‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 4)Chapitre 18 sur 34 · COLONIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

COLONIES ANGLAISES

1 Ti et Carthage n'offrent rien de comparable à l'étendue des possessions , du commerce et de la navigation des Anglais ; ce peuple a soumis le globe entier à la domination de son industrie et aux prodiges de son esprit public. Jamais plus puissant argument n'a été produit en faveur de la liberté ; c'est parce que l'homme peut donner en Angleterre l'essor à ses facultés , c'est parce que la contrainte individuelle en est bannie, et que l'indépendance de la pensée j est garantie par les lois et tes usages, qu'on voit cette nation insulaire surpasser en richesse et en puissance les plus grands empires du monde. Qu'un despote adroit s'élève au milieu d'elle, que, sous te prétexte de l'ordre et de la police , il impose silence à ce qu'on appelle les passions turbulentes , que , pour se montrer obséquieux envers des dominations étrangères, le parlement faiblisse sur le maintien de l'intérêt national, Londres, la première cité de l'Europe et la reine de ta mer, descend au rang de nos humbles cités, et n'est plus qu'une vaste enceinte peuplée d'esclaves en lambeaux.

Tels sont les effets de la liberté ; heureux les peuples qui ontpu la sentir et la défendre avec cette sagesse et cette fermeté qui ta mettent i l'abri des atteintes des cours et des suites redoutables de

DBS DIVX INDES. 49^

raoarchie ! Ud si grand bien n'est pas dooné à

tous , etl'ondiraitquedansun siècle remarquable par les miracles de l'industrie et des arts , il ne reste au continent européen que la ressource de la résîgnatiou pour ne pas périr sous l'asceadaut qu'à su prendre la force dans la lutte périlleuse où nous la voyons engagée.

L'Angleterre, guidée par un patriotisme rare, est à l'abri de ce danger ; sa fierté nationale et le taleat de ses ministres ne permettraient pas qu'une puissance arbitraire j dictât des lois ; elle a toujours repoussé cette police corruptrice qui , sous prétexte d'une utile réciprocité, livre l'homme malheureux ou fugitif aux barbares vengeances de courtisans irrités ; Londres est la ville hospitalière de l'Europe , et cet éloge ne saurait déplaire à ceux qui, long-temps réfugiés sous son abri, doivent chérir des principes conformes à cette conduite tihérale. Mais n'oublions pas qu'il n'est question ici que des colonies de la Grande- Bretagne , et non des causes morales de sa puissance et de ses richesses. Puisse-t-elte n'en jamais abuser , et avoir toujours présent à la pensée que le triomphe de l'oppression sur le continent peut menacer uu jour sa liberté , par laquelle seule-etle est la première nation du monde !

Son empire s'étend sur tous les points du globe. Ce qu'elle possède en Europe sous le nom de Royaume-uni de la Grande-Bretagne présente en trois divisions différentes qui sont, l'Angleterre,

l'Irlande et l'ÉcosBe, une populatioD de dix-sept millions cioq ceot mille habitans '.

Parmi les causes qui ont élevé la Grande-Bretagne à l'état de prospérité dont elle jouit depuis long-temps sous l'égide d'un gourerncment libéral , il faut placer au premier rang l'agriculture ; elle a servi de modèle au reste de l'Europe.

Un état de sa situation et des produits qu'elle donne ne peut qu'intéresser dos lecteurs et offrir un utile sujet de comparaison.

En i8o4 l'Angleterre et le pajs de Galles présentaient douze millions d'acres de terres * labourables , à 5 livres sterling le produit u,. ,i^ de l'acre » faisant 60,000,000

' En iSii b Gr«ide-8rttig«, c'cit-à dire l'AugUtcrK .reo le p»ji dp Gillci et l'Éeo»e, donaiit la litahH, .uiTiM pour u popnlalioD :

L'AnglcIerw 9,Sl»,Bi7 iadmdi».

I* p»y» de 0»lU* 6ii,jH8

i''BaHtr i,8o5,688

Totii. ii,9So,Si>î

, L'armée de (erre el de

Torti. QàKHiL. 11,590,303 mdiTiduf.

Dont .,S6.,8,-9 it.îwt oeeupét de r.gricuH«re en Aojlewrre, i94.i'« dM. le piji de G.irea, el 33S,8-B en Âcouei d'oà réiutté Umi^r^'^' ''^"'' ''' ''^^'''^ "dliidu,, «.iap«oI 99S,97S ■ UacTt ugliia et i peu de chOK prè* Ici qu.ire eûquième» de 1 wpeot de FriDce , en «rie qne cinq «rei ■oglu. feoi „,,„ ,„, de »r.Bce, de U me.ure dite det mwb .< f„rtt,. Vojm, po»r .ilim.!.»,. , i'ou»r.ge iolî.uJi F«HU»Jsirc ^ ic»,^ <U «on *««9««, manMfKtwu. firuaea mtntaUiU et lUUÛtlgnt «8',etMT»itu, 1801.

DBS DIDX IflDSI. 495

Trente-cioq mille acres en culture de huubloD , i 35 Kt. sterl. de pro- h«. mwI.

duit l'acre 1,190,000

Dix mille pépinières , fleurietes et serres chaudes, à 5o livres sterl. de proiluit l'acre 5oo,ooo

CiDquaote mille jardiDS potagers et légumiers , à 60 Ut. sterl. le produit de l'acre 3,ooo,ooo

Trois millions d'acres en jachères.

Vingt-cinq mille acres de jardins de plaisance, et partie des grands parcs

Vingt millions d'acres en pâtures et partie des grands parcs , i 3 livres sterling le produit de l'acre ' 60,000,000

Sept millions huit cent seize mille acres communs et pâtures variées, dont le produit est évalué i ,000,000

Deux millions d'acres en bois, haies , arbres de clôtures , montagnes, à 10 sch 1,000,000

Un million neuf cent quatre-vingt mille acres en chemins, rivières et bàtimens

En tout quarante-six millions neuf cent seize

' C« D'«t qo* de iSoi i i8i3 fait ■ i\i teait faaiquet ilirriche- B*M dM eommimci, Undei et pltom nfuai; ik ont doaoà d« miaoci >étal(M(. Lc'fiMtiU d<i eomnaiMi de iSiSwuMçtit que cet ddAicbciBca* ae fmadcoi qoe de cvMsicncer.

496 ÉTAT &CTVBI DD COHHEKCB

mille acres d'un produit brut de 136,690,000 lir. sterling , qui ont coûté eo main-d'œurre et en- ' tretien de chevaux 56,690)000 liv. sterl. ; reste 70,000,000 de livres sterling pour le produit net de l'agriculture anglaise '.

Mais si l'Angleterre se fait remarquer par les progrès d'une riche culture, c'est surtout par l'étendue de son commerce , par l'actiTité de ses fabriques qu'elle a accru ses forces au point où noua les

' Tofei VBùUirû crMfwi tf rattoiutit d» U iiHàotitm 4é VA*glêlarrt, par H. de HoDt>£ria, tome 4 ■ |»KC i^-

On ■ alcali que la recolle de l'innfe commuae de iSoo h iSiS ca cërJx]e<,dia*liGnndc-Bre(agiie(rAagtclerre,iepijadeGtIlciicl l'ÉcotM), l'âlvnilà lii mUllonr lept cent millE qu«rlen: miiii que depuii c«ttc £poi|iie celle i^colte a'éleTair i lept milliani oeuf cent ■oiiante-icpt mille cent trente quirleri : rnifpneoUtion dei récolte* ■unit donc élè d'un million deux cent quarantciept mille c«nl vingt qiiulcn. ou de lopout loo.

( Lg qunrier, on leptier anglaia. pcte quatre cent quarante liirei aaoirdu jMndi ; il bit un Hiplier plui huit mille aii cent *îngl-cinq dix millièmn du teplier de France , pctanl deux cent quarante lirm poida de maïc, aoi't , pour le quarter, un le plier p lui quatre cinquièmu du lepticr de Paria. )

noua o'aTons point pirlé de l'Irlande dani cei ealimilioua ; maif dei docomeoi certaina ^tabli<!enl que, dcpuia la réunion du parlement de ce rojaume â celui de la Grande- Bretagne, aon agricollnre ■ itt aennblcment améliorée. Sa population a'eat aeonw de «ingl-trOB pour cent, et tVliTc i quatre milliont huit cent cinquante mille iudiildui; te* rcTCDui publica ae aonl également ancrui de plua de cent pour cent, et août aujouidlui de S, 900,000 lirrei alerling. Oea dtfridiemena contidérabln j ont en lieu dcpuia la mSme ipoque ; leiie i dii-aept mitlioni d'acrei de terre j aonl en valeur , an lieu de «nie millioni i quoi ae montait ta culture avant cette époque. Let lerrea diéalei ont augmenté en nombre d'uo quart et de cinq aopllëmn en produit!; ellei ont fouini, de iSoo i 1810, en ti portât ion* de gnioa, une valeur de 1,938,180 tiTrekaterling. L'Irlande peut être conaidMe ■ujounl'bBi comme le grenier lupplèmcn taire de laUnadeBrelague.

Toyona portées. Mous en présenterons les résultats qu'il nous semble essentiel de connaître pour l'objet qui nous occupe.

On Toît, par le relevé des importations et des exportations anglaises depuis 1785 jusqu'en iSi4) que les années 1 8o5 , 1 806 , 1 807 , 1 808 , ont été remarquables par les exportations des objets manufacturés en Angleterre.

Depuis 1806 les exportations de menus objets manufacturés ont augmenté jusqu'en 1810 , et même jusqu'en 1811 ; mais des pertes sur les changes et les saisies , des séquestres et des dépérisaemens dans les magasins, résultats de l'exécution du blocus continental , en diminuaient réellement le produit.

De i8o4 à 1808 , les exportations des objets manufacturés ont été , année commune sur quatre, de 55,ooo, 000 délivres sterling. Telle était la part qu'avaient les étrangers dans la consommation de llndustrie anglaise.

Nous ne rechercherons pas quelle pouvait être l'étendue de la consommation intérieure en objets manufacturés , ces recherches nous conduiraient trop loin ; nous dirons seulement qu'un des écrivains qui aient le mieux connu la richesse nationale , M. Mac-Pberson , estimait que le produit général des manufactures anglaises s'élevait, un peu avant le traité d'Amiens , à 1 16,000,000 de livres sterling '.

