Virgile, Eclog., IV
Magnus ah integro sœclorum nascitur ordo Jam redit etvirgo...., etc.
Ces pressentiments, ce vague et immense espoir qui naît avec l'enipiie ne se trouve pas seulement dans Virgile. Sénèque promet un nouveau monde :
Venient annis sxcula seris Quitus Oceanu» vincula rerum Laxet et ingem pateat tellusy Telhysque novos detegat orbes, Nec Hit terris uWma Thule.
.}fédée, V, 75-7».
BESOIN d'ordre ET DE PAIX, 243
« La terre, fatiguée de discordes civiles, accepta Augusie pour maître ; et les provinces saluèrent de leurs acclamations la chute d'un gouvernement débile qui ne savait réprimer ni ses magistrats avides, ni ses nobles insolents*. » Ces désordres , Auguste allait les arrêter, ces vœux des provinces les remplir, cette paix désirée la donner à tous * ; et il n'est resté si grand dans la mémoire des hommes , malgré son médiocre génie, que parce qu'il a répondu à l'attente universelle. Porté par le flot, il a suivi le courant, mais en dirigeant avec adresse, au milieu de« écueils, ce navire tant battu des orages, aux voiles déchirées, aux flancs entr'ouverts et qu'Horace voyait avec efl*roi retourner, avant Actium, au milieu des tempêtes **! Pilote prudent et timide, il craint la haute mer et les rivages inconnus : fortiter occupa portum ! 11 s'arrête au port où la vague berce doucement et endort l'équipage , aux chants mélodieux de ses poètes. Lui cependant il veille; et ce repos que le monde lui devra, il ne le connaîtra pas. L'Espagne, la
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1. Ann.f I, 2. On a vu plus haut Cicéron se plaindre du sénat qui laisse les provinces sans administration. Le jurisconsulte Pomponius dit aussi : « Per partes evenit, ut necesse esset reipublica per unum consuli : 7iam senalus non perinde omnes provincias probe gerere poterat; igitur conslituto principe. Dig., 1, lit. ii, fr. :z, S »«• Cf. Florus, IV, 3. Quod [imperii corpus].... nunquam coire....potuisset nisiy unius prx» sidii nutu quasi anima et mente regeretur. Voy. dans Philon , Légat, ad CaiuMy p. 1013, le cri de reconnaissance que jette l'écrivain en rappelant les bienfaits du gouvernement nouveau qui a remplacé le gouvernement de plusieurs par le gouvernement d'un seul , TcoXuapyja; âvi xvêepvyjXTQ iiajiaSou;.
2. OÙTOç ô, s'écrie Philon, xai toùç ©avepovç xal àçaveï; uoX£(j.ouç 5ià Tàç èx XridTàiv imbéane. àveXciv. Oûto; à ttjv 8â).aTTav tteipaxixwv ftèv cxafibôiv xevyjv èp-yadàix-evo;, çopTiôwv ôà TcXYjpaxraç. Leg. ad Cainm^ p. 1013 B, et plus loin , p. 1035 B, 6 t9iv eipirivyjv ôia^éa; Tcàv^ 4w ipîî xai ôaXâTT/jç àxpi.
3. Voyez la belle ode d'Horace, 1 , 14. « 0 navis réfèrent in mare.,..» Dion fait aussi dire à Mécène, LU, 16, t it6>i; i?iti.wv wcnreo ô/xà; \u^ilTi.,.i Xwpiç xv6epyV)TW «oXXàç ijon feveà; h x>u5wvi ïïoXXw çepofigvyi, etc.
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244 g VI. PRUDENCE ET RÉSERVE d'oCTAVE.
Gaule jl'Asie, toutes les provinces lej, verront tour à tour tracer des divisions nouvelles, ouvrir des roulqs, foiidep des villes, organiser raraiçe,.j[|Ç3fi^aiji,ces, l'administra^qn^ attaquer enfin et combattre, mais pour se défendre, et négocier, plutôt, de crainte que les esprits ne se réveillent au bruit des armes.
