‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 181 sur 191 · VI. CARACTÈRE DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

VI. CARACTÈRE DE LA RÉVOLUTION

pour lui-même : il sera obligé d'agir comme s'il avait vaincu pour le monde, et de ménager, comme un bon propriétaire, cet empire devenu son domaine. Les ronces seront arrachées, les plantes parasites disparaîtront, et sur ce champ nivelé, la moisson, au grand profit de tous, croîtra pendant deux siècles plus serrée et plus belle. C'est de l'égalité , je le veux bien ; mais il me semble que c'est surtout du pouvoir. Jq vois l'aristocratie s'en aller; mais je ne vois pas la démocratie venir. Auguste passera son règne à mettre des distinctions dans la société romaine, à parquer chacun dans une classe , et à imposer à chaque classe un costume. Le droit romain sous l'empire ira se rapprochant chaque jour davantage de la loi naturelle ; mais il gardera des peines différentes pour les riches et pour les pauvres. Les empereurs s'appelleront la loi vivante, lex animata, et ils fouleront aux pieds le patriciat romain ; mais ils pousseront toutes les municipalités à une organisation aristocratique*, et cet empire, qui inaugure, dit-on, la démocratie, l'égalité, finira par l'immense hiérarchie de Constantin.

Au reste , il n'y a qu'à voir le rôle du peuple dans cette révolution pour comprendre qu'il ne pouvait en déterminer le caractère. Les deux triumvirats l'avaient depuis longtemps dépouillé de ses droits. Il n'en connaissait plus |es limites, à peine l'usage; car, pendant un quart de siècle, la souveraineté avait été transportée dans les camps, au prétoire des triumvirs, et sous la tente des soldats. Maintenant le Forum est désert et l'herbe croît là où ne se presse plus la foule; car, depuis Cicéron, qui donc est monté aux rostres , si ce n'est Antoine , pour en faire descendre une tyrannie nouvelle , quand le premier maître gisait encore

1. Dès le règne de Tibère dans les colonies et les «aunicipes, l'élection par les décurions remplaça l'élection par le peuple. Cf. mon opusc. de Ti' berio imperatore , p. 9, n. 1 .

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