‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux IndesChapitre 6 sur 27 · Tout contrevenant aux dispositions du · texte numérisé non relu

Tout contrevenant aux dispositions du

DES DEUX INDfSS. 4^1

présent sera, non -seulement empêché sur-lechamp de continuer les opérations de commerce , ou d'exercer son industrie ou profession, mais il sera en outre déchu de la faculté de résider à Madagascar ; il sera renvoyé à Bourbon , où , d'après les motifs de son renvoi exposé par l'agent du gourernement , il sera poursuivi, s'il y a lieu » en raison de ses torts et des infractions qu'il aura commises. »

Madagascar peut donc être un jour une riche possession pour nous. Voyons maintenant ce que sont nos possessions de l'Inde.

Pondichéry doit nous occuper d'abord. On se rappelle que les succès des Bussy et des Suffren dans 'l'Inde en 1782 et 1783' avaient fait espérer que le ministère d'alors eflàcerait les fautes commises à l'époque du traité de 1763 , et que le rétablissement du commerce français dans cette partie du monde en serait le résultat ; mais il n'en arriva pas ainsi. Voici des faits qu'il n'est pas inutile de connaître.

Les articles du traité de Versailles (3 septembre 1783) relatifs à l'Inde, sont les i3 , i4 et i5 ; ils portent :

Art. i3. Restitution à la France de tons les établissemens qui lui appartenaient au commen-

■ Noua empruntons de l'écrit de M. Labartbe, sur les inUrêts de ia France dans i'Inde^ une partie dea détiiiU que l'on va lire. JVous avons déjà eu occasion de lout*r le savoir et le mérite de cet écnvain dans let malièrps d'administration et des colonies.

cernent de la guerre , 8ur la côte d'Orixa et dans le Bengale.

Liberté d'entourer Ghaudernagor d'un fossé pour Técoulement des eaux K

Assurance d'un commerce libre dans cette partie de l'Inde connue sous le nom des Câte$ d'Orixa^ de Caroniandel et de Malahar , tel que le faisait la compagnie française , soit que ce commerce se fit par une compagnie ou par les particuliers français.

Art. i4* Pondicbéry et Karikal rendus , le roi d'Angleterre procurera , pour serrir d'arrondissement au premier, les deux districts de Yalanour et de Bahour, et les quatre magasins qui avoisinent le second.

Art. i5. Restitution de Mahé aux Français, et de leurs comptoirs à Surate. Le commerce qu'ils feront dans cette partie sera, diaprés les articles de liberté, de sûreté et d'indépendance, énoncés dans r^rticle i3 ci-dessus.

Le traité ayant été adressé à M. de Bussy, qui commandait dans l'Inde , il le reçut le 16 juin 1 784. Ce général voulut s'occuper de suite de la rétrocession ; mais le gouverneur de Madras établit des préalables qui retardèrent l'exécution du traitée

' Quelle €Ooc€i8ion Mil

* Nous r«tron vom cette ooïKluîte det Atighiu à Malte après le traité d'Amiens , et dans bien d'autres ocoasioas. Mous la blâmons;

On prévint M. de Bussy que dorénayant le gouyeraement de l'Inde serait réuni à celui de Fllede-France et de Bourbon , détermination inconsidérée , puisque ces îles sont éloignées de Pondichéry de près de quinze cents lieues , et que pendant une partie de Tannée la navigation est interdite entre ces deux points.

M. de Bussy mourut à Pondichéry le 7 janvier 1785. M. de Coutenceauy commandant par intérim , s'occupa de la rétrocession , qui fut enfin terminée par un commissaire anglais , chargé de pouvoir du lord Macartney. Quelques difficultés s'élevèrent pourtant encore sur l'étendue des districts cédés ; mais ce n'est pas ici le lieu de le« faire connaître.

Lorsque nous réprimes possession de Pondichéry au mois de septembre 1785, on y comptait, tant dans laVille-Noire que dans sa banlieue, vingtsept mille âmes , sans compter les blancs et les taupas , qui montaient à mille huit cents , et sans comprendre la garnison , qui était de trois nulle six cents hommes : en tout trente -deux mille quatre cents âmes.

