors assez complètement, mais au moyen d'exécutions de meubles et d'emprisonnements continuels. Celte manière de faire payer la taille est trop dure, dit l'intendant, et les receveurs en usent systématiquement, pour avancer les rccouvrenicnls. L'emprisonnement, qui est taxé à oo sols par l'huissier, coule souvent au malheureux collecteur 100 livres, pour les gilcs cl geôlages qu'ils sont obliges de payer. Ceux-ci ne demandent qu'à s'abonner à payer par mois, dont le dernier serait le mois de mars. 11 ne faudrait pas que les huissiers arrêlassent les collecteurs en plein marché. Ces observations Irop bien fondées furent entendues, en partie, et le ii janvier 1689 le contrôleur général fit savoir à M. de Bouville, qu'il consentait à ce que les receveurs des tailles se fissent abonner, pour éviter les frais de recouvrement, particulièrement dans les élections de Mortagne et de Conches, où ils se fai-saient avec plus de dureté que partout ailleurs.
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En ce qui concerne les impôts indirects, on peut citer une demande formée par les habitants de Bonsmoulins, pour être déchargés du droit de subvention, levé dans toutes les villes et bourgs où il y avait foire, marché ou juridiction ; l'autorisation donnée aux habitants de l'élection de Lisieux d'employer des barils de 3o pots, depuis le mois d'octobre, jusqu'à la fin de mars, pour le transport des boissons, attendu le mauvais état des chemins; l'établissement d'une régie pour le tabac, dont la vente avait fort diminué en Normandie, par suite de l'introduction en fraude, de tabac anglais, et des actes de rébellion qui avaient été commis.
M. de Bouville signale à la môme époque les inconvénients des droits de bannalitc, possédés par les seigneurs; les rigueurs exercées par quelques uns d'entre eux, au sujet des rentes seigneuriales; leur prétention de se faire payer les redevances en grain à une mesure trois fois plus forte que l'ancienne, les exactions des mcssiers (i), etc.
Le contre-coup de la révolution, qui renversa du trône d'Angleterre le faible Jacques H, se fit sentir jusqu'à Alençon. Un soir du mois d octobre 1688, le bruit s'éleva dans la ville de Caen que les Hollandais étaient aux portes. On s'arma de broches, de hallebardes, d'épées et de butons, et la populace, saisie de terreur, tourna sa furie contre les protestants, qu'elle voulait tuer tous. Plusieurs furent traînés en prison, et rintendant et les officiers, eurent grand'peine à apaiser cette émotion.
(i) Correspondance des contr, gén,, n*» 471. 533, 549, .S91, hc/}, 610,627, ^•48, (iùS, 709 n.
La panique se propagea avec une telle rapidité, que « le lendemain, la duchesse d'Alençon, aussi effrayée que ceux de Caen, monta en carrosse avant le jour; ce qui donna tant d'épouvante à tous les messieurs d'Alençon que Ton fisl mettre tout le monde soubz les armes, avec gardes, comme si les ennemis eussent esté à Damigny. »
La duchesse d'Alençon s'enfuit à la Trappe, où l'abbé de Rancé, son directeur, t lui marqua que cette frayeur n'auroit pas deu lui causer cette petite sortie. Elle s'en revint le mesme jour (i), ce qui ne se termina pas là, car il n'est pas croyable quelle épouvante il y eut depuis les rivages de la mer jusques par de là la Ferté. Plusieurs curés enfouirent en terre tous les ornemens et argenterie de leurs églises. L'on dit d'un, avoir enfoui la custode et le Saint-Sacrement dedans, et plusieurs avoir fui, avec leurs femmes, enfans, et ce qu'ils pouvoient emporter de meubles, le tout de plus cher'».
« L'arrière-ban fut mandé, et tous les gentilshommes des bailliages de Caen, de Cotentin, et d'Alençon, se rendirent à ('herbourg. Les mieux en ordre estoient une compagnie, qui se donnèrent à M. le marquis d'O, au nombre de 200 maistres, tous bien montez, avec légion de chevaux et valets. Il y en avoit plusieurs autres, les uns à pied les autres sur leurschevaux : ceux-là furent congédiés, après douze ou quinze jours de comparence, et s'en retournèrent en leurs maisons. »
La milice ayant été en môme temps convoquée, pour la garde des côtes, l'intendant de Caen signala au contrôleur général,
(1) Suivant une autre relation, la duchesse d'Alençon se rendit directement de la Trappe à la Cour où elle fut fort mal reçue du roi (O. Desnos,
t. n, p. 3ai).
cette levée intempestive, faite au moment des semailles, comme pouvant avoir pour conséquence, de compromettre la récolte prochaine, un grand nombre de terres devant forcément rester incultes.