■ Lu calcula de H. Fiil, quilre ih innl, eo 179;, portûenllM

493 ÉTAT ACTDEL DD COHHEKCE

On a ptéteodu que ces résallats étaient exagérés ; mais il n'en est pas moins vrai <iue , pendant la guerre qui a suivi le traité d'Amiens jusqu'en iSoS , TinduBtrie anglaise s'était élevée k un haut degré de prospérité. .

Klais elle a depuis éprouvé des jKirtes considérables et une décadence sensible. L'état a fait de grands sacrifices pour en prévenir les résultats ; ils n'ont pas eu tout le succès qu'on en attendait. Pour tenir la main-d'œuvre à un prix plus bas, on a prohibé l'exportation des graine. Le prix du blé, régulateur assez ordinaire ' de celui du travail , n'avait pu dès-lors s'élever à sa valeur réelle. On a également baissé le prix de la viande. Ces dispositions, nuisiblesi l'agriculture, ont étépriseï dans l'intérêt des manufactures. La compagnie des Indes est également venue , dans un véritable esprit de patriotisme , à leur secours : elle leur a commandé et payé des objets d'industrie qui ont long-temps obstrué ses magasins de llnde.

toudt «nplojëi diD* le commeice cittrieur 1 80,000,000 de iitrtt •Urlingi et ceoi emploji!! dRO* le comoteroe ial^rieiir à 180,000,000. Total J6o,ooo,ooa de livre* ilcrliDg.

Il portail le* proQti du commerce extérieur i ii,ooo,noo de Iïtm* iterling, elceai du commeice ictiricur à iS,ooo,ooo. Totil 40,000,000 de livra atcrliog.

' On dit aHei erdinain, parce que, depuii l'adoption del micfaiiwi qui ilmpUfieDt l'emploi et te nombre dei brai , et qui font avec le traTuI d'un «ni bommc, et même d'oa tattmt , ce que UMient tieil ou quatre ouriicn , od leot que l'augmeDIatiOD de 1 aoui par litre de paÎD, de 6 loiu lur la noutritute d'un homme, de k> nui, » l'on Teat, a'eit'que d'an leiiième lur le produit obteau de ce même bomme i l'aide d'une mifcmiqne.

D£8 DEUX INDB9. 499

Le gouvernement a favorisé tant qu'il a pu le commerce extérieur et cherché dea débouchés aux produits de l'industrie.

La paix de i8i4t et celle que t'Anglelerre conclut avec l'Amérique à Gaod en i8i5, lui en ont offert de nouveaux, et les plaies que l'excès des impôts et le blocus continental lui avaient faites 9e sont fermées chaque jour.

C'est donc de son commerce extérieur , de ses exportations seules que l'Angleterre peut attendre la prospérité de son industrie et le soutien de sa puissance : consacrons quelques pages à faire connaître ce commerce '.

Les exportations de la Grande-Bretagne dans les diverses parties du monde ont été, de i8o5 à 1810 , réparties de la manière euivant^ :

En Irlande, Jersej et l'île de Man (une trèsgrande partie en denrées étrangères), ut. neri. pour une valeur de 6,5bo,ooo

Dans le reste de l'Eufope ( idem). ao,ooo,ooo

Dans l'Asie , comprenant l'Inde et la Chine 3,3oo,ooo

Dans l'Afrique i ,300,000

' Hm* n'ainchoiia mcune imporliDce poat fngai <1< ■neal de 1> licbmc d'une nation, à ce qu'on (ppclls la baliuce de «oo comiaerce; mali un peut juger, pir lei eiporUtion* M In imporUtioiu, de rwtivité plui ou moÎDi grande de nnduitrie et dala cooaommitioa. L'induatric a'accrolt TÙiblcmcnt, li l'eipoititioa dn objet* iB>DuIàclurûtaugineare;liconM>iiun>tioD picndde l'étendue, eliilei imporUtioai dcHenaent |ilui ouctticuaci et pluconaidirahlet, Imelan ipM: lea eipctt«liana l'éUTent, la ri^bewe iMlionale l'éMnd dm t> latoM propoittoa ; c'eil li ^'tat U Traie balance.

SOO iTAT ACTUEL DO COKHEKCS

Dans l'Amérique espagnole et k«. «tetl.'

aux Antilles 1 1 ,000,000

Aux États-Unis et dans t'Améri-

que septentrionale 1 a,ooo,ooo

Total. 54)00o,ooo

En i8i5 l'exportation eut lieu ainsi :

En Europe , Irlande , Jersej* et ut. irni.

Man 36,000,000

En Afrique et Asie 4^00,000

En Amérique , à l'exception des États-Unis 11 ,3oo,ooo

Aux États-Unie 1 ,200,000 '

Total 43,000,000 »

En réunissant plusieurs données sur la balance du commerce anglais à diverses époques, on trouve un excédant des exportations sur les importations, ainsi qu'il suit :

De 1 7g3 à 1 799 de 5,8oo,ooo liv. u*. .ted. .

sterling pendant sept ans, font. . . 40)^<^<^><^*>'^

De 1 799 à 1 8o5 de 6,5oo,ooo liv.

sterling pendant sept ans , font. . . 4^*^'>o»'>'^

De i8o5à 1810 de 10,000,000 de liv. sterl. pendant cinq ans, font. . 5o,ooo,doo

■ CetM bible esportitioa tîeet ne embufoi .du porti 1 cidk do l'ilal de gueire.

■ HoD* ne donnoni poiot li bilince de Ilriuide; MM rtmlW n'enlre point dani le commerce ext^'cur de II Grandc-BieUgne , et forme un objet qui n'ialëre*^ l'Angleteire qoe pii Ici reHoorcei qu'il pent offrir t l'Irlinde peni p*;cT In împdti et le* Usa Itrét

DBB DBUZ INDES. 50l

De 1810 à 1814 de 5,ooo,ooo de u,. ^cri.

lir. sterl. peodant quatre ans , font. 30,000,000

Ed 1814 5,5oo,ooo

Eb i8i5 6,000,000

Total 167,600,000

ou 4>i90,ooo,ooo de francs.

Cette somme énorme , réalisée en faveur de l'Angleterre , a été absorbée en grande partie par les subsides et les dépenses extérieures du gourernement , par les Tersemens que les particuliers ont faits de leurs capitaux dans les opérations de commerce en Amérique et en Asie , par les voyageuVs qui en ont dépensé une partie dans leurs courses sur le continent : enfin le reste est tourné en augmentation de capital pour l'Angleterre.

Le monde entier a soldé cette énorme balance de 4*190,000,000 de francs en métaux précieux, en piastres , en quadruples et en portugaises ; mais ces valeurs métalliques ont été enlevées à la circulation intérieure de l'Angleterre par les extractions d'or et d'argent antérieures à 1 797 , et postérieures à 1S07, par les remises en nature d'espèces du goureroement depuis i8o5 , pour les subsides et pour le commerce del'Inde ; cependant dans une proportion décroissante depuis 1807.

On voit, par un état authentique , que pendant neuf années, de 1801 à 1809, il a été importé en Angleterre en nature d'or et d'argent , pour une valeur de 16,376,538 livres sterl. ; à quoi il faut

. / r,, j-,Gi)Ot^lc

aïouter5,694»O30 lÎTF. sterl. ioiporléspar le jçou- Temenoent pour subsides et seiriccs extérieurs ; total 21.070,548 Ut. steri. '

L'importation des métaux préeieux a donc été, année commune , de a,6S4>6â3 livres sterling. L'exportation a été de 1,712,158 liv. sterl. année commune des neuf; mais à cette exportation il fautajouter844) $i9^îv. sterl. en matières fabriquées , envoyées directement par la coropa^ie des Indes, 1 ,567,598 liv. st. d'espèces frappées à la pionnoie de Londres , de 1 do i à 1 9 1 0 ; ^^,0^, 1 33 liv. sterl. en diverses pièces d'argenterie, contrôlées au bureau de la marque de )'or et de l'argent ; enfin les totaux des exportations d'espèces seules, faites par le gouvernement et la compagnie des Indes, i5,30o,iooliT. st. ; on trouve une somme de ao,86o,835 liv. st. ; mais l'importation n'avait été que de 15^376,638 livres sterl. : l'Angleterre aurait donc tiré de son fonds capital , pendant cette période de neuf ans , 5,484*395 liv. sterl.

■ Si les extractions d'espèces par ces diverses causes , dit l'auteur de VHistoire critùfue de V Angleterre *, n'avaient excédé leurs importations que de 7 à 800,000 liv. sterling , ce serait peu de chose , et on ne concevrait pas comment l'Angleterre , en 1810, lors de la nomination du comité des monnaies de la chambre des communes, au-

' Sur c« importitkiD* il j ■ en d'espoité pcodiot li> atnXttnAta , pir le commerce, i,iS5,ioâ lir. «Icrling eo ttficet, m>9,3i4 Ut. it. en malîèrei fahriquiei; et pir la coinpigoie de* ladea, 71966,967 liviM iterling. — ' Tome 1 , page 3S7.

DES DEUX INDES. 5o3

rait pa déclarer par son orgaoe qu'il avait disparu de la circulation pour plus de 40,000,000 de lîv. aterl. de guioées et de leurs fractions. Mais on en trourera la cause, i* dans les exportatioos frauduleuses pour lesquelles la baisse des changes offrait UD appât et réalisait des béuéfices ; 3° dans les eafouissemeas d'espèces ; 3' dans le prix du . fret des objets exportés , qu'on estime de dix pour ceut de leur valeur , et que les capitaines ont emporté en espèces depuis les décrets de Berlin et de Milao, depuis l'occupatioD du nord de l'Allemagne par les armées françaises, et le' blocus cootioental. Ces frets ont été exigés , noo-seulement pour le vojage d'aller, înais pour le retour, dans l'iDcerlitude de trouver un port de débarquement ouvert. >

Quoi qu'il en soit de ces résultats, il n'en est pasmoiDS certain que l'activité qu'a donnée aux transactions anglaises le mouvement de ces immenses capitaux a entretenu la force et la vi- ' gueur de son commerce , de sa navigation et de ses établissemens dans les deux mondes.

Les avantages que l'Angleterre doit à ces diverses combinaisons se sont accrus par les traités de i8i4 et de i8i5,qui, à la suite des fatales invasions dont la France a wibt le fléau , cmt ameué la pux.

Un des premiers résultats de ces traités a été la séparation de la Belgique de la France, et sa réunion à la Hollande.

