V. ISOLEMENT DES CITÉS
faire au gouverneur, à moins qu'il n'eût le goût de se mêler à tout, elle faisait de l'empire, au lieu d'une société homogène, une réunion de petites républiques dont un grand nombre vivaient à des conditions différentes. Enveloppées par l'administration impériale, ces cités resteront unies tant que cette force de cohésion durera ; quand elle se sera affaiblie et brisée, tous les liens sembleront rompus, et les barbares, malgré leur petit nombre, conquerront l'une après l'autre ces villes qui, n'ayant jamais mis en commun leurs intérêts ni leurs sentiments, n'y mettront pas davantage au moment décisif leurs ressources et leur courage.
Entre l'État et la commune, bien que celle-ci ne fût pas réduite aux insignifiantes proportions qu'elle a chez nous, il aurait fallu une division intermédiaire, une représentation politique de la province elle-même. Alors il se serait trouvé, au-dessous du gouvernement redouté qui siégeait à Rome, mais au-dessus des magistrats humbles et timides de chaciue cité, des hommes parlant au nom de la province, c'est-à-dire au nom d'un intérêt considérable et que le gouvernement eût été forcé de prendre en très-sérieuse considération. Ces assemblées, sans doute, eussent été quelquefois gênantes, mais on ne s'appuie sûrement que sur ce qui résiste. Elles eussent sauvé le pouvoir de ses propres excès. L'institution eût été bonne; était-elle possible?
Les anciens n'étaient pas si ignorants qu'on l'a dit du système représentatifs Si la race grecque n'a jamais voulu
l^jLflpuXiov crcdatv Tz^oriyJi-fiaoLy , Pausan., VII, 17, 4. Aussi Vespasien les replace sous l'autorité d'un gouverneur en disant qu'ils ont désappris la liberté. Id. , ibid.
1 . Sur les idées répandues chez les anciens , touchant un gouverne-
CONSTITUTION DBS LYCIENS. 203
sortir de ses petites cités* pour former un grand État, jamais non plus ses tribus n'oublièrent leur fraternelle origine, et, en signe de cette c<^Wwiûnauté iè'èang, elles eurent de certaines institutions nationales où la reHgion, les arts et le plaisir avaient plus de part , sans doute, que la politique, mais qui furent un lien entre les divers membres 4e la famille hellénique. Les amphictyons de Delphes ne fuient pas toujours réduits à régler les affaires du temple et les Lyciens avaient un parlement véritable : « Gens sages, dit Strabon, dont les vingt-trois cités envoient des députés à une assemblée qui se tient dans une ville désignée à l'avance. Les plus considérables de ces villes ont chacune trois voix, les moyennes deux, les attires une seule. Elles contribuent dans la même proportion aux dépenses publiques. L'assemblée commence par nommer un chef de la confédération; ensuite on procède à l'élection des Autres charges du corps lyciaque. On y nomme aussi les juges de tous les tribunaux. Autrefois on y délibérait encore sur la guerre, sur la paix et sur les aîlifitnces; maïs, aujourd'hui, cela ne peut se faire que du consentement des Romains, qui n'accordent un pareil droit qu'autant que les délibérations ont pour objet leur propre intérêt. Le nombre* des magistrats et des juges nommés par chaque ville est en raison du nombre des voix*. » ' «) 10
ment mixte et pondéré, voy. Cic, de Rep,, I, 46; Tac, IV, â3,et M. Villeniain, Disc, prélimin,, en tête de sa traduction de la Républ. de Cicéron.
1. On a compté en Grèce, sans les Iles, quatre-vingt-dix-neuf États distincts dont trente , sous les empereurs , étaient libres. Kuhn , Beitrage S. Verf. des Rôm. Reichs^ p. 125-129.
2. Sirab. , XIV, p. 665. La Carie était organisée de la même manière: « Les cantons qui ont le plus de bourgs ont aussi dans l'assemblée générale le plus de voix; leur association est connue sous le nom de Chrysaoreum. » M. , ibid. , p. 600. « S'il fallait donner un modèle d'une belle
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Le corps lybiaquc ne formait pas un exemple isolé. La Grèce, qui a été la grande école politique du monde, avait voulu, après avoir passé par tous les régimes, et comiTie pour ne pas laisser une seule épreuve qu'elle n'eût tentée, faire aussi l'essai du gouvernement représentatif. Commencée trop tard. et au milieu de circonstances contraires, cette expérience échoua. Cependant t'édlat que jeta la ligue achéenne sur les derniers jours de la Grèce valut à ce système une popularité durable. La conquête achevée et affermie, les Romains laissèrent leurs nouveaux sujets renouer l'un après l'autre ces liens qu'ils avaient d'abord soigneusement brisés. Partout les confédérations se reformèrent; et si, politiquement, ces ligues nouvelles n'eurent pas même l'ombre de la liberté, du moins en conservaientelles le souvenir, et la idéalité pouvait revenir un jour sous ces formes pour le moment mensongères*.
