VI. DÉDAIN POUK LES CHARGES
On refuse les honneurs, parce que les magistratures restaient onéreuses comme sous la république et n'offriront plus en compensation les profits que Verres y trouvait. On les refuse encore parce que le maître lui-même donne le ton delà modération et du désintéressement. Comme lui on affecte de vouloir se soustraire au fardeau des affaires publiques. Personne, écrit Dion Cassius , ne veut entrer au sénat, et les fils de sénateurs refusant les places de vigintivirs, qu'on leur réservait, il faudra ouvrir ces dignités aux membres de l'ordre équestre*. Mécène, Proculéius, son beau-frère, Salluste, autre ami d'Auguste, resteront Simples chevaliers ; Horace, tribun légionnaire à vingt ans, ne sera jamais que scribe du trésor.
Le repos et le plaisir, cette vie molle, élégante, doucement occupée de petites choses, que chantait si bien le poète de Tibur : phis de tribune, plus de luttes ardentes, plus de ces paroles qui étaient des poignards*; la paix, le silence; qu'un seul veille, agisse pour tous, à l'unique condition que les provinces, jadis le patrimoine de quelques familles, redeviendront par lui le patrimoine véritable du peuple romain, voilà maintenant le vœu général. Depuis quelques années, Octave l'entendait, et, aux signes de lassitude universelle , il avait compris que la violence avait fait son temps, que l'heure de la modération était venue. Cette intelligence fit sa force , car les hommes , même les plus grands, ne le deviennent qu'à la condition d'arriver à propos et de faire servir les circonstances à leur fortune. Après avoir été le chef des plus violents, Octave s'était fait peu à peu celui des modérés. On fait du triumvir et de l'empereur deux hommes différents. C'est le même. Octave n'était
|. Tac, Ânn., Ill, 30.
"5. Runis et sieis iis quas C. Gracehus se projedsse in forum dixit tjuibus digladiarenlur inter se cives. Cic, de leg,^ III, 9.
MODÉRATION d'OCTAVE. 251
pas cruel par nature, mais par position. Jeté avant vin^t ans au milieu des plus grandes affaires, sans que personne voulût le prendre au sérieux , il appela la sévérité sur son jeune visage, et sa main, à peine assez forte pour tenir une épée, signa fermement la liste des proscriptions. Alors il fallut bien croire à son énergie et à sa puissance et cesser de le traiter en enfant. Dans cette voie dcj sang, on ne s'arrête guère ; il s'arrêta cependant au moment où il eût peut-être tout perdu, s'il eût continué, de sorte quil eut le rare bonheur de suffire à deux époques différentes d'une révolution ; c'est qu'il eut toujours devant les yeux l'image de César étendu sanglant aux pieds de la statue de Pompée, pour avoir affiché trop haut son mépris des hommes et refusé de compter avec leurs faiblesses. Ce souvenir avait appris au fils de la grande victinie qu'on peut bien prendre impunément la [liberté publique, qui est le bien de tous, parce qu'il y a des temps où les passions des uns, Tindifférence des autres, la peur du plus grand nombre, font bon marché du précieux héritage , mais qu'il est prudent de respecter ce qui est plus cher à chacun, la vanité, l'amour propre et cette secrète fierté qui fait survivre l'homme au citoyen . César avait violemment saisi le pouvoir; Octave, à qui ces allures héroïques ne vont point , te déposera après l'avoir conquis, pour le recevoir modestement des mains débiles auxquelles il feindra de le remettre. H jouera jusqu'au bout ce rôle de désintéressement, se cachant derrière d'anciens titres et de vieilles institutions , d'où toute force est sortie, mais dont la forme subsiste, innovant le moins possible, garantissant le présent, mais ne préparant rien pour l'avenir; de sorte que l'empire, à l'exemple de son fondateur, vivra au jour le jour, sans souci du lendemain , c'est-à-dire au milieu de convulsions perpétuelles, giii ne troubleront pas nécessairement les provinces , mais qui feront du palais une arène sanglante.
s VI. :ilÉCÈNE Er AGUIPPA.
Octave s'était aidé et s'aidera' encore j^ïout de deux hommes dont le nom, par une justice peu ordinaire , est resté uni au sien, de Mécène et d'Agrij^pyC'était durant son séjour à Apollonie qu'il s'était lié avec eux ; et quoi qu'on ait dit de son esprit soupçonneux et cruel, dans ses diverses fortunes, il conserva toujours les deux amis^e sa jeunesse. Erpremier, Mécène, plus âgé que lui de quelques années, descendait d^une illustre famille d'Étrurie^ Mais, ministre d'un gouvernement qui n'allait tenir aucun compte de la naissance, il se moquait lui-même de sa noblesse, tout en laissant Horace chanter sans cesse son origine royale. Sa fortune le mettait dans l'ordre équestre ; jamais il ne voiitut ^'!*"^^^ honneur. Agrippa , à en éroire Suétone, n'était pas itilêriiè' chevalier ; mais il eut la faiblesse d'un autre grand ministre, celle de rougir de sa naissance. Si le dévouement de tels hommes e^t%onorabie pour celu^ l'inspirer,
hâtiJffi-hous de -dire que jamais amitié ne fut aussi plus utile. Pour conduire une négociation difficile, pour jeter la discord,e parmi des adversaires , où r^flier des mécontents,' pdtir endormir la' 'hàîhe ou raffermir les amitiés chancelantes, enfin pour connaître les hommes et savoir les conduire, nul n'égalait Mécène ; pour commander et combattre, nuJne valait Agrippa. Les traités de Brindes et de Tarenle, les mariages d'Octave avec Scribonia et d'Antoine avec Octavie, voilà les titres de Mécène; la soumission 'des Gaules, la défaite de'fexilik'iéfWVictôire d'Actium sont ceux d'A-
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