5o4 ÉTAT AGTOBL hV COHMEICB

Les Pays-Bas , état agricole et manufacturier^ se trouvent ainsi réunis à une puissance commerçante , pays d'entrepôt, espèce de port franc du nord, et jadis du monde, qui ne peut prospérer qu'avec la liberté de faire et de laisser potier y et que les prohibitions , ou au moins les droits nécessaires au maintien de l'industrie d'un peuple manufacturier, fermeraient en huit jours et ruineraient pour des siècles. La Flandre , riche de son agriculture et de son industrie manufacturière , et que sa réunion à la France avait portée à UD point remarquable de prospérité, confond, par sa jonction à la Hollande , ses destinées arec celles des Hollandais, endettés, et qui tous les ans, sous peine d'être submergée , sont obligés de consacrer 5o,ooo,ooo de florins à l'entretien des digues. Depuis cette réunion , méditée à Saint-Pétersbourg dès le i3 avril i8o4, les manufactures belges souffrent, ou plutôt succombent, non sous une rivalité d'industrie qu'elles ne redoutent pas , mais sous l'ascendant de celle d'Angleterre et de la force des choses.

Une seconde cause de la prospérité de l'Angleterre est la situation de la France , que la dernière invasion a fatiguée ; il lui reste de grandes ressources sans doute; mais l'Angleterre a l'antériorité de moyens , l'esprit public et d'immenses possessions , dont la dernière paix a étendu te cercle et affermi la domination.

Elle a acquis dans la mer du Nord Héligoland ,

DES DEUX INDES. 5o&

taDdis que de ses ports de l'Ecosse son commerce peut se porter arec rapidilé dans ceux de la Norwége et de la mer Baltique ; le Hanovre qui appartient à la maison régnante d'Angleterre , les Tilles anséatiques , conservées par les soins de ses négociateurs , lui assurent tes embouchures des grands fleuves de l'Allemagne et du nord. Les îles de Jersey et de Guernesey prolongent sa ligne de cîrconvaliation de l'Europe ; les événemene survenus en Espagne^ à Lisbonne, luiprésentent une al- . liance avec des peuples encore incertains de leurs destinées, et qui cherchent un appui. Gibraltar, Malte et Corfou lui conservent la supériorité dans la Méditerranée. Ses établissemens dans la Sénégambie et sur les côtes d'Afrique prospèrent et lui donnent des avantages immenses pour la traite de ta gomme et pour ses entreprises de colonisation. Le Cap de Bonne-Espérance est devenu entre ses mains une des plus riches et des plus belles colonies du monde. Llle- de- France ( île Maurice), les Séchelles, sont de nouvelles acquisitions dont elle sait apprécier la valeur. Maîtresse de la presqu'île de ilnde , elle y a ajouté l'île de Ceylan , le port de Trinquemale, Cocbin , Poulo- Pinang , ou l'île du prince de Galles , qui lui donne le girofle et la muscade , dont elle partage au reste le commerce avec les Hollandais par les possessions qu'elle s'est ménagées à Sumatra , et dans quelques îles voisines. Son commerce dans le royaume de Siam , dans le Pégu , à la Chine et

5o6 ÉTAT ACTUEL DD COMMERCE

à la Cochinchine , a pris une consistaDce qui lui assure de grands avantages.

Si de l'Asie nous passons au Nouveau-Monde, nous y trouTeroDs également des preuves de la prospérité de l'Angleterre; conservantdans le nord ses établissemens de la baied'Hudson , le haut et le bas Canada , leLabrador.Anticosti, Terre-Neuve, le Nouveau-Bru nswick et la Nouvelle-Ecosse. Eile a ajouté à ses ancieunes colonies les stations les plus importantes du golfe du Mexique, Sainte- Lucie, Marie-Galante, Tabago, la Trinité, les établissemens de Honduras. Elle a obtenu des Hollandais, Berbice, Essequibo, Démérari ; ce qui lui a permis de fonder une colonie sur la rivière de CorcDtin.

Ces avantages , consolides par la paix de i6i4! compenseront cependant avec peine lespertes qu'éprouve l'Angleterre par lesprogrès de l'industrie sur le continent, parle système prohibitif que presque tous les états ont adopté; par la formation d'une puissance maritime au-delà des mers, les États- Unis ; par l'ascendant qu'une autre puissance , la Russie, prend en Europe ; et parla haine qu'a inspirée contre les Anglais l'appui que pendant dix ans quelques cours ont trouvé en eux contre l'indépendance des peuples.

Mais les événemens que mille intérêts opposés, ou que des sujets de divisions doivent nécessairement amener dans le monde politique , rassurent TAngletene , et lui montrent dans le lointain la

DES DECX INDES. 5o7

possibilité de réparer des pertes ou des méprises qu'il lui était difficile d'éviter dans le rdle colossal qu'elle a joué pendant la guerre du continent.

Au milieu de ces incertitudes elle poursuit avec une présence d'esprit et une constance qaî ne peuvent être trop imitées son système de colonisation. C'est par lui qu'elle compte remédier aux deux grands maux qui la menacent , le défaut de débouchéspour ses marchandises, et, cequien serait )e résultat, le manque de travail pour ses habitans.

« L'Angleterre , dit judicieusement M. de Montréran , en détruisant les petits propriétaires , en adoptant les machines qui diminuent le nombre des ooTriers ' , en formant une liste de pauvres de près de oeuf cent mille chefs de familles , et de plus de trois millions d'individus , semblait se trouver dans la position oà furent les premières ' sociétés de la Grèce , de la Sicile et de l'Europe, et devait se hâter de pourvoir comme elles aux besoins de cet excédant de population. *

Il paraît cependant que ce n'a été que dans ces

■ Le dtnombnmCDt de 1801 portail à no dûIUod buit ceot qulnnie-wplDiifle traiiCEiit cbi^aHte-qmitrele aambre dm iiiili>idu* cjnplojé* im trti et méticn , maiiuficturci cl commerce. Ed iSi 1 , ^oiqDc la popubllon giaécatt eAt tugaieiité , ce aonibtc n'£tut plna que d'an miDioa lii cent mille, et 3i n'étaient pu louiontt occapii. I«* nMBubctam 1 l'aide dn machiiw* >Taieal prodvil beaacoap piM B*ec moioi de brai; le* ialaiiei baient détenus pliu forta, et ce* •cim cent mille ouTiien traiaillaienl beancoap moint. En iSiS et 1816, ici manaTactum en maaae n'eiigeaienl plna qne te tien det OBTrien qn'ellea UDplojaieni autnfoii. > HUtoirt erM^ya d» t'JngttUrr*, tome 1 , page SiSI ,

5o8 iTAT ACTUEL DU COHHEACZ

derniers temps que l'Angleterre a doané une attention scrieiiiie à cette importaote partie de la haute administration.

■ Jusqu'ici le gouvernement avait cru quêtes lieux peu éloignes de l'Angleterre, et où les établissemeos étaient moins difTiciles à former , étaient , trop Toisins des Américains ; tels que le haut et le basCanada,laNouTelle-Eco88e,leNouTeau-Brunswick. Il craignaitqu'en y envoyant des hommes qui auraient à se plaindre de la mère-patrie , ils ne les donnassent aux États-Unis. La Trinité lui a paru aussi une île peu saine et trop près de la ligne. Le Cap de Bonne-Espérance n'était point encore acquis définitivement à l'Angleterre, et le transport des colons à cette extrémité de l'Afrique lui paraissait trop coûteux. Il ne possédait pas non plus les établissemens hollandais de Démérari > d'Essequibo, deBerbiche, et delà rivière de Corentin. Depuis la guerre de l'indépendance américaine , la politique du gouvernement et de la compagnie des Indes a limité le nombre des passagers et des établissemens dans les possessions- britanuiques de llnde : on a craint qu'un trop grand nombre d'Anglais vivant dans ces contrées ne tentassent d'obtenir , par des mouvemeos et des intrigues avec les souverains du paya , leur indépendance et leur affranchissement de la compagnie et de la métropole : la presqu'ile de llnde ne comptait en effet, par suite de cette précaution , que quarante-six mille Anglais en iSia.

DES DEUX IlfDBS. SoQ

Hais, depuis que la cessation de la guerre, le progiée des machines , l'émigration d'un grand □ombre de riches propriétaires sur le continent ' , les prohibitions des marchandises anglaises ont laissé une partie considérabte de la population sans travail , l'attention du gouvernement s'est éveillée sur les avantages de la colonisation , et toutes les parties du monde voient aujourd'hui des colonies florissantes sous la protection et par les soins de l'Angleterre ; le Cap de Bonne-Espérance , la Sénégambie, la rivière de Corentin dans la ci-devant Guyane hollandaise, le Nouveau- BruDSwick , la Nouvelle-Galles du sud , en offrent des exemples^ auxquels nous nous arrêterons dans le tableau que nous allons tracer.

L'Angleterre a , pour former de semblables établissemeos , outre l'esprit public et la liberté « sans lesquels rien n'est grand , rien n'est stable , son système de crédit avec lequel elle sufiGt à tous ses besoins , à tous ses projets.

Il consiste dans la fidélité aux engagemens contractés vis-à-vis des créanciers de l'état; et cette fidélité est tellement connexe avec ses institutions , qu'il ne peut y avoir le moindre doute sur sa durée et sa stabilité.

' Pmbî Im motiTi qoa rAnglelcnv • MMif eut cru *toir d'être ca guemiTcc U France el>Tec le cupiincnl en f^oénl, il Taul compter la perte oontidirebtc pour elle qu'ëprouie Ma comoivrce iotiineur de le racililé qn'not ea tempi de paix dei millien de richei propHileîica d'allei Mpeoicr leo» rerciuii tD Italie, en Ffaeee, « AUenaagDc, et de prirer «iiui l^doitii* briiauiiqae d'une gnade oaa-

5lO iTAT iCTDXL DO COMXSICS

AucuD empruDt o'est jamais coDtracté qu'on □'adopte en même temps uoe ou plusieurs tnes sufl^ntes pour en payer l'intérêt et l'aiDortissemeot auDuel : on a soin aussi que les taxes votées pour satîsfoîre aux chaires annuelles des emprunts soient calculées et estimées à un taux tellement inférieur i leur produit réel , qu'elles donnent des perceptions surabondantes ; d'^où il est résulté , ainsi que de l'accroissement de la prospérité de l'Angleterre , que le fonds consolidé auquel les taxes étaient attribuées a donné jusqu'en 1810 des excédana considérables, portés constamment aux dépenses courantes. Ces excédans étaient la première année de la création des fonds consolidés en 1787, de 58g,i6a liv. sterl. En 180g, ils ont été à 7,000,000 de lir. steri. ; mais en 1810 ils étaient descendus à 6,5oo,ooo Ht. sterl. ; et en i8i3, dernière année delà gnerre, le fonds consolidé donnait un déficit de 1 , 1 00,000 lÎT. Sterl. : preuve réelle de la détresse de l'Angleterre. 11 en résultait en effet la certitude que les taxes attribuées au paiement des intérêts et à l'amortissraaent des emprunts formant le fonds consolidé ne donnaient plus le même produit qu'auparavant.

