‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 169 sur 191 · V. LES USURIERS · texte numérisé non relu

V. LES USURIERS

zèle des patrons; prévoir de loin les éledions et gagner d'avance le futur élu. L'édilité menait à la préture, au consulat. C'était à qui s'attacherait les édiles en leur faisant, pour les jeux qu'ils devaient au peuple, les plus niagnitiques présents. La province d'Asie dépensait pour cela seul chaque année deux cent mille sesterces*; et quelquefois, afin d'ajouter aux plaisirs du peuple-roi, un gouverneur envoyait aux édiles ses amis, comme Pison à Clodius, six cents provinciaux pour combattre et mourir sous la dent des lions et des panthères *.

Ce n'était là que le malheur d'un pelit nombre ; l'usure pesait sur tous. Dans la Narbonaise, il ne se remuait pas un écu sans un citoyen romain; il ne circulait pas une pièce d'argent qui ne fut portée sur les livres des négociants dont la province était remplie; toutes les affaires étaient entre leurs mains ^ et ils avaient pour l'usure une si vieille expérience, qu'il n'y a pas à s'étonner si le taux légal était de 12 pour 100. Si l'intérêt, même quand le créancier était Brutus, montait à 48 pour 100*. Les Allobroges devaient à Fontéius, ou à ses prête-noms, trente millions de sesterces''; nous avons vu Apollonie donner deux cents talents pour ne pas payer ses dettes. Presque toutes les villes de la Carie étaient débitrices d'un certain Cluvius de Pouzzole; Salamine en Cypre, de Scaptius, prête-nom de Brutus. Ce Scaptius, pour se faire payer, se fit donner par le gouverneur le

l.Cic. à Quint., I, 1, 9.

2. Cic, in Pis., de prov. cons. Voyez dans les lettres de Cicéron les pressantes sollicitations de l'édile Celius, pour avoir des panthères de Cilicie. Fam., VUI, 9, et ailleurs.

Page 1