‹ État Fédéral et Confédération d'ÉtatsChapitre 18 sur 311 · LT GR · texte numérisé non relu

LT GR

Des auteurs qui ont beaucoup étudié cette question estiment, au contraire, avec raison, semble-t-il, que toutes ces différences ont été fortement exagérées. C’est notamment l’avis de M. Marcel Dubois, dans son étude sur ‘les ligues étolienne et achéenne. Il fait remarquer que les différences topographiques entre les régions où se trouvaient situés les divers peuples étoliens et achéens sont loin d’être aussi considérables qu’on l’a prétendu, qu’on ne peut par conséquent y voir le motif de la différence qu’on croit relever dans le traitement des membres de deux ligues; et il montre, qu’en fait, cette situation était à très peu de chose près la même dans les deux confédérations. Ni en Etolie ni en Achaïe, il n’y avait absolue égalité entre tous les membres de la ligue ; mais en revanche, il n’y avait nulle part non plus domination exclusive d’un seul peuple. Même en Etolie, la plupart des villes conservent leurs libertés municipales et leurs magistrats locaux, la plupartont l’exercice de la souveraineté sur leur territoire. Il existe certes des magistrats fédéraux chargés de veiller à l’exécution des obligations envers la communauté ; mais c’est là une mesure de précaution toute naturelle, et l’on en trouve également dans la ligue achéenne. La véritable différence entre ces deux ligues est une différence toute de fait : c’est que la ligue étolienne a été vraiment libre et puissante (1), tandis que la ligue achéenne n’a guère fait

1. Ce qui fait la véritable force de la ligue, c’est la possession de Delphes. Cette possession donne à la ligue le patronage du temple et de lassemblée ou conseil amphictionique. Dans le conseil, sur 17 voix, on en comple 5-aux Etoliens, 2 aux Delphiens, 2 aux Phocidiens, 1 aux Locriens, contre 1 aux Béotiens, 1 aux Athéniens, 1 aux Epidauriens, elc. Les Etoliens ne sont donc pas les maîtres à eux tout seuls, mais ils le sont si on ajoute à leurs voix celles de leurs alliés de Delphes et de Phocide. Ils en profitent pour utiliser à leur avantage l’autorité attachée aux décisions du conseil amphictionique et aux oracles de la Pythie (Cf. supra, p.20 et n. 3).

Le Fur 3

= M = que passer d’un protectorat à un autre, de la domination macédonienne à celle de Rome. Mais il est faux de les représenter comme deux rivales séparées par une hostilité permanente provenant de principes politiques différents.

En tout cas, au point de vue des institutions et des organes fédératifs, il existe entre ces deux ligues une série de ressemblances frappantes. En Etolie comme en Achaïe, il y a à la fois des assemblées ordinaires et des assemblées extraordinaires. L’assemblée ordinaire (ravurwhtméy) se réunit annuellement, sans convocation, d’abord à Thermos, puis à Naupacte. La compétence s’étend aux questions de tout genre, et seule elle peut déclarer la guerre et conclure la paix (1). Les assemblées extraordinaires, assez rares d’ailleurs, se réunissent dans une des principales villes d’Etolie ; une convocation spéciale était nécessaire, et les délibérations ne pouvaient porter que sur les points indiqués dans les lettres de convocation.

Le Congrès étolien est composé à peu près comme celui des Achéens. Il comprend : le conseil permanent de la ligue, formé par la réunion du stratège, président, de l’hipparque, du secrétaire d'Etat et des apoclètes; le Sénat ; le peuple des villes confédérées.

Le Sénat étolien correspond à la feux achéenne. Ce Sénat, comme en Achaïe, constitue la véritable représentation nationale, bien plus que le peuple présent au Con-

1. C'est là une différence avec la ligue achéenne, où ces questions peuvent aussi être traitées dans des assemblées extraordinaires. La règle énoncée au texte n’était d’ailleurs pas absolue : certaines assemblées extraordinaires, tenues dans une ville voisine des Thermopyles, Heracleia par exemple, ont, en même temps qu'un nom spécial (Pylaicum consilium : Tite-Live, XXXI, 32, 3), certaines prérogatives, notamment celle de pouvoir s'occuper des questions de paix et de guerre, comme les assemblées ordinaires.

grès. La preuve en est que souvent, dans des circonstances trop pressantes pour qu’on ait le temps de convoquer une assemblée extraordinaire, si la décision à prendre est trop grave pour que le conseil des apoclètes veuille en assumer la responsabilité, le stratège convoque les seuls représentants des villes, qui décident (1).

Les magistrats fédéraux étoliens correspondent également à ceux de l’Achaïe. Ce sont un stratège, quelques autres magistrats sous les ordres du stratège (Atpparque ; Ypauureus, sorte de secrétaire d'Etat), enfin le conseil des apoclètes, présidé par le stratège et ayant à peu près les mêmes attributions que les démiurges achéens.

La réparütion des attributions entre le Congrès et les magistrats fédéraux a lieu suivant les mêmes principes que dans la ligue Achéenne. Au Congrès appartient la haute direction des relations diplomatiques ; il nomme les ambassadeurs chargés de représenter la ligue à l’étranger, et reçoit les princes et ambassadeurs étrangers qui viennent lui exposer leurs demandes. Il veille aussi à ce que les divers membres de la ligue remplissent leurs obligations, et il intervient même quelquefois dans l’administration intérieure des Etats confédérés.

Le stratège est le chef de l’armée fédérale ; mais là ne se bornent pas ses attributions. Il est chargé d'introduire devant le Congrès les ambassadeurs et princes étrangers ; souvent on lui confie la direction d’une ambassade

1. Ainsi, après la prise d'Heracleia par les Romains (192 a. C.), ce n’est pas devant le Congrès, comme d'ordinaire, que sont reçus les ambassadeurs étrangers, mais bien devant le Sénat, et c’est lui qui décide que la ligue fera sa soumission aux Romains. Ilest vrai que la décision ne se présente pas sous forme de décret, comme cela a lieu pour les résolutions du Congrès ; c’est une sorte de jugement que rend là le Sénat ; mais il le rend au nom des Etoliens, non en son nom propre :

némpirar rois Aîrwdoïc.

D 46 à l’étranger ; il peut même, en certains cas, engager des négociations de son chef, mais alors sauf à en référer au conseil des apoclètes (1). Enfin, il préside ce conseil des apoclètes. Il a encore de ce chef des pouvoirs étendus, car en dehors des sessions du Congrès ce sont les apoclètes qui sont investis du gouvernement, reçoivent les ambassadeurs étrangers, et donnent des instructions aux ambassadeurs nommés par le Congrès.

L’analogie entre les deux ligues achéenne et étolienne se continue lorsqu'on les envisage au point de vue des rapports entre le pouvoir central et les membres de la ligue. Il existe certes quelques différences entre les deux ligues au point de vue de la situation qu’occupaient dans chacune d'elles les cités confédérées et de la manière dont s’effectuait ordinairement leur accession à la ligue. On peut dire d’une manière générale que lenombre d’adhésions forcées intervenant à la suite d’une querre fut plus grand pour la ligue étolienne que pour la ligue achéenne (2); puis le régime auquel étaient soumis les

Page 1