Le crédit immense de l'Angleterre , qui lui est indispensable , a été obtenu et développé par les mesures les plus sages et les mieux calculées. A l'aide de ces mêmes mesures s'est formé le mépanisme ingénieux qui produit l'aisance et la

DBS DBDX INDES. 5l I

promptitude arec lesquelles ont été remplies les sonscriptiODS de tous les emprunts de ces deniers temps. Ces emprunts ont cependant été si considérables, qu'ils ont absorbé -les fonds destinés au commerce et à la reproduction ; mais quelques années de paix suffisent aux accumulations nécessaires pour remplacer largement les capitaux du commerce.

De grandes richesses existent en Angleterre , et elles sont en très-peu de mains ' ; les rcTenus doivent donc donner des accumulations annuelles plus considérables. Mais les gens très-rit^es ne pouvant pas dépenser la totalité de leurs revenuB , et les lois qui maintiennent les primogénitures et les snbstitutioQS à la septième génération tendant à concentrer encore ces richesses dans un moindre nombre de chefs de famille , ces accumulations devenant toujours plus fortes , oà se placeront-elles ?

En examioaat attentivement l'état de la culture) celui des manufactures , celui du commerce et des grandes entreprises , comme constructions d'usines, de canaux , dessécbemens , exploitations de mines , on voit que les capitalistes ont intérêt à

re cliculant ea Angliteirc l'tieTaii i U fin de fttiDtdcfoict aiècle a iS,ooa,Doo de lir. iterliug. En i;ji 1 17,500,000 lï*. (tcrilsg ea eipècva d'or , d'argeot el de billoD.

En 1791 on le portait de 4" ^ it,ooo,ooo de IJTret ileilinB ; et oa eitiiQtil qae la billcti de la baiiijue de Londrei , et ccul de deai cent liogl iMoquca proTindalei a'rilevaii'al à pliu de 3o,ooo,ooo de

NGoogle .

5l3 iTAT ACTUEL DO COMMERCE

placer dans les emprunts et les fonds publics , et qu'en conséquence la plus forte partie des accumulations ira s'y réunir à la masse déjà existante» et soutenir le crédit du gouvernement.

Le gouvemement anglais peut donc se livrer à des projets de colonisation, et porter son attention sur les moyens d'agrandir son commerce à l'aide de l'immense cadre de possessions dont on pourrait dire qu'il entoure le globe.

Au nord se présente Hle d'Helgoland ou Héligoland, conquise sur les Danois en 1807, établissement plus important pour assurer en tout temps les relations de l'Angleterre avec la Baltique que par les produits qu'elle en retire.

Ce n'est , à vrai dire , qu'un groupe imperceptible formé de Hle d'Helgoland proprement dite , des lies appellées les Dunes , et de plusieurs rescifs ou rochers, dont celui qu'on appelle le 'Moine est le plus considérable '. L'île principale a une circonférence d'à peu près quatre mille six cents pas, ou deux mille trois cents toises de circonférence. Llle sablonneuse , ou les Dunes , est plus petite de deux cinquièmes , et son étendue varie chaque année à raison de son terrain mobile.

Helgoland est à environ onze ou douze lieues de l'embouchure de l'Elbe , de celle du AVéser et de la pointe occidentale d'Eysterstedt , dans le

' Ifoai ealronidtD* qudquet diuilt rar celle pMMMioa ai^labe, parce qu'elle «t peu c«DDiK, et que dm gëograpItM d'm ferlent pu.

DIS DEUX INDES. 5l3

duché de SleBwich : elle a un phare sur sa partie la plus élevée, par 54 degrés 5o mioutes de latitude nord , et 35 degrés 34 minutes longitude occi- ' denlale de l'île Féroe ' , d'où I'od compté la longitude en Danemarck. Helgoland appartenait au Daaemarck avant que les Anglais s'en eirfparassent daDS la' guerre du blocus continental. Par le traité conclu avec cette puissance ils en ont obtenu la cession.

La terre qui couvre le sol d'Hetgolaitd n'a gué^e que trois à quatre pieds de profondeur; elle est fertile : on récolte une assez grande quantité d'orge, mais pas assez pour laconsommation des habitans. 11 y a peu d'arbres à fruit, et peu de légumes : on y élève des vaches et des moutons asseï bons ; l'eau des fontaines est peu potable ; on y supplée par de graodes citernes où s'amasse l'eau de pluie.

La pêche du poissou s'étend depuis ringtjusqu'à quarante lieues autour de l'ile-; elle forme le principal revenu des habitans: on estimait en.i8oa qu'il s'en exportait pour environ 25o,ooo francs A la même époque la population était de. deux mille deuxcents individus ' : on y comptait quatre ceiit vingt maisons , dont la plupart n'étaient que des cabaoes de pêcheurs.

' Lu tica Firoc Kinl un groupe d'il» de l'Océin seplentrional , t eoTÏrMi cent tin^ - ciai] lieacs oueit de la Hoinégé. l» plui 'GcrandénUe eit l'Ile Féroe. Ce groope d'itea wl fènile et uici

* ColquhouD porte celle popaUtion 1 troia mille pour l'épo^ae de 1811, et cilimEU Talent dMfMdootlMiatS^aao \hrtt «lerlîng.

5l4 ^TAT ACTUEL DU COMMEItCE

Les Helgolandaù fonoent uoepeuplade d'hommes très-robustes et très-Miiu : ils oot la chevelure bkmde , et sont d'une belle physionomie. Ils payaient au Daoemarck, avaet la cestîon aux Auglaia ) le dixième de ce que le pilotage leur rapporte ; car- une de leurs principales occupations après la pèche est de fournir des pilotes poar la navigation des rivières qui unt leur eaibouchure dans la mer du Nord , et surtout de l'Ëlbe et du Weser.

Les femmes , presque toutes belles , sont char* gées des travaux agricoles et domestiques ; ce sont eUes qui labourent les terres , qui les easeotencent, qui moissonnent, qui battent le grain, qui le nioulent à la meule , et font le pain.

Depuis que les Anglais sont maîtres Ae l'ile, ils ■\ ont introduit dans la culture et les Irataux d'utiles cbaugeiuens et des améliorations. Mais l'avantage qu'ils en retirent dépend surtoot de la position de l'ile. Elle a deux bons ports, et une rade <^i a quarante-huit pieds d'eau. De ces ports on peut aperceFoir l'ennemi long-temps avant qu'il oe vous approcbe. Le phare de l'île est visible à près de dix Itescfi en mer, et sert de guide .atn bàtimens qui veulent entrer dans l'Eyder, l'Ëlbe, le Weser et les fleuves voisins.

Ces circonstances réunies donnent à fielgoland une assez grande importance politique et com~' merciale. C'était, jusqu'en 1807, le rendez-vous de tous Jes- corsaires de Dualterque.

DBS DEUX INDE-S. '' 5l5

Les Anglais , qui ont senti les avantages que devait leur procurer la possession de cette île , l'ont fortifiée.' Elle est entfe leurs mains un poste indispensable, soit pour leur navigation, soit pour leur commerce dans la Baltique. Elle sert d'entrepôt à leurs marchandises , et de station à leurs vaisseaux qui naviguent dans ces luers '.

Outre Helgoland , tes Anglais possèdent en Europe plusieurs îles , villes ou territoires , qui entrent dans l'estimation de leur puissance. En voici l'état d'après Colquhoun *.

* dt ÇhUtoir». iiir H. Miltc-

* A Trt^ite •» e*« WtaM^ , fomtr, and reiw¥rcu ofHié Br*Utk empira, iiuvtri qiuUer »f l4i» tarrld, in^udiny llie tatt Inditt, ^e., iUmtrottd 4y Mpimut «tMùHM< ImtUi. Bj. P. Golquboun. , i (ol.

L'auteur ç>t le mèmE 1 qai l'un doit d«u ou>rig« renarqoiblM, l'aa Mir la ftU* dm lotidrm , et i'ntre aur celle de la Tohhm. La TràitA dt ta riettcm *t da rcMourM* if* l'4ngUt0rrt eat l'ounrage le plu* compler et le piui poailif qu'on ail lur ce injel ; il eit réilifd •or de* matÉiiiiv aiilhenliqun. Od a peine 1 cvncEToir commeot, loriqu'oa Induit uu Tabrique lur l'écoDoinia politique et la (laliiliqtie de l'Angleterre tant de lirrct midiocie) ou ■jft^alîquei, oa ait négUgJ celui-ci. Peu de pcnoniici , même parmi ccllei qui citeal I'Adgletcrrei loua propol', conniriKut cet excell«^t oarrsfe. Nou* eu avoua bit uuge ^r ce qiJ concetae la Grande-Bretagne.

5l6 ÉT&T ACTUEL DD COHHERCB

DES DEUX INDES. Sl^

L'Angleterre n'avait donné, comme les autres Dations de l'Europe, qu'une faible attention aux avantages qu'elle pouvait retirer des établisseuiens coloniaux sur le continent de l'Afrique. Cet objet a fixé son attention surtout depuis la guerre ; elle y a donné des soins qui n'ont point été infructueux; des colonies formées par elle prospèrent dans cette partie du monde , et chaque jour elle en étend la sphère à mesure qu'elle reconnaît la possibilité de le faire.

Ce Système de colonisation , conforme à l'intérêt des peuples , est préférable à celui qui a prévalu jusqu'ici ; il convient à l'état de l'Europe. L'accroissement de la population , son malaise manifesté par l'agitation et les plaintes, semblent demander qu'on lui ouvre de nouveaux moyens de se procurer les nécessités de la vie, et même, jusqu'à un certain point, les jouissances auxquelles elle est accoutumée. L'extension de l'industrie et la consommation intérieure ne fournissent que péniblement et précairement des ressources pour substanler une population toujours croissante. On peut , il est vrai , trouver encore chez presque tous les peuples de l'Europe des secours plus immédiats à l'aide des dé&ichemens et des améliorations des cultures ; mais ce sont là en quelque sorte les dernières ressources qu'on doit réserver, et qu'il faut ménager.

