‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux IndesChapitre 7 sur 27 · COLONIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

COLONIES ANGLAISES

Tyr et Carthage n'offrent rien de comparable à retendue des possessions , du commerce et de la navigation des Anglais ; ce peuple ai soumis le globe entier à la domination de son industrie et aux prodiges de son esprit public. Jamais plus puissant argument n'a été produit en faveur de la liberté ; c'est parce que l'homme peut donqer en Angleterre l'essor à ses facultés , c'est parce que la contrainte individuelle en est bannie, et que l'indépendance de la pensée y est garantie par ks lois et les usages, qu'on voit cette nation insulaire surpasser en richesse et en puissance les plus grands empires du monde. Qu'un despote adroit s'élève au milieu d'elle, que^ sous le prétexte de l'ordre et de la police , il impose silence à ce qu'on appelle les passions turbulentes , que , pour se montrer obséquieux envers des dominations étrangères , le parlement faiblisse sur le maintien de l'intérêt national, Londres, la première cité de l'Europe et la reine de la mer, descend au rang de nos humbles cités, et n'est plus qu'une vaste enceinte peuplée d'esclaves en lambeaux.

Tels sont les effets de la liberté ; heureux les peuples qui ont pu la sentir et la défendre avec cette sagesse et cette fermeté qui la mettent à l'abri des atteintes des cours et des suites redoutables de

Tanarchie ! Un si grand bien n'est pas donné à tous , et Ton dirait que dans un siècle remarquable par les miracles de l'industrie et des arts , il ne reste au continent européen que la ressource de la résignation pour ne pas périr sous l'ascendant qu'à su prendre la force dans la lutte périlleuse où nous la voyons engagée.

L'Angleterre, guidée par un patriotisme rare, est à l'abri de ce danger; sa fierté nationale et le talent de ses ministres ne permettraient pas qu'une puissance arbitraire y dictât des lois ; elle a toujours repoussé cette police corruptrice qui , sous prétexte d'une utile réciprocité, livre l'homme malheureux ou fugitif aux barbares vengeances de courtisans irrités ; Londres est la ville hospitalière de l'Europe , et cet éloge ne saurait déplaire à ceux qui , long-temps réfugiés sous son abri , doivent chérir des principes conformes à cette conduite libérale. Mais n'oliblîons pas qu'il n'est question ici que des colonies de la Grande- Bretagne , et non des causes morales de sa puissance et de ses richesses. Puisse-t-elle n'en jamais abuser , et avoir toujours présent à la pensée que le triomphe de l'oppression sur le continent peut menacer im jour sa liberté , par laquelle seule elle est la première nation du monde !

Son empire s'étend sur tous les points du globe. Ce qu'elle possède en Europe sous le nom de Royaume-uni de la Grande-Bretagne présente en trois divisions différentes qui sont, l'Angleterre,

494 Ïtat actuel du commerce

l'Irlande et l'Ecosse , une population de dix-sept millions cinq cent mille habitans '.

Parmi les causes qui ont élevé la Grande-Bretagne à l'état de prospérité dont elle jouit depuis long-temps sous l'égide d'un gouvernement libéral , il faut placer au premier rang l'agriculture ; elle a servi de modèle au reste de l'Europe.

Un état de sa situation et des produits qu'elle donne ne peut qu'intéresser nos lecteurs et offrir un utile sujet de comparaison.

En 1 8o4 l'Angleterre et le pays de Galles présentaient douze millions d'acres de terres * labourables , à 5 livres sterling le produit in. stal. de l'acre, faisant 60,000,000

' Ed 1811 la Grande-Bretagne, c'est-à-dire l'Angleterre avee le pays de Galles et l'Ecosse^ donnait les résultats suivaas pour sa population :

L'Angleterre 9,S3a,8a7 individus.

Le pays de Gailed 611 ,788

L'Ecosse. . . .^ i,8o5,688

Total 11 ,95o,3o3

L'armée de terre et de mer comprenait. 64o,ooo

Total g^n^bal. ....... ia>590,3o3 individu».

Dont 1,861,879 étaient occupés de l'agriculture en Angleterre, 194,518 dans le pays de Galles, et 333,878 en Ecosse; d'où résulte une population agricole de 1,392,170 individus, composant 99^,978 faknilles.

* L'acre anglais est à peu de chose près les quatre cinquièmes de l'arpent de France , en sorte que cinq acres anglais font quatre arpens de Fraoce , de la mesure dite des eaun et forêts. Voyez, pour ces estimations , l'ouvrage intitule Fœa'bulaire des termes de commerce , banque, manufactures, finances merc-antile et statistique, 1 vol. in- 8* , chez Tcitu , 1 801 .

DES DBUX INDB8. 49^

Trente-cinq mille acres en culture de houblon , à 35 Ut. sterl. de pro- ur. iteri.

duit Tacre 1,190,000

Dix mille pépinières , fleuristes et serres chaudes , à 5o livres sterl. de produit Tacre * • • • 5oo,ooo

Cinquante mille jardins potagers et légumiers , à 60 lir. sterL le produit de l'acre 3,ooo,ooo

Trois millions diacres en jachères.

Vingt-cinq mille acres de jardins de plaisance, et partie des grands parcs

Vingt millions d'acres en pâtures et partie des grands parcs , à 3 livres sterling le produit de l'acre ' 60,000,000

Sept millions huit cent seize mille acres communs et pâtures variées, dont le produit est évalué 1,000,000

Deux millions d'acres en bois, • haies , arbres de clôtures , montagnes, à 10 sch. 1,000,000

Un million neuf cent quatre- vingt mille acres en chemins, rivières et bâtimens

En tout quarante-six millions neuf cent seize

' Ce n'ost que de i8o4 à 181 3 qà'il a été tenté quelques défirîefiemciu des oommuaes, landes et pâtures vagues; ils ont donné de mtaces résultats. Lu comité des communes de 18 15 annonçait qvieve» défrichemeas ne faisaient que de commencer.

mille acres d'un produit brut de 126,6905000 liv. sterling , qui ont coûté en main-d'œuvre et entretien de chevaux 56,690,000 liv* sterl. ; reste 70,000,000 de livres sterling pour le produit net de l'agriculture anglaise ^

Mais si l'Angleterre se fait remarquer par les progrès d'une riche culture, c'est surtout par l'étendue de son commerce , par l'activité de ses fabriques qu'elle a accru ses forces au point où nous les

' Voyez V Histoire critique et raisonnée de la situation de VAngieterre, pitr M. de Montvérao, tome 4 » pag*^ ^63.

On a calculé que la récolte de Tannée commune de 1800 à i8i3 en céréales, dans la Grande-Bretagne ( l'Angleterre, le pay8 de G«llc;> et l'Ecosse ), s'élevait à six millions sept cent mille quarlers; mai^ que depuis cette époque cette récolte s'élevait à sept millions neuf cent soixante-sept mille cent (rente quarters : Tiiugmenlation des recolles aurait donc été d'un million deux cent quarante- sept mille cent vingt quartersj ou de 30 pour 100.

( Le quarter, ou septier anglais, pesé quatre cent quarante livres avoir du poids ; il fait un septier plus huit mille six cent vingt-cinq dix millièmes du septier de France, pesant deux cent quarante livres poids de marc, soit, pour le quarter, un septier plus quatre cinquièmes du sèptier.de Paris. )

!Nous n'avons point parlé de l'Irlande dans ces estimations ; mais des documeos certains établissent que, depuis la réunion du parlement de ce royaume à celui de la Grande-Bretagne, son agriculture a été sensiblement améliorée. Sa population s'est ac6rue de vingl-trob pour cent, et s'élève à quatre millions huit cent cinquante mille individus ; ses revenus publics se sont également accrus de plus de cent pour cent, et sont aujourd'hui de 5, 200,000 livres sterling. Des défrichemens considérables y ont eu lieu depuis la môme époque ; seixe à dix-sept millions d'acres de terre y sont en valeur , au lieu de onze millions à quoi se montait sa culture avant cette époque. Les terres céréales ont augmenté en nombre d'un quart et de cinq septièmes en produits; elles ont fourni, de 1800 à 1810, en exportations de grains, une valeurde 3,938^180 livres^ sterling. L'Irlande peut être considérée aujourd'hui comme le grenier supplémentaire de la Grande-Bretagne.

voyons portées. Nous eu présenterons les résultats qu'il nous semble essentiel de connaître pour l'objet qui nous occupe.

On voit, par le relevé des importations et des exportations anglaises depuis 1785 jusqu'en i8i4> que les années i8o5, 1806, 1807 ' 1808, ont été remarquables par les exportations des objets manufacturés en Angleterre.

Depuis 1 806 les exportations de menus objets manufacturés ont augmenté jusqu'en 1810, et même jusqu'en 1811 ; mais des pertes sur les changes et les saisies , des séquestres et des dépérissemens dans les magasins, résultats de l'exécution du blocus continental , en diminuaient réellement le produit.

De 1804 ^ *8o8 , les exportations des objets manufacturés ont été , année commune sur quatre, de 35,000,000 de livres sterling. Telle. était la part qu'avaient les étrangers dans la consommation de l'industrie anglaise.

Nous ne rechercherons pas quelle pouvait être l'étendue de la consommation intérieure en objets manufacturés , ces recherches nous conduiraient trop loin ; nous dirons seulement qu'un des écrivains qui aient le mieux connu la richesse nationale , M. Mac-Pherson , estimait que le produit général des manufactures anglaises s'élevait, un peu avant le traité d'Amiens , à 1 16,000,000 de livres sterling ^.

' Le« calculs de M. Pittj quatre ans avant, en 17979 portaient les

On a prétendu que ces résultats étaient exagé* rés ; mais il n'en est pas moins vrai que , pendant la guerre qui a suivi le traité d'Amiens jusqu^en 1808 , l'industrie anglaise s'était élevée à un haut degré de prospérité.

Mais ellç a depuis éprouvé des pertes considérables et une décadence sensible. L'état a fait de grands sacrifices pour en prévenir les résultats ; ils n'ont pas eu tout le succès qu'on en attendait. Pour tenir la main-d'œuvre à un prix plus bas, an a prohibé l'exportation des grains. Le prix du blé, régulateur assez ordinaire ' de celui du travail , n'avait pu dès -lors s'élever à sa valeur réelle. On a également baissé le prix de la viande. Ces dispositions, nuisibles à l'agriculture, ont été prises dans l'intérêt des manufactures. La compagnie des Indes est également venue , dans un véritable esprit de patriotisme , à leur secours : elle leur a commandé et payé, des objets d'industrie qui ont long-temps obstrué ses magasins de l'Inde.

fonds employés dans te commerce extérieur à 80,000,000 de livres sterling; $t ceux employés dans le commerce intérieur à aSo,ooo,ooo. Total 56o,oop,ooo de livres sterling.

Il portait les profits du commerce extérieur à 1 a, 000, 000 de livres sterling, et ceux du commerce intérieur à 28,000,000. Total 4o,ooo,ooo de livres sterling.

' On dit assez ordinaire, parce que, depuis l'adoption des machines qui simplifient l'emploi et le nombre des bras, et qui font avec le travail d'un seul homme, et même d'un enfant , ce que faisaient trois ou quatre ouvriers, on sent que l'augmentation de a sous par livre de paJn, de 6 sous sur la nourriture d'un homme, de ao sous, si l'on veut, n'est que d'un seizième sur le produit obtenu de ce même homme à l'aide d'une mécanique.

Le gouvernement a farorisé tant qu'il a pu le commerce extérieur et cherché des débouchés aux produits de l'industrie.

La paix de i8i4i et celle que l'Angleterre conclut avec l'Amérique à Gand en i8i5, lui en ont offert de nouveaux , et les plaies que l'excès des impôts et le blocus continental lui avaient faites se sont fermées chaque jour.

C'est donc de son commerce extérieur , de ses exportations seules que l'Angleterre peut attendre la prospérité de son industrie et le soutien de sa puissance : consacrons quelques pages à faire connaître ce commerce ».

Les exportations de la Grande-Bretagne dans les diverses parties du monde ont été , de 1 8o5 à 1810 , réparties de la manière suivante :

En Irlande, Jersey et l'île de Man (une trèsgrande partie en denrées étrangères) , uy. sterU pour une valeur de 6,5oo,ooo

Dans le yeste de l'Europe (idem). 20,000,000

Dans l'Asie, comprenant l'Inde et la Chine . . . . , 3,5oo,ooo

Dans l'Afrique 1 ,200,000

' Nous n'attachons aucune importance pour Juger de Taccroissement de la richesse d'une nation, à ce qu'on appelle la balance de son commerce ; mais on peut juger , par les eiportations et les importations, de l'activité plus ou moins grande de l'industrie et delà consommation. L'industrie s'accroît visiblement, si l'exportation des objets manufacturas augmente ; la consommation prend deJ'étendue , et si le» importations deviennent plus nombreuses et plus considérables, à mesure que les exportations s'élèvent, la richesse nationale s'étend dasa la même proportion; c'est là qu'est la vraie balance.

Dans rAmérique espagnole et iîy. stetv

aux Antilles *. 1 1,000,000

Aux États-Unis et dans rAmérique septentrionale 12,000,000

Total 545000,000

En 18 13 l'exportation eut lieu ainsi :

En Europe , Irlande , Jersey et uy. «leri.

Man 26,000,000

En Afrique et Asie 49^00,000

En Amérique , à l'exception des États-Unis. . , 11 ,3oo,ooo

Aux Etals-Unis 1 ,200,000 '

Total 425000,000 *

£n réunissant plusieurs données sur la balance du commerce anglais à diverses époques, on trouve un excédant des exportations sur les importations, ainsi qu'il suit :

De 1793 à 1799 de 5,8oo,ooo liv. \w. steri.

sterling pendant sept ans, font. . . 409600,000

De 1799 à i8o5 de 6,5oo,ooo lîv.

sterling pendant sept ans , font. . . 4^5500,000

De i8o5à 1810 de 10,000,000 de liv. sterl. pendant cinq ans, font. . 5o,ooo,ooo

' Cette faible exportation tient aux embargos des ports à cause de l'état de guerre.

* Nous ne donnons point la balance de l'Irlande; son résultat n'entre point dans le commerce extérieur de la Grande-Bretagne , et forme un objet qui n'intéresse l'Angleterre que par les ressources qu'il peut offrir à l'Irlande pour payer les impôts et les taxes levés sur cette île.

DES DEUX INDES. 5oi

De 1810 à 1814 de 5,ooo,ooo de hv. jteri.

liv. sterl. pendant quatre ans , font. 20,000,000

En 1814 5,5oo,ooo

En 1 8 1 5 6,000,000

Total 167,600,000

ou 49190,000,000 de francs.

Cette somme énorme , réalisée en faveur de l'Angleterre , a été absorbée en grande partie par les subsides et les dépenses extérieures du gouvernement , par les versemens que les particuliers ont faits de leurs capitaux dans les opérations de conamerce en Amérique et en Asie , par les voyageurs qui en ont dépensé une partie dans leurs courses sur le continent : enfin le reste est tourné en augmentation de capital pour l'Angleterre.

Le monde entier a soldé cette énorme balance de 4? 1 90,000,000 de francs en métaux précieux , en piastres , en quadruples et en portugaises ; mais ces valeurs métalliques ont été enlevées à la circulation intérieure de l'Angleterre par les extractions d'or et d'argent antérieures à 1797, et postérieures à 1807, par les remises en nature d'espèces du gouvernement depuis 1 8o5 , pour les subsides etpour le commerce de l'Inde; cependant dans une proportion décroissante depuis 1807.

On voit , pat un état authentique , que pendant neuf années, de 1801 à 1809, il a été importé en Angleterre en nature d'or et d'argent , pour une valeur de 16,376,528 livres sterl. ; à quoi il faut

ajouter 5, 694 joaolivr. sterl. importés par le gouvernement pour subsides et services extérieurs : total 21,070,548 liv. sterl. *

L'importation des métaux précieux a donc été, année commune , de 12, 684^653 livres sterling. L'exportation a été de 1,712,158 liv. sterl. année commune des neuf ; mais à cette exportation il faut ajouter 844^ 619 liv. sterl. en matières fabriquées , envoyées directeriaent par Ta compagnie des Indes, 1 ,567,598 liv. st. d'espèces frappées à la monnoie de Londres , de 1 80 1 à 1 8 1 o ; l^^og^^ 1 23 liv. sterl. en diverses pièces d'argenterie , contrôlées au bureau de la marque de l'or et de l'argent ; enfin les totaux des exportations d'espèces seules, faites par le gouverneincnt et la compagnie des Indes, 1 5,200, 100 liv. st.; on trouve une somme de 20,860,823 liv. st. ; mais l'importation n'avait été que de 15,376,528 livres sterl. : l'Angleterre aurait donc tiré de son fonds capital , pendant cette période de neuf ans, 5,4845295 liv. sterl.

« Si les extractions d'espèces par ces diverses causes , dit l'auteur de VHistoire critique de l'An" gleterre ^, n'avaient excédé leurs importations que de 7 à 800,000 liv. sterling , ce serait peu de chose , et on ne concevrait pas comment l'Angleterre , en 1810 , lors de la nomination du comité

des monnaies de la chambre des communes , au-

' Sur ces importations il y a eu d'eiporté^peodaitt las oeuf années , psur le commerce, 2,a35>.io6 liv. sterling en espèce», 209,334 lî^* 9t« en matières fabriquées; et par la compagnie des Indes, y^^^y^J livres sterling. — ^ Tome 1 , page 357.

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^ait pu déclarer par son organe qu'il avait disparu de la circulation pour plus de 40,000,000 de liv. sterl. de guiuées et de leurs fractions. Mais on en trouvera la cause, i* dans les exportations frauduleuses pour lesquelles la baisse des changes offrait un appât et réalisait des bénéfices ; 2" dans les enfouissemens d'espèces ; 3* dans le prix du fret des objets exportés , qu'on estime de dix pour cent de leur valeur , et que les capitaines ont emporté en espèces depuis les décrets de Berlin et de Milan , depuis l'occupation du nord de l'Allemagne par les armées françaises , et le blocus continental. Ces frets ont été exigés , non-seulement pour le voyage d'aller , mais pour le retour, dans l'incertitude de trouver un port de débarquement ouvert. »

Quoi qu'il en soit de ces résultats , il n'en est pas moins certain que l'activité qu'a donnée aux transactions anglaises le mouvement de ces immenses capitaux a entretenu la force et la vigueur de son commerce , de sa navigation et de ses établissemens dans les deux mondes.

Les avantages que l'Angleterre doit à ces diverses combinaisons se sont accrus par les traités de 1 8 1 4 et de 1 8 1 5 , qui , à la suite des fatales invasions dont la France a subi le fléau , ont amené la paix.

Un des premiers résultats de ces traités a été la séparation de la Belgique de la France, et sa réunion à la Hollande,

5o4 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

Les Pays-Bas , état agricole et manufacturier^' jse trouvent ainsi réunis aune puissance commerçante 5 pays d'entrepôt, espèce de port franc du nord, et jadis du monde, qui ne peut prospérer qu'avec la liberté de faire et de laisser passer^ et que les prohibitions , ou au moins lès droits nécessaires au maintien de l'industrie d'un peuple manufacturier, fermeraient en huit jours et ruineraient pour des siècles. La Flandre , riche de son agriculture et de son industrie manufacturière , et que sa réunion à la France avait portée à un point remarquable de prospérité, confond, par sa jonction à la Hollande, ses destinées avec celles des Hollandais, endettés, et qui tous les ans, sous peine d'être submergés , spnt obligés de consacrer 3o, 000, 000 de florins à l'entretien des digues. Depuis cette réunion , méditée à Saint-Pétersbourg dès le i3 avril 18049 les manufactures belges souffrent, ou plutôt succombent, non sous une rivalité d'industrie qu'elles ne redoutent pas , mais sous l'ascendant de celle d'Angleterre et de la force des choses.

Une seconde cause de la prospérité de l'Angleterre est la situation de la France , que la dernière invasion a fatiguée ; il lui reste de grandes ressources sans doutja ; mais l'Angleterre a l'antériorité de moyens , l'esprit public et d'immenses possessions, dont la dernière paix a étendu le cercle et affei:mi la domination.

Elle a acquis dans la mer duNordHéligoland,

DES DEUX INDES. 5o5

tandis que de ses ports de TEcosse son commerce peut se porter avec rapidité dans ceux de la Norwége et de la mer Baltique ; le Hanovre qui appartient à la maison régnante d'Angleterre , les villes anséatiques , conservées par les soins de ses négociateurs , lui assurent les embouchures des grands fleuves de l'Allemagne et du nord. Les îles de Jersey et de Guernesey prolongent sa ligne de circonvallation de l'Europe ; les événemens survenus en Espagne, à Lisbonne, lui présentent une alliance avec des peuples encore incertains de leurs destinées, et qui cherchent un appui. Gibraltar, Malte et Corfou lui conservent la supériorité dans la Méditerranée. Ses établissemens dans la Sénégambie et sur les côtes d'Afrique prospèrent et lui donnent des avantages immenses pour la traite de la gomme et pour ses entreprises de colonisation. Le Cap de Bonne-Espérance est devenu entre ses niains une des plus riches et des plus belles colonies du monde. L'Ile-de-France ( île Maurice) , les Séchelles , sont de nouvelles acquisitions dont elle sait apprécier la valeur. Maîtresse de la presqu'île de l'Inde , elle y a ajouté l'île de Ceylan , le port de Trînquemale, Cochin , Poulo- Pinang , ou l'île du prince de Galles, qui lui donne le girofle et la muscade , dont elle partage au reste le commerce avec les Hollandais par les possessions qu'elle s'est ménagées à Sumatra , et dans quelques îles voisines. Son commerce dans le royaume de Siam , dans le Pégu , à la Chine et

5o6 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

à la Goehinchine , a pris une coDsistance qui lui assure de grands avantages.

Si de l'Asie nous passons au Nouyeau-Monde , nous y trouverons également des preuves de la prospérité de l'Angleterre ; conservant dans le nord ses établissemens de la baie d'Hudson , le haut et le bas Canada , le Labrador , Anticosti , Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse. Elle a ajouté à ses anciennes colonies les stations les plus importantes du golfe du Mexique, Sainte- Lucie, Marie -Galante, Tabago, la Trinité, les établissemens de Honduras. Elle a obtenu des Hollandais, Berbice, Essequibo, Démérari;ce qui lui a permis de fonder une colonie sur la rivière de Corentin.

Ces avantages, consolidés par la paix de 1814? compenseront cependant avecpeine les pertes qu'éprouve l'Angleterre parles progrès de l'industrie sur le continent, parle système prohibitif que presque tous les états ont adopté ; par la formation d'une puissance maritime au-delà des mers, les Etats- Unis; par l'ascendant qu'une autre puissance , la Russie, prend en Europe ; et parla haine qu'a inspirée contre les Anglais l'appui que pendant dit ans quelques cours ont trouvé en eux contre l'indépendance des peuples.

Mais les événemens que mille intérêts opposés, ou que des sujets de divisions doivent nécessairement amener dans le monde politique , rassure^nt [ l'Angleterre , et lui jnontrent dans le lointain la /

possibiKté de réparer des pertes ou de» méprises qu'il lui était difficile d'éviter dans le rôle colossal qu elle a joué pendant la guerre du continent.

Au milieu de ces incertitudes elle poursuit avec une présence d'esprit et une constance qui ne peuvent être trop imitées son système de colonisation. C'est par lui qu'elle compte remédier aux deux grands maux qui la menacent , le défaut de débouchés pour ses marchandises, et, ce qui en serait le résultat , le manque de travail pour ses habitans.

« L'Angleterre , dit judicieusement M. de Montvéran , en détruisant les petits propriétaires , en adoptant les machines qui diminuent le nombre des ouvriers ' , en formant une liste de pauvres de près de neuf cent mille chefs de familles , et de plus de trois millions d'individus , semblait se trouver dans la position où furent les premières sociétés de la Grèce , de la Sicile et de l'Europe, et devait se hâter de pourvoir comme elles aux besoins de cet excédant de population. »

11 paraît cependant que ce n'a été que dans ces

■ Le dénombrement de 1801 portait à un million huit cent quarante-«ept mille trois cent cinquante- quatre le nombre des individus employés aux arts et métiers , mauufactures et commerce. £n 1811 $ quoique la population générale eût augmenté , ce nombre n'était plus que d'un million six cent mille , et ils n'étaient pas toujours occupés. Les manufactures à l'aide des machines avaient produit beaucoup plus avec moins de bras ; les salaires étaient devenus plus forts , et ces seize cent mille ouvriers travaillaient beaucoup moins. £n 181 5 et 1816 , les manufactorea en masse n'exigeaient plus que le tiers des ouvriers qu'elles employaient autrefois. ■ Histairo critiquée de l'Angieterre, tome 1 » page 3i5.

5o8 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

derniers temps que l'Angleterre a donné une attention sérieuse à cette importante partie de la haute administration.

Jusqu'ici le gouvernement avait cru queles lieux peu éloignés de l'Angleterre , et où les établissemens étaient moins difficiles à former , étaient trop voisins des Américains ; tels que le haut et le basCanada, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick. Il craignait qu'en y envoyant des hommes qui auraient à se plaindre de la mère-patrie , ils ne les donnassent aux Etats-Unis. La Trinité lui a paru aussi une île peu saine et trop près de la ligne. Le Cap de Bonne-Espérance n'était point encore acquis définitivement à l'Anglejterre, et le transport des colons à cette extrémité de l'Afrique lui paraissait trop coûteux. Il ne possédait pas non plus les établissemens hollandais de Démérari , d'Essequibo, de Berbiche, et delà rivière de Corentin* Depuis la guerre de l'indépendance américaine , la politique du. gouvernement et de la compagnie des Indes a limité le nombre des passagers et des établissemens dans les possessions britanniques de l'Inde : on a craint qu'un trop grand nombre d'Anglais vivant dans ces contrées ne tentassent d'obtenir , par des mouvemens et des intrigues avec les souverains du pays , leur indépendance et leur affranchissement de la compagnie et de la métropole : la presqu'île de l'Inde ne comptait en effet, par suite de cette précaution , que quarante-six mille Anglais en 1812.

DES DEUX INDES. Sog

Mais 9 depuis que la cessation de la guerre , le progrès des machines , l'émigration d'un grand nombre de riches propriétaires sur le continent ' , les prohibitions des marchandises anglaises ont laissé une partie conisidérable de la population sans travail , l'attention du gouvernement s'est éveillée sur les avantages de la colonisation , et toutes les parties du monde voient aujourd'hui des colonies florissantes sous la protection et par les soins de l'Angleterre ; le Cap de Bonne-Espérance , la Sénéganabîe, la rivière de Corentin dans la ci- devant Guyane hollandaise, le Nouveau- Brunsv^rick , la Nouvelle-Galles du sud , en offrent des exemples, auxquels nous nous arrêterons dans le tableau que nous allons tracer.

L'Angleterre a , pour former de semblables établissemens , outre l'esprit public et la liberté , sans lesquels rien n'est grand , rien n'est stable, son système de crédit avec lequel elle suflSt à tous ses besoins , à tous ses projets.

Il consiste dans la fidélité aux engagemens contractés vis-à-vis des créanciers de l'état ; et cette fidélité est tellement connexe avec ses institutions , qu'il nepeut y avoir le moindre doute sur sa durée et sa stabilité.

■ Parmi les motifs que l'Angleterre a souvent cru avoir d'être en guerre avec la France et avec le continent en général > il faut compter la perte considérable pour elle qu'éprouve son commerce intérieur de la facilité qu*ont en temps de paix des milliers de riches propriétaires d'aller dépenser leurs revenus en Italie , en France , en Allemagne, et de priver ainsi l'indnstrie britannique d'une grande con< 90ttimation«

5lO ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

Aucun emprunt n'est jamais contracté qu'on n'adopte en même temps une ou plusieurs taxes suffisantes pour en payer l'intérêt et l'amortissement annuel : on a soin aussi que les taxes routées pour satisfaire aux charges annuelles des emprunts soient calculées et estimées à un taux tellement inférieur à leur produit réel , qu'elles donnent des perceptions surabondantes ; d'où il est résulté , ainsi que de l'accroissement de la prospérité de l'Angleterre , que le fonds consolidé auquel les t^xes étaient attribuées a donné jus-» qu'en i^io des etcédans considérables, portés constamment aux dépenses courantes. Ces exeéndans étaient la première année de la création des fonds consolidés en 1787, de 589,16a liv. sterl. En 1809^ ils ont été à 7,000,000 de Ht. sterl. ; mais en 1810 ils étaient descendus à 6,5oo,ooo liv. sterl. ; et en 1 8 1 3, dernière année de la guerre, le fonds consolidé donnait un déficit de i»i 00,000 liv. sterl. : preuve réelle de la détresse de l'Angleterre. Il en résultait en efifet la certitude que les taxes attribuées au paiement des intérêts et à l'amortissement des emprunts formant le fonds consolidé ne donnaient plus le même produit qu'auparavant.

Le crédit immense de l'Angleterre , qui lui est indispensable , a été obtenu et développé par les mesures les plus sages et les mieux calculées. A l'aide de ces mêmes mesures s'est formé le mécanisme ingénieux qui produit l'aisance et la

DES DEUX INDES. 5ll

promptitude avec lesquelles ont été remplies les souscriptions de tous les emprunts de ces derniers temps. Ces emprunts ont cependant été si considérables , qu'ils ont absorbé les fonds destinés au commerce et à la reproduction ; mais quelques années de paix suffisent aux accumulations nécessaires pour remplacer largement les capitaux du conoknierce.

De grandes richesses existent en Angleterre , et ailes sont en très*peu de mains ^ ; les revenus doÎTent donc donner des accumulations annuelles plus considérables. Mais les gens très-riches ne pouvant pas dépenser la totalité de leurs revenus , et les lois qui maintiennent les primogénitures et les substitutions à k septième génération tendant à concentrer encore ces richesses dans un moindre nooLibre de chefs de famille , ces accumulations devenant toujours plus fortes , où se placeront-elles ?

En examinant attentivement l'état de la culture 9 celui des manufactures , celui du commerce et des grandes entreprises , comme constructions d'usines, de canaux , desséchemens , exploitations de mines , on voit que les capitalistes ont intérêt à

* Lé numéraire circulant en Angleterre s'élevait à la fin de l'aTantdernier siècle à 18,000,000 de liv. sterling. En 1778 a 37,500,000 liv. sterKng en espèces d'or , d'argent et de bilton.

£0 179a on le portait de 4o à 439000^000 de livres sterling ; et On estimait que les billets de la banque de Londres , et ceu^ de deux cent vingt banques pjroviaciales s'élevaient à plus de 3o^ooo,ooo de livr^ steflln^.

5l2 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

placer dans les emprunts et les fonds publics 5 et qu'en conséquence la plus forte partie des accumulations ira s'y réunir à la masse déjà existante , et soutenir le crédit du gouvernement.

Le gouTernement anglais peut donc se livrer à des projets de colonisation, et porter son attention sur les moyens d'agrandir son commerce à l'aide de l'immense cadre de possessions dont on pourrait dire qu'il entoure le globe.

Au nord se présente l'île d'Helgoland ou Héligoland, conquise sur les Danois en 1807, établissement plus important pour assurer en tout temps les relations de l'Angleterre avec la Baltique que par les produits qu'elle en retire.

Ce n'est , à vrai dire , qu'un groupe imperceptible formé de l'île d'Helgoland proprement dite , des îles appellées les Dunes , et de plusieurs rescifs ou rochers , dont celui qu'on appelle le Moine est le plus considérable ^. L'île principale a une circonférence d'à peu près quatre mille six cents pas , ou deux mille trois cents toises de circonférence. L'île sablonneuse , ou les Dunes , est plus petite de deux cinquièmes , et son étendue varie chaque année à raison de son terrain mobile.

Helgoland est à environ onze ou douze lieues de l'embouchure de l'Elbe , de celle du Wéser et de la pointe occidentale d'Eysterstedt , dans le

* Nous entrons dans quelques détails sur cette possession anglaise, parce qu'elle est peu connue , et que nos géographes n'en parlent pas.

DES DEUX INDES. 5l3

duché de Sleswich : elle a un phare sur sa partie la plus élevée, par 54 degrés 3o miDutes de latitude nord , et aS degrés 34 minutes longitude occidentale de Tîle Féroe ' , d'où Ton compte la longitude en Danemarck. Helgoland appartenait au Danemarck avant que les Anglais s'en emparassent dans la guerre du blocus continental. Par le traité conclu avec cette puissance ils en ont obtenu la cession.

La terre qui couvre le sol d'Helgoland n'a guère que trois à quatre pieds de profondeur ; elle est fertile : on récolte une assez grande quantité d'orge , mais pas assez pour la consommation des habitans. Il y a peu d'arbres à fruit , et peu de légumes : on y élève des vaches et des moutons assez bons ; l'eau des fontaines est peu potable ; on y supplée par de grandes citernes où s'amasse l'eau de pluie.

La pêche du poisson s'étend depuis vingt jusqu'à quarante lieues autour de l'île ; elle forme le principal revenu des habitans : on estimait en 1 800 qu'il s'en exportait pour environ 200,000 francs

A la même époque la population était de deux mille deux cents individus ^ : on y comptait quatre cent vingt n^|^ns , dont la plupart n'étaient que des cabanes de pêcheurs.

* Les îles Féroe sont un groupe d'îles de l'Océan septentrional, à environ cent vingt - cinq lieues ouest de la Norwége. La plus considérable est File Féroe. Ce groupe d'iles est fertile et assez peuplé.

' Golquhoun porte cette population à trois mille pour Tépoque de 181a y et estime la valeur <ies productions à 5,ooo livres sterling.

5l4 iTiLT ACT€£L DtJ GOMMERCE

liCs Helgolandais formecit une peuplade dliooime$ trèsHTobustes et très-sains : ils ont la chevelure blonde , et sont d uoe belle physionomie. Ils payaient au Danemardc, avant la cession aux An^is , le dixième de ce que le pilotage leur rapporte ; car une de leurs priacipales occupations après la pêche est de fournir des pilotes pour la navigation des rivières qui ont leur eaii>ouchirre dans la mer du Nord, et surtout de l'Elbe et du Weser.

Les femmes , presque toutes belles , sotit chargées des travaux agricoles et domestiques ; ce so^t elles qui labourent les terres , qui les ensemencent , qui moissonnent , qui battent ie grain , qui le moulent à la meule , et font le pain.

Depuis que les Anglais sont maîtres de Tile, Us y ont introduit dans la culture et les travaux d'utiles diangemens et des améliorations. Mais l'avantage qu'ils en retirent dépend surtout de la position de l'île. Elle a deux bons ports, et une rade qui a quarante-huit pieds d'eau. De ces ports on peut apercevoir l'ennemi long -temps avant qu'il ne vous approche. Le phare de l'île est visible à près de dix lieues en mer, et sec^e guide aux bàtimens qui veulent entier dans l'Eyder, l'Elbe , le Weser et les fleuves voisins.

Ces circonstances réunies donnent à Helgoland une assez grande importance politique et commerciale. C'était, jusqu'en 1807, le rendez-vous j de tous les corsaires de Dunkerque*

DES DEUX INDES. 5l5

Les Anglais , qui ont senti les avantages que de* vaît leur procurer la possession de cette île , l'ont fortifiée. Elle est entre leurs mains un poste indispensable 9 soit pour leur navigation , soit pour leur commerce dans la Baltique. Elle sert d'entrepôt à leurs marchandises , et de station à leurs vaisseaux qui naviguent dans ces mers ^.

Outre Helgoland , les Anglais possèdent en Europe plusieurs îles , villes ou territoires , qui entrent dans Testimation de leur puissance. En voici Tétat d'après Colquhoun ^.

' Voyez j^nntdes tU ia gèogrofphie et de ÇkUioire, ptr M. Malte- Bruo) tome 3, aonéc 1808.

* A TretUise on tke fVeaJUh , ffower, and ressources ofthe Bretish empire, ineveri qtuUer ofthe worid, ineUiding the east Jndifs, etc., Uiustrated hy eopious statistieai toMes» By. P. Golquhouo. , 1 ▼ol.

in^4°f 181 4* fi'auteur est le même à qui l'on doit deux ouvrages remarquables ,

TiHi sur la foUeo de Londires , et l'autre sur celle de la Tamise» Le Traité de la richesse et d^ ressources de V Angleterre est l'outrage le ' plus complet et le plus positif qu'oo ait sur ce sujet : il est rédigé sur des matériaux authentiques. On a peine à concevoir coiiiment, lorsqu'on traduit ou fabrique sur l'économie politique et la statistique de l'Angleterre tant de litres médiocres ou systématiques, on ait négligé cclui-cf. Peu de personnes, même parmi celles qui citeqt l'Angleterre à tous propos > connaissent cet excellent ouvrage. Nous eu avons fait usage pour ce qui concerne la Grande-Bretagne.

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L'Angleterre n'avait donné , comme les autres nations de l'Europe, qu'une faible attention aux avantages qu'elle pouvait retirer des établisseniens coloniaux sur le contij||nt de l'Afrique. Cet objet a fixé son attention sunout depuis la guerre ; elle y a donné des soins qui n'ont point été infructueux; des colonies formées par elle prospèrent dans cette partie du monde , et chaque jour elle en étend la sphère à mesure qu'elle reconnaît la possibilité de le faire.

Ce système de colonisation , conforme à l'intérêt des peuples , est préférable à celui qui a prévalu jusqu'ici ; il convient à l'état de l'Europe. L'accroissement de la population , son malaise manifesté par l'agitation et les plaintes, semblent demander qu'on lui ouvre de nouveaux moyens de se procurer les nécessités de la vie , et même , jusqu'à un certain point, les jouissances auxquelles elle est accoutumée. L'extension de l'industrie et la consommation intérieure ne fournissent que péniblement et précairement des ressources pour substanter une population toujours croissante. On peut, il est vrai, trouver encore chez presque tous les peuples de l'Europe des secours plus immédiats à l'aide des défrichemens et des améliorations des cultures ; mais ce sont là en quelque sorte les dernières ressources qu'on doit réserver, et qu'il faut ménager.

Ces considérations semblent surtout avoir dirigé les Anglais dans leur système de découvertes,

5l8 ÉTAT ACTUEL DU COHMEKGE

de conquêtes et de colonisation, qu'ils poursuivent ayec autant de constance que de succès , depuis une trentaine d'années surtout. Nous les voyons ^ dans cette intention , se ^sser de fonder des co-^ lonies partout où cela parait possible. Attentive à la nécessité qui s'avance, nous voyons l'Angleterre 9 comme un pilote habile qui présage la tem*^ pête, multiplier les ressources qui peuvent l'aider à s'en défendre. Elle gahle pour l'avenir les contrées qui peuvent encore servir à la culture ; et lorsqu'elle ne juge pas à propos d'être agricole chez elle 9 elle est conquérante au-dehors. C'est ainsi que nous la voyons pousser ses établissemens dans l'intérieur de l'Afrique par le Cap de Bonne-Espéîance , dont le climat salubre et tempéré lui pressente des champs fertiles , tandis que ses armées dans l'Inde étendent sa domination et y accrois^ sent le nombre de ses sujets. Peu lui importe que dans celles-ci les dépenses annuelles surpassent la somme des revenus; elle n'y voit qu'un moyen puissant d'exportation » et par conséquent de travail , pour une portion considérable de la population anglaise, qui trouve à s'occuper ou à s'employer utilement; non-seulement dans les fabriques que soutient le commerce de l'Inde , mais encore 4ans les armées, dans la marine, dans l'administration , dans toutes les branches de la navigation que ce commerce traîne à sa suite : avantage immense pour la métropole , 'et sans lequel l'oisiveté et la misère de la classe industrieuse de la

Dation exposeraient Tétat aux plus grands dangers.

Les mêmes principes qui , aux yeux du gouyernemeft anglais , ont donné tant d'importance aux possessions de llnde , malgré les frais et les soins qu'exige leur conservation , l'ont guidé dans les établissemens moins éloignés qu'il a formés en Afrique sous le rapport de la culture et du GODunerce.

On connaît les recherches dirigées sur ce coih tinent pour y parvenir ^ et les tentatives que le gouvernement anglais a faites pour entretenir des relations commerciales et des négociations avec les peuples établis dans ces régions ignorées. Tandis qu'il se livrait à ces soins, une association de personnes riches et éclairées , sous le nom de société africaine ', entreprit ce qu'on pourrait ap^ peler la découverte de l'intérieur de l'Afrique ; elle y fit pénétrer de divers côtés des voyageurs instruits et hardis, chargés d'examiner la nature du pays , la situation et la force des nations qui l'habitent 5 et de recueillir tout ce qui peut servir à y lier des relations utiles ou former des établissemens ^.

A cette époque la Cafrerie avait déjà été visi-

' Cette Bociëtë , foodëe en 1 787 , ne s'occupe paa leulement de iteheiebes et de ▼ojages pour lei intérêts du commerce ; elle envoie aussi des missionnaires pour la propagation du christianisme. Pendant Tannée 1818 eDe en a fait partir huit pour l'ouest de l'Afrique , deux pour le nord de Tlade, et neuf pour la Houvelle-Zëlande. Ses retenus^ fîniit des féoéfosités patticuiièrcs , s'éle^aîent pour cette année 4 s8,ooo livres sterling ; somnie égaie à ses dépenses.

* Il n'y a qu'en Angleterfe que l'on vote se fonuer des astectations

i20 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

tée par Sparmann, Paterson, et surtout par Le Vaillant , savant français , qui en avait décrit l'état politique 9 les mœurs, et qui, s'avanffeint avec autant de bonheur que de hardiesse dans ces contrées sauvages , y avait découvert des peuples dont le nom même était inconnu aux Européens. L'Egypte, la Nubie, l'Abyssinie, depuis long-temps accessibles , avaient été décrites par Norden , Bruce , et Volney : mais , de tout le reste de l'Afrique , on ne connaissait guère avec certitude que les côtes et la petite étendue de territoire qui avoisine chaque établissement européen.

Le premier voyageur envoyé par la société africaine fut Lediard , Américain , d'un esprit entreprenant et d'un courage à toute épreuve. Il partît en 1788, fet essaya de pénétrer par l'Egypte. Il recueillit dans la conversation des marchands d'esclaves des idées sur le commercé de l'intérieur , sur la nature du pays, et la route des caravanes ; mais il mourut à Sennaar ^

qui présentent autant de zèle, de patriotisme et de résultats utiles pour l'état. Le gouvernement n'a que de la protection à accorder ; c'est Teffet de l'esprit public, fruit de la liberté britapnique. Tous les prodiges qu'il enfante cesseraient du jour où le despotisme prendrait en Angleterre la place des lois, et où l'obéissance passive deviendrait le caractère national.

lïous pourrions citer en France quelques voyages utiles efiEéctués en Afrique , entre autres celui que M. Mollien a fait tout récemment ; mais ils ont été ordonnés et payes par le gouvernement.

* Nos biographies, qui n'oublient point de mettre parmi les noms qjii se sont rendus céUitres ceux de faiseurs de brochures ignorées, ne disent pas un mot des hommes qui se sont rendus recommandables par des voyages utiles , comme Lediard, par exemple.

En même temps que la société africaine essayait cette tentative, elle envoyait d'un autre côté Lucas, autre voyageur qui, ayant résidé long-temps à la cour de Maroc , connaissait les mœurs et le langage des Arabes. Lucas devait aller de Tripoli au Fezzan par le désert , et révenir par la Gambie ou la côte de Guinée ; mais il ne put aller que de Tripoli à Mesurate.

Deux ans après , en 1 790 , la société envoya le major Houghton pour pénétrer par la rivière de Gambie, et traverser le pays de Test à l'ouest. Houghton remonta en effet cette rivière jusqu'à une grande distance de son embouchure ; mais , après avoir essuyé mille traitemens barbares de la part de ces peuples sauvages , il mourut misérablement. ^

Le sort qu'il avait éproujié n'empêcha pas lé célèbre Mungo-Park de tenter la même entreprise. Plus heureux que son prédécesseur , malgré de grands dangers et de grandes souffrances , il rapporta en Europe les premières notions authentiques sur l'intérieur du continent africain. Ce premier succès lui inspira le dessein de faire un second voyage; mais il ne revint plus, et périt, suivant toutes les apparences , dans cette périlleuse entreprise.

Tandis que Mungo-Park donnait cet exemple de zèle et de courage , un simple particulier , M. W. Browne, excité parles mêmes motifs, entreprit seul, à ses frais et avec ses seules ressour-

ces, de traverser l'Afrique de Test à l'ouest. Parti d'Alexandrie le ^4 février 1 792 , il pénétra jusqu'à Siwah , que quelques savans pensent être l'ancien Oasis , où se trouve le temple de Jupiter Ammon , et où il reconnut des ruines que l'on croit être celles d.e ce temple. Mais des obstacles s'opposèrent à ce qu'il pénétrât plus avant; il revint en Egypte. L'année suivante il se joignit à une caravane, etparvint jusqu'au Darfour, d'où il retourna en Egypte. A peine avait-il achevé ces entreprises hasardeuses qu'il eut pour successeur un jeune Allemand nommé Homemann , envoyé par la société africaine de Londres. Hornemann partit de cette capitale en 1 797 , et se trouvait à Alexandrie au moment où les Français venaient de s'en emparer '. Le général en chef, instruit de son dessein, lui accorda tousses secouMdont il pouvait avoir besoin pour en faciliter le succès. Homemann partît du Caire, en septembre 1799, avec la caravane du Fezzan *. Il traversa le désert de Libye , parvint à Mourzouk, capitale du Fezzan. Il fit une courte excursion de Mourzouk à Tripoli, revint à Mourzouk, et écrivit à la société africaine qu'il allait

■ L'expédition d'Egypte, si mal jugée, fut une des belles entreprises du dix-huitième siècle. L'établisiement d'une nation civilisée dans cette riche partie du monde eût répandu la civilisation , les arts dans tonte l'Afrique , et doâné un nouveau et salutaire mouvement aux relations commerciales de l'Inde et de r£urope.

* yoy§z l'introduction au Dictionnaire universel de la géographie oommerçante pour ce qui concerne les caravanes qui font le commerce de l'intérieur de l'Afrique.

partir atec la grande caraTane de Bournou. Depuis cette époque on n'a plus reçu de nouvelles de ce courageux voyageur. Il est probable qu'il a péri comme ceux qui Tont précédé.

Cependant la société africaine , affligée , mais non déconcertée par tant de fâcheux accidens , renonça à l'espoir de pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique par le nord , et ramena ses vues sur les côtes occidentales. Une nouvelle route fut suggérée par le Galabar 5 sut la côte de Guinée ; mais ee nouveau projet ne servit qu'à joindre un nom de plus , celui de Nichols , à ceux de tant d'infortunées victimes de leur zèle et de leur courage.

Si l'on considère les obstacles physiques qui s'opposent en Afrique aux recherches et à la marche d'un voyageur européen , et les obstacles moraux bien plus grands encore qu'il trouve dans la barbarie des habitans, dans leur féroce avidité, leur, jalousie curieuse et leur superstitieuse méfiance, on s'étonnera peu des funestes résultats de ces entreprises. En comparant cependant ces résultats avec le succès complet que M. Bowdich a obtenu dans une semblable mission , on sera tenté de croire que c'est du choix des moyens et des circonstances qu'en dépend le succès.

