LES SCYTHES
« Les Scythes, dit Hérodote, reconnaissent plusieurs dieux, mais n'élèvent de temples et d'autels qu'au seul Mars. Ce temple est ainsi construit : on entasse des fagots de menu bois et on en fait une pile de trois stades en longueur ei en largeur, mais moins haute; sur cette pile, on pratique une espèce de plate-forme carrée dont trois côtés sont inaccessibles, le quatrième va en pente de manière qu*on puisse y monter; on y jette tous les ans cinquante charretées de menu bois pour réparer l'affaissement produit par les injures des saisons. Au haut de celte pile, chaque nation scythe plante un vieux cimeterre de fer, qui leur tient lieu de simulacre de Mars. Us oflient tous les ans à ce cimeterre des sacrifices de chevaut ©t d'autres animaux, et lui immolent plus de victimes qu'au reste des dieux. Us lui sacrifient aussi le centième de tous les prisonniers, mais non de la même manière que les animaut : ils font d'abord des libâtions avec du vin sur la télé de ces victimes humaines, les égorgent ensuite sur un vase, portent ce vase au haut de la pile et en répandent le sang sur le cimeterre; pendant qu'on porte ce sang au haut de la pile, ceux qui sont au bas coupent le bras droit avec l'épaule a tous ceux qu'ils ont immolés et les jettent en l'air. Après avoir achevé le sacrifice de toutes les autres victimes, ils se retirent; le bras reste où il tombe et le corps demeure étendu dans un autre endroit.
Le dernier afliruie, sans donner, il est vrai, de preuves à l'appui de celle assertion, qu'aucune tribu turque ou mongole n'a émigré à l'ouest de l'Asie centrale, si ce n'est bien longtemps après Hérodote. On retrouve encore aujourd'hui dans la pouipe funèbre des grands chefs mongols des coutumes qui rai)pellent celles qu'Hérodote a décrites chez les Scythes. H est vrai que les tribus les plus diflérenles et les plus éloignées ont souvent les mêmes coutumes. Cette ressemblance ne suffit donc pas pour prou\er l'identité d'origine, qui peut éue montrée seulement par l'ideuliié des idiomes. Malheureusement il ne nous reste rien de la langue scylhique, si ce n'est quelques mots qui tendent à combattre 1 hypothèse de l'origine indo-européenne. La question est donc en réalité encore douteuse.
Il M
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« Quant à la guerre, voici les usages qu'ils observent, l'iï Scythe boit du sang du premier homme qu'il renN-eise, coïipcla tête à tous ceux qu'il tue dans les combats et la porte au roi. Quand il lui a présenté la tête d'un ennemi, il a part à tout le butin ; sans cela il en serait privé. Pour écorcher une tête, le Scythe fait d'abord une incision à l'entour des oreilles, et, la prenant par le haut, il en arrache la peau en la secouant ; il pétrit ensuite cette peau entre ses mains, après en avoir enlevé toute la chair avec une côte de bœuf, et, quand il l'a bien amollie, il s'en sert comme d'un linge; il la suspend à la bride du cheval qu'il monte et s'en fait honneur, car plus un Scythe peut avoir de ces sortes de peaux, plus il est estimé vaillant et courageux. Il s'en trouve beaucoup qui cousent ensemble des peaux humaines comme des capes de berger et qui s'en t'ont des vêtements. Plusieurs aussi écorchent jusqu'aux ongles inclusivement la main droite des ennemis qu'ils ont tués et en font des couvercles à leurs carquois. La peau d'homme est en effet épaisse, et, de toutes les peaux, c'est presque la plus brillante par sa blancheur. D'autres, enfin, écorchent des hommes depuis les pieds jusqu'à la tête, el, lorsqu'ils ont étendu leurs peaux sur des morceaux de bois, ils les portent sur leurs chevaux.