Des compagnies de mousquetaires blancs et de mousquetaires noirs, fortes chacune de i5o maîtres et du double de chevaux et de valets, ayant été également envoyées, passèrent et repassèrent par Argentan en octobre et en décembre. Ces passages de troupes et ces rassemblements de la milice et de Tarrière-ban, furent très onéreux pour le peuple.
€ Aux mois de janvier et février 1689, arrivèrent de nouveaux ordres de rassembler les gentilshommes pour larrière-ban, ce qui se fit à Argentan le mois de février, où il se trouva sur la commune de Quigny, 5 ou 600 gentilshommes des bailliages d'Alençon, Mortagne, Argentan, plus d'un tiers en mauvais équipage.
« Comme en une préccdcnlc cl semblable assemblée il avoit esté csleu des officiers, desquels il y en avoit de huguenots, en celle-là .M. de .Matignon fist paroistre un ordre, par lequel le Roy remcrcioit .M.M. les huguenots et que Ton ne vouloit point de leurs services en ces occasions. Ainsy, ces messieurs, fort centristes, furent séquestrés, et d'autres esleus en leur place, tous se retirant et attendant d'autres ordres, ce qui se passa du nicrcredy i68«j, <) mars. M. de la Brisollicrc, baillif dWlençon, se trouva encore en cette ville, où les compagnies dWrgcntan, l!)xmcsetTrun,au nombre d'environ i5(> hommes, firent reveue: et ne se passa autre chose, sinon que les paieurs grondoient de ces peines et dépenses inutiles...
« Cet ordre pour larrière-ban fut assez bien conduit et ne troubla que par l'impuissance que les pauvres gentilshommes
marquoicnt d'y pouvoir satisfaire ; mais la milice, qui estoit commandée d'estre levée par les villes et paroisses fit un grand trouble et beaucoup de fascheuses dépenses, avec peu de justice et de grandes violences. Ceux de Faloise, de ceste ville, au nombre de viron loo partirent d'icy, le jeudi 24 mars 1689, pour aller coucher à Sées, et se rendre à Alcnçon le lendemain 25, où tous ceux du bailliage se debvoient trouver, au nombre de 5oo, pour y demeurer jusques à Tordre pour le lieu où ils sont destinés. Si Ton avoit fait payer l'argent qui a este cueilly pour cela, on auroit levé le double de bien meilleurs hommes, y en ayant la plus grande partie, qui font de la pitié à voir, et aucuns des plus intelligens, ne peuvent donner aucune raison du succès de toutes ces entreprises. Ces assemblés furent conduits à la Rochelle, où ils travaillèrent deux ou trois mois, puis furent ramenés en quartiers d'hiver, chascun en son pays (I) •.
M. de Bouville au mois de mars 16U9, avait quitté Alençon et avait été nommé, pour la seconde fois, à l'intendance de Limoges. En février 1694, il passa à l'intendance d'Orléans où il présenta, en i7o5, un projet de création d'une nouvelle Ciénéralité, dont le chef-lieu aurait été à Chartres et qui aurait été formée en partie, aux dépens de celle d'Alençon ; mais ce projet ne fut pas adopté. Il prit sa retraite en 1709. Il avait
(I) Thomas Prouvcrrc, Remarques faites Saprès les registres et titres Je Fcglise paroissiale de Saint-Germain d^ Argentan, Ms.
M. G. Le Vavasscur a donne un extrait de ce manuscrit dans les Annuaires de fOrne do i^/) cl de 1O67.
C'est par erreur qu'Odolant Desnos place en K).'*ô la panique du mois d'^KTlobre i^>H.^.
acquis en Normandie, pays d'origine de sa famille, le marquisat de Claire-Panilleuse. 11 mourut conseiller d'État en décembre 1720. Son fils, Louis-Guillaume de Bouville, marquis de Bizy, fut intendant d'Alençon, de 1710 à 1713.