‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 4)Chapitre 7 sur 34 · DES OEUK INO£S. SO-J · texte numérisé non relu

DES OEUK INO£S. SO-J

du riz, parce que le territoire n'en produit pas assez pour le besoin des babitaos.

L'argent qu'on y porte y est échangé contre de l'or. Ce commerce donne du profit ; mais il ne peut être fait que par des personnes qui aient les connaissances nécessaires pour découvrir la fraude dont les Acbemoîs , qui sont très-fripons , usent toujours lorsqu'ils vendent ce métal.

Outre cet or, .dont on fait commerce et qui se trouve en quantité dans la rivière qui passe à Achem, on -tire de cette villejes productions de l'ile, surtout le camphre et le benjoin.

A peu de distance et à l'est de Sumatra, visà-vis le fort Palembang, est située l'île de Bapea, que les Anglais remirent aux Hollandais. Elle fut l'occasion d'une discussion assez vive entre les deux nations : cette discussion fait trop connaître l'esprit qui les anime pour ne pas en donaer quelque détail ici.

En rétrocédant aux Hollandais tout ce qu'ils avaient possédé dans l'Inde en i8o3, l'Angleterre^ conclut au mois d'août i8i4 une convention avec le roi des Pays-Bas, par laquelle la Hollande lui abaodonnnit en toute propriété la colonie de CochÎD sur la càte de Malabar en échange de Banca, l'une des iles de l'archipel de la Sonde.

Cette ile est précieuse pour les Hollandais, surtout par l'étain qu'elle tire de ses mines , et qu'on dit supérieur à celui d'Angleterre ; au mMus est-il certain que les Chinois le préfèrent, parce qu'il est

30S ÉTAT ACTDCL DU COUHERCE

plus malléable et se prête mieux à la fabrication de leurs vases sacrés. C'est même par une colonie de Chinois que sont exploitées ces mines , dont les produits annuels s'élèvent jusqu'à trois millions pesant. Ou porte cet étain à Canton , et il entre dans les échanges du commerce batave, qui charge du thé , des soieries , des toiles et des porcelaines au retour.

Arrêtons nous ici sur les suites de cet échange de Cochin contre Banca. Les événemens, les réclamations , les discussions dont il a été l'occasion jetteront de nouvelles lumières sur ce que nous avons dit de la rivalité qui régne dans l'Inde entre les deux seules puissances qui prétendent aujourd'hui à son commerce. Ces détails peuvent donner une idée juste de la politique de ces deux nations, et des prétentions qui un jour peuvent encore ou affranchir ou faire changer de maîtres leurs possessions : ces connaissances entrent dans celle du système commerciale et de l'état actuel des colonies européennes dans les deux Indes.

Banca était bien la propriété des Anglais lors* qu'ils l'échangèrent contre Cochin; mais le sultan de Falembang dans l'ile de Java , en leur abandonnant parun traité cette importante possession, avait stipulé que l'Angleterre lui garantirait la couronne et ses autres états. L'acte qui stipule cet arrangement est ainsi conçu :

« Nous soussigné, sultan Ratoo Almed Naju-

jNGoc")glc »

DES DEUX tNDZS. 30g

mudio, souveraio de Falembang, de mon plein gré, et eo reconnaissance de la faveur qui m'a été accordée par le goiirernement anglais de Java ', en me plaçant sur le tiAne de Palembang; confiant dans la générosité du gouTernement britannique , qui doit me mettre à portée de sontenir mon rang et ma dignité, cédons à sa majesté le-roi de la Grande-Bretagne , et à l'honorable compagnie des Indes , pour en jouir en toute propriété et souveraineté, les iles de fiança et Bllleton , ainsi qtie les îlots qui en dépendent ; renonçant par le présent acte, tant en mon nom, qu'en celui ^e mes héritiers et successeurs, et pour jamais, à tous droits et réclamations,- à quelque titre que ce soit sur lesdites tles ; renonçant aussi à la propriété îles mines et de leurs produits, ainsi qu'à toutes les prérogatives exercées par les sultans de Palembang. Nous les reconnaissons, par le présent acte , être seules et exclusives propriété» de sa majesté le roi de la Grande-Bretagne et de l'honorable compagnie des Indes ; et par les présentes enjoignons à tous les babitans maintenant résidant dans ces iles , ainsi qu'à ceux de nos sujets qui pourraient par la saite désirer de s'établir sur ce point , après en avoir obtenu la permission du gourernement

* On uil que celte tle> ainii quels pruiiuï lolditi dei poueiiiuni MlaBdann dioa U roer dn Iddn , ilaitnt loA l» domlftilkia da Aaghli , qui l'tD ébiral ecapir^, et qui In readirent eu *ertii du liairt de Pirù, éw 3o t'tii iSif . gpnsi lei i*oir idnilbiilr^e* net •agette , inlellipBCe , et j »Toir hil pmtpttrr In» le* georei d'éw» UiMcmcM agrioolei et commercitui.

310 ETAT ACTOIL D\f COHUERCE

anglais, de servir «e giMiTeroement en bons et loyaux ijujets; nous engageant de notre côté i protéger et faire re^tpetier le& famille» et les propriétés de ceux des habitans de Banca et fiilleton qui peuvent dans ce moment se trouvera Paleinbang, avec la faculté de su transporter dans ces îles quand ils le jugeront convenable t en vertu desqnelies dispositions nous avoos signé de notre main et apposé notre sceau , comme aussi U signature et le sceau de notre héritier ^parent, et celui des principaux Pangerangs de ce royauQie. Fait à Palembang, le cinquième jour jumad, ul anwull' ).9. Signés, Pangerand SuTia,Pangeran4 Ari4f 17 pai iSia, en présence denous Sf)ussignés , W. ffunter, Rob. Mearei. •

Les Anglais , en cédant l'île de Banca aux Hollandaif vêtaient donc tenus de leur faire respeicter les cl«4^ses de ce traité ; mais les négociateurs n'en firent seulement pas mention : de manière que les Hollandais, ne se croyant lié* par aucun engagement envers le sultan Ratoo Najunuidin, l'ont depuis chassé de »es états de l'ile d« Java '.

Cet oubli des convenances et de la justice n'a point échappé aux hommes doatt'ABgleterre offre pins d'exemples qu'aucun autre état de l'Europe : ne redoutant ni l'autorité ministérielle,

' Vue goem atati rire eaire lei Hollandiji et ce iirince n'a «tué d'iTOÏr lieu ateo drt chaocea différCDlvi dcpui* cçtlc époque ; 1m 4«n|ièm iM)nTalI« uiaontawat det toccèt foarqaé) du lultau da Pilenbang, qui •'«lait ismù.en pouctiioD dv ici «uu (tau l'ila d«

n,gt,.eVïG00gle

DBS DEDX INDIS. SI 1

ni l'abus de la faveur, ou la disgrâce de cour qui font la règle de conduite dans les pays detipoti-* ques, ces hommes savent prendre la défense des opprimés, fussent-ils aux extrémités du globe, lonque surtout l't^ression est l'ouvrage des ageas du gouTernemeut anglais. Ainsi Waren Hasflngs, aiDsi Pictob ont été attaqués par ie parlement pour les vexations que le premier s'était permises daoa l'Iode , et la cruauté exercée par le second contre «De simple femme du peuple dans l'ile où il commandait ; et les membres du parlement qui ont élevé ces plaintes et poursuivi l'accusation n'en ont pas moins conservé la même considératioa, malgré qu'ils eussent dénoncé des abus d'autorité. Dans l'affaire de l'échange de Bauca , le marquis de Lansdown n'a point hésité à auivre d'aussi Dobles exeo^les ; indigné de la perfidie deâ commissaires anglais, il s'exprima avec autant de sens qve de raison sur le manque de foi dont ils avaient offert une preuve si scandaleuse.

■ Il n'est pas de mon intention, dit-il dans la chambre de« pairs ^, de discuter le principe d'après lequel on a rétrocédé à la Hollande ses anciennes colonies; cependant on pouvait douter qne cette mesure fût convenable quand la Hollande recevait en Europe un accroissement considérable de territoire '. Le sujet qui doit occuper

* Hoo* ■*«» dè)i H* mnwqim au Ifctenr qn'alan ^ Grind«-

aia ÉTAT ACTDEL DU COMMERCE

l'attention de vos seigneuries n'est pas le principe d'après lequel le traité a été conclu, mais )a mnnière dont il a été exécuté , parce que l'bonneur, l'intérêt et la politique de notre pays se trouvent compromin dans ce mode d'exécution. Les faits qui -m'engagent à occuper l'attention de vos seigneuries remontent à l'époque où les force» de sa majesté occupèrent l'île de Java.