Malgré l'évacuation de cette ville, la population s'était accrue en 1788, et pouvait s'élever au commencement de la guerre , commencée en 1793, à quarante mille individus. Mais les districts de Villenour et de Bahour, qui forment Tar-

maù elle tient à uo sentiment qui met les intérêts de la patrie avant tout ; c'est un mauTais effet d*une belle cause.

rondissement de Pondichéry, avaient beaucoup souffert pendant la guerre ; leur population se réduisait en 1788 à six mille âmes, et le nombre des charrues à six cent quatre-vingt-quatre.

Indépendamment des bœufs destinés au labourage , on pouvait compter , dans les districts de Villenour et de Bahour , vingt - cinq mille vaches ou veaux , ou buffles en troupeaux ; savoir, dix mille dans l'un, et quinze mille dans l'autre.

Les revenus de Pondichéry, de la banlieue et des deux districts, s'élevaient en 1786 seulement à 1 65,000 francs. En 1789, ils ont été portés à 45o,ooo francs , déduction faite des frais de régie ; et en 1791 ils étaient de i,68o,i4o francs, en y comprenant les revenus de Karikal , de Yanaon et le produit de l'opium.

L'arrêt du conseil du mois d'avril 1786, qui créait une nouvelle compagnie des Indes , porta un coup mortel à Pondichéry ; il y eut à ce sujet, de la part de ses habitans, des représentations qui ne produisirent aucun effet.

Pondichéry est tombé au pouvoir des Anglais en 1793, et nous a été rendu à la paix dernière.

Son territoire a trois lieues de long sur une lieue de large , et produit du riz^, des légumes , des racines propres aux teintures , surtout pour le bleu. On fabrique dans la ville des guinées bleues et blanches , des garas, des toiles peintes , des mouchoirs communs , des basins , des organdis , des

tarnatanes , et autres mousselines de qualité inférieure.

Pondîchéry reçoit d'Europe du fer, de l'acier, du cuivre , du plomb , des fils d'or, des draps , du corail , des velours , des taffetas , des eaux-de-vie , des vins, du papier, des verroteries : il reçoit de l'Asie, du riz de Bengale, de la cAte de Malabar et du Tanjaour ; des cotons filés et de bourre du Guzurate; de la soie, de la toutenague et de la porcelaine de là Chine ; des épiceries des Moluques , et du sucre d? Batavia.

On exploite à une lieue et deniie de Pondichéry , et près de l'embouchure d'une petite rivière zppelétArchionac^ des salines très-considérables : c'est de là que l'on tire les chargemens de sel que les navires français portent au Bengale '. On compte trois qualités de ce sel ; c'est de la seconde ordinairement que sont formés les chargemens pour le Bengale. Il y a des bénéfices à faire sur ce commerce , mais les navires souffrent de ce genre de cargaison ; elle empreint l'intérieur d'une humidité saline qui ne s'en va pas , et qui en outre détruit les clous du navire : aussi ce transport de sel ne convient-il qu'aux vaisseaux qui font le commerce d'Inde en Inde^et non à ceux qui portent de l'Inde en Europe de riches cargaisons, à la conservation desquelles on doit sacrifier de petits avantages dont on pourrait profiter en toute autre occasion.

' Ce 8cl se vend à une mesure que l'on appelle ganse; elle pèse huit mille livres poids de marc \ ou la compte pous quatre tonAeaay,

486 ETAT ACTUEL ou COMMERCE

Les principale» filles de commerce de la côte de Coromandel sontlNegapatnam, Karikal , Tranquebar , Gondelours , Pondichéry, Madras , Masulipatnam , Yanaon et Jngeram ; mais les^ deux marchés principaux sont Pondichéry, capitale des établisseniens français , et Madras , chef-lieu de ceux des Anglais dans cette partie de la côte.

On trouve à Pondichéry comme à Madras, tous les articles de Coromandel. Voici ces articles , en observant que, depuis les progrès qu'ont faits en France tous les genres de fafcrique de coton , le commerce des toiles n'a plus pour elle une égale importance.