LaBithynie, la Cappadoce, l'Asie Pergaméenne eurent des assemblées générales qui se tefla^e^|si^cpessivementdans lésii principales villes de la province. César réunit à Tarse lés députés de toutes les villes de Gilicie^ Il est encore
république fédéralive, je prendrais la république de Lycie. >. Montesquieu. Espr, des lois^ IX, 3. Je urabrile derrière Montesquieu , car la Lycie finit mal (Dion, LX, 17, et Suét., Claud., 25), et on en a accusé ses institutions. Vay. aussi Strab., XIII, p. G3î, la tétrâpole de Plirygie; et Giuter, Tnscr., n" 2056, pour la pentapole formée par Odessus, Mesembria, Tomi, Istriani, Apolloiîie. ""i: q ' î'J
1. Les Ioniens des treize villes de l'Ionie (Eckliel , D. N., M , p. 508; et Strab. , XIV, 639) se réunissaient toujours au Panionium, les Achéens, à .*:giuni (Pausan. , Vil , 27) , les Béotiens à Coronée (Boeckli , Corp. insc, 1, p. 5 de l'introduction); la ligue des Phocidlens subsistait (Pausan., X, 5)i de même que le conseil ampliictyonîque (Id., tbid , 8). Adrien institua à Athènes , dans le Panhellenion , une assemblée de tous les Grecs (Muiler, jEginet., p. 157 et sqq. ; Bœckh , C. f . , ir 385; et Ahrens , de Àthen. statu).
t.'Cilicix eivitales oMeï'Tarsum evocat.... ibi rehus omnibus pro^ vinciée et ftnitimarum civitatum constîtutis.... Hirl., B. Alex^ 66.
£iS ORIENT ET EN OCCIDENT. 205
fait mention au Digeste des assemblées des Thraces et des Thessaliens^ au Code d'un sacerdoce général de la Syrie et de la Phénicie , djgyos ks, ioscriptiops et les médailles , d'un pontife suprême, âp/tépiuç, élu par la province entière, xotvôv \(ji(xç. j ub im>:3 '
Dans les régions occidentales le même usage fut souvent pratiqué par les Romains eux-mêmes. César CQTivo(|na ainsi en Espagne les députés de FUltérieure à Cordoue, et ceux de la Citérieure dans Tarragone-. En Gaole, il réu-
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1. Dig. , XXVII, tit. l , fr. 6, S 14 : Gentium prxstdatus .^ puta A,sù^ Bithyniœ, CappadocicT,... ante, cognoscendum de i /, quam de proprietate rei, D. Plus xû xoivw Be<y<râ>,wv mcripsit. Autre rescritdu méméî prince irpoç tô koivon Tôiv Opâxwv, Dig. , }^L1X, tit. I , fr. i, § >«. Cf. Tiie Live , XXXVI, 8; XLII, 38. Leur capitale élait Larisse. Imperator Alexander communi eorum qui in Bithynia sunt, Gtivcorum. Dig., ibid..^ fr. 25. Les prêtres des tewples communs, qui étaient aussi intendants des jeux sacrés dans les provinces, étaient élus chaque année, 'Aaiapyai et àp/tep£ï: , Strab. , XIV, 649. Cf. Bœck, Corp. imcript., n» 2741 ; Eckhel, D. ^u., 11 , p, 521. Ces fétcë se célébraient altcrnativTement dans lés ailles»! qui portaient le litre de raéifopoles , et où les iuficriptions et un granA»| nombre de médailles montrent un àp/iépsu; xr,; 'Affia; vaou... èv Kuîjîxto (Bœckh, n° 3662), £v IlY]pYà[x(o (n" 3410), £v IfxûpvY] (n" 3211). On voit dans Eckhel, I>. N., IV, p. 428 et sqq., sur des monnaies , xoivôv 'Aaîa; ,^ Beiôuvia:, KiXixiaç, Kpr,xà)v, KuTrpiojv, ra)aTÎaç, Maxeôôvwv, tI>oivtxr,; (III, p. 353), Iv»pvc»; {ibid. , p. 249). Voy. aussi Mionnel , Description des m<^. dailles^ t. i,,p. 231, 417. H est question au Code, V, 27, fn \yde Phceni^ ciarçhioi vel Syriarchin ; au Digeste, XXVll, i, ^,^ 14; de 'Aaiap>;<a , B'.6uvapxîa , KaTCTcaooxap/joi , d'un raXatâpyr,; (BœckU, D° 4014) , d'un Kpr.xipxT]; {ibid. , n" 2744}< d'un IIpvxoip/.Yi; {ibid,^ n" 4157), etc. Becker, 111, I, p. 270, identifie l'àpyispEu; et r'ATiâp/rj;. Le Digeste, L, tit. v, 8, lie parle en effet que d'iui seul sacerdoce dans les provinces. Ces assemblées provinciales étaient formées de <Tuv£5poi ou dépulés envoyés par chaque ville, comme nous l'avons vu pourla Lycie (voy. aussi Tite Live, XLV, 32), et qui délibéraient sur l'argent à fournir par chaque ciié,sur l'érectiou des temples ou celle de statues dressées en l'honnem" des gouverneurs romains (Tac.,ylH7i., XV, 20, et Dion , LVI, 25). — H y avait aussi à Rome des patroni provinciarum, ainsi les Marcellus pour la Sicile, les Caton pour Cypre. Cf. Orelli, n- 529, 3058, 3063, 3661.
2, Lps assemblées des ïurdétans, dit^trabon, Ul, 242v se tiennent danç la ville d'Asia,,,^.,!^ .a,,i'iili i