• On se rappelle qu'en iSia lord Rlinto , alors gouverneur-général de f'inde, envoya une expédition à Java pour s'emparer de cet établissement hollandais. Ce grand homme d'état mérita sans doute des élo<!;e6 pour avoir soumis cette île k la couronne britannique ; mais combien sont plus grands et plus flatteurs les éloges qui lui sont dus pour avoir établi dans celte ile un gouvernement sous lequel toutes les ressources du pays étaient développées et venaient augmenter la richesse et )a prospérité de notre patrie ! Les grands avantages attachés à cette conquête furent clairement établis dans le discours émané du trône, et par le vote du pa/lt'nu-nt. Ces avantages n'étaient que pré~ sûmes-, l'expérience les réalisa bientôt, puisque Java parvint rapidement au pins haut degré de pik>spérité que puisse atteindre une colonie dans la' mer des Indes. Cette prospérité , cette splen-

dlDce par im marïige et un trvii. Elle ''Vit miftitt. Le miriige •'nt fiil avec la Ruoie, i|ue In Hollindiù criigoeot moiDi qu'il* ne cnignrnt Ira Angliit i te tto^tuneoni w Iroute >jn^i «nr miiicib iIu mita empin de Raidc.

DES DBl'X INDSâ. 31^'

deur étaient dues au régime introduit et aux mesures prise» par sir Thomas Raffles , auquel le noble lord avait confié le gouveroement de BataTia '.

■ BteotAt après, et par suite des recherches actives de sir Thomas RafiFles, on découvrit qu'une population considérable vivait inconnue des Hollandab dans l'intérieur de l'île , à moins de supposer que la politique hollandaise avait eu des raisons ponr laisser ignorer le véritable état de la population javanaise de quatre à cinq millions d'habitans'. La plupart des princes qui habitent les côtes sont soumis aux Hollandais; ceux de l'intérieur sont indépendans. Le gouvernement anglais avait conclu avec eux des traités également avantageux à la Grande-Bretagne et à euxmêmes. C'est le funeste résultat de l'un de ces traités qui a donné lieu à la motion queje vais faire.

• A peine Fûmes-nous établis à Java , qu'on sentit que l'occupation de l'ile de Banca pouvait, attendu sa position , être d'un grand avantage pour le commerce de la Chine. Le gouvernement britannique ne voulut point employer la force

' L'ARglelm« doit à lir TliomaK RiIIIm une eicrlleote Hi4toire , oa plutôt une Dueriftia^ hittoriqve de Java , ta deui toIuibci iu-i".

Cr gouicnnuraliiDible n donné (ÎQii un ticmplc Iruprare, quoi' %ae bcaacoup plui commua en AD|;lelcrre qua chu Dou*. celui d'aroii bit louraier ao proCt dci conaïUuocci potiliquc*«t MMÙIi- ^oc* In foDCtioDi qu'il • ezercéi'ti pcodaal maoi à Balivis ircaune ti grande dùtînction.

* RiagérttM» ritldent*. '

2l4 ÉTAT ACTDBL DU COUHEIICE

pour s'en emparer; mais, considérant qu'elle ap-r partenait en toute propriété au sultan de Palvmbaiif;, il négocia avec ce prince un traite par lequel celte île fut cédée à l'Angleterre . et , eo retour de cette cession, le gouvernement anglais, par le même traité, a garanti au sultan la jouissance de ses autres états et la tùrélé de son trône. C'est en ce moment , roilords , que je réclame rotre attention : peu d'années après cet arrangement, on jugea convenable de rendre aux Hollandais les colonies conquises sur eux dans les mers de l'Inde , et qui étaient en leur disposition avant i8o3 '. Or, comme l'île de Banca ne fut jamais leur propriété, la rétrocession de cette île ue pouvait pas être stipulée; néanmoins, par un acte séparé du traité, Banca fut cédé au roi des Pays-Bas ='. Cette cession fut appuyée de divers motifs, et spécialement de l'acquisition de Cochin , cédé à l'Angleterre. Mais, pendant que nous recueillions les avantages que nous procurait la cession de Banca, on ne prit aucun soin d'assurer les droits et les intérêts du sultan de Palembaog, qui, en conséquence de cet oubli, réclama la pn>tection qui lui était due conformément au traité fait avec lui. Le gou-

' L** poMcaiont bal]*Dd«ij<», eiccplë Ceylio, ■**teniM tradnc* k I* Uullaadr , rn Tcrtu dii irdrt d'Amicn*. Li rupture ir ce tnilé , ■u iDOÎi de mai i8,i3, «ulorâait tsi Aogla» k ri!n(rrr d*iMC«i |KiMe)- ■iou , la Hollande i\aat pirlie coDlnclinte iti'C li Frince.

' Noua *toai *u piui haut que Bioca Tut échangée, par do liaili ligD^ a Londrei le i5 wât iSii, cootre Cixhia, appartenant aui Hollaodaii, mai> occupé parla Anglaia.

DES DEOX INDES. 3l5

Terneur anghtis , qui avait reçu l'ordre pur et simple de rendre }a cotooie, était sans pouvoir pour stipuler des condilîODS en faveur du sultan NujumudiD ; il fut donc oblt^ de se renfermer dans une protestation contre l'infraction par les Hollandais des clauses du traité relatif au sultan de Palembang. Cette proteàialion était à peine rédigée et signée, que les commissaires hollandais entourèrent sir Thomas Raffles afm de s'assurer s'il n'avait point reçu d'Europe des instructions pour lever ces diCBcultés. Us s'en tinrent au contenu littéral de la clause stipulée dans le traité . et en réclamèrent la stricte exécution. Sir Thomas Raflles fut donc obligé de consentir à la remise pure et simple de l'Ile de Banca.

• A peine les Hollandais en eurent-ils pris possession , continue le marquis de Lansdown , qu'ils commencèrent à empiéter sur les droits du sultan de Palembang, et détruisirent son autorité, sans avoirégard au traité parlequel la Grande-Bretagne avait garanti A ce prince la souveraineté de ses états. Sir Railles a plusieurs fois renouvelé ses réclamations en faveur de ce souverain , et toujours sans succès ; il a été réduit à faire de nouvelles et inutiles protestations. •

Le noble pair obtint que les pièces relatives à cette «traire seraient remises sur le bureau ; mais il ne parait pas que des mesures eCBcaees aient été prises pour faire cesser l'infraction du traité; oo sait seulememt qu'une goerre acharnée et.

ji-vGooglc

2lt) ÉTAT ACTUEL DC COHHEKCE

meurtrière a été le lésullat de la mauvaise foi des Hollandais, et que peut-ètie verront-ils un )our toute la population de l'île insurgée contre eux. Déjà celle de Palembang à exercé des violences qui rendent périlleuses les communications dans l'intérieur. Le sultan . remis sur le IrAoe par ses sujets fidèles , menace sans cesse les établissemens hollandais ; la compagnie hollandaise court risque de perdre Banca , après avoir voulu la posséder à titre illégitime , et après avoir chassé de ses états le prince qui ne l'avait cédée aux Anglais qu'à des conditions qui sont devenues obligatoires pour elle. Mais peut-être que les Anglais eux-mêmes voient avec plaisir cette discorde, qui doit tendre à affaiblir, ou au moins à troubler les affaires de leurs rivaux dans l'Inde.

Outre les îles Célébes et de la Sonde , les Hollandais recouvrèrent, en vertu du traité de Paris, leurs autres possessions aux Moluques : elles avaient, comme les précédentes , été envahies par les Anglais dans la guerre de 1 796 , et rendues à la paix d'Amiens. Reprises de nouveau, lesHollan~ dais y rentrèrent depuis 1S14, et les mêmes commissaires à qui les Anglais avaient remis les îles de la Soude et les Célébes rentrèrent également en possession de Timor, d'Amboine, et de quelques autres îles faisant partie du même archipel. Les principales sont , Amboine, Banda et Timor. Nous nous y attacherons de préférence. L'importance du commerce qu'y font les HoIIaodai»

DES DEVX INDES. 3i;

nous Y engage ; nous aurons soin cependant de ne pas répéter les détails déjà si amplement exposés par l'Hiitorien de$ dewc Inde».

L'île d'Amboine , d'environ douze lienes de longueur sur trois de largeur, est divisée en deux presqu'îles réunies par un isthme d'environ trois cents toises de lai^e. Deux baies profondes forment cette séparation ; celle qui est du côté de l'ouest offre un hâyre commode et sûr; celle qui est du côté de l'est, beaucoup plus petite , n'en a qu'un dangereux , tant par son mauvais mouillage que par les rochers qui bordent ses côtes : c'est pourtant de ce côté qu'est placé le fort Fittoria, élevé par les Portugais lors de la première conquête de, l'île. Les Hollandais l'oDt conservé , et en ont fait le siège de leur gouvernement. Les vaisseaux s'y chargent, quoiqu'ils dussent trouver plus de facilité à entrer et à sortir par la grande baie.

