CONFÉDÉRATIONS DE L'ITALIE ANCIENNE
L'élément fédératif a joué dans l'Italie ancienne un rôle beaucoup moins important qu’en Grèce. D’une part, là comme en Grèce, l'esprit municipal poussé à ses dernières limites s’oppose au début à la formation de toute véritable confédération ; d’autre part, la constitution physique du pays se prête mieux à l’établissement d’une souveraineté unique : c’est là en effet l’état de choses qui devait se réaliser assez rapidement au profit de Rome ; et dès lors, bien entendu, la domination romaine, exclusive et unitaire, exclut toute idée de confédération (1).
1. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Sainte-Croix, dans son étude sur les anciens gouvernements fédératifs, indique deux projets de confédération attribués à l’un des Tarquins et à Servius Tullius, qui avaient conçu le projet de rassembler tous les peuples latins en une ligue unique. Rome eût été à la tête de cette ligue, il est vrai, et cette confédération eût ressemblé plutôt aux ligues grecques étudiées dans le chapitre précédent qu'aux Etats fédératifs modernes ; mais enfin ce n'eût pas été là, au moins momentanément, la domination absolue et exclusive que Rome devait exercer dans la suite,
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I. — Confédération étrusque. — Dans l’ancienne Italie, les cités étrusques furent les seules qui réussirent à se constituer en confédération véritable (1). Il est aujourd’hui prouvé qu'il n’a jamais existé d'Etat étrusque proprement dit, mais tout au plus une confédération de cités autonomes. Les Etrusques eurent d'abord une espèce d’Amphictionie au temple de Voltumna (Fanum Voltumnæ), à Volsinies, où se réunissaient les députés des différentes villes. Les attributions de ces assemblées, comme celle des Amphictions en Grèce, étaient surtout des attributions religieuses. Cependant il semble qu’elles s’étendirent peu à peu, et que la ligue finit par former une véritable confédération : si bien même que cette confédération en arriva à donner ombrage aux peuples voisins, qui réussirent à la faire dissoudre. Elle se reconstitua dans la suite, mais l’on ne connaît exactement ni le nom ni le nombre des villes confédérées (2). Chacune de ces villes était la capitale d’un canton appelé /ucumonte. Les cantons étaient eux-mêmes divisés en tribus, ayant chacune leur chef particulier. À l’époque légendaire, ces cités éta:ent gouvernées par des rois. Plus tard, vers le vi* siècle nous les voyons soumises à un gouvernement aristocratique. Les
1. Il est remarquable que les deux projets. de confédération romaine dont je parlais à la note précédente, ont eu pour auteurs Tarquin et Servius Tullius : or les Tarquins étaient d’origine étrusque, et Servius Tullius était un aventurier toscan.
2. Certains auteurs en ont compté jusqu’à dix-huit. Aujourd’hui ons’accorde généralement à n’en compter que douze (nombre très probable si l’on tient compte des idées religieuses sous l'influence desquelles s’était formée la confédération), car les textes parlent toujours de la ligue des douze cilés, sauf sous l'Empire où on dira la ligue des quinze cités. L'on s’entend encore moins sur les noms de ces villes que sur leur nombre. D’après Sainte-Croix ces douze cités seraient : Véies, Tarquinies, Faléries, Velulonia, Populonium, Corythus, devenue plus tard Cortone, Volsinies, Cære, Clusium, Pérouse, Fæsulæ, Arretium.
LD clans dirigeants forment l’oligarchie sacerdotale des Zucumons où Lauchme. Du temps où les cités étrusques étaient gouvernées par des rois, c’est dans cette oligarchie des Lucumons qu’ils étaient choisis; ce fut toujours parmi eux qu’on continua à choisir les magistrats annuels qui remplacèrent les rois. L’un de ces magistrats était chef suprême de la Confédération ; il portait le titre de /ars où larth. Certains auteurs pensent qu’il était nommé à vie. En temps de guerre il avait un pouvoir presqu’absolu ; en temps de paix, c'était le premier magistrat de l’union, et il devait notamment s’efforcer de maintenir toujours l’harmonie entre ses divers membres (1).
Ce magistrat n’était pas le seul organe du pouvoir central dans la confédération étrusque. Il existait aussi une sorte de diète nationale qui s’assemblait au temple de Voltumna lorsqu'une des lucumonies le requérait. Cette assemblée veillait au maintien de l’union entre les diverses villes confédérées, et aussi à ce que chacune d'elles conservât sa liberté au point de vue tant intérieur qu’extérieur : c’est ainsi que l’on voit la diète refuser tout secours aux Véiens tant qu’ils seront sous un roi particulier. Cette diète avait le droit de déclarer la querre et de conclure la paix, et nulle cité ne pouvait, en théorie du moins, se soustraire à l’exécution de ses décisions. Lors-
1. 11 semble d’ailleurs qu’à certains moments ce chef suprême a été précisément l’ennemi le plus dangereux de la confédération, ou tout au moins de la liberté de ses membres. Aussi prenait-on des précautions contre lui ; on le forçait notamment avant son entrée en fonctions à prendre certains engagements solennels : c’est ainsi que l’on voit l’un des Tarquins, sollicitant cette charge, promettre de ne condamner personne au bannissement ni à la mort, de ne pas imposer de taxes arbitraires, de ne pas envoyer de troupes en garnison dans les cités confédérées, et enfin de conserver à chacune d'elles sa forme de gouverne’nent (Sainte-Croix, Des anciens gouvernements fédératifs, p. 253 sq.)
MD — que la diète avait déclaré la guerre et qu’une des cités refusait de prendre les armes, cette cité pouvait être exclue de la confédération.
De même, une fois la guerre déclarée, nulle cité ne pouvait déposer les armes avant la fin de la guerre : nous voyons à un certain moment Véies attaquée, conjurer les autres cités étrusques de la secourir, au nom de l’amitié et de la consanguinité qui les unissait; mais ces villes répondent aux Véiens qu’ils ont conclu, sans l’assentiment général, une paix particulière, et qu’on ne les secourra qu’à la condition qu’ils rompent immédiatement ce traité (1).
Il fallait sans doute, sinon l’unanimité, en tout cas une forte majorité de suffrages pour trancher les questions de paix et de querre. Il est un cas où l’on voit les cités confédérées refuser d'intervenir en faveur de Véies, malgré la demande de deux cités, sous prétexte que Véies avait auparavant formé opposition à une mesure de ce genre.
Cette ligue des douze cités n’a joué d’ailleurs à peu près aucun rôle dans l’histoire. Elle était destinée à décliner peu à peu à mesure que Rome allait progresser. Fidèle à ses principes, Rome semait la division entre les divers membres de la Confédération pour pouvoir venir plus facilement à bout de chacune des cités prise séparément. Elle devait réussir à atteindre son but. À partir d’une certaine époque on voit l’union constamment prête à se rompre, etles membres agir sans cesse indépendamment les uns des autres. Enfin, après une lonque suite de revers entremêlés de quelques rares succès, les Etrusques succombèrent. Ce furent les deux cités de Volsinies et de Volci qui prolongèrent le plus la résistance, mais en 280 a. C. toute l’Etrurie était soumise à Rome (1).