Hænel, Deutsches Staatsrecht, I, $16, p. 114 sq
pour lui-même comme pour les individus et les collectivités,non souveraines.
La souveraineté n’est donc pas l’omnipotence. La puissance de l'Etat n’est pas illimitée ; en théorie comme en fait elle se trouve soumise à certaines restrictions. Quant à la détermination de ces restrictions, c’est là une question qui rentre dans le domaine de la philosophie du droit. Qu'il me suffise de dire ici que pour la résoudre, il faut faire intervenir la notion de but. Tout être organisé a un but, et c’est l’examen de ce but qui indique l’étendue des droits et des moyens qui doivent lui appartenir : ce sont ceux dont la possession lui est nécessaire pour la réalisation de son but, — et qui indique aussi par là même indirectement ceux auxquels il n’a pas droit : ce sont ceux qui ne peuvent lui être d’aucune utilité pour la réalisaton de ce but. Or l’Etat, en sa qualité de forme suprême de l’organisation humaine, a un double devoir : « il est et. veut être la garantie suprême de cette condition essentielle de toute organisation et de tout effort humain collectif, qui est le droit ; puis il veut être lui-même un élément direct du développement de la nation » (r).
Telkest le but de l'Etat, la mission qu'il est appelé à remplir vis à vis des individus et des collectivités non souveraines. L’on peut en un certain sens qualifier ce but de suprême, d’universel (2) ; mais si l’on se sert de ces expressions il faut en préciser le sens avec soin, car elles prêtent à de graves confusions. De même que la puissance suprême n’est pas, on l’a vu, une puissance absolue et exclusive, de même le but suprême, universel, n’est pas un but exclusif et illimité, mais seulement le but le plus élevé, celui qui domine tous les autres. IT est universel, « non pas en ce sens que l'Etat puisse se charger