La ville d'Amboine est très -propre, et bâtie avec autant d'élégance que de régularité. Elle'est bien fournie d'eau , qui , encore qu'elle ne soît pas de la meilleure qualité, est saine et bonne à boire. Quant à celle que prennent les vaisseaux , elle est d'une source courante très-estimée par les naturels, qui en vantent les excellentes qualités.

L'aspect général de l'ilé est des plus remarquables et des plus pittoresques. Les épusees forêts qui couvrent les montagnes, la verdure perpétuelle des vallées , de riane hameaux , et partout ia plus riche culture, préitentent le spectacle varié

aïO ETAT ACTUEL DU COUMEBCE

de tout ce que la nature est Busceptible de produire dans les climats des tropiques. Les deux parties de l'île , séparées comme nous l'arons dit , s'appellent Leytemore et Hitor. Le Leytemore est un peu moins grand que l'autre;' mais, comme le fort Vittoria y est situé, il a plus d'habiianSt et les terres y sont mieux cultivées que dans le Hitor.

Pour la facilité de la récolte des clous de girofles, une des riches productions de l'Ile, et méime la principale, les Hollandajs ont formé plusieurs petites résidences subordonnées i l'établissement d'Amboine , qui comprend la prorince de ce nom et ses dépendances. 11 y a sept grands districts et quatre-Tingts petits, tous dans la division de Leytemore , sous la surveillance immédiate du gou» vcrneur. Les réiidens subordonnés sont chargés chacun de six ou dix négreries. Il faut excepter le-résident de Saparoua, qui est en même temps gouverneur de la province de Lauk , qui contient quatre districts au sud-ouest d'Amboine, avec les petites lies de Saparoua et de Noessalant. La première comprend treize districts, et la seconde sept. Ces îles produisent une grande quantité de trèsbeaux girofles , et cette résidence est ta plus importante pour le gouvernement. L'ile de Harockoe, avec les districts de Tolochor, Tengatinga et Tial , dans lo péninsule de Hitor , forment une provincç sous les ordres -d'un résident. Tous les districts que nous venons de nommer produisent beaucoup

* DES DEUX INDES.* a\g

de piruOters } il est irès-slriclement défendu d'en cultiver dans d'autres parties de Tile. Toute la côte de Céram, qui est divisée eu trente-sept districts, est subordonnée aux trois résidences de Saparoua , Harockoe et Hi)a; les autres lieux dépendans du gouveroentent d'Amboine sont , Bomo , Manipa et Saway : chacun d'eux a une petite résidence de deux ou trots districts, qui lui sont subordonnés.

Ces dietckti ou négreries s'appellent aussi régenceg, et les officiers qui ^commandent sont distingués par les titres de régene, rajahs, pattirs et oraokaios. lis sont nommés par le gouverneur, excepté dans quelques résidences où les régens sont des descendans d'anciens Portugais établis dans l'île.

Tous les gérans des provinces d'Amboioe , de quelque distinction qu'ils soient, sont dépendans de la compagnie, qui est non-seulement souveraine absolue dans l'ile, maïs même propriétaire actuelle du sol. Toutes les terres sont dans sa possession immédiate , à l'exceptiui) de quelques champs qui appartiennent à des particuliers fki ont la permission d'aliéner les terres, avec défense d'y cultiver les girofliers. Toutefois, quoique la compagnie prétende au droit de suzeraineté sur le sol, elle recoonnil qu'on ne peut pas dépouiller les habitans des dittérens- districts d'une partie quelconque de leur» propriétés , sans leur donner un dédommagement suflisautt par-

320 ^TAT 'AÈTUEL DU COHUERCE

ticulièrement qoand leurs terres prodftisent des girofliers qui. étant considérés comme propriété héréditaire des planteurs, sont regardés comme inTiolables.

Dans tous les districts où on cultive le giroflier, les terres qui sont réstrrées à ces plantations ont été partagées parmi leshabitans: ces portions sont appelées daty-tands. On tient un registre exact de leur produit ; on compte les girofliers tous les ans, et l'on tient note de leurs qualités. On est obligé de porter chaque année le produit de'ces arbresauxmagasinsde la compagnie, dont le privilège est restreint à la Chine, au Japon et aux Moluques.*

Cependant les daty-lands ne sont pas exclusivement employés à la culture des girofliers ; seulement il s'en trouve dans chaque district , et partout on les compte, comme on vient de le dire. On prend un très-grand soin de tous, et on veille, à ce que leur terre soit bien sarclée , et à ce qu'ils soient bien abrités. Lorsque de jeunes girofliers viennent à pousser dans quelques autres parties (nraistrict,on les transplante dans les daty-lands, à moins qu'il n'y ait déjà assez d'arbres.

La récolte des clous commence ordinairement à la lÎD d'octobre ou au commencement de novembre, et continue jusqu'en février; il y a en avril et en mai une seconde ré<wlte , naais d'une qualité inférieure.

La manière de recueillir les ctous.est tout-à-fajt

SKS DEUX INDES. 231

particulière. Chaque cultivateur porte la quautité qu'il en a recueillie  un endroit où on la pèse ; là, on enregistre exactement son nom et la quantité qu'il a remise; mais, à moins que les clous ne soient absolument secs, on ne. marque pas tout ce qu'ils pèsent ; et , s'il s'y trouve la moindre humidité, la compensation, pour ce qu'ils perdiXnt en séchant, rend l'estimation tout-à-fait arbitraire. . .

Quoique le prix nominal auquel les clous dui- Tent être payés soit de près de 4 shelliags 8 pences la lirre, la somme efiectÎTe qu'on assigne à la récolte est bien inférieure à cause des déductions qui sont faites dans l'éTaluatioii de la denrée et danslepaiementdu cultivateur. Laprincipaleretenue cet de vingt pour cent sur le poids des cloue itu profit du gouverneur et des employés de la compagnie. En outre , il y a encore quelques petites déductions pour le régent et les principaux anciens du district, puis pour le rajah ou l'oEanJuiio.

La totalité des cloas est exactement portée aux magasins de la compagnie , aux conditions que nous venons de dire. Le droit de viugt pour cent, en sus du poids, est établi depuis long-teo^ps par le gouvernement de Batavi» ; U est prélevé sur le produit annuel, qu'on estime, l'un portant l'autre, à six cent mille livres pesant de.ctous, et partagé eqtre le gouverneur., le commandant, les oQiciers civils et militaires de l'île, Les agens de h compagnie et tes autres personnes attachées à

ji-vGooglc

B39 3ËTAT ACTUIL DU CdMHEBCE

son senice. Ce droit de vingt pour ceot prélevé sur aix cent mille livres pesant de cl»us fait cent viogt mille livrée pesant qui , » raison de 56 rixdallcrs par baher ■ , valent ia,2i8 nxdallers, qui sout divises comme nous venons de le'diie.

Quoique nous ayoua porté la quaulité de clous polir une année moyenne à six cent mille livres pesant, elle varie cependant en plus ou eo moins. L'élat suivant , qui se rapporte à l'époque de l'occupation de l'ile par les Anfi^is, en est une preuve. Il j avait alorB trois mille quatre cent vingt et UD daty-lands, où l'on cultivait cent cinq mille neuf cent vingt-sept arbres portant fruit ; vingtdeux mille vingt arbres à moitié de leur croifr* sance; oose mille sept cent quarante-neaf jeunes arbres : total cent trente-neuf mille six ceot quatre-vingt-seize girofliers.

Le produit de ces arbres était de six cent quatrevingt-dix mille quarante-sept livres pesant dam les bonnes années, et moindre dans les années communes ; ce qui donne la moyenne indiquée.

La population d'Amboine et de ses dépendances' ' est très-exactement connue par chaque district. Il y a des hommes chargés de tenir un compte régulier du nombre de familles ; et dans le mois d'août ils forment'les list«8 des naissances de toutes les classes. Ces listes sont envoyées au secrétaiiat du gouvernement, et c'est sur «Iles qu'on fmrme

DES DEUX JNDRS. 22:i

les registres généraux pour toute l'île. D'après ces registre», il paraîtrait qu'il y avait à Amboine et dans ses dépendaDcea, à l'époque de la prise de possesâiOD des Anglais [eo ido3 ), ^uaraute-ciaq mille deux cent cinquante-deux babitaos, dont ' cent quatre-TÏDgt-buit Européens, dix-sept mille huit cent dix-huit chrétiens protestans, les autres mahométans. Il j avait en outre un petit nombre de Chinois, et les Alsorest ou indigènes idolâtres, qvil se distinguent par le barbare usage de couper de sang-froid et pour la moindre querelle la tête à leurs voisins} et, ce qui est plus horrible eiH core, c'est que, dans l'opinion, ce crime leur &tit hoDoeur, et que plus ils ont coupé de têtes, plus ils passent pour braves : il en est de la réputation qu'ils acquièrent de la sorte comme de celle que •e fait chez nous un homme qui, s'étant battu souvent en duel, aurait chaque fuis tué son adversaire. Quoique te sol d'Amboine put produire bien auflelà des vivres nécessaires à ses habitana , l'aversion des Amboioiens pour le travail et pour le la- , bourage est telle , que les oeuf dixièmes de cette terre féconde restent en friche. Il en résulte que l'île est dans la dépendance de Java pour ses fournitures de grains et de bétail ; mais, comme lesbabitaus originaires du pays vivent surtout de sagou, et que l'île en produit abondamment , et comme ellea aussi une quantité coosidérable de poisson, presquetouslesvivresqu'-on tire d« Java sontpour l'usage des Européens et des naturels chtétinus.

