USAGE DES ARMES
Avant de donner la description des armes chi-
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aoliei, UQ iioM saura gré de les coiisioMrer, an quelque soitef au point de Tue philosophique; