‹ État du monde romain vers le temps de la fondation de l'empire [microform]Chapitre 55 sur 191 · REGIME PARTICULIER DE L EGYPTE · texte numérisé non relu

REGIME PARTICULIER DE L EGYPTE

autres, niais un grand État dont toutes les parties avait»nt une vie semblable parce qu'il n'avait qu'une seule histoire, comme il n'avait qu'une même existence matérielle. De Syène à Péluse tout était commun, le bien et le mal, la disette et l'abondance, car le Nil était le même pour tous. De Péluse à Syène aussi, l'organisation politique était identique , car le* rois et les prêtres avaient étendu sur tous leur autorité absolue, comme le ileuvre recouvrait tout chaque année de ses eaux limoneuses.

L'Egypte n'avait donc que des divisions artij^cielles etpur rement administratives ^ dont on ne pourrait tetrouvër sur le sol la trace et la nécessité. Aussi cette savante hiérarchie, que nous avons vu Rome établir dans ses provinces, sera ici, à deux ou trois exôeptlôm prèè, impossible, et il faudra laisser cette population de sept millions d'âmes former un tout homogène. Ceci explique le régime particulier auquel l'Egypte fut soumise. Pourtant, en réalité, i! n'y avait rieii à craindre d'un peuple brisé par vingt siècles d'obéissance

Il 1 1

1. Il y avait toujours, sous trois chefs romains (Letronnc, Recherch. etc., p.275, et iïec.,ll,p. 141), les trois épistralégies delà haute, de lauioyeune et de la basse Egypte, chacune partagées en nomes; les nomes étaient divisés en loparchies cl les toparchics en x&i|j.ai et en totcoi (Strab., XVII , 787). L'épistrnlése de la Thébaïde portail le lilre d'àpagâpy-n; fl.elronne, Rec, U n" 380) et veillait sur la roule de Bérénice à Coplos (f d., ibid.^ p. 52). Une inscription du temps des IHolémécs donne même à ce fonctionnaire le titre de arpatriyô; t^ç 'IvStv.^ç xai 'EpuOpà; eaXà(T<ni;, Boeckh, inscr. n" 47^1. Chacun des 55 nomes (Franz, ad. Bœckh, 111 , p. 283 et 285), était administré par un arpairiyoç ou vojiàpyr,; indigène, nommé pour trois ans par le préfet, et qui veillait à la police et à l'exécution des édits, rendait la justice et levait l'Impôt. Les Alexandrins pouvaient refuser cette charge {Edit de Tib. Alex, ligne 34, 35). Les xwfxai et les tôttoi avaient aussi leurs magistrais (Letronne, flec. II, 4(55)), qui gardaient les documents propres à faire reconnaître après l'inondation les limites des propriétés. Sur l'administration de TÉgypte, sous les Romains, voy. surtout Strabon, XVn, p. 798 et sqq., l'édit de Tibère Alexandre, ap. Boeckh, Inscr^^ If iêht, que Rudorff a commenté dans le Rhein. Muséum, 1828, p. G4- 84, et les deux importants ouvrages de M. Letroune,

§ I. MOLLESSE DES UÂBlTAxNTS.

à Uii souveriiement théocratique , et auquel les Grecs \\ vaient pu inoculer leur turbulente activité. i ,.^j,^ j.j

Polybe rend aux Égyptiens ce témoignage accepté pa^r Strabon qui les connaissait bien, qu'ils étaient intelligents et soumis aux lois*. Peu leur importait en effet le ncçijn dp leur maître, pourvu que le Nil montât, au jour fixé, pardessus ses rives , que leurs animaux sacrés ne niourussBut pas trop souvent et que Sérapis continuât dans Canope s^ guérisons merveilleuses. Yoyez-les aux fêtes nom)3reMses de Pan, de Sérapis et de leurs mille divinités; jour .et puit les oarqUes couvrent le neuve ou les canaux , et la rive re;tenlit de chants obscènes et de danses honteuses. D'xVlexandrie à Canope la route a cent vingt stades, elle n'est plus qu'une longue rue , bruyante et folle -.

Yoilà leur grande affaire. Le plaisir est leur dieu véritable, leur seul culte; mais Rome n'entend pas le leur ôter. Pourquoi donc se laisseraient-ils saisir d'un nouvel accès de fierté, plutôt grecque d'ailleurs qu'égyptienne , et iraient-ils recommencer la guerre d'Alex.andrie ? Si la crue du fleuve n'est pas assez forte et que la famine menace, n fimpôt est trop lourd, ils pourront bien murmurer, faire, une émeute; mais la vue de quelques soldats armés dissipera la plus formidable révolte. Toute la Thébaïde soulevée

tremblera devant deux ou trois cohortes, et Pétrone n'aura

f;i.,j»ii.| fit

1. Polybe, XXXIV, 14, ap. Strab., XVII, p. 798. 'OEù xai^ioXmitQ^. J'ai traduit ô^j comme M. Lctronne, voy. ses raisons aux notes ad Strab., t. y, p. 797. I^ passage de Tacite lascivia discordem ac mobilem, insciam legum, ignaram magistratuum {Hist., ], tl), ne doit s'appliquer qu'à Alexandrie, de même que ceux qu'on trouve dans César, jB. ^.,I, 1» 3, et Juvénal, XV. Mais vingt siècles de despotisme les avaient reiwiAiS fourl>es, r^^ipants et superstitieux à l'excè^i^f* .4^Ueii„ Var. UisP^^yil^^.^y^l Anmi. Marcell., XXll, 16, 2;i. ( ;