:t34 ÀT^T ACTUEL DU COMHSRCB

L'indolence qui a empêché les habitaDS d'Amboine d'élever du bétail et de cultiver les terres, est aussi la cause de leur ignorance dans les arts mécaoîques; ils ne savent pas même ma^ nufticturer les étoffes . grossières dont ils s'habillent ; il faut qu'ils les tirent de Java et du Bengale.

L'état de dépendance où se trouve l'île donne aux résidens des provinces, aussi-bien qu'aux officiers qui commandent les différens postes , l'occasion de faire un commerce très-lucratif avec les paysans qui sont sous leur autorité. Ils tirent tous les ans des magasins de la compagnie des fournitures très-considérables ^'articles nécessaires aux indigènes, particulièrement des étoffes bleues, qu'ils leur font acheter ensuite à un prix exorbitant; et pour leur donner les moyens d'acheter les articles dont ils ont besoÎD /les résidens leur prêtent encore de l'argent à usure ; de sorte qu'ils réduisent ces malheureux à l'alternative de souffrir les vexations les plus horribles , ou de recourir à la fraude, s'ils ne veulent se passer des objets dont la nature et l'usage leur ont fait une nécessité.

C'est sans doute le souvenir de cet état de'ehoses qui rendit si odieux aux babitans le retour de l'ancienne domination hollandaise, et qui , â la reprise de possession, excita un soulèvement à Amboine.

il paraît cependant que les Hollandais avaient coQCerlé quelques mesures pour mettre un terme à

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ces abus ; maïs , s'il fallait s'en rapporter aux relations postérieures , on aurait lieu de croire qu'ils se sont en partie rétablis : les Anglais y avaient remédié.

On devrait voir figurer parmi les productions de l'île l'indigo d'une excellente qualité et d'une belle couleur; mais les Hollandais en ont découragé la culture par deux raisons : la première , vraisemblable , d'empécber les naturels de s'enrichir par cette industrie, ce qui pourrait leur donner leS moyens de recouvrer leur indépendance ; la seconde , de protéger le commerce de l'indigo que la métropole fait avec les Indes occidentales, et de prévenir le tort que la concurrence n'aurait pas manqué de faire.

Le sucre vient ici dans sa meilleure qualité ; mais OD n'a encore rien fait pour en encourager la mamiteatioD. Le café se trouve en abondance dans toute l'ile ; et pour peu qu'où en soignât la culture, il égalerait en qualité celui de moia.

On pourrait cultiver le blé très -avantageusement sur les belles collines qui environnent la TïUe d'Amboine : le sol et le climat lui conviennent également. Il y vient une grande quantité de blé de Turquie. Le riz sec et le riz de montagne o'y sont pas non plus inconnus ; mais on a donné fort peu d'attention à leur culture. Le fruit à pain croît naturellement dans l'ije ; il n'y a que le bas peuple qui en fasse usage. Le cacaoyer y ■ 5

prospère ; cependaot od en néglige la culture.

11 y a une grande Tariété de fruits; on doit compter parmi les plus délicieux le mangouste, le rumboste, et les plus grosses et les plus belles mangues du monde. Il y a quelques espèces de ces dernières qui ne se trouventpas dans l'Inde; une entre autres qui ressemble si exactement à ta pruoe blanche du Mogol, qu'on n'en peut reconnaître la différence qu'au goût : c'est la véritable mangue. Le kanary est une sorte d'amande que les naturels aiment beaucoup ; il est plus agréable et plus sain que celui de Banda ; il est fort gros , et donne beaucoup d'huile. Dans les deux îles, l'arbre du kanary sert aux mêmes usages ; il abrite le giroflier et le muscadier.

La culture du muscadier a été défenijue bien des années à Amboine , comme celle du giroflier l'est actuellement dans toutes les îles des Épices , à l'exception de celle-ci. S'étant aperçu il y a quelques années que les clous que Banda produisait ne sufGsaient pas, à beaucoup près, aux demandes, et peut-être dans la vue d'épargner un établissement à Banda , on fav.orisa la culture de cette production à Amboine, en donnant de plus que ce qu'on accordait dans ta première île, une prime d'un rixdaller pour le cent de clous avec le macis. Les habitans du Leytmore , animés par cet encouragement, entreprirent les premiers de cultiver dix mille arbres ; mais l'expérience montra qu'ils s'étaient trompés dans leur spéculation trop

DIS DEUX IMDES. 337

b&iire , et qu'ils n'étaient pas en état de tenir celte promesse inconsidérée ; car, malgré leur zèle et leur intelligence , iJ n'y a pas dans toute l'île la moitié de ce nombre de girofliers.

Si la culture des légumes était suffisamment soignée , l'île en produirait une quantité considérable de la meilleure qualité ; des racines bonnes à manger de toute espèce , particulièrement l'igname et la patate douce , s'y trouvent en quantité, la vente de ces dernières, considérablement augmentée depuis le séjour des Anglais dans lïiet a engagé les fermiers à en porter régulièrement au marché des provisions considérables.

Dans l'île d'Amboine les droits sont nombreux et malenteodua. Tous les actes, et même les passe-ports pour aller d'un district  l'autre *, sont sujets aux taxes du timbre et du sceau ; le prix de ■

' Boa D« iMnoM dite *i celte •errîtade da p>«e-port> oublie t Avbowe l'a ili ptr bnlttlion de notre loi du 10 TgodùnùiTC *n 4 > oa (ieetle deraiérex étd imitée de l'unge ^tibli t Amboine; ce qn*!) j ■ delMB ecrtuD, c'eet que cette loi porte ^ae • toote penonoe es France, traotée ber* de K>D canton mdi ptuc-port, leri ari^lëei. Celle loi l'eiecnle ; elle produit i l'iUI troi* millioai, uuF lei fnii de "*"■"■« qu'elle eiige peur leo eifcatîae.

Od igBonil ■nddbie en France un ptrml tmijétikwainit , et un Freutaïa pon*ait aller. Tenir, l'arcéttr où il toulail um avoir beaoîn de la penninion de le police. Ce n'eat pa, Ir wnl car où h liberté per- HMocUc a élé torlniie au milieu dei piilenliona le* plui abaoluei i l'eiercioe de* droit* politique*; ocHome li le* dioili politique* étaient quelque cbote U où l'indltido eil cnchiteé, deo* lou* lo ■Bomen*, du* tontea m* actiiMU, à la polke, qui peut eiuaî le aou- Bcttic km 01

228 ÉTA'r ACTUEL DC COMHEBCK

ces taxes est toujours porté au compte de la compagnie , et revient au trésor. Ces taxes, au reste, étaient peu de choses et plus gênantes pour les contribuables qu'utiles au gouTernement.

Voici le montant des autres droits à l'époque de 1 795 ; ils ont dû augmenter depuis :

Privilège de la vente du rack, par an, 5,590 rixdallers.

Droits d'importation et d'exportation, 5,53o rixdallers.

Taxes sur le jeu , 1 , 1 96 rixdallers.

Taxes sur les bazars ou marchés , 1,710 rixd.

Impositions sur les Chinois , 5i4 rixdallers.

Droit de tuer les cochons , a5o rixdallers.

Droit de taverne, 26 rixdallers : ce qui forme un total de i4iSi 4 rixdallers , à quoi il faut ajouter les taxes sur tes actes dont nous avons parlé , et dont le montant nous est inconnu.

Il n'y a pas d'nutres impositions sur les terres que le monopole de leurs meilleures productions ; mais les habitaos sont grevés d'une muhitude d'obligations envers le gouvernement : une des plus onéreuses est sans contredit le service auprès du gouverneur, lorsqu'il fait sa ronde tous les ans dansJes provinces et leurs dépendances.

Amboine offre tous les incouvéniens d'un pays soumis au monopole. De là les dispositions hostiles des hahitans et leur penchant à s'affranchir d'une semblable servitude : on trouve le même esprit et les mêmes dispositions aux îles de Banda.