Son voyage fut déterminé par une circonstance politique. -Le principal établissement des Anglais sur la Côte-d'or, appelé Cape^eoast-castle j avait sous sa protection une nation voisine habitant les rives de la mer , et nommée Fantées. Un roi

5^4 :etat actuel du commerce

puissant de Tintérieur^ le roi des Ashantées ^ se trouvant offensé par cette nation, déclara la guerre aux Fanfées , envahit leur territoire , et , suivant l'usage de ces peuples barbares , brûla les villages et massacra les habitans. L'établissement anglais lui-même fut bloqué , et courut les plus grands risques. Mais la résistance qu'y trouva le roi des Ashantées, et d'autres raisons sans doute le déterminèrent à entrer en liaison avec les Anglais. On saisit cette occasion de lui envoyer une ambassade , et l'on en confia k conduite à un membre du conseil de la compagnie anglaise, M. James, gouverneur d'Acra ^. M. Bodwich , qu'un ardent désir de se distinguer par des services avait conduit en Afrique , fut î^ssocié à l'expédition et chargé des recherches scientifiques. Cette expédition partit "de Cape-coast-çastle au mois d'avril 1817; et, après de, grandes difficultés, des intrigues^ des dangers suscités à la coui: du monarque noir pax les Portugais et les Maurefi , M. Bod^rich , qui montra la plus grande fermeté et la plus grande prudence dans la négociation ( M. James avait tout abandonné ) , parvint à négocier entre le roi des Ashantées et les Anglais un traité de commerce favo-

' Acra, ou Acara ; c'est un pays avec une bourgade du même nom , SUT la côte-d'or de Guinée. Les Anglais , les Hollandais et les Danois y ont chacun un établissement. Ce pays est le meilleur de toute la côte , et il s'y fait un grand commerce avec les habitans. C'était autrefois un des plus fréquentés pour la traite des noirs, qui s'y fait encore au mépris des traités , et par une connivence secrète en faveur des planteurs des colonies européennes.

DES DEUX INDES. SsS

Table à leurs vues et' à leurs établissemens dans cette partie de l'Afrique '.

Dans la relation que M. Bodwich a publiée de son voyage on aperçoit les avantages qu'il y aurait à établir des colonies dans cette partie de l'Afrique ; et c'est le point sur lequel l'Angleterre ne cessera jamais d'avoir les yeux ouverts.

Les établisseniens qu'elle a déjà formés dans la Sénégambie prouvent que l'on peut en tenter avec confiance lorsqu'avec des fonds nécessaires la patience et le zèle conduisent les chefs du gouvernement.

Nous avons déjà fait connaître, en parlant de la traite des nègresdans r introduction de cet ouvrage , les principaux détails de l'un de ces établissemens , celui de Sierra-Leone , sur la rivière de ce nom ; nous n'ajouterons que peu de nouveaux documens sur l'établissement de Sainte-Marie.

Cet établissement , situé près de l'embouchure de la Gambie > prospère sensiblement , dit une feuille officielle ^. Il augmente ses relations commerciales. En voici la preuve , d'après le rapport des chefs de la douane de Sainte-Marie.

Les importations par bâtimens de commerce et pour compte de négocians établis dans ce pays se sont élevées en 1818 à 41^7 1 1 livres sterling;

' Nous De pouvons passer sous silence ici le voyage de M. MoUien en Afrique , fait en 1818 par ordre du gouvernement français. C'est un des plus intéressans qui aient été tentés ; il a eu tout le succès qu'on en attendait. Il a été imprimé en deux volumes in-8° , avec deux cartes du pays parcouru par l'auteur.

* Gazette de Sierra-Leone.

ellçs n'avîiient été en i S 1 7 que de 7 ,8a8 Ut. sterl. : raccroissement a donc été de 33,883 livres sterling.

Cette difiCérenc^ est énorme 9 et parait provenir des grandes dépenses faites et payées par h gou^ verneotent en argent et en traites sur le txésor anglais. Ces dépenses ont donné des ^moyens d'industrie aux habitans , et , en augnaedtant les consommations , ont accru en même temps les importations.

Les exportations n'ont pas répondu aux importations ; mais elles prouvent toujours Ic^ progrès de cet établissement, qui peut avoir les plus grands résultats dans l'aveuîr pour étendre les colonisations sur la Ganoibie.

Les exportations de 1818 ont consisté en cent vingt-quatre tonneauss: de cire , quins&e tonneaux de moi^bil { ivoire ) 9 cipq mille deux cent quarante-cinq peaux de bçeuf estimées 70 onces d'or, et cent vingt-cinq tonneaux de gowme.

On a pu voîjT dans ce que nous ayons dit plus baut que les Anglais ont encore des établisseaiei;u^ d^ns l'Afrique, de peti d'importance, il est vraij nous passerons donc à celui qui mérite le plus d'attention 5 le Cap de Bonne-Espérance,

Conquis par eux dans le «çommeniC^ment de la guerre ', ils l'avaient rendu à la paix d'Amiens, après l'avoir possédé pendant près de sept ans , et y avoir fait de nombreeses et importantes amé* liorations.

* Ils y entrèrent le 16 septembre 1795.

DES D£IIX INDES. 5^7

Ce De fut pas sans les plus yifs regrets qu'ils virent leur échapper cette possession , qui donne la clef du midi de l'Afrique et de la navigation à Test. Elle leur avait servi pendant la guerre à pro<^ téger leur commerce et leurs riches établisaemens de rinde ; la perdre , c'était laisser à la France , à l'Espagne ^ au Portugal , aux Hollandais , les moyens , en cas d'hostilités 9 de barrer le passage aux vaisseaux qui se rendent par les mers de l'Asie dans les colonies qu'ils possèdent sur ces parages.

Ces graves inconvéniens furent développés avec une rare sagacité et beaucoup de soin par l'auteur anglais du Voyage dan» la partie méridionale de l'Afrique '. Il est curieux de voir avec quelle franchise cet écrivain patriote avoue le système de domui^tion des Anglais , et la cooÊanee qu'il met dans les événemens pour i^n^er en possession de cette belle colonie.

% Il est évident , dit-il , que , dans le cas où nous n'aurions pas le Cap de Bonne -Espérance, et que les hostilités éclateraient , l'Angleterre ne pourrait donner d'assez forts convois à soii com«merce d'Asie sans se jeter dans des frais immenses qui rendraient ce moyen impossible. La dépense d'une escadre placée à l'île Sainte-Hélène, aussi long-temps que les Français seraient maîtres du cap *, suffirait, à la vérité, pour soutenir tout

> M. JolkD fiarrowt soceéture du lord MiicafftDey , attditeur-j^ënéral 4ef o<wa»pAc0 fiu ^ap de Bonne-Espérance, etc.

* Les Hollandais , à qui le Gap fut rendu , étaient dès-lors visiblement Bouf l'influence, ou, pour mieux dire, sous l'autorité delà Praocej

l'établissement de l'Afrique méridionale ; mais elle excéderait , suivant toute probabilité , le bénéfice des cargaisons ainsi protégées ; d'ailleurs je ne parle pas de l'inconvénient qu'il y sturait à détacher des vaisseaux de guerre des plus importantes stations. Un autre obstacle encore, c'est que Sainte-Hélène ne fournit aucune des provisions dont cette flotte aurait besoin. On y a la plus grande peine à se procurer une petite quantité de rafraîchissemens pour l'usage de l'île ; et le surplus , vendu à des prix exorbitans , est cédé aux équipages des vaisseaux de la compagnie des Indes '. Il y a peu de bètes à cornes, et l'on n'en peut tuer une seule sans la permission du gouverneur. Cependant c'est maintenant le seul point de ces parages où les Anglais puissent assurer un convoi. Quel inappréciable avantage ne serait-ce donc pas pour eux de posséder entre l'Inde et l'Europe un point de ralliement abondamment pourvu de toutes les provisions nécessaires à leur marine , une colonie qui , loin d'être comme aujourd'hui un objet d'inquiétude, un instrument de menace et de ruine, serait le rempart et la sauvegarde de leur commerce et de leur empire d'Asie!» •

malgré la prétendue république batave > reconoue iodépendante , et érigée plus tard en royaume pour Louis Bonaparte ( 5 juin 1806). ■ L'île de Sainte- Hélène appartenait à cette époque à la compagnie des Indes anglaises, de qui le gouvernement l'a achetée pour y former la demeure de Bonaparte : de grandes améliprations s'y sont opérées 4epuis.

DES DEUX INDES. SâQ

Les Anglais ofi&irent dans les conférences de la paix d'Amiens Tile de Ceylan en place du cap de Bonne-Espérance. « Mais les Français , dit encore le même écrivain ', jugèrent le cap de Bonne- Espérance plus important pour eux que l'île de Ceylan , dont ils ne pensèrent jamais à disputer sérieusement la cession. Si aux négociations ils insistèrent sur ce point, c'était pour en emporter un autre , la restitution nominale du Cap à ses anciens possesseurs. Cependant si, pour obtenir la paix l'Angleterre fut réduite à la nécessité d'opter entre l'une ou l'autre de ces colonies , cas où probablement elle se trouva , ce dut être un point difficile et bien délicat d'estimer la valeur et l'importance comparative de chacune. L'île de Ceylan avait en sa faveur de donner à peu près 1,000,000 de liv. sterl. de revenu, de posséder un port ( Trinquemale) tel qu'il n'y en a pas de supérieur dans le monde entier; d'être la. clef de toute l'Inde, et une placed'où un ennemi puissant peut attaquer à son choix tous les points de l'Asie méridionale. On voyait au Cap de Bonne-Espérance un promontoire stérile (car telle était alors l'opinion dominante sur la colonie du Cap ) à une grande distance des possessions de l'Inde , fournissant peu ou point de revenus , et exigeant pour son entretien des frais considérables. »

« Si nous cédons Ceylan , disait lord Macartney, cette île, étant située à l'extrémité de la presqu'île

' Tome a , page 9.

530 ilAT ACTUEL DO COMMERCE

ée rinde , Ta devenir un port ennemi 5 inimédiat et terrible , en ce qu'il donne le pouvoir d^envahir la côte de Malabar et celle de Coromaiidel. L'excellent port de Trinquemalé est d'un prix inestimable pour une puissance maritime ; il commande la baie du Bengale ; il donne la facilité de gênef , de maîtriser la navigation des détroits de la Sonde et de Malaca* Ptes possessions , notre nàarine et notre commerce d'Asie seront donc livrés aux éé^prédations des n^itres de Cejlan , admettant que Ceylan, mis en balance avec le Cap, doive l'emporter ; n'oublions pas néanmoins que le Cap de Bonoe«-Espérance dans les mains de nos ennemis pourrait leur servir d'un puissant instrument pour reconquérir Ceylan. ».