Ces considérations semblent surtout avoir dirigé les Anglais dans leur système de découvertes.

5lfi ÉTAT ACTUEL DD COHMERCE

de conquêten et de coloQtBatïon, qu'ilspounuiieot arec autant de cODStance que de succès , depuis une trentaine d'années surtout. Nous tes royous , dans cette intention , se presser de fonder des cïh lonies partout où cela paraît possible. Attentive i la nécessité qui s'avance, nous TOjons l'Angleterre ^ comme un pilote habile qui présage la tempête, multiplier lea ressources qui peuvent l'aider is'endéfendre.Ëllegardepour l'avenir les contrées qui peuvent encore servir à la culture; et lonqu'etle ne juge pas à propos d'être agricole chez elle, elle est conquérante au-dehors. C'est ainsi que nous la voyons pousser ses établissemens dans l'intérieur de l'Afrique par le Cap de Bonne-Ëspérance» dont le climat salubre et tempéré lui présente des champs fertiles, tandis que ses armées dans l'Inde étendent ea domination et j accroissent le nombre de ses sujets. Peu lui importe que dans celle-ci les dépenses annuelles surpassent la somme des revenus; elle n'y voit qu^nmojen puissant d'exportation, et par conséquent de travail, pour une portion considérable de la population anglaise, qui trouve à s'occuper ou i s'employer utilement, non-seulement dans les fabriques que soutient le commerce de l'Inde , mais encore dans les armées , dans la marine , dans l'administration , dans toutes les branches de la navigation que ce commerce traîne à sa suite : avantage immense pour la métropole , et sans lequel l'oisiveté et la misère de la classe industi-ieuse de la

DIS DEUX INDBS. âig

nation exposeraienl l'état aux plus grands dangers.

Les mêmes principes qui, aux yeux du gouvernement anglais, ont donoé tant d'importance aux possessions de llnde, malgré les frais et les soins qu'exige leur conservation , l'ont guidé dans les établissemens moins éloignés qu'il a formés en Afrique sous le rapport de la culture et du commerce.

On connaît les recherches dirigées sur ce eontineat pour y parvenir, et les tentatives que le gouFcrnement anglais a faites pour entretenir des relations commerciales et d«s négociations avec les peuples établis dans ces pégious ignorées. Tandis qu'il se livrait à ces soius, une asaociation de personnes riches et éclaûnées , «ous la nom it $0ciété africaine^, entreprit ce qu'on pourrait af>* peler la découverte 4e l'ietérieujr de l'A&ique ; «Ile y fit pénétrer de divers côtés des v«jageurs in-r struits et hardis, chargés -d'exawiaer la natumid'u pays, la situation et la force des natioas qui l'habitent, et de recueillir tout ce qui peut servir à y lier des relations utiles 'Ou former des établissemens '. '

A cette époque la Cafrerie avait déjà été visi-

' Cette MMiéié, fondée «n tj^T , oe >'uccupe pu teutemenl <le tec&erdKl et de Tojaget pour In îatjrêli du commerce; elle eotoie

fuDée iSiS eOe m aUt putir huit pour l'uiiat de l'Atrique , drui poMrle aord «bilndc, «Inwif pouc ta Ifsarr'Se-ZélaDde. Sei nTcnuii, SMit 4m •^mttoàtkt poiticaKèTci , ■'Èlniinit pour celte ■unïe k >S,ai>o U*>M elBifiDg ; MMaBN ^tla i ttt Sépeiuo. * 11 n^ ■ qn*eii Ai^toton* que IW Toi* «e fomer detMvxtin'ioiH

5aO iTAT ACTDIL DV COMHEHCE

tée par Sparmaon , Paterson , et surtout par Le Vaillant, savant français, quien avait décrit l'état politique , le» mœurs , et qui , s'avançaot avec autant de bonheur que de hardiesse dans ces contrées sauvages , y avait découvert des peuples dont le nom même était inconnu aux Européens. L'ÉfCypte, la Nubie, l'Ahyssinie, depuis long-temps accessibles , avaient été décrites par Nordeo , Bruce , et Volney : mais , de tout le reste de l'Afrique, on ne connaissait guère avec certitude que les cAtes et la petite étendue de territoire qui avoisine chaque établissement européen.

Le premier voyageur envoyé par la société africaine fut Lediard , Américain , d'un esprit entreprenant et d'un courage à toute épreuve. Il partit en 1788, et essaya de pénétrer par l'Egypte. Il recueillit dans la conversation des marchands d'esclaves des idées sur le commerce de l'intérieur, sur la nature du pays , et la route des caravanes ; mais il mourut à Sennaar *.

qui prfiFDlent uitant de lèlc, de palriotiime «t de lÀullati utSet pour ri Ut. L« ftOuTernraiFnl n'a que de II prolecKon 1 accorder ; c'ett l'eSït de l'eeprit public, Trait de la liberté britannique. Tout le* prodigru qult enfanlc cmeraiCDl du jour ait le deipolàme preodiait en Angleterre ta place do loii, et oiiTab^iiianoe paiiive deTieadnit le ramctère nalional.

Noua pourrions ciier en France quelquea tojagea utile* eibctn^ CD Afrique, entre autres celui que H. Hollîcnafait tout riœmlqcnli maû itg oDt elé otdonuèi et payëi par le gouTCiDcmeal.

' No* biof^rapbici , qui o'oufalient point de mettre ponii le> nonu qui te aoQl rauUu eilHrtê ceux de ttittun de bradum» îgnoiëei, IM dùcnl |ia«un mot dc> liommei qui leiont rendu» recommiadablei par dci vojagei utilea , comme Lediard, per eiemplc.

DB6 DEUX INDB3. 5x1 '

En même temps que la société africaine essayait cette tentative, elle envoyait d'un autre côté Lucas, autre voyageur qui , ayant résidé long-temps à la cour de Maroc, connaissait les mœurs et le langage des Arabes. Lucas devait aller de Tripoli au Fezzan par le désert , et revenir par la Gambie ou la côte de Guinée ; mais il ne put aller que de Tripoli à Mesurate.

Deux ans après , en 1 790 , la société envoya le major Houghton pour pénétrer par la rivière de Gambie, et traverser le pays de l'est à l'ouest. Uoughton remonta en effet cette rivière jusqu'à une grande dislance de son embouchure ; mais , après avoir essuyé mille traitemens barbares de la part de ces peuples sauvages , il mourut misérablement.

Le sort qu'il avait éprouvé n'empécba pas le célèbre Mungo-Park de tenter ta même entreprise. Plus heureux que son prédécesseur, malgré de grands dangers et de grandes souffrances, il rapporta en Europe les premières notii>ns authentiques sur l'intérieur du continent africain. Ce premier succès lui inspira le dessein de faire ud second voyage ; mais il ne revint plus , et périt, suivant toutes les apparences , dans cette périlleuse entreprise.

Tandis que Mungo-Park donnait cet exemple de zèle et de courage, un simple particulier, M. W. Brownc , excité par les mêmes motifs , entreprit seul, à ses frais et avec ses seules ressour-

Bas ÉTAT ACTUEL DU COHHEKCE

ces, de traverser l'Afrique" de l'est à l'ouest. Parti d'Alexandrie le a4 février 1 79a , il pénétra jusqu'à Siwah , que quelques saraos pensent être l'aDcicn Oasis , où se troure le temple de Jupiter AmmOD , et où il reconnut des ruines que l'on croit être celles de ce temple. Mais des obstacles s'opposèrent i ce qu'il pënétrâtplus avant ; il revint en Egypte. L'année suivante il se joignit à une caravane, et parvint jusqu'au Darfour, d'où il retourna en Egypte. A peine avait-il achevé ces entreprises hasardeuses qu'il eut pour successeur un jeune Allemand nommé Homemann , envoyé par la socîété africaine de Londres. Homemann partit de cette capitale en 1 797 , et se trouvait à Alexandrie au moment où les Français venaient de s'en emparer'. Le général en chef, instruit de son dessein , lui accorda tous les secours dont H pouvait avoir besoiD pour en faciliter le succès. HornemanD partit du Caire, en septembre 1799, avec la caravane du Feizan ■. Il traversa le désert de Libye , parvint à Moursoiik, capitale du Fezzan. Il fit une courte excursion de Mourzouk à Tripoli , revint à Monrzouk , et écrivit à la société africaine qull allait

' L'cipéditioD d'Ëgfptc ri di*I \agét, ht me 4« ttcUei «atr*prùn du dii-builièine ii£cle. L'ÉlibliixmFDl d'une oatioa mUM* dini cette riclie partie du Qioad« eût riptodu le cirilkalioD , luart* dng toole l'Afrique, cl donni ud nouTem et *i)uliire moD^loeBt «m rebtiaai conm^iciiln de Ilnde et de l'Europe.

> foi/tx l'ialroduclioa au DictieHnain wnivarid da ia giogmpkU «vfnmerpaMc pour ce qui concerne lei cinvinei qui font le cammercc de notérieDr de l'Afrique.

DBS DBOX INDBS. 5a3

partir arec la grande caravane de Bournou. I>epuis cette époque on n'a plus reçu de noUTelles de ce courageux voyageur. 11 est probable qull a péri comme ceux qui l'ont précédé.

Cepeodant la société africaine , affligée , mais non déconcertée par tant de fàcbeux accidens , renonça à l'espoir depénélrct dans l'intérieur de l'Afrique par le nord, et ramena ses vues sur les câtes occidentales. Une nouvelle roule fut suggérée par le Calabar , sur la cdte de Guinée ; mais ce DOuTeau projet ne Servit qu'à joindre un nom de plus , celui de Micbots , i ceux de tant d'infortunées TÎctimcfi de leur zèle et de lenr courage.

Si l'on coneidére tes obstacles physiques qui s'opposent en Afrique aux recherches t\ à la marche d'un voyageur européen, et les obstacles moraux bieâ plue grands encore qu'il trouve dans la barbariedes habitans, dans leur féroce avidité, leur jalousie curieuse et leur superstitieuse méfiance , on s'étonnera peu des funestes résultats de ces entreprisest En comparant cependant ces résultats avec le succès complet que M. Bowdich a obtenu dans une semblable mission , on sera tenté de CToire que c'est du choix des moyens et des circonstances qu'en dépend le succès.