î. Strabon, XXU,p. 801. Ritterdit, Hl, p. 152: le nombre d'Égyplieiw, hommes et femmes réunis sur ces légères eiiitorcatioiis s'élevait quelquefois jusqu'à sept cent mille.

DEGRADATION Dl- CULTE.

besoin que de sa garde prétorienne pour braver la colère deciiaînéè de Tinmiense peuple d'Alexandrie \ Non, que la vie leur soit facile et douce , et ils passeront en face des

mâ^jestueux monuments élevés par leurs pères sans se sou-

venir qu ils ont été jadis un grand peuple. Les plus savants d'entré eux ne savent même plus lii^e les inscriptions qui rà'éôntèrit là vîeilfe gloire de leurs Pharaons ^ et ces prêtres d'iléliopolis , de Thèbes et de Memphis dont Pythagore, Hérodote et Platon interrogeaient avec respect la science profoncie, ne sont plus que de pieux bateleurs qui ,out perdu le grand sens des choses. Qu un voyageur, curieux de voir de près ce peuple étrange , arrive à Memphis, et ils ne lui expliqueront pas le cours des astres , la mesure du ciel et de la terre ou les secrets de la création , mais ils le conduiront au temple d'Apis. Si l'heure est venue, du sanctuaire, sort un bœuf, à ta l'ôBe noïre, tachetée de blanc: on le lâche dans le pronaos , on lui fait faire quelques sauts, puis on le ramène à son étable; voila le dieu et les docr trines. En voici un autre : c'est le crocodile d'Ârsinoé ;

mais laissons parler un témoin oculaire : « Notre hôte, personne de considération dans le pays, vint avec nous au, lac, apportant de noire desserte, un petit gâteau, de la viande cuite et un flacon d'hydromel : nous trouvâmes ranimai sacré sur le bord du lac. Les prêtres le saisirent, et leS uns lui tinrent la gueule ouverte, tandis qu'un autre lui jeta le gâteau, puis la viande, et enfin y versa l'hydromel. Alors

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1. Il n'y eut jamais de troupes indigènes en Egypte. Rohiou, ÉgypHre- ^Mf»i, Strabon,!. XVU , accuse les Égyptiens d'être, malgré leur nombre, impropres à la gueri"e. \

t. Le troisième g^ouvern eu r, Gallus, lorsqu'il visita l'I^gypte, ne trouva p{M' irh homme capable de lui en expliquer k*s mystères. Strab., XVII p. SOC. Cependant Uosellini, Mon. slor., H, p. 4;>5, veut que Tusagr» deé hiérogilyphes se f*oil conservé au moins jusqu'à Caracalla et M. Letronne peut-être jusqu'au sixif-me siècle^ ,/<w«ni al des Samnis^ |«4^, p. 4(î4.

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le crocodile sauta dans le lac et passa rapiileniont s«r la ri vu é)>posée. Un nouvel étranger survenant avec son offràtidt', les prêtres la prirent, coururent autour dû lac rejoindre le crocodile, et, après l'avoir atteint, lui firent prendre de la même manière ce qu'on avait apporté'. »

Autrefois il y avait deux doctrines, deux religions; il n'y a plus maintenant qu'un fétichisme grossier dont le cérénianial et la ïitûr^e sont ces orgies qile l'Orient mêle si souvent à la dévotion populaire^ Cependant, quelque dépravée que fût rÉgypte, elle résistait seule, dans tout l'Orient, à rinfluence hellénique. Comme ses indestructibles monuments, sur lesquels tout passe en vain, la forte science de ses anciens prêtres perçait à travers l'enveloppe nouvelle qui recouvrait la vieille société, et Strabon' nous morttre les Grecs se faisant traduire les livres de l'Egypte et de la Chaldée pour exploiter, sans en rien dire, ces trésors enfouis. Alexandrie, où Marc Antoine venait de transporter deux cent mille volumes enlevés à Pergame\ était le grand atelier des traductions et des commentaires^ Mais ce tnivail, cet accouplement de deux civilisations si différentes, se faisait sur d'autres points encore : àMemphis, la plus grande ville du royaume après la capitale, comme elle peuplée de gens de toutes nations, et qui donnait aux adorateurs du bœuf Apis l'étrange spectacle de combats de

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