Ces diverses raisons n'empêchèrent pas la restitution d'avoir lieu. L'article 6 du traité d'Amiens porte : « Le Cap de Bonne-Espérance reste à la république batave en toute souveraineté , comme cela avait lieu avant la guerre. Les bâtimens de teute espèce auroùt la feculté d'y relâcher et d'y «elieterles approvisionnemens nécessaires comme auparavant ^ sans payer d'autres droits que ceux auxquels la république batave assujettit les bàti- «oenis d« sa nation. »

Les réfixxiotis de M. Barrow , écho de sa nation en ce point ^ méritent d'être citées : « Nul doute quQ les Français S dît-il, n'aient préféré le Cap, quoique moins avantageux sous certains rapports

' On ne doit point oublier qu'alors la prétendue république batave

DES DEUX INDE3. 55l

(^U6 l'îk de Ceylan , dam l'idée q^'îl leur seryirait à s'emparer de celle-Gi ; cette derûière n'était pas en effet alors d'un grand prix pout euTc ; elle ne fournit, aucune des pfovisions nécessaire» aux forces de terre et de mer ; elle sera toujours à la merci de la puissance qui aura dans les mers de l'Inde une flotte supérieure ; et sa j^osition* esit telle, quel'enÉkemi n'y powrait assembler une pareille flotte, ou ravitailler tant que la Ghrande- Bretagne serait maîtresse du Gap de Bonne-Ei^pérance » il eût donc été bien ayantageux pour elle de conserver un poste qui aurait fermé à ses enne* mis l'entrée de l'Océan indien*, et au c»ojen (kiquel elle aurait toujours été en état de les reléguer dans leurs inutiles^ îles de France et de Bourbon.

« Que le gou?ernement anglais se tienne d<me sur ses gardes ; qu'il Teille continuellement sur les parties d^ l'état les plus Vulnérables ; surtout , après auroir pourvu à la sûreté de l'empire,, qu'il traverse ^ qu'il étouffe dans leur naissance lés desseins que les Français ont sur l'Inde. Le premier pas vers ce but désirable doit être de recouvrer le Cap de Bonne-Espérance. »

Ce voeu fut rempli ; les Anglais s'emparèrent de nouveau du Cap au commencement de 1 8a5 , et la possession leur e^ fut confirmée à la paix de iSi4« L'article i*' de la convention sigaée h Londres le i3 août i8i4 porte : « Sa majesté bri-

o'étâit qù'uA' fief de Tempire de Bonaparte , dont il fit ensuite le royaume passager de son frère Louis.

53â ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

tannique s'engage à restituer au prince souverain des Provinces-Unies des Pays-Bas les colonies, comptoirs et établissemens dont la Hollande était eu possession au commencement de la dernière guerre, c'est-à-dire au i" janvier i8o3', dans les mers et les'continens de l'Amérique , de l'Afrique et de l'Asie, à l'exception du Cap de Bonne- Espérance , et des établissemens de Démérari , d'Essequibo et de Berbice, desquelles possessions les hautes parties contractantes se réservent de disposer par une convention supplémentaire qui sera négociée ci-après. »

Par èette dernière convention, de la même date que la précédente, et également signée à Londres, il est stipulé que l'Angleterre donnera , i* un million sterling à la Suède pour indemnité de la cession de la Guadeloupe rendue par elle à la France, conformément à l'article 9 du traité de Paris , indemnité dont le roi des Pays-Bas était tenif envers la Suède pour compensation d'autres avantages à lui faits ; 2* que l'Angleterre donnera une somme de deux millions sterling au même roi des Pays- Bas pour les dépenses nécessaires à la fortification de la ligne de défense des Pays-Bas; 3* que l'Angleterre s'engage également, et conjointement en portion égale avec la Hollande , à fournir aux frais ultérieurs pour établir et consolider d'une

* Ainsi , d'après cette époque officielle, la paix d'Amieos n'aurait duré que du 25 mars 1802, où elle fut signée, Jusqu'au !«' janTÎer i8o3.

manière satisfaisante l'union de la Hollande et des Pays-Bas.

« En considération de ces engagemens , dit la convention , le prince souverain des Pays-Bas consent à céder en toute souveraineté à sa majesté britannique le Cap de Bonne-Espérance, et les établissemens deDémérari, d'Essequibo et deBerbice, à condition néanmoins que les sujets de sa dite altesse royale le prince souverain ' , étant propriétaires dans lesdites colonies , auront la faculté ( sauf tels règlemens dont on conviendra par une convention supplémentaire ) de naviguer et de trafiquer entre lesdits établissemens et les territoires dudit prince souverain en Europe.

< Les hautes parties contractantes sont aussi convenues que les navires de toute espèce appartenant à la Hollande seront admis librement au Cap de Bonne -Espérance pour s'y procurer des rafraichissemens et les réparations dont ils pourraient avoir besoin , sans avoir pour cela d'autres droits à payer que ceux qu'on exige des sujets anglais, i

Avant d'entrer dans l'exposé des productions territoriales et de l'état de colonisation de cet établissement, transcrivons encore quelques-unes des considérations de M. Barrow sur l'importance d'un grand dépôt commercial qu'on pourrait y

' Ce ne fut que par Tarticle 65 de l'acte du congrès de Vienne du 9 juin i8i5 que le titre et les prérogatives de la dignité royale ont «té reconnus par toutes les puissances dans la maison d'Orange*

554 ÉTAT ACTUEL Dit COMMERCE

former. C'est un point important du commerce du monde; et la manière dont le traite le judicieux Anglais donne «une trop juste idée de ces résultats pour que nous ne le liassions pas parler lui-^même.

« Le Cap, dit-'jl, est une situation unique pour un dépôt commercial entre l'Europe et les Grand««lades, entre l'Asie, l'Amérique et les Antilles. Mais on fait une grande objectiop contre le projet de Vj établir; c'est le préjudice qu'il causerait aux ventes de Londres , et par suite la dimint^tion des rcTenus que la couvonne tire des douanes. La compagnie pourrait sans doute répondre des droits du roi sur les yentes qu'elle ferait au Cap ; mais le but de Tentrepôt serait tout-à-fait manqué , si l'ou j exigeait des droits qui portassent le prix des marchandises assez haut po^ir qu'il ne fût pas plus onéreux aux marchands étrangers de les aller prendre dans l'Inde qu'au marché de Londres. Et si ces taxes étaient réduites, il y aurait évidemment une perte dans les revenus de la couronne ;• à moins toutefois que l'augmentation des ventes , augmentation très-probable dans la présente supposition , ne vînt à compenser la réduction des droits. Voici une autre objection fondée sur ie tort que ce dépôt causerait en général au marché de Londres. Les marchands étrangers 9 en venant se pourvoir aux magasins de la compagnie , trouvent leur avantage à placer , à expédier dans le même vaisseau une cargaison assortie , produit des co^

DES DBLX INDES. 535

lonies et des manufactures anglaises. Si ces marchands trouvaient un marché pkis favorable, et allaient s'y fournir de marchandises de Tlnde , ils y compléteraient aussi leur cargaison avec d'autres articles au préjudice du négociant de Londres.

c L'une et l'autre de ces objections Tont tom-« ber peut-être devantjes considérations suivantes. Èjx rapport même des directeurs , le eoœmerce de la eompi^nie est assez vaste pour ioiarnir tous les marchés de Tlnde et de {a Chine en (4>jets du crû«t<les manufactures de l'Europe. En remplissant les demandes de ces marchés , elle ne cherelie aueilD bénéfice actuel , et se contente de ne pas perdre , afin de s'emparer exclusivement du commerce, et d'en exclure, en les décourageant, les autres nations , qui se trouvent ainsi obligées de solder en espèces la plus grande^artie de leurs cargaisons. Le p,riYiléfge de trois mille tonneaux que la dernière charte de la compagnie accorde aux mai^hands particuliers n'est même , dit-oa , famais rempli. Elle a réduit dans l'Inde et à la Chine les articles d'Europe à des prix si bas, que ces cominerçams ne trouvent aucun avantage à faire avec un léger £rétement des envois pou-r leur pDopre compte à l'est du Cap de Bonne-Espéfance. Les Américains sont les seuls qui , grâce à leurs pêches, peuvj&nt former une cargaison entière propre à être é^angée (^nti^ des marchfindlses de l'Inde et de la Chine ; c'est avec cet échange qu'ils fournissent leurs propres colonies et les

Indes occidentales, au grand dommage desTentes de la compagnie anglaise.

c Mais la compagnie peut fournir à san entrepôt la quantité nécessaire de produits naturels et industriels de la Grande-Bretagne, et- les donner à meilleur marché que ne pourrait le faire aucun autre peuple. Les Américains, ne trouvant plus au Cap le débit de leurs bois , borneront leur commerce d'exportation à la pelleterie et au genseng : ils pourront apporter ces articles à Tentrepôt , et les y échanger contre du thé , des mousselines , des nankins , sur lesquels on fera un bénéfice si modéré , qu'ils auront peu d'intérêt de les aller acheter aux m^ircliés de l'Inde et de la Chine. Les autres nations y trouveront toutes les marchandises anglaises presqu'au prix de Londres ; elles y prendront des cargaisons assorties. « Dans les quatre dernières années du gouvernement anglais au Cap , les vaisseaux portugais frétés par les Anglais, et des bâtimens pêcheurs anglais en exportèrent pour les Indes occidentales, la côte du Brésil et celle de Mosambique^ une quantité de marchandises d'Europe et de rinde (ces dernières étaient en grande partie des objets de prix), une quantité, dis-je, égale à la somme de 85o,ooo rixdallers, ou 170,000 livres sterling en papier de cours. Les articles d'Europe, qui formaient la moitié de cette valeur, durent donner aux marchands du Cap des bénéfices très - grands , et plus considérables que

ne les demanderait la compagnie ; aussi furent-ils revendus à très-haut prix. Malgré cela le commerce des côtes du Brésil aurait pu se porter au double , au triple , et au-delà.

c S'il y avait au Gap un dépôt commercial sous la direction de la compagnie anglaise, il se ferait dans rAnûiérique espagnole et portugaise une bien plus grande consommation des produits de l'Orient , qui seraient tous payés en espèces ; et comme la compagnie a le plus grand besoin d'espèces pour son commerce en Chine et pour le gouvernement de son empire indien , les rentrées d'argent monnayé qu'elle se procurerait par ce moyen diminueraient beaucoup , si elles ne faisaient pas entièrement disparaître la gêne que tous les jours lui fait éprouver la rareté des espèces. D'ailleurs, en ouvrant un plus grand débouché aux marchandises de l'Inde, on indemniserait en quelque sorte les naturels du pays de ce que la compagnie leur prend en forme d'impôt •pour envoyer en Europe.