Tant de prudence n'était cependant pas nécessaire; car dans cette ruine du gouvernement républicain, il n'étail^ rest.^ debout du vie jl i(Ji|i|2^ rien d'assez grand m 4'ii$se:ç, fort qui pût être, sur la route nouvelle, un embarras sérieux. Ceux qu'on appelait les républicains étaient tombés sur les champs de bataille de PhajX;^^^ \^ de Thapsus et,4p Munda, Qu,jvaieqt péri avec Sextus. Le peu qui avaient survécu s'étaient, de désespoir, ralliés à Antoine; et ceux-là encore avaient partagé son sort, ^u,, renonçant à des espé-, rances trois fois détruites en vingt ans, avaient abaissé leur orgueil devant la clémence du vainqueur.
Mais les révolutions provoquent presque toujours des complots. L'épée. qu'on brise devient facilement un poignard, et quelques-uns de ceux que la victoire jette aux genoux du maître, n'y restent que pour mieux marquer la place où ils devront frapper. L'expédition d'Egypte n'était pas encore achevée , quand Marcus Lépidus, fils du triumvir et neveu de Brutus par Junie sa mère, complota d'assassiner Octave à son retouji; et, de jf tablir la république. Mécène, qui commandait aux gardes de la ville», démêla aisément les projets mal combinés du jeune imprudent; il épia ses menées avec une dissimulation profonde; il l'enlaça de liens inaperçus, puis tout à coup, sans bruit ni
t. Quum ferocîssimi per acies aut proscriptione cecidissent. Tac . Ann., 1,2. ♦• '
2. Urbis custodiis pr.vposHm (Vell. Pat., II, 88). Mais il n'était pas encore préfet de la ville.
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tumulte, il le saisit et étouffa* é'é' geimc de nouveaux trclublès. L*èpOui5C du coupable, Servilie, se donna héroïquement là mort, en avalant des charbons ardents. Sa mère , accusée d'avoir encourage ses desseins , fut traînée àii tebanal du consul, et l'on vit le vieux Lépide , pour sauver sa femme, venir se jeter lui-même aux pieds du juge. C'était un sénateur que le frère de Junie avait autrefois prosôrit ; il pouvait s'en souvenir ;4^ étft'le cœur assez haut pour être touclié de si 'grandes vicissitudes. Maintenant, d'ailleurs, on pardonnait. '*' *'
Cet attentat fut sous Auguste la seule et véritablement fa dernière protestation contre l'empire. Il y aura bien encore des complots, Cépion et Muréna* en fan 22 av. J. C, Égnatius Rufus, Plautius Rufus et L. Paulus, un peu plus tard ; enfin, en l'an 4 de notre ère, l^'ïVSp ^cM^tëGhm, et à diverses époques d'obscures tentatives d'assassinat; mais il est difficile de dire ce qu'il y avait, dans fàme dè^ ce^ hominéè,'d*ambîtî6n trompée, ou de noble et farouche inspiration, d'amour sincère de la liberté. A en juger par les anciens récits, ce n'était pas la part des généreux instincts' qui était la plils forte.
Décimé par vingt années de guerres et de déceptions, le parti républicain, pour le moment, n'existait plus, et du patriciat romaîn il ne restait' que des gei^J qui'*?(<iiy pensaient ce qu'Âsinius Pollion disait* à Octave, avant Actitim : « Je serai le butin du vainqueur. » < La république f s'^^crie tacite, mais qui donc îa vue? » Pour en relroùver une faible et dernière image, il fallait remonter à traver^^ les deux triumvirats et les fureurs de Clodius jusqu'aux pre-
1. C'est ce Muréna, ambitieux trompé, qu'Horace tâcha de ramener à déplu» sages conseils par sa belle ode, II, 10, où il lui vante le boiUieur de la médiocrité, VÀurea mediocritas,