DBS DEUX IMDES. 339

Elles soQt au nombre de dix , et situées à 60 lieues  peu près au sud-eet d'Amboiae. Leur nom Tient de la principale, appelée Banda ou Banda- Neira , où se trouve le siège du gourernement.

Le muscadier n'est cultivé que dans quatre de ces îles, savoir : Banda -Neira, Gonong-Api, Baoda-Lantoir, et Pulo-Aj. Les Hollandais en ont défendu la culture dans les autres , à cause de l'éloignement du siège du gouvernement qui y facilitait la contrebande.

Les îles de Banda sont toutes élevées ; mais , à i'exceptioD de Gonong-Api , qui n'est pour ainsi dire qu'une lave , elles offrent un terroir gras et noir , partout couvert d'arbres , surtout de muscadiers. L'amandier s'y trouve aussi en abondance : il est d'une grande utilité, tant pour les abris qu'il donne aux muscadiers que pour son propre fruit. Il y a encore du bois de sandal et autres arbres qui y viennent naturellement. Sur les côtes de la mer on eu trouve de toutes espèces qu'on laisse croître dans cçs îles , parce qu'on suppose qu'en temps d'orage ils défendent les muscadiers des émanations de la mer, qui leur sont trèsnuisibles.

Le fort Nassau est la prineipale fortification des îles de Banda ; il est situé sur le côté méridional de Banda-Neira : c'est un petit fort. carré, avec un fossé plein d'eau , défen,du du côté de la mer par un ouvrage à cornes. Les troupes sont en quartier dans ce fort , et on y tient aussi les greniers

350 iTAT ACTUEL DU COHHEKCK

publics ; mais les magasins pour tes muscades et les girofles sont de l'autre cdté de lu forteresse , près de la maison du gouyememçnt. Au-dessus du fort Nassau , sur une émineoce , se troure le château de Belgica : c'est un YÏeux bâtiment pentagone , flanqué à ses angles de tours rondes ; il est entouré d'une muraille à petits bastions ; mais il n'a point de fossés. On dit que ce sont les Portugais qui l'ont bâti. La forteresse la plus importante ensuite est dans l'île de Banda^Lantoir ; on l'appelle le fort HoUandia; il commande le premier goulet dans le havre de Lantoir ; mais les ouvrages sont très -faibles, et presque nuls pour la défense du côté de la terre.

La forme du gouvernement des Iles Banda est ditFérente de celle d'Amboine. Il ne s'y trouve en tout que les agens de la compagnie, quelques bour* geois et des esclaves. Comme ils n'ont d'autre objet que la culture des muscadiers , les afTaires du gouvernement ne sauraient y être bien compliquées. Cependant il forme aujourd'hui un établissement distinct , qui consiste dans un gouverneur, un conseil de trois personnes et un secrétaire, ensuite une cour de justice régulière, comme à Amboine ; mais le gouverneur de Banda n'étant soumis à aucune inspection , encore moins à aucun contrôle supérieur, sa volonté fait la loi reconnue dans l'établissement.

La compagnie hollandaise était seule propriétaire du sol, aussi-bien que des esclaves employés

DIS DECX INDES. 35l

à la culture. La récolte des muscades étant le seul objet qu'on ait là en Tue, celles des îles qui en produisent sont partages eu un certain nombre de plantations ou parkt, comme on les appelle, tenues par des bourgeois du pays, descendans des Hollandais qui s'j sont établis les premiers. 1^5 esclaves qui appartiennent à la compagnie soDt affectés en certain nombre à chaque park , et les tenans les emploient à la culture des muscadiers. Ils sont obligés d'envoyer tous les jours les deux tiers de leurs esclaves aux parks pour nettoyer les arbres, cueillir les fruits mûrs, ramasser ceux qui peuvent être torabés'pendant la nuit ; et pour cela cbaque esclave porte avec lui un petit panier et une hone.

La quantité de muscades et de macis n'a pas été considérable pendant plusieurs années. On ptéteod que ce déficit venait d'un manque de soin et d'intelligence dans la récolte, qui s'est beaucoup augmentée depuis. La récolte de la demiannée qu'on a trouvée dans les magasins ,'lors de la prise de possession de l'ile par les Anglais, montait à quatre-vingt et un mille six cent dix-huit livres pesant de muscade, vingt-trois mille huit cent quatre-vingt cinq de macis.

n y a . dans les quatre Iles ci-dessui indiquées qui produisent la muscade, cinquante-sept plantations, et mille sept cent huit esclaves. Mais il n'y a rien de régulier ni dans la division des plantations ni dans la distribution des esclaves ; et

SÔa ÉTAT ACTUEL DD COMMERCE

ce serait un pas des plus importans vers lamélioratioD de ces îles que de porter une attention scrupuleuse à ce que les plantations fussent plus proportionnées , et leurs bornes plus positivement déterminées. Des informations plus exactes ont appris aussi qu'il faudrait ajouter au service des plantations encore huit cents esclaves pour en mettre la culture dans l'état le plus prospère.

Le manque d'habitans dans ces îles semble malheureusement imposer la nécessité d'entretenir le nombre d'esclaves publics que nous venons de dire; et cependant, quand on compare le peu d'ouvrage qu'ils font avec la dépense de leur entretien, on peut dire que leur service est. le plus coûteux qu'on puisse employer. Quand il se trouve à faire quelque travail un peu considérable, le gouvernement est obligé de prendre à gages le peu d'artisans libres qui veulent bien travailler, et des esclaves des particuliers , dont le travail est au prolît de leurs maîtres , qui y gagnent beaucoup.

Les îles de Banda tirent tous les ans de Batavia , avec les vivres qui leur sont nécessaires , des fournitures très-considérables en marchandises, coutellerie, quincaillerie , etc. , qui se vendent à l'enchère quatre fols par an , on bien en tout temps , quand le gouverneur sait que les habitans sont en état de payer. Sur toutes ces fournitures il y a un profit de cinquante pour cent.

Les boui^eois et les marchands chinois établis dans ces iles achètent non-seulement toutes les

DS6 DIDX INDXS. 335

marchaDdises qui soDt veodues pour le compte de la compagDie , mais encore toutes celles qui sont Tendues par des particuliers. En outre de leur propre consommation , les Chinois exportent ces articles aux iles d'Aarou , à la PJouvelle-Guinée , à Céram (une des îles de la Sonde )» aux îles du sud-ouest, qui ont un commerce considérable arec celles de Banda. En retour ils rapportent de Céram du sagou en pain et en farine ; d'Aarou, des perles, des écailles de tortue, des plumes. Ces îles fournissent aussi des esclaves.

Les îles qui gisent au sud-ouest de Banda sont très-basses et environnées de rochers et d'écueils ; on les nomme du sud-ouest , et sont au nombre de sept , dont la principale est Kislier : c'est la demeure du résident hollandais ou gouTerneur de de ce petit archipel. Sa garnison est de cinquante hommes , dont quelques-uns serrent dans les îles Toisines.

Le commerce de ces îles consiste dans un peu de bois de sandal , de daim salé , et quelques esclaves que l'on en tire.

Dans les derniers rapports sur Banda et les îles du sud-ouest , qui sont toutes sous le même gouvernement , le dénombrement de tous ces peuples était comme il suit ■ : les îles de Banda contien- Dent cinq mille sept cent soixante-trois habitaus , 'dont cent dix.-neuf européens ; et les îles du sud-

* Le* llei d'Aarou, qaaiqur d^peudaDln da gDU*en«meat de Bawb, oc lont pat corapriiu dans ce dJnotnbraDcnt.

a54 ^TAT ACTUEL DD COMMERCE

oueat contiennent trente-six mille deux cent soixante-six naturels, dont deux mille trois cent vingt-deux qui se sont convertis au christianisme. Il parait par cet état que la population des iles du sud-ouest est considérable ; et cependant les Hollandais en tirent très-peu départi. Quoiqu'un si (çrand nombre d'habitans de ces iles ait embrassé le christianisme , il paraît pourtant que la religion a eu fort peu d'effet sur leurs mœurs , et on ne voit point non plus que la compagnie en retire une véritable utilité ; mais elle s'est proposé , en les tenant dans sa dépendance, d'empêcher que d'autres nations ne s'en emparassent, et ne vinssent partager le commerce avec les iles à épices. Les Hollandais sont également maîtres de Timor, autre !le de la mer des Indes, au sud des Moluques : au moins y ont-ils des comptoirs et des établissemeus împortansv L'îutérietir de cette île était peu connu jusqu'à ces derniers temps, parce que les Hollandais qui s'y établirent s'occupèrent bien plus-des profits qu'ils pouvaient y faire que d'en donner une exacte connaissance. Plusieurs peuples l'habitent, outre les naturels , maïs surtout des Malais et des Chinois. L'île a vingt-cinq lieues de long sur cinq, à six de large. De tous côtés elle est entourée de rochers escarpés et de hautes montagnes couvertes de hautes forêts ; l'accès en est très-difScile pour les grands vaisseaux , parce qu'à une distance d'un quart de mille de ta côte on ne trouve que peu d'endroits

DES DEUX INDES. a55

propres au mouillage , et que plus près des bords il ny a que des écueils L& meilteure rade est celle de Coupangt où est le comptoir principal de la compagnie hollandaise , et celle de Délit , où les Portugais out conservé un établissement formé dès 1669.