Son voyage fut déterminé par une circonstance politique. Le principal établissemcut.deB Anglais aur la Côte-d'or, appelé Cape-toast-casile , avait sous sa protection une nation voisine habitant. les rires de la mer, et nommée Fantéet. Un roi

puissant de l'intérieur, le roi des Askantéet, se trouvant offensé par cette nation, déclara la guerre aux Faotées, envahit leur territoire, et, suivant l'usage de ces peuples barbares , brûla les villages et massacra lesbabitans. L'établissement anglais lui-méizie fut bloqué , et courut les plus grands risques. Mais' la résistance qu'y trouva le roi des Ashantées, et d'autres raisons sans doute le déterminèrent à entrer en liaison avec les Anglais. On saisit cette occasion de lui envoyer une ambassade , et l'on en confia la conduite à un membre du conseil de la compagnie anglaise, M. James, gouverneur d'Acra '. M. Bodwich , qu'un ardent désir de se distinguer par des services avait conduit en Afrique , fut associé à l'expédition et chargé des recherches scientifiques. Cette expédition partit de Cape-coast-castle au mois d'avril i8i7;et, après de grandes difficultés, des intrigues, des dangers suscités à la cour du monarque noir par les Portugais et les Maures , M. Bodwich, qui moptra la plus grande fermeté et la plus grande prudence dans la négociation ( M. James avait tout abandonné), parvint à négocier entre le roi des Ashantées et les Anglais un traité de commerce favo-

' Acra, on Actra; c'en un pij> iTecune bourpde dn même tram , ■urUcAle-d'ordcOuiDée. Lei Anpiai), le> Hollaudiii et le> DuMw» j ODt cbtcuD an établiuemcDt. Ce paji cal le meilleut de toaie ta câte, et il l'j fait ud grand commerce aveclei hibîtani. C'diait aulrefoia un dea plug rréqueDlè* pour la Iraile det nui», qui l'j fall eccore au mëpiia det traitéa, et par une conaireDce aecrèle en tàfeur ilea planlcun dea eolooiea curopcvnDea.

DIS DBDX INDES. SsS

rable à leurs vues et à leurs établissemens dans cette partie de l'Afrique *.

Dans la retatioD que M. Bodwich a publiée de tOD Toyage on aperçoit les avantages qu'il y aurait à établir des colonies dans cette partie de l'Afrique ; et c'est le point sur lequel l'Angleterre oe cessera jamais d'avoir les yeux ouverts. 4 Les établissemens qu'elle a déjà formés dans la Sénégambie prouvent que Ton peut en tenter avec confiance lorsqu'avec des fonds nécessaires la patience et le zèle conduisent les chefs du gouvernement.

Nous avons déjà fait connaître, en parlant de la traite des nègres dans l'introduction de cet ouvrage , les principaux détails de l'un de ces établissemens , celui de Sierra-Leone , sur la rivière de ce nom ; nous n'ajouterons que peu de nouveaux documens sur l'établissement de Sainte-Marie.

Cet établissement , situé près de l'embouchure de la Gambie, prospère sensiblement, dit une feuille officielle *. Il augmente ses relations commerciales. En Toici la preuve , d'après le rapport des chefs de la douane de Sainte-Marie.

Les importations par bdtimeos de commerce et pour compte de négocians établis dans ce pays se sont élevées en 1818 à 4^>7' ' livres sterling;

' Kona ne pouTOoi ptucr ttyat nlence id le TOjige de M. HoUîen n AlHque, tait en' i S 1 8 paf ordre du gcHiT«niaiiFnt frattçaii. CeM m 4e* plat intëreaMnii qui *ïenl été teal^ ; il ■ eu toul le nuccè* qu'on «s iltecidait. Il aëli imprima «a deux Tolomet ia-B*, Itpc deDK carie* du piji parcouru par l'aulear.

* Guette de Siem-Leonc.

ji-vGooglc

5a6 ÉTAT ACTUEL DD COHHBBCB

elles u'aTfieDt tté en 1817 que de 7,8^8 IW.stttl.: l'accroissemeot a doDcété de 33,883 livres sterling. ' Cette différeoce est éaurme > et parait provenir des grandes dépenses ^ites et payées par le gou- T^rofiment en argent et en traites sur le tréaor anglais. Ces dépenses ont donné des moyens d'industrie aux babitans,et, en augmentant lea consommations , ont accru en même temps les importations.

Les cxpQrtatiooB n'ont pas répondu aux importations; mais elles prouvent toujours les progrès de cet établissement, qui peut avoir les plus grands résultats dans l'avenir pour étendre les colonisations sur la Gambie.

Les exportations de 1818 ont coosiaté en cent vingt-quatre tonneaux de cire , quinze tonneau:^ de morpbil ( ivoire ) , cinq mille deux cent quarante-cinq peaux de bçiuf estimées 70 onces 4'or> et cent vingt-cinq tonneaux de gomme.

On a pu voir dans ce que nous avons dit plus haut que les Anglais ont encore des établissement dans l'Afrique, de peu d'importance, il est viaij nous passerons donc à celui qui mérite le plus d'atteptjpn , le Cap de Bonn^Èspérance<

Conquis par eux dans le commencement de la guerra >, ils l'avaient rendu à la paix d'Amiens, après l'aroir possédé pendant près de sept ans , et y avoir fait de nombreuses et importantes améliorations.

' pi j «Dlrèreot le 16 leplembre 1795.

DES DEUX INDES. Ss^

Ce De fut pas sans les plus vifs regrets qu'ils Tireut leur échapper cette possessiOD , qui donne la clef du midi de l'Afrique et de la oaTigation à l'est Elle leur avait servi peudaut la guerre à protéger leur commerce et leurs riches établissemeos de l'Inde ; la perdre , c'était laisser à la France , à l'Espagne , au Portugal , aux Hollandais , les moyens , en cas d'hostilités , de barrer le passage aux vaisseaux qui se rendent par les mers de l'Asie dans les colonies qu'ils possèdent sur ces parages.

Ces graves iDconvéniens furent développés avec tue rare sagacité et beaucoup de soin par l'auteur anglais du Voyage dans la partie méridionale de l'Afri(fue '. Il est curieux de voir arec- quelle franchise cet écrÎTaio patriote avoue le système de domination des Anglais, et la coofiaaee qu'il met dans les événemens pour rentrer en possession de cette belle colonie.

> Il est évident, dit-il, que, dans le cas où nous n'aurions pas le Cap de Bonne -Espérance, et que les hostilités éclateraient , l'Angleterre ne pourrait donner d'assez foirts convois à son commerce d'Asie sans se jeter dans des frais immenses qui rendraient ce moyen impossible. La dépease d'une escadre placée à t'ile Sainte-Hélène , aussi long-temps que les Français seraient maîtres du cap ■, suffirait, à la vérité, pour soutenir tout

• H. Jal» Savoir . Morfuiie da lard HMWtnejr , Mdiwarf teéral dcsnmplMHiiCapdeBoane-Bipinnce, etc.

■ Lm HoIlHidu». 1 qui ie Cap fut leoda , rilaienl <Ui-lon rbiklemral ■MMlInloeitcei cm, pour miaui dire, *au> t'anloritè delà FraDca.

SaS ÉTAT ACTUEL DU COHHEltCS

l'établissemeDt de l'Afrique méridionale ; mais elle excéderait, suivant toute probabilité, le bénéfice des cargaisoDs aluei protégées ; d'ailleurs )e De parle pas de riocoDvénieDt qu'il ; aurait <i détacher des vaisseaux de guerre des plus importaDtes stations. Ud autre obstacle encore, c'est que Sainte-Hélène ne fournit aucune des provisions dont cette flotte aurait besoin. On y a la plus grande peine à se procurer une petite quantité de rafraichissemens pour l'usage de l'ile ; et le surplus , vendu à des prix exorbitans , est cédé aux équipages des vaisseau'x de la compagnie des Indes '. 11 y a peu de bctes à cornes ; et l'on n'en peut tuer une seule sans la permission du gourerneur. Cependant c'est maintenant le seul point de ces parages où les Anglais puissent assurer un convoi. Quel inappréciable avantage ne serait-ce donc pas pour eux de posséder entre Vlade et l'Europe un point de ralliement abondamment pourvu de toutes les provisions nécessaires à leur marine , une colonie qui , loin d'être comme aujourd'hui un objet d'inquiétude, un instrument de menace et de ruine, serait le rempart et la sauvegarde de leur commerce et de leur empire d'Asie ! »

malgré l> pritendue république bative, iccoDone {pd^eudasle , M iâgie plui tard en tojrtame pour Loaîi Bonapirte ( 5 juin 1806 ). ' L'Ue de Sûite-Hilène ippirleoùt à cette époque i ka compagaie deaIndeiaDgIutet, de qui le gouTernemeat l'a icbetée pour y rormer la demeure de Bonaparte : de grandea améliorationa a'; aoot opjréea

NGoogk

DBS DEUX IVDBS. 539

Les Anglais offrirent dans les conférences de la paix d'Amiens l'ile de Ceylan en place du cap de fionne-Espérance. « Hais les Français , dit encore le m^mt écrivain ' , jugèrent le cap de Bonne- Espérance plus important pour eux que l'tle de Geylan, dont ils ne pensèrent jamais à disputer sérieusement la cession. Si aux négociations ils insistèrent sur ce point , c'était pour en emporter un autre , la restitution nominale du Cap à ses anciens possesseurs. Cependant si, pour obtenir la paix l'Angleterre fut réduite à la nécessité d'<^ ter entre l'une ou l'autre de ces colonies , cas où probablement elle se troura , ce dut être un point difficile et bien délicat d'estimer la valeur et' l'importance comparative de chacune. L'tle de Cejlan avait en sa faveur de donner à pen prés 1 ,000,000 de liv. steii. de revenu , de posséder un port ( Trinquemale) tel qu'il n'y en a pas de supérieur dans le monde entier ; d'ébe la clef de toute l'Inde, et une place d'où un ennemipuissaot peut attaquer à son choix tous les points de l'Asie méridionale. On voyait au Cap de Bonne-Espérance uo promontoire stérile ( car telle était alors l'opinion dominante sur la colonie dn Cap ) i une grande distance des possessions de l'Inde , foui^ nisaant peu ou point de revenus , et exigeant pour son entretien des frais considérables. ■