« Il y aurait peut-être un moyen sûr d'anéantir le commerce clandestin qui se conduit avec des capitaux anglais, mais sous pavillon neutre, et qui est depuis long-tems un sujet de plaintes inutiles : ce serait que, dans son entrepôt, la compagnie livrât les objets d'Europe à un taux très- pep supérieur à celui de Londres , et qu'elle n'imposât sur ceux d'Asie nul droit, ou du moins qu'un droit très-faible. Les directeurs seraient sans

$3d ilTAT ACTUEL DU GOMMERCB

doute en état de décider à quel prix les aventuriers aimeraient mieux prendre leur cargaison au Cap que de poursuivre jusqu'aux Indes et à la Chine.

« De cet entrepôt naîtrait encore une nouveUe branche de commerce avec les Indes occidentales ; commerce qui suppianterart celui que les Américains y font si heureusement depuis qudques années. Il ouvrirait en même temps un antr^ débouché aux produits de la colonie , particulièrement aux Yins. Avec un peu plus de soin et une préparation mieux entendue, ces vins pourraient remplaeer ceux de Madère , dont les Antilles consomment une grande quantité, malgré le prix excessif qui n'en permet 1 usage qu'aux plus riches insulaires. Le Madère du Cap pourrait être donné dans toutes ces îles pour le quart de ce qu'y coûte le vrai Madère.

« Si, après une certaine expérience, la compagnie ne jugeait pas Tentrepôit favorable à ses intérêts, elle aurait toujours la faculté de ren^ettre le Cap dans la situation oà le tenaient les Hol^* landais. Par la multiplicité des daroîfs et des prohibitions, elle en pourra défendre l'entrée à tous les vaisseaux étrangers ; ils n'y aborderont , «i elle le veut, que pour y acheter de fraîches provisions avec du papier ayant cours , ou de l'argent comptant. Elle souffrira ou repoussera, selon son bon plaisir, la foule des aventuriers étrangers. Par les lois existantes de la colonie , personne n'y peut résider sans une permission spéciale ; et le gouver-

neur est autorôé à renvoyer tout individu dont il juf e le «^oi^r peu conTenable à l^établi^sement.

« Mais 9 si l'expérience réussit , quel heureux résultat pour TAngleterre ! die possède désormais le eommerce exclusif dé TAsie. Aujo4ird'hui elle n'y trouvée de riraïax dangereux que les Américains : aree cet entrepôt elle les fera servir à sa pro^rité, ou elle causera leur ruine. Si les floUandais se replacent jafnais au rang des nations indépendantes , its rechercheront ralliance et l'amitié de la Gran<le^Bretagne , qui leur sont nécessaires pour se soutenir dans l'Orient. Vu le mauvais état de léui:s finances , ils seront fort contens d^avoir k privilège exclusif des épices , et la portion du commerce de transport que TAngteterre voudra bien leur assigner : il }ui serait toujours facile de réprinqier toute usurpation de leur part^ en refusant de ravitailler leurs vaisseaux au Gap ; refus qui leur rendrait impossible la navigation de rinde. Si à la paix ce peuple reste «ous la dépendance de la France , soit directement , soit indirectement, les Anglais • n^ttres du Cap , pourront toujours intercepter son commerce de l'est. Pour la France , qui est sans crédit et san« capitaux , qui n'a ni marine ni manufactures, elle ne saurait de long-*temps , selon le ccmrs naturel des choses , faille en Asie qu'un trafic peu considérable. »

Ce vaste projet n'est qu'en partie exécuté. Le Cap de BpjiwerEspmflkce n'eist pas x;oi»pri3 dans les concessions faites à la compagnie des Indes >

5^0 irai ACTUEL DC COMMERCE

«lie en retire cependant, ainsi que la métropole , d'immenses avantages : on en jugera par les objets que la colonie offire à l'exportation , et par ceux dont elle a besoin pour sa consommation.

€ A certaine époque de l'année, dit M. Latrobe ', l'aspect général du Cap n'a rien d'attrayant. Le roc nu qui compose la montagne de la Table; à quelque distance, une ôhaîne de montagnes offrant la même nudité; dans Tinteryalle, une plaine dont le sol, dur comme celui de la route la plus fréquentée , est' impénétrable au soc de la charrue ; le manque de végétation, et l'absence presque totale d'arbres , des attelages de bœufs d'une maigreur extrême : telle est la scène offerte à l'Européen qui débarque vers la fin des mois d'été.

ff Mais un grand changement s'opère après que les pluies ont commencé, c'est-à-dire, dans les derniers jours de mars ou les premiers jours du mois suivant. Alors on est agréablement surpris de voir l'argile et le gravier des plaines cachés SQUS de riches moissons , et de trouver dans des endroits non cultivés des milliers de fleurs diverses venues d'elles -mêmes^ur un sol naguère en apparence si stérile. »

L'espace de terrain compris dans les limites de la colonie du Cap occupe environ trois cent quinze milles anglais ( cent cinq lieues ) en longueur le long des côtes occidentales, depuis la montagne

* Voyage fait dans l'Afrique méridionale' en 181 5 «f 1S16. 1 toI» in-S^. liondrf;», 1819.

DES DEUX INDES. 54l

de la Table jusqu'à la rivièjre de Koussie; et, en suivant les côtes méridionales dirigées vers Test, depuis la même ihontague jusqu'à la côte dea grands Poissons ^ , on compte cinq cent quatrevingts milles (cent quatre-vingt-treize lieues ) d'étendue. La moindre largeur de la colonie est au milieu de cette dernière ligne, et la plus grande vers l'extrémité orientale ; elle comprend environ cent vingt mille milles carrés.

Les ravines formées pat des courans d eau au milieu des montagnes qui partagent cette surface offrent la plus riche végétation ; et l'on trouve dans celles de ces ravines, qui sont au midi de la chaîne la plus près de la mer , des forêts de bois de construction qui s'étendent à plus de deux cents milles.

La moitié des cent vingt mille milles carrés compris dans les limites actuelles ' de la colonie peut être déduite pour les plaines stériles et les montagnes nues. La totalité des soixante milles carrés restant n'est pas. à beaucoup près toute fertile ; il n'y a guère que trente mille milles carrés de terre susceptibles de produire.

Ces trente mille milles carrés ( vingt millions d'acres anglais, à peu près vingt-cinq millions d'arpens français) appartiennent à environ trois mille familles. On juge par là qu'une très-petite portion de ce vaste pays est occupée, qu'une moindre encore

* Voyez la carte.

* Ceci se rapporte à i8o3.

54â ÉTAT ACTUEL DtJ CaUttBECE

est en culture , et que sa population est feiblè.

Jusqu'à une époque récente il était divisé eii> quatre districts , le Caf, Stellenbock^ Zwellendamj^ et Reynet^ à la tête desquels était un magistrat supérieur nomfmé landrost; mais les trois derniers ont été subdivisés ^ et en forment à présent six, dont chacun a son landrost, sa ville ou son village y son église et son école*

Cette subdivision annonce une amélioration dans le r^ime de la colonie ; mais on a une plus forte preuve de cette amélioration dans Taceroissement de la population.

D'après un recensement qui se faisait chaque année sous le gouvesneoienl hollandais , mais qu'on peut soupçonner, il est vrai, de qudque inexactitude , elle était en 1 798 de soixante-deux mille individus p dont vingt-deux mille bla»cs , vingt-six laoiille esclaves , et quatorze EûiHe Hot^ tentots. Elle est à présent de cent mille individus.

Les productions du Cap sont variées ; mais ow peut regarder comme les principales le vin, k froment , la laine i ces productions constituent même trois grandes divisions de propriétaires, £i>rmant autant de classes sous le nom de iD^ynboors ^ koomr-boors, et pee-boor» : ce sont les pr o« priétaîf es de vin , de blé et de bestiaux '.

Outre le vin , le blé , les bestiaux , le Cap fournit des laines 9 de l'eau-de-vie , des peaux, des

^ Voyez , daoïi le voyage de Latrobc , cité plu* haut , d'intéreâsant détails tur cet famillei.

D18 DEUX INDBS. 543

pelleterie&9 de Thuile de baleine^ d«afktiit8 secs, des salaisons , de Taloès, de Tivoire, du tabac*

Nous analyserons sommairenient ce ^ue donnait en i8o5 la culture des priadpales de ces productions. Les tableaux que nous en fournit M. Barrow nous serviront dq guides; il les a pui^ ses dans les bureaux de la colonie ; et nous observerons seulement que , depuis Tépoque où il les a transcrits , la quantité des denrées et des productions s'est accrue sensiblement , comme on le verra par les résultats que présente M. Colquhoun, et que nous ferons connaître.

Blé. L'état des grains qui entrèrent dans la ville du Cap pendant quatre années, et qui par conséquent en fait connaître la consommation pour les époques indiquées , ainsi que l'exportation , présente les quantités suivantes :

Années.

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