Des tarnatanes , des mouchoirs organdis , des mouchoirs stinkerque de ù^te , mouchoirs percale de côte , mouchoirs burgos , mouchoirs à vignettes , mouchoirs madras , mouchoirs masulipatan ; bé tilles de côte (grosses toiles de cotou) ♦ bétilles tiranamelle ; doréas tiranamellé ; perca^ les , basins , toiles de Ceylan , du Tanjaour , de Maduré et de Permacouté ; nekanias , chacnellas, bajutapaux ; néganepaux , cambayes , toiles communes , rayées et à carreaux bleus et blancs , et rouges. Ces dernières toiles sont un objet assez important dans les retours pour l'Europe ; elles y sont employées , ainsi que les quarts de guinées bleues pour l'assortiment des cargaisons des navires qui font le commerce avec la côte d'Afrique, dont la traite était autrefois la plus forte branche. On tire encore de Pondichéry des guingans , toiles

à petits carreaux rouges et des guinées blanches, dont la ^ente en France n'a plus lieu depuis l'époque des progrès de nos manufactures de coton.

On porte à Pondichéry et dans nos autres établissemens de Coromandel du cuivre , des clous assortis, de l'acier fin , du plomb en saumon , des balles de plomb , des boulets de calibre , des cordages de chanvre , des ancres pour navires , des grapins pour bateaux , duTerniillon , de la cochenille , du safran du Gatinais , du papier blanc , des draps de Carcassonne, des velours , des gobe* lets de verre , des lames de sabre , de Teau-de-vic de genièvre , du vin rouge , du goudron , du brai, du corail en quantité , de la toile à voile , des fils à voile , enfin du numéraire.

Le commerce d'Inde en Inde est un des plus utiles, lorsjqu'il est conduit avec sagesse et intelligence; celui que Ton peut faire avec les établissemens ou les pays sous la domination anglaise a été fort réduit ; il est chargé de droits , et le tableau de ceux que paient les objets qu'on y porte, en les faisant connaître, donnera en même temps une idée de la nature des marchandises qui peuvent entrer aujourd'hui dans ce commerce.

Tarif des droits sur les marchandises d'Europe im^ portées par ies vaisseaux français et autres.

Les Anglais de VInde ne paient que moitié j Us vaisseaux d'Angleterre sont eocem/pts de tous droits dHmportaiion et d'' exportation pour leurs chargemens, si Von en excepte les vùis français et quelques autres articles.

Acier de Saède. . pour cent, ao

Aocrcs de fer 90

Argent vif ao

Biinnets pour Lascars 30

Bouclions assortis fins. ..... ao

Bouteilles françaises ao

Brai 11

Blanc de céruse i5

Batiste de France ao

Câbles d'Europe 10

Cuivre en feuille p.' doublage, ao

Idem épais 10

liUm vieux ao

Clous de cuivre ao

Cordages d'Europe 10

Corail ao

Drap bleu superfîo ao

Drap Doin superfin. p. cent, ao

Dito écarlate idem ao

Fer en barré ao

Idem plaqué ao

Fil d'or de France ao

Genièvre de Hollande ao

Grapins ao

Goudroù d'Europe ......... 1 S

Huiles d'olives fines 3o

Idem de Florence 3o

Idem de lin i5

Plomb en saumon • • • ao

Safran d'Europe ao

Vin de Bordeaux ( rouge ). . . ao

Kau-de-vîe de Cognac a5

Idetn en bouteilles ; • a5

Ratafia de Grenoble ao

Il est aisé de voir, d'après ce tableau, que les vaisseaux français ne peuvent aller au Bengale qu'avec^ un grand désavantage : et peut-être ne devrait-on y porter que des piastres pour l'achat des retours, d'autant mieux que les droits sur les exportations au sortir des ports anglais du Bengale sont peu considérables '.

' Les négocians et les autres personnes qui voudraient prendre une connaissance pratique du commerce de l'Inde peuvent lire l'ouvrage intitulé Mantiei du commerce del'Inde, par M. Blancard, 1 vol. in-folio. Marseille et Paris, 1806.

L'auteur a fait te commerce de l'Inde, y «1 séjourné, et en parle en négociant et en administrateur babile.