Llle de Timor n'est pas à beaucoup prés aussi peuplée qu'elle devrait l'être d'après son étendue. M. Van-Hogendorf, Hollandais distingué, agent de la compagnie qui aiésidé long-temps dans l'Ile, en a donné une bonne description , et attribue la cause de son peu de population à l'exportation coosidérable d'esclaves qui s'y fait, dontlecdmmerce continue toujours, et à la petite rérole, qui j emporte beaucoup d'enfans.

On peut diviser Hle en quatre districts ou paities principales ; le district des HoHandais , celui des Portugais noirs ou indigènes, celui des Por> tugais blancs et européens ; celui des peuplades obéissant à des rois du pays.

Le chef-lieu du premier district est Coupang. Il a dans sa dépendance plusieurs rois ou souverains. Le gouverneur de Coupang, qui est un sous-maiv chaod de la compagnie , juge les différends de ces rois, et les fait venir lorsqu'il s'agit des affaires d'état. Outre ce district , le gouverneur hollandais a encore sous sa direction les îles de Poelo-Smaw, Rotty , Savo , Solor ' , et une partie de celle de Sumba.

' On chercbcnit Tuncmcnt loai cm Domi dam dm dlctioBOiuei

Les HollaDdaifl possèdent encore dans ce district le fort de Concordia, bAtt sur une bauteur au bord de la mer ; une petite rivière j fournit constamment une quantité d'eau suffisante. Plusieurs agens et compiis européens résident dans ce fort ou dans les environs. Le Campong, ou résidence des Chinois , qui font dans l'ile plus de commerce que les autres nations, est sui la plage de CoocQrdia , au niveau de la rade.

Le district des Portugais noirs, ou indigènes, est plus étendu que le précédent, et occupe la partie septentrionale de l'île. Il appartient aux Portugais originaires d'Europe , qui s'y sont établis et se sont alliés avec les peuplades voisines. Des missionnaires portugais Tiennent tous les ans baptiser les enfans et les instruire dans le christianisme.

Le district des Portugais blancs, ou européens, est situé vers le nord-est, et n'occupe point une grande étendue de terrain. Il est gouverné par un Bailli portugais résidant à Delil , où est te principal comptoir de cette nation. La ville est défendue par un rampart garni de quelques pièces de canon. Les rois voisins de ce district sont alliés des Portugais , et ne souffrent point qae les Bollandais circulent dans leurs états, tandis que les Portugais

de géographie; tMig/ii lur les incieni, il* oftont que ripiteraicc bien peu J'augmmUlion ce qu'on j trouTe. La géographie moderne atlend cncure an dictioaaaïre cteudu et lu aireau Jei conoaiiunci'i DDUTcllei du globe et de la tUtUtiquc.

DS9 DEUX INDES. a^-^

peuvent y circuler librement , et y acheter du bois de sandal , de la cire et des esclaves.

Le district des peuplades iodépendaotes des Européens, appelé commu Dément ^e/Oj comprend tous les états situés le long de tarciMe méridionale de l'est à l'ouest, et est gouverné par un grand nombre de petits rois , dont les uns favorisent le commerce des Hollandais , et les autres celui des Portugais , et t^ui . au besoin, prennent le parti de l'une ou de l'autre de ces deux nations.

Les principaux objets de commerce de cette contrée sont, le bois de sandal, qui ne croît pas dans le nord de l'ile ; la cire et les esclaves , contre lesquels les Hollandais et les Portugais échangent leurs' marchandises , qui consistent en toiles de coton blanches et bleues, mouchoirs, boucles d'oreilles, couteaux, coraux, faïence, fils de cuivre, armes , etc.

Le terrain, de l'île de Timor ne forme qu'une suite continuelle de hautes montagnes couvertes de bois , et séparées les unes des autres par de profondes vallées, ce qui rend les passages extrêmement difficiles. Il n'y a de plaines qu'auprès delà mer ; encore sont -elles de peu d'étendue. Le sol y est en général stérile. On n'y trouve aucun grand fleuve, mais beaucoup de rivières, dont les eaux, à l'exception de la -rivière de Coupang, sont malsaines , si l'on en boit. La plupart charrient dé l'or. Les insulaires savent rassembler les petites parcelles de ce métal par te moyen de grandes

a38 liTAT kCTVKL DO COMXERCE

pierres ^oDgieusea ou creuses , qui , opposées au courant, retienoent U poudrb et les petites pierres où l'or est renfermé. Parmi ces sources aurifères, celle qui traverse les états du roi Molo est la plus , abondante. " ',

Il y a aussi des mines d'or et de cuivre dans l'île ; les premières sont abandonnées ; les secondes sont abondantes. Oo troure même , sang fouiller la terre , de gros morceaux de cuirre auprès da Delil ; et dans plusieurs autres endroits : mêlé à l'or, ce cuivre produit une sorte de loiuit' aussi bon que s'il avait été composé avec du cuivre du Japon. On croit même que le cuivre de Timoc contient un peu d'or, puisque les rivières y roulent des parcelles d'or et de cuivre , tantOt unies, tantôt séparées.

Il faut mettre au rang des productions principales de cette île le bois de sandal , dont on fait un très -grand trafic : on en exporte annuellement cinq à six mille quintaux. Il y a dans le commerce de trois sortes différentes de bois de sandal. La meilleure n'offrç que des bois parfaitementpoUs, droits, sans gerçures, et totalement dépouillés de l'écorce pxtérieure. Les Portugais en paient chaque picot , ou poids de cent vingt-cinq livres , 64 à 73 fi. Le bots de la seconde qualité, qui diflere de l'autre par les rayures ou gerçures, se paie de 36 à 4o fr. le picol ; celui de la troisième sorte est petit et tortu ; il se vend de 20 à a4 ^i** '^ même poids. . C'est dans la partie de Ifle qui fournit -le bois

ji-vGooglc

DES DEDX INDES. a^Q

de sandal , c'est-à-dire la partie méridioDale , que l'on fait aussi d'abondaotes récoltes de cire. Si elle est plus' rare dans la partie septentrionale, elle y est aussi de meilleure qualité; ce qu'on attribue à la nature des fleurs dont se nourrissent les abeilles , qui ont l'habitude de faire leurs ruches sur les branches des grands arbres.

Les bambous croissent dans l'île de Timor en si grande quantité , qu'ils y forment des forêts presque impénétrables. On y trouve aussi du bois de charpente, mais de mauvaise qualité , et qui se pourrit promptement. L'ile renferme quelques muscadiers sauvages, mais dont les fruits n'ont aucuneodeur, ainsi que quelques canneliers, dont l'écorce a le goût Acre et mordant comme le poivre.

A dix ou onze milles de Coupang , dans le royaume d'Auphouan-Sorbian , auprès de la ri- Tière de Feto-Maas, se trouve la même espèce de bois que l'on transporte de Malacca à Batavia pour en faire des mâts de vaisseaux. La forêt qui le fodrnit est dans un terrain plat, à très-peu de dislance de la mer. On y voit des arbres tout droits de cent pieds de haut , et de trois à quatre pieds de diamètre. Il n'y a pas de doute qu'on ne puisse, dans les environs de Coupang , établir avec beaucoup de succès des plantations à'arbret de jatt, puisque l'expérience a prouvé que dans l'espace de dix ans la semence de ce bois a produit dans «e terrain des arbres de plus de trente pieds de

34o ÉTAT ACTUEL DD COHUERCE

hauteur et de sept pouces d'épaisseur. Dans les terrains marécageux , les liabitans de Timor plantent beaucoup de tabac. L'indigo est aussi trèscommun dans. toute file : malgré cela on ne sait pas l'apprêter. La compagnie a essayé d'en établir une fabrique ; mais elle n'a pas réussi. On a aussi tâché, infructueusement, d'ypropager le poivre, que produisent les forêts dans l'état sauvage. Beaucoup d'arbres à Timor fournissent des feuilles et des racines propres à la teinture.

Les plus grandes richesses des Tîmorieas consistent en bétail, ^n esclaves, en or. Les insulaires font usage de ce métal dans toutes leurs négociations , et il est rare qu'ils en entament une sans que l'or en soit la condition préliminaire. D'un autre côté ils n'entreprennent rien avant d'avoir sacrifié un buflle , un cochon , ou une poule , selon l'importance de l'entreprise , afin de se rendre favorables les génies malfaisans , et pour savoir si leurs affaires auront du succès. Eo général les Timoriens sont très-superstitieux, et l'on retrouve chez eux des coutumes barbares et insensées qui dérivent de cette superstition.

