DÉSORDRES
contre-balancer cette influence, les rois avaient cou tu ri^ de s'associer, de leur vivant, un de leui*s fils; mais comme ils prenaient rarement l'aîné, et que les frères du fils préféré trouvaient toujours des grands pour appuyer leurs prétentions, ce choix devenait une source de crimes et de guerres; le trône du roî des rois chancelait dans le sang. Maintenant que la politique extérieure des Romains sera plus suivie et plus vigilante, les empereurs ne manqueront pas d'avoir toujours quelque Arsacide sous la main pour tenir la cour de Ctésiphon dans la crainte perpétuelle d'une révolution.
Un trait suffira à peindre cette monarchie barbare , trop voisine encore de son origine pour qu'un grand effort contre l'ennemi du dehors ne fût pas possible, à condition cependant qu'il fût rarement nécessaire; mais trop mal organisée, trop privée de police et d'ordre, pour être véritablement à craindre. Deux Juifs, Asinéus et Aniléus, ouvriers tisserands, dans îa ville de Nierda, ayant un jour été battus par leur maître, se réfugièrent dans une île de l'Kuphrate et appelèrent à eux tous les bandits des environs. Leur troupe grossit rapidement, et ils furent bientôt assez forts pour lever des contributions sur le pays, égorgeant les troupeaux de ceux qui refusaient , mais promettant aux autres de les défendre envers et contre tous, tè bruit en alla jusqu'à Artaban, le roi des Parthes, et le gouverneur de Babylone reçut l'ordre de ramasser le plus de troupes qu'il pourrait pour étouffer ce foyer de révolte. Le satrape fut battu , au grand plaisir du prince, qui, charmé du courage des deux frères, voulut les voir et les fit asseoir à sa table. « Son dessein, dit l'auteur de ce récit, était de gagner les Juifs, pour que la crainte qu'ils inspiraient retînt les grands dans le devoir; car ils menaçaient de se révolter dès qu'ils vei raient le roi occupé ailleurs. « Un des généraux parthes ; sindignant de tant d'honneur fait à ces mécréants,
^^^ $ m. ANARCHIE.
voulait les tuer à la table même du monarque. » N'en faites rien; lui dit Artaban , car ils ont reçu ma foi; mais si vous tenez à venger les Parthes delà' hlonte qu'ils ont subie, lorsqu'ils s'en retourneront, attaquez-les à force ouverte et sans que je me mêle de l'amiire. >. Le lendemain il congédia les deux frères. « Il n'est pas bon, leur dit-il, . qua.voos restiez ici davantage, car vous vous attireriez la haine des chefs de mes troupes et ils attenteraient à votre vie, sans ma participation. Je vous recommande la province de Babylone, garantissez-la des ravages qu'on y pourrait faire. C'est une reconnaissance que vous me devez pour n'avoir point écouté ceux qui voulaient votre perte. »
Les deux Juifs retournèrent dans leur île et y vécurent longtemps, respectés des gouverneurs, vénérés des Babyloniens qu'ils protégeaient, et tout-puissants dans la Mésopotamie. Plus d'une fois ces parvenus se passèrent, à l'exemple des grands seigneurs du voisinage, des fantaisies yoyales. Ainsi Âniléus vit un jour la femme d'un satrape, et, épris pour elle de la plus vive passion, il déclara la guerre au mari, le tua dans un combat, puis épousa la vewve. Un autre jour il se jeta^suf-leë tèrrès d'tm homme puissant, nommé Mithridate, et y fit un grand butin en argent, en bétail et en esclaves. Mithridate, pour se venger, rassembla un corps nombreux de cavalerie ; mais , surpris ifïlif lis'Jïïîfi,' îl fut vaincu et fciit prisonnier. Pour comble (rignominie, Aniléus le fit monter tout nu sur un âne et le promena longtemps ainsi, après quoi il eut encore l'audace de lui laisser la vie et de le renvoyer libre. Ce Mithridate était cependant le plus grand seigneur des Parthes, le gendre même du Vf^J Ef c'était au cœur de la monarchie , dans les provinces où la cour résidait, que se passaient ces révoltes impunies, ces affronts sanglapî^ à la majesté royale, ces guerres privées qui rap|>ellent nos temps féodaux ! On
An.VBES, rALMVHE.
voit bien que l'empire romain , si fortement discipliné ne pouvait être entamé par de tels ennemis ^