Après Pondichéry et sur la même côte , nous avons Karikal ; c'est un établissement utile. Sa population s'élevait en 1778 à quatre cent huit familles ; elles étaient réduites en 1786 à cent quarante- cinq. On ne comptait plus que trois cent seize coulis ou mercenaires , au lieu de dix-huit cent vingt- un qui y existaient avant la guerre terminée en 1783.

Karikal est dans leTanjaour, à trente lieues sud de Pondichéry, sur la rivière de Kolkham. Son territoire a deux lieues de long sur une lieue de large : c'est un de nos meilleurs comptoirs dans llndostan.

Son terrain produisait en 1786 un revenu de près de 600,000 francs ; il est susceptible de culture et d'amélioration.

Yanaon ou Ganjan était célèbre ci-devant par son commerce de toiles du nord de la côte ; c'est un établissement encore très-cotfimerçant. Yanaon est dans la province d'Orixa ; son port est commode : on y construit des vaisseaux , et il y a un entrepôt pour les marchandises des cantons voisins.

Mazulipatnam sur la côte de Coromandel , quoique n'ayant qu'une loge française, intéresse le commerce ; cette ville est à l'embouchure delà Crischna , à soixante lieues est de Golconde : on y compte soixante mille habitans ; c'est là qu'on fabrique les toiles les plus estimées de l'Inde.

Chandernagor, au Bégaie , à huit lieues de Gai-

cutta, sur un bras du Gange appelé Ougly^ est une ville de quinze mille habitans. Nous y faisons un assez bon commerce en velours, brocard , camelot , salpêtre, musc et rhubarbe deTartarie. La France pourrait tirer un grand parti de cet établissement ^ si le commerce de l'Inde reprenait de Tactivité.

Nous avons encore au Bengale une loge à Patna» sur le Gange ; cette ville est la capitale du Bahar, à quatre-vingt-trois lieues nord-ouest de Calcutta. Son commerce consiste en salpêtre et en opium que nous portons à la Chine , et dans les autres établissemens de l'Inde.

Cassimbazar, dans une île du principal bras du Gange, à quarante lieues nord de Calcutta , est le marché général des soies , étoffes de soie et de coton du pays : nous y avons une loge où il se fait quelques affaires assez suivies.

Nous en avons également une à Balassor , ville du Bengale , sur la côte d'Orixa , située au fond d'une baie, à quarante-cinq lieues sud-ouest de Calcutta. Il y a une fabrique considérable de toiles ou mousselines fines, et de chachelas (prononcez ehdkelas)^ ou toiles de coton et de soie, à l'instar des madras.

Dacca , grande et belle ville sur le Gange , trèscommerçante , autrefois capitale du Bengale, et célèbre par ses fabriques de mousselines , a une loge française , ainsi que Jongdia , autre ville du Bengale.

Mâhé est le seul établissement français qui existe à la côte de Malabar : cette ville est située à l'entrée d'une petite rivière qui porte bateau à plus de vingt lieues dans les terres, et qui facilite le transport du poivre qui se récolte dans Tintérie ur du pays.

Mabé est à dix lieues de Calicut , où nous avions autrefois un comptoir. Le territoire de Mabé ne s'étend qu'à deux lieues de rayon.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que rbistori€^n des deux Indes a dit de cet établissement , qui pourrait être plus utile à notre commerce qu'il l'est dans ce monaent : on y acbète du poivre , du cordamome , de la cannelle , du sandal» et autres marchandises de la côte de Malabar.

On trouve sur la même côte et au nord la ville de Surate , sur le Taply, dans le golfe de Cambaye, à trente lieues sud-est de Gambaye ; il s'y fait un commerce immense en épiceries , en parfumerie et en toiles. On en exporte des coutils, des toiles blanches de Gambaye , des mousselines , des toiles peintes , des gazes , des schals , du coton , le plus beau de l'Inde; elle reçoit des porcelaines de la Chine , du poivre-naturel du Malabar, des perles, des parfums d'Arabie , des épices des Moluqnes ,' des quincailleries d'Europe, etc. Nous y avons un comptoir qui soutient l'activité qu'il a toujours eue, et où nos négocians trouvent des facilités pour le grand commerce qu'offre cette place. ^

Nous reviendrons sur le commerce de l'Inde en parlant des établissemens anglais.

Page 1