Ils sont aussi grands amateurs des armes d'Europe, et paient trés-chers les fusils, les sabres, les piques, et la poudre qu'on leur apporte.

Le terrain de l'île étant stérile, ne produit eu général que du riz. Peu d'entre les habîtans ont quelques buffles pour cultiver la terre : aussi n'y a-t-il que les rois seuls qui fassent labourer. Le

DXS DSUX INDES. a4l

peuple se contente de planter un peu de riz ; mais »on mets ordinaire est Je maïs ; et si une année stérile le prive de cette nourriture , il mange une espèce de pomme de terre sauvage qui croit dans les terraiDS pierreux.

Le gouvernement des Timoriens est monarchique absolu : c'est celui des peuples de l'Inde et de l'Asie. Cependant le pouvoir de leurs rois est ' resserré dans des bornes plus étroites que celui des despotes orientaux. Aucun roi de Timor ne peut attenter à la vie , à la liberté ou aux biens de ses sujets. Il ne reste qu'à savoir comment ils entendent le mot attenter ; on peut attenter de bien des manières , sans cependant avoir l'air de violer la loi. Ici l'abus du pouvoir parait cependant difficile, puisque, avant d'arrêter un homme, il fautque l'accusation ait été portée devant une assemblée de ju^es pris parmi les grands ; car il 7 a aussi des grandi dans ce royaume, dont le monarque ne vaut pas un bourgmestre de Hollande. Mais malheureusement cette règle de jugement n'est pas toujours suivie ; elle ne l'est que vis-à-vis de ceux avec qui ces petits despotes n'ont aucun intérêt à démêler. Souvent les prévenus sont condamnés sans même avoir été interrogés ; cette manière expéditive est regardée comme un moyen nécessaire au maintien de l'ordre, et les beaux esprits, publicistCB et courtisans timoriens, trouvent en effet que leurs souverains ont raison.

On pourrait appliquer à cette île la réflexion

243 ^TAT ACTUEL DU COIfIfERCE'

que nous avons déjà faîte; c'est que les Européens, . pour l'intérêt de leur commerce et l'extension des débouchés si nécessaires à ce commerce , ne sauraient trop j affaiblir l'autorité despotique , et y étendre la liberté et la civilisation , d'où dérivent les besoins de la consommation et de k culture, sans lesquelles il n'y a ni industrie, ni échange, ni par conséquent de commerce.

Les Anglais, convaincus de ce principe salutaire , en avaient fait la règle de leur conduite , au moins jusqu'à un certain point . pendant le temps qu'ils possédèrent les Uns à épices.

Comme ils croyaient conserver ces îles et y former des établissemens dans l'intérêt de leur commerce , ils avaient projeté d'y perfectionner la culture des arbres à épices, et d'y établir une forme de gouvernement propre à les seconder. Les documens que nous en avons méritent d'être consignés ici , parce qu'ils présentent des vues utiles et des connaissances commerciales recueillies sur les lieux, et d'autant plus précieuses, que ce qui regarde les îles à épices a toujours été tenu trèssecret par.les Hollandais. Ce n'est même que depuis que les Anglais les ont possédées qu'on en conoait les détails d'une manière posHive.

Dans le projet d'étendre le commerce des épices et de faire dans les îles de Banda et toutes celles qui en produisent des établissemens solides , il faudrait , disaî*:nt les Anglais lorsqu'ils en étaient maîtreG, faire d'Amboïnc le siège du gouverne-

nigti^aJi-vGoOgle

méat. Ce gouTernement donnerait tous les encouragenieos possibles à l'agriculture et à la multiplication du bétail dans les iles de Banda et dans celles qui les avoisineot.' On pourrait, daqs ces dernières, donoer des propriétés' aux fermiers qui s'y établiraient, pour les mettre dans le cas d'approvisionner leurs fermes ; mais ce serait à coaditioo qu'ils se livreraient à la culture des m.uscadiers, qui serait concentrée dans l'île d'Amboiné. A mesure que les arbres s'y multiplieraient, OD couperait tous ceux des autres îles : aiasi , avec le temps , toute la culture de cette précieuse denr^ serait coDcentrée dans Amboine , où elle a déjà une qualité supérieure, et où les plantations auraient l'avantage d'être sous la surreillance immédiate du gouvernement suprême. Par ces mesures, les établissemens subordonnéâ seraient en état d'approvisionner en bétail et en grain toutes les îles des Épices. Les dépenses de l'état seraient cousidérablement diminuées, en ce qu'il ne faudrait plus qu'Un établissement, tant pour le gouvernement interne que pour la défense de ces possessions.

c Quelle que doive être la décision à l'égard de ces îles , Eolt qu'on juge plus avantageux pour la Grande-Bretagne d'en garder la possession , soit qu'on préfère de les rendre à la Hollande , il coqvient toujours ici d'envisager la chose dans la première supposition, et, en conséquence, de proposer pour leur admiustcatioo ce qui peut les

«44 ÉTAT ACTVZL DU COHMBRCE

améliorer, les rendre du plus grand avantage poseible pour l'état, et en même temps procurer le bonheur des habitans.

> Les tles des Épices ont des relations trèsétroites avec les royaumes de Ternate et de Tidor, et les nombreuses îles qui en dépendent, y compris toutes celles entre ces états et la Nouvelle- Guinée. Amboine et Banda ont été toutes tes deux sous la domination du rbi de Ternate ; et les Hollandais» par courtoisie, lui paient encore tous les ans une somme, quoique dans le fait ce soit lui qui soit leur tributaire.

> Le seul objet que les Hollandais aient eu en vue en mettant les souverains de Ternate et de Tidor sous leur dépendance , a été d'empêcher qu'ils nefissent des plantations d'épices; car, malgré la quantité de poudre d'or qu'ils tirent de leurs royaumes, la perte que leur cause cet établissement monte à 3o,ooo livres sterling par an , sans parler de ce qu'il meurt d'hommes dans les différentes garnisons. Il paraît donc utile, non pas seulement d'ôter ces îles aux Hollandais, mais de les remettre comme provinces libres aux naturels. L'obligation que nous auraient ces princes les engagerait à faire avec les Anglais des conditions qui nous assureraient exclusivement le commerce de leurs épices.

< L'ile de Macassar, quoique de peu d'intérêt pour Amboine et Banda , si on la compare avec elles pour la culture des épices, est cependant

d'une grande importance pour notre commerce dans ces mers, parce qu'elle est en tout temps à portée de fournir une grande quantité de vibres à nos vaisseaux, et qu'elle se trouve précisément dans la route de nos bàtimens chinois , tant pour aller que pour retourner.

( On sait déjà que les principaux rajahs de l'île de Célèbes ont dernièrement manifesté leur haine pour les Hollandais , qui ont fomenté des dissensions parmi eux : ainsi, les mettre en état de sortir de rinfériorité où les Hollandais affectent de les tenir , serait sans doute le meilleur moyen de les attacher aux Anglais et de les disposer à nous doDDer la préférence pour le commerce. Alors , dans certains cas pressaos , ils pourraient bien fournir nos îles des Épices du grain et du bétail dont elles auraient besoin.

■ A l'égard du commerce qui s'est établi depuis .quelques années avec les îles au nord-est de Céram, et des tentatives que nos vaisseaux mai^ chands du Bengale ont faites pour former ici un étahliseemeot , on conçoit que, si la politique a autorisé cette mesure dans le temps où elle a été adoptée , maintenant que les Anglais sont en possession des iles des Êpices , elle aurait les effets les plus préjudiciables. Les armes à feu et les munitions militaires sont les principaux articles de commerce que nos vaisseaux portent dans ces îles,; et les introduire chez des peuples qui sont tout au plus dans l'enfance de la vie sociale ne^eut

a46 ÉTiT ACTDELDU COMHBRCE

qu'arrêter leurs progrès dans la civilisation ■, ce serait leur fournir les plus sûrs moyens de succès dans les hostilités contre leurs voisins, qu'il est de notre intérêt de protéger ; c'est en même temps les mettre en état de piller nos propres vaisseaux , et peut-être dans quelque temps d'envahir nos possessions. M faudrait donc que ce coaimerce fût prohibé sous les peines les plus sévères.

1 Dans la dernière insurrection à Amboine, on a pris aux naturels des mousquets à la marque de notre compagnie des Indes orientales. Ils avaient été apportés du Bengale aux îles de Waronu sur la côte nord-est de Céram ; de là ils avaient été transportés à Harockoe , où ils avaient été échangés pour des clous de girofle , comme l'ont avoué ceux dans les mains desquels on les a pris.