* Si nous cédons Ceylan , disait lord Macartney, cette ile, étant. située à l'extrémité de la presqu'île

de riade , ts devenir ud port coneoû y iiAm^ial et terrible , ea ce qu'il doaoe le pouvoir d'eDvahit bcôte de MaUbar et celle de CoromBodeL L'excelleut port de Trinquemalé est d'un prix inestima- Ue pour une puissance maritime i tl coniiriaadt la baie du Bengale ; il donne ta Eacilitéda gtner, de maîtriser la nsTigatioD des dctraits de la Sonde et de Ualaea. . N«s possensnoa , notre marine et QQtre. comaierce d'Asie seront donc livrés aux Mprédatimudes maîtres d« Cejrlan , admettant que Ceylaa , oùs en balance arec ie Cap, doire remporter ; n'oublions pas néajunoiae que le Cap dé )i<)na9'Esp^ance dans les mains de nos enaernit pourrait leut servir d'un puissant incttunaent pour «ticonquéiin Cejlan. ■

. Ces diiviersee raisons ■'empêchèrent pas la restit^tido d'aVoir lieu. L'article 6 du traité d'Amienk porte 1 « Le Cap de Bonne-Espiérance reste à la c^ubUque batave en toute «oUFeraîneté , «oomm cela avait lieu avant la guêtre.- Les bé^timeDS de bMite espèce aurobt. la bcUlté d'y relàober et d'y acbeterles BppfOTfBÎonvcoieBeTiéiOesftaim&oMQBM auparavant , sans payier <d'autr4s drotiis que «eus lltiX({uels la ré))u)iliqae batave Hseuie«tit les Mti'^ nSMflis d« sa nation^ >

. Le4 f éflexioBs de M. fiarrov , écbo 'de «a nation en ce point , mélriteOt d'être citées : * Nal <kNrte qOQ,l«a fraisais s dit-il., n'aient préféré le Cap» quttiqHODMUDS avantageai bous «erttdos rapports

■ 0a.n« diHI poiot oublier qu'tlon ta pràlradVe atpuklI^M faatavo

DES DBDX INDES. 53l

que l'ile de Cejlan , dans l'idée qu'il leor terrirait à s'empaxer de celle-ci ; cette' dernière o'étiît pai en effet alors d'uo giaud prix pour eux ; elle De fouroit aucune des proTisions nécessaires aus forces de terre et de mer ; elle sera toujours à la merci dç la puissance qui aura dans les mers de l'Inde une flotte supérieure ; et sa positioa est telle, quel'ennemi u'y pourrait assembler une pareille Hotte, ou ravitailler tant que la Grande- Bretagne serait maîtresse du Cap de Bpnoe-Ëspérance : «1 eût donc été bien avantageux pour elle de conserver un poste qui aurait léruté i ses ennemis l'entrée de l'Océaa indien, et a* moyen duquel elle aurait toujours été eu état de les reléguer dans leurs iautiles Iles de France «t de ftotirboo... c Que le gouvernement anglais se tienne doofl sur ses- gardes ; qu'il veille oontiouellemieiït »\u les parties de l'état les plus vulnérables i surtout » après avoir pourvu à la sûreté dei'empive, ■^u'â traverse , qu'il étoufEe dans leur Daissaoce les dea^ seins que les Français ont sur l'Iode. Le presoiet pas vers ce but désirable doit être de recouvrer 1» Cap de Bosne-Espérance. «

Ce voeu fut rempU ; les Ao^ts s'empafèwt de nouveau du Cap a.u commencement de t^^^ , et la possession leur ai hit coûtâmes à la paix de j6i4' L'article i" de la convcntioa signée A Londres le i3 août 18 14 porte : ■ Sa majesté bri-

a'ittU qa'ia Att de l'nDpire de BonapuM, doM A Si MiuiMl* lojnime [■•••■{» de wa ttin Louii.

539 iXAT ACTUEL DU COHHBIICE

tànnique s'engage à restituer au prince soureraÏQ des PrOTinces-Unies des Pays-Bas les colonies, comptoirs et établissemens dont la Hollande était en possession au commencement de la dernière ^erre, c'est-à-dire au i"ianTier iSoS», dans les mers et les cootinens de l'Amérique , de l'Afrique et de l'Asie, à l'exception du Cap de Bonne- Espérance , et des établissemens de Démérari , d'Esseqiiibo et de Berbice, desquelles possessions les haute» parties contractantes se réservent de disposer par une conrention supplémentaire qui sera négociée ci-après. ■

Par cette dernière convention, de la même date que la précédente, et également signée  Londres, il est stipulé que l'Angleterre donnera , l' un million eterlingi la Suède pour indemnité de la cession de laGuadeloupe rendue par elle à la France, conformétnent à l'article 9 du traité de Paris , indemnité dont le ^i des Pays-Bas était tenu eoTcrs la Suède pour compensation d'autres avantages à loi faits; 3* que l'Angleterre donnera une somme de deux millions sterling an même roi des Pays- Bas pour les dépenses nécessaires à la fortification de la. ligne de défense des Pays-Bas; 3* que l'Angleterre s'engage également, et conjointement en portion égale avec la Hollande , à fournir aux Arais ultérieurs pour établir et consolider d'une

* kian, d'apièa celte époque offlcielle, !■ paix d'&mici» n'aorail dnii que àa iSmu* iBoi, où elle fui •ign», fuiqu'aa i» j*n*ier

jNGoogle

maoïère satisfaisante l'uoion de la HoUatide et des Pays-Bas.

( En considératioD de ces engagemens, dit la coDTentioD, le prince souTeraio des Pays-Bas consent à céder en toute soureraineté à sa majesté britannique le Cap de BoDoe-Espérance, et les établissemensdeDémérari^d'ËssequiboetdeBerbice, à condition oëanmoins que les sujets. de sa dite altesse royale te prince souverain ' , étant pl-ppriétaires dans lesdites colonies , auront ta faculté ( sauf tels règlemens dont on conviendra par une convention supplémentaire ) de naviguer et de trafiquer entre lesdits établissemens et les territoires dudit prince souverain en Europe.

« Les hautes parties contractantes sont aussi convenues que tes navires de toute espèce appartenant à la Hollande seront admis librement au Cap de Bonne -Espérance pour s'y procurer des rafraicbissemens et les réparations dont ils pourraient avoir besoin', sans avoir pour cela d'autres droits à payer que ceux qu'on exige des sujets anglais. ■

Avant d'entrer .dans l'exposé des productions territoriales et de l'état de colonisation de cet établissement, transcrivons encore quelques-unes des considérations de M. Barrow sur llmportance d'un grand dépôt commercial. qu'on pourrait y

' Ce ne fut que pv l'irticle 65 de l'acle du ooDgrèi dn Vienoe do 9 jidn iSiS que le lilre cl Im prérogilifei de U digoil^ rojilc ont I» par toQiei.lc* puimiicti diui !■ duûod d'Oitnge.

554 ÏTAT ACTtJBL DD COMMERCE

former. C'est ud point iihportsnt du coEomercc du monde ; et la manière dont le traite le judicieux Anglaia donne une trop juste idée de ces résultats pour que nous ne le laissions pas parier Ini-méme..

■ Le Cap, dit-il, est une situation unique pour un dépôt commercial entre l'Europe et les Grandes- Indes, entre l'Asie, l'Amérique et les Antilles. Mais on fait une grande objection contre le projet de l'y établir; c'est le préjudice qu'il causerait aux Tentes de Londres , et par suite ta diminution des revenus que )a couronne tire des douanes. La compagnie pourrait sans doute répondre des droits du roi sur les rentes qu'elle ferait au Cap; mais le but de l'entrepdt serait tout-à-fait manqué, si l'on j exigeait des droits qui {rartassent le prix des marchandises assez haut pour qu'il ne fût pas plus onéreux aux marchands étrangers de les aller prendredans l'Inde qu'au marché de Londres. Et si ces taxes étaient réduites , il y aurait évidemment une perte dans les revenus de la couronne ; à moins toutefois que l'augmentation des ventes , augmentation très-probable dans la présente supposition, ne vînt à compenser la réduction des droits. Voici une autre objection fondée sur le tort que ce dép/tt causerait en général au marché de Londres. Les marchands étrangers , en venant se pourvoir aux magasins de la compagnie , trouvent leur avantage à placer, à expédier dans le même vaisseau une cargaison assortie , produit des co-

DIS DEUX INDBS. 555

lonies et des manufactures anglaises. Si ces marchands trouvaient un marché plus favorable, et allaient s'y fournir dé marchandises de l'Inde, ils j* compléteraient aussi leurcargaison arec d'autres articles au préjudice du négociant de Londres.

I L'une et l'autre de ces objections vont tomber peut-être devant les considérations suivantes. Au rapport même des directeurs , le commerce de la compagnie est assez vaste pour fournir tous les marchés de l'Inde et de la Chine en objets du crû et des manufactures de l'Europe. En remplissant les demandes de ces marchés , elle ne cherche aucun bénéfice actuel , et se contente de ne pas perdre, afin de s'emparer exclusivement du commerce , et d'en exclure , en les décourageant , les autres nations, qui ee trouvent ainsi obligées de solder en espèces la plus grande partie de leurs cargaisons. Le privilège de trois mille tonneaux que la dernier^ charte de la compagnie accorde aux marchands particuliers n'est même , dit-on , jamais rempU. Elle a réduit dans l'Inde et à la Chine les articles d'Europe A des prix si bas , que ces commerçans né trouvent aucun avantage A faire avec un léger frétement des envois pour ler.r propre compte i l'est du Cap de Bonne-Espérance- Ij» Américains sont les seuls qui, grâce à leurs pèches, peuvent former une cargaison entière propre A être échangée contre des marchandises de l'Inde et de la Chine ; c'est avec cet échange qu'ils faumissent leurs propres colonies et les

536 iikt ACTOBt av cohmiiics

Indes occidentales, au grand dommage des vea-

tes de la compagnie anglaise.

< Mais la compagnie peut fournir à son entrepôt la quantité nécessaire de produits naturels et industriels de la Grande-Bretagne, et les don-^ ner à meilleur marché que ne pourrait le faire aucun autre peuple. Les Américains, ne trouvant plus au Cap le débit de leurs bois , borneront leur commerce d'exportation à ia pelleterie et au genseng : ils pourront apporter ces articles à l'entrepôt , et les j échanger contre du thé, des mousselines , des nankins , sur lesquels on fera un bénéfice si modéré , qu'ils auront peu d'intérêt de les aller acheter aux marchés de l'Inde et de la Chine. Les autres nations j trouveront toutes les marchandises anglaises ^resqu'au prix de Londres ; elles y prendront des cargaisons a9sorties. - • DaDS les quatre dernières années du gouvernement anglais au Cap , les vaisseaux portugais frétés par les Anglais, et des bâtimens pécheurs anglais en exportèrent pour les Indes occideDtaleSf la côte du Brésil et celle de Mosambique, une quantité de marchandises d'Europe et de l'Inde ( ces dernières étaient en grande partie des objets de prix), une quantité, dis-je, égale k la somme de 85o,ooo rixdallers, ou 170,000 livres sterling en papier de cours. Les articles d'Europe, qui formaient la moitié de cette valeur, durent donner aux marchands du Cap des bénéfices très- grands j et plus considérables que

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DES DEDX INDES. SZ")

oe les demanderait la compagnie ; aussi fureat-ils reTendus à très-haut prix. Malgré cela le commerce des côtes du Brésil aurait pu se porter au double, au triple, et au-delà.

■ S'il j avait au Cap un dépôt commercial sous la direction de la compagnie anglaise, il se ferait dans l'Amérique espagnole et portugaise une bien plus grande consommation des produits de t'Olient, qui seraient tous payés en espèces; et comme la compagnie a le plus grand besoin d'espèces pour son commerce en Chine et pour le gouvernement de son empire indien , les rentrées d'argent monnayé qu'elle se procurerait par ce moyen diminueraient beaucoup , si elles ne faisaient pas entièrement disparaître la gêne que tous les jours lui fait éprouver la rareté des espèces. D'ailleurs, en ouvrant un plus grand débouché aux marchandises de l'Inde , on indemniserait en quelque sorte les naturels du pays de ce que la compagnie leur prend en formé-d'impôt pour envoyer en Europe.

« Il y aurait peut-être un moyen sûr d'anéantir le commerce clandestin qui se conduit avec des capitaux anglais , mais sous pavillon neutre , et qui est depuis long-tems un sujet de plaintes inutiles : ce serait que, dans sou entrepôt, la compagnie livrât les objets d'Europe i un taux très- peu supérieur à celui de Londres , et qu'elle n'imposât sur ceux d'Asie nul droit, ou du moins qu'un droit très-faible. Les directeurs seraient sans

538 ÉTAT ACTDEL DU COHMERCE

doute en état de décider à quel prix les aventurier* aimeraient mieux prendre leur cargaison au Cap que de poursuivre jusqu'aux Indes et jk )a Chine.

I De cet entrepôt naîtrait encore une nouvelle branche de commerce avec le» Iodes occidentales; commerce qui BÙpplanteraît celui que les Américains j font si heureusement d^uls quelques années. II ouvrirait en mfme temps un autre débouché aux produits de la colonie, particulièrement aux vins. Arec un peu plus de soin et une préparation mieux entendue , ces vins pourraient remplacer ceux de Madère , dont les Antilles con-> somment une grande quantité, malgré le prix excessif qui n'en permet l'usage qu'aux plus riches insulaires. Le Madère du Cap pourrait être donné dans toutes ces iles pour le quart de ce qu'y coûte le vrai Madère.

■ Si , après une certaine expérience , la compagnie ne jugeait pas l'entrepdt favorable k ses intérêts, elle aurait toujours la faculté de remettre le Cap dans la situation où le tenaient les Hollandais. Par la multiplicité des droits et des prohibitions, elle en poorra défendre l'entrée à tous les vaisseaux étrangers ; ils n'y aborderont, si elle !e veut , que pour j acheter de fraîches provisions avec du papier ayaut cours , ou de l'argent comptant. Elle souffrira ou repoussera, selon son hou plaisir, la foule des aventuriers étrangers. Par les lois existantes de la colonie , personne n'y peut résider sans une permission spéciale ; et le gouver-

DXS DEUX INDES. 539

oeur est autorisé à KDVoyer tout iodiTidu dont il juge le séjour peu coOTcnable à l'établissement.

■ Mais , si }'ezpérience réussit , quel heureux résultat pour l'Angleterre ! elle possède désormais le commerce exclusifde l'Asie. Aujourd'hui elle n'y. trouTe de rivaux dangereux que les Américains : avec cet entrepôt elle les fera servir à sa prospérité, ou elle causera leur ruine. Si les Hollandais se replacent jamais au rang des nations indépendantes , ils rechercheront l'alliance et l'amitié de la Grande-Bretagne , qui leur sont nécessaires pour se soutenir dans l'Orient. Tu le mauvais état de leurs finances, ils seront fort conteos d'avoir le privilège exclusif des épices , et la portion du commerce de transport que l'Angleterre voudra bien leur assigner : il lui serait toujours facile de réprimer toute usurpation de leur part, en refusant de ravitailler leurs vaisseaux au Gap r refus qui leur rendrait impossible la navigation de l'Inde. Si à la paix ce peuple reste sous la dépendance de la France , soit directement, soit indirectement, les Anglais, maitres du Cap , pourront toujours intercepter son commerce de l'est. Pour la France, qui est sans crédit et sans capitaux» qui n'a ni marine ni manufactures, elle ne saurait de long^temps , selon le cours naturel des choses , faire en Asie qu'un trafic peu considérable. ■

Ce vaste projet n'est qu'en partie exécuté. Le Cap de Bonue-Ëspérance n'est pa» compris dans les cODcessions faites à la compagnie des Indes,

540 iTkT ACTUEL DD COKlIB-IiCE

elk en retire cepeadaitt, aiofli que U métro[>ole', d'immenses araotages : od eo jugera par les objets que la colooie offre à l'exportation , et par ceux dont elle a besoin pour sa consommation.

' A certaine époque de l'année, dit M. Latrobe', l'aspect général du Cap n'a rien d'attrayant. Le roc nu qui compose la montagne de ta Table ; à quelque distance, une chaîne de montagnes offrant la même nudité;dans l'interralle, une plaine dont le sol , dur comme celui de la route la plus fr^ qucDtée , est impénétrable au soc de la charrue ; le manque de régétation, et l'absence presque totale d'arbres , des attelages dé bcaufs d'une mal< greur extrême : telle est la scène offerte à l'Européen qui débarque vers la ûq dès mois d'été.

t Mais' UD grand changement s'opère après que les pluies ont commencé, c'est-à-dire dans les derniers jours de mars oU' les premiers jours du mois suÎTant. Alors on est agréablement surpris de voir l'argile et le gravier des plaines cachés sous de riches moissons , et de trouver dans des endroits non cultivés des milliers de fleurs diverses venues d'elles-mêmes sur un sol naguère en apparence si stérile. >

L'espace de terrain compris dans tes limites de la colonie du Cap occupe environ trois cent quinze milles anglais ( cent cinq lieues ) en longueur le long.des côtes occidentales, depuis la montagne

■ yaymg* fait limt f^/WfM màrUiofMU m iSiS *f 1816. 1 *ol. iB-B°. LoDdim, 1813.

ji-vGooglc

DBS DBUX IftOBS. 5^1

de ta Table jusqu'à la rivière de K.ou9sie ; et , en suivaDt les côtes mëridionàles dirigées vers l'est , depuis la même mootagDe jusqu'à la cAte des grands Poissons *, on compte cinq cent quatrevingts milles (cent quatre-vingt-treize Heuee ) d'étendue. La moindre la^ur de la colonie est au milieu de cette dernière ligne , et la plus grande vers l'extrémité orientale ; elle comprend environ cent vingt mille milles carrés.

Les ravines formées par des courans d'eau au milieu des montagnes qui partagent cette surface offrent la plus riche végétation ; et l'on trouve dans celles de ces ravines, qui sont au midi de la chaîne la plus près de la mer, des forêts de bois de construction qui s'étendent à plus de deux cents milles.

La moitié des cent vingt mille milles carrés compris dans les limites actuelles ■ de la colonie peut être déduite pour les plaities stériles et les montagnes nues. La totalité des soixante milles carrés restant n'est pas à beaucoup près toute fertile ; il n'y a guère que trente mille milles carrés de terre susceptibles de produire.

Ces trfenle mille milles carrés ( vingt millions d'acres anglais, à peu près vingt-cinq millions d'arpens français) appartiennent à environ trois mille familles. On juge parla qu'une très-petite portion de ce vaste pays est occupée, qu'une moindre encore

■ roynlaDartc.

' C«ci>et»p|)otl< il i8«.*.

54a ÉTAT ACTUEL 00 COMHSBCB

est en culture , et que sa population est faible.

Jusqu'à une époque récente il était divisé ea quatre districts, te Cap, Stellenbock, Zwellendam, et Beynet, à la tête desquels était un magistrat supérieur nommé laïuirottî mais les trois derniers ont été subdivisés , et ea forment à présent six , dont chacun a son laadrost , sa ville ou son village , MO église et son école.

CftiesubdivisioQ annonce une amélioration dans le ré^me de la colonie ; mais on a une plus forte preuve de cette amélioration dans l'accroissement de la population.

D'après un recensement qui se faisait chaque année sous le gouvernement hollandais , mais qu'on peut soupçonner, il est vrai , de quelque inexactitude , elle était en 1 79S de soixaate-deux mille individus , dont vingt-deux miUe bUncs , vingt-six mille esclaves , et quatorze miUe Kottejjtots. Elle est â présent de cent mUle individus.

Les productions du Cap sont variées; mais aa peut regarder comme les principales le vin, le froment, la lainr; ces productions constituent même trois grandes divisioas de prc^riétaires ^ formant autant de classes sous le nom de ivyn~ boon . kooTn-boorâ, et vee-boan : ce sont les propriétaires de vin, de blé et de bestiaux >.

' Outre le vin , le blé , les beBtiaux , le Cap fournit des laines , de l'eau-de-vie , des peaux , deA

DES DEUX IHDES. 543

pelleteries , de l'huile de baleine , <tei fruits secs , des salaisons , de l'aloès, de l'iToire, du tabac.

Noua analyserons sommairement ce <]ue doo- Qait en i8o3 la culture des pnocipalea de ces productions. Les tableaux que nous en fournit M. Barrow nous serviront de guides; il les a puisés dans les bureaux de la colonie ; et noua obser- TeroDS seulement que , depuis l'époque où il les a transcrits , la quantité des denrées et des productions s'est , accrue sensiblement , comme on le verra par les résultats que présente M. Colquhoun, et que nous ferons conuaitre.

BU. L'état des grains qui entrèrent dans la ville du Gap pendant quatre années , et qui par conséquent en fait connaître la consommation pour les époques indiquées , ainsi que l'exportation , présente les quantités suivantes :

Akrku.

de riOMBlIT.

HDI»S S'OKGB.

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UIGLE.

MBITS POIB.

de

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