« Les Scythes n'emploient pas à l'usage que je vais dire toutes sortes de têtes inditïëremmenl , mais celles de leurs plus grands ennemis. Ils scient le crâne au-dessous des sourcils et le nettoient; les pauvres se contentent de le revêtir par dehors d'un morceau de cuir de bœuf sans apprêt; les riches, non-seulement le couvrent d'un morceau de peau de bœuf, mais ils le dorent aussi en dedans; tous, tant les pauvres que les riches, s'en servent comme d'une coupe k boire. Us font la même chose des têles de leurs proches, si, après avoir eu quelque querelle ensemble, ils ont remporté sur eux la victoire en présence du roi. S'il vient chez
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eux quelque étranger dont ils fassent cas, ils lui présentent ces têtes, lui content comment ceux à qui elles appartenaient les onl. attaqués, quoiqu'ils fussent leurs parents, et comment ils les ont vaincus.
« Chaque gouvc^rneur donne tous les ans un festin où l'on sert du vin avec de, l'eau cjaais un cratè^'e. Tous ceux ([ui ont tué des ennemis boivent de ce vift;,jceux qui n'en ont pas tué n'en goûtent point. Ils sont honteusement assis à part et c'est pour eux une grande ignominie. Tous ceux qui ont tué un grand nombi'e d'ennemis boiven|j^§ |||^#ç temps dans doux coupes jointes ensemble.
« Lorsque |ei> Scythes font un trait^, Us versent du vin dans une grande coupe de terre, et les contractants «y ijiettent de leur sang en se faisant de légères incisions au corps avec une épée; après quoi Us trenjppnt, dans cette coupe un cimeterre, des flèches, une hache et un javelot. Ces cérémonies achevées, ils prononcent une longue formule de prières et boiveat ^l)^*^^^^ ""^ partie de ce qui est dans la coupe, et, après eux, les personnes les plus distinguées de leur suite.
u Quand le roi vieqt à mourir, ils enduisent le corps de cire, lui fendent le ventre, et, après Favoir rempli de souchet broyé, de parfums, de graine d'ache et d'anis, ils le recousent. On porte le corps à travers toutes les provinces; les habitants témoignent leur douleur en suivant le convoi d'une province à l'autre et en se faisant à eux-mêmes de cruelles incisions. Quand il est arrivé dans le pays des Gerrhes, on le place, au lieu de sa sépulture, sur un lit de verdure et de feuilles entassées. Autour de lui on met, après les avoir étranglés, une de &e§ femmes, son échanson, son cuisinier, son écuyer, son ministre, un d^pfi serviteurs, un de ses chevaux et les prémices de toutes les choses à son usage. Cela fajt , on çf^ve, .sur le lieu.de sa sépulture,
un tertre très-haut. L'année révolue, ils prennent encore
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cinquante jeunes Scythes des serviteurs du roi, les étranglent avec pareil nombre de ses plus beaux chevaux, leur ôtent les entrailles et mettent de la paille à la place. Ils font subir aux chevaux la même opération et les disposent sur des pieux autour du tombeau royal , avec un mors et une bride. Puis ils prennent les cinquante jeunes gens qu'ils ont étranglés, les placent chacun sur un cheval après leur avoir fait passer, le long de l'épine du dos jusqu'au cou, une perche dont l'extrémité inférieure s'emboîte dans le pieu qui traverse le cheval. Lorsqu'ils ont arrangé ces cinquante cavaliers autour du tombeau, ils se retirent.
« Voici un usage qui s'observe chez les Issédons. Quand un Issédon a perdu son père, tous ses parents lui amènent du bétail ; ils l'égorgent, et, l'ayant coupé par morceaux, ils coupent de même le cadavre du père de celui qui les reçoit dans sa maison , et , mêlant toutes les chairs ensemble, ils en font un festin. Quant à la tête, ils en ôtent les cheveux et, après l'avoir parfaitement nettoyée, ils la dorent et s'en servent comme d'un vase précieux dans les sacrifices solennels qu'ils offrent tous les ans. »
Ces tribus qui avaient échappé à toutes les dominations semblaient indomptables. « De tous les peuples que nous connaissons, dit Hérodote, les Scythes sont ceux qui ont trouvé le moyen le plus sûr de garder leur liberté , c'est de ne pas se laisser joindre, quand ils ne veulent pas rêtre\ » k l'est du Tanaïs habitaient les Sarmates, qui devaient hériter quelque temps de la puissance des Scythes et être