■ Pour obvier à cet inconvénient , il est nécessaire d'empêcher nos marchands dans llode de commercer avec l'île de Jernote et ses dépendances , sans la pernïtssion ou l'ordre du gouvernement d'Amboine ; il est nécessaire de faire de cette dernière île le marché exclusif des possessions anglaises dans les mers de l'est, puisqu'elle peut fournir, d'une manière également avantageuse aux naturels et aux Anglais , à tous les .besoins réels des îles environnantes.

• Peut-être qu'une philosophie spécieuse'considérerait comme plus généreux, et par conséquent comme d'une politique plus bienfaisante , d'oqvrir un commerce libre, et de laisser les ar-

DS8 DEUX INDEa. 3^7

mateure particuliers partager le commerce lucratif des îles des Épices; maîsTexpérience prouve assez que le commerce exclusif des épices est essentiel pour faire tourner ces établissemeos lointains et dispendieux au profit de la mère-patrie. Ce monopole, sous des règles sages et équitables, ne produirait pas seulement un revenu considérable à l'état; il tendrait aux intérêts et au bonheur des naturels beaucoup plus sûrement que si on les exposait aux troubles et à'I'anarcbte; car les jalousies qui naissent d'un commerce libre ne manqueraient pas de porter le désordre chez des hommes d'un caractère si «oient. D'après ce principe, il faudrait donc défendre aux naturels tout commerce (excepté en cas d'urgence } avec d'autres Talsseaux que les vaisseaux envoyés par la compagnie; il faudrait que les chefs fussent responsables au gouverneur d'Amboine, qui serait investi du pouvoir d'imposer aux contrebandiers , suivant la grandeur ou les .circonstances du délit , telle amende, ou d'infitger telle punition qu'il appartiendrait.

• On connaît le penchant des Malàys à la piraterie. Ce penchant n'est nulle part plus redoutable que parmi les peuple! qui habitent les ilçs voisines desHoluques, nommément les Papouas, ou natûrebdela Nouvelle-Guinée, les peuples de Ma* gindanao, Soolo^ et Bornéo. Il eat donc essentiel, DOD-seulement au repos , mais même -à ta sûreté des îles des Épices, d'avoir un certain nombre de

348 ÉTAT ACTDEt DU COUHBIICE

raiBseaux de guerre qui croisent dans ces parages. Les Hollandais tenaient toujours en mer, pour cet objet , plusieurs chaloupes , chacune de seize canons; mais ces chaloupes étaient d'une constnictioo trop grossière ; elles n'étaient pas en état de poursuivre au rent les voiles malayes. Il vaudrait donc mieux pour les Anglais avoir pour ce service particulier cinq goélettes armées du port de quatre-vingts à cent tonneaux. Ces bàtimeos devraient être , par leur construction . bous marcheurs; de manière à pouvoir, dans les calmes , aller à avirons ( ou larges rames ) ; ils seraient montés de douze ou quatorae canons, avec quelques pierriers, et d'environ trente hommes, dont dix européens. Cette force, appuyée au besoin d'une des frégates de sa maiesté, si elle était sagement employée, sous la direction du gouvernement d'Amboine, suffirait pour empêcher toute piraterie. En même temps elle empêcherait aussi la contrebande, et remplirait l'objet de recueillir les épices des îles subordonnées, et de les transporter ^ Amboine , où elles seraient toutes chargées pour l'Europe.

( En considérant combien il serait facile de chasser les Hollandais des îles de Célèbes , Ternate et Tidor , une petite extension de cette force maritime nous mettrait à portée de foire un commerce très -avantageux avec ces îles. Toute la poudre d'or que les Hollandais en tirent maintepant serait 'donnée en échange des produits de

DES DEDX IKDES. 249

DOS maou factures d'AogJeterre et de nos colonies des Iodes ; et j) n'y a pas de doute que cette branche d'un commerce lucratif, qui est maintenant dans les mains des Chinois, ne passât dans celles des Anglais , à qni leur esprit entreprenant , secondé de leur habileté dans la navigation , ne peut manquer de donner une supériorité marquée sur toutes les nations rivales.

< Comme Amboine est la place la plus convenable , tant par sa situation qA par ses ressources naturelles , pour en faire non-seulement la capitale de nos possessions dans les Iles des Épices , mais encore le chef-lieu de l'Archipel de l'est , sa force , et ce qu'elle peut opposer de résistance aux attaques de l'étranger, doivent être un des premiers objets de notre attention. Quoique ses fortifications, dans l'état actuel, sutSsent bien pour la mettre à l'abri de toute attaque des naturels , elles ne sauraient pourtant tenir contre des troupes régulières. Si donc on se déterminait à s'j établir positivement , il faudrait bâtir un- nouveau fort à Amboine. Ce point mérite bien toute l'attention de notre ministre des affaires de l'Inde ; et il serait digne de la politique généreuse de notre compagnie des Indes de consacrer une partie du premier profit qu'elle retirerait de ces îles , à la construction d'un ouvrage qui leur procurerait une sûreté permanente.

« Les batteries et les redoutes qui ont été élevées à Banda, avec la force qu'on propose d'en-

TOyer à cet établissement , suffiraient tiès-certatnement à sa sûreté, parce qu'il n'est nullement probable qu'un ennemi veuille employer des forces bien considérables contre une place qui n'offre par soi-même' aucune ressource, où il n'y a pas. de magasin d'épices , où l'on ne dépose aucune richesse, et où une tentatire sans succès entraînerait les plus fatales conséquences. Enfin Banda, lii l'on n'est pas d'abord en possession d'Amboine, ne serait pas longtemps tenable; et quand elle le serait, elle ne paierait pas les dépenses qu'il faudrait faire pour la défendre

> Il ne reste donc plus qu'à réunir sous uu même point de vue ce qu'exige rétablissement cÏTil et militaire des Moluques, et qu'à faire un calcul exact des dépenses qu'il entraînerait; d'estimer enfm au plus juste possible les avantages qu'on peut se promettre de ces possessions. Mais, avant de présenter cet état , il faut faire remarquer premièrement que les dépenses de fret de tous les bâtimens de transport, tant des troupes que des vivres et des marcbandises , peuvent être regardées comme couvertes par le profit de cinquante pour cent sur les articles importés pour l'usage des naturels , et qu'en conséquence je n'en ferai pas mention dans le tableau suivant; ensuite, qu'une connaissance plus parfaite de ces mers , et une plus grande expérience des saisons et des vents régnans dans ces parages, montreront qu'on peut entretenir une communication conatante

OES DXtX 1KDE«. ' abi

avec Amboine, et qu'on peut porter dans cette île, très-facilement et à très-peu de frais , des denrées de toutes espèces, et eo remporter de même les épices au moyen de l'eitpédiliûn et du retour de nos Taisseaux de Chine, et cela sans les détourner beaucoup de leur route ordinaire. De même, en considérant les avantages vraiment importans que la nation peut retirer du commerce étendu qu'elle ouTrirait avec les îles du Levant , et de ce nouveau débouché pour les produits de nos manufactures , je ne crois pas devoir faire entrer dans cette note la dépense qu'occasionnerait une force navale qu'on pourrait entretenir, soit dans les détroits de Uacassar, soit dans les îles du nord; mais les frais d'équipement des schooners nrmés que j'ai déjà proposés, faisant partie du nouvel établissement, ils seront, comme de raison, comptés au nombre des dépenses qu'il occasionnera. Tout se bornera donc à estimer les frais de l'établissement civil et des forces militaires et de marine, ainsi que le prix des épices payé au](,naturels, et un fonds pour l'extraordinaire. Le montant de ces dépenses étant balancé avec l'évaluation du produit net annuel des épices , sur lequel on peut compter, l'un compensant l'autre, avec une administration convenable, cette balance montrera clairement les avantages réels que l'on peut trouver dans la possession des iles des Epices. .

232 ETAT ACTUEl DU COMMERCE

iiiBLissBiienT Givib.

I gouverneur. lo assistans.

1 Bous^ouverneur. lo commis aux écritures.

1 secrétaire. lo commis.

4 facteurs. 3 chapelains.

euviroQ aa,5oo liv. sterl. par an.

ÉTIILISBEHBRT »B LU MllIHB.

5 brigaiilins de 56 pieds de quille, 30 pieds de I>au et lopiedsde cale, chacun de i4 canoDS et 3o hommes, dont 10 européens, premiers frab i3,ooo roupies, iw. «. chacun portant 8 pour cent d'intérêt 5g4 ■ ■

Frais de navigation , de munitions , d'usé et décfair&ge, ),4ao roupies par mois 9)6oo • ■

Dépenses accidentelles, employés dans les différens départemens, frais de munitions et de radoubs, écoles, elc. , estimés 4>3)7 ■ ■

élABLISSEKENT MtLITlIKB

Sur ie fîtd tU guerre au complet *.

Compagnies européennes

pu moit.

d'infanterie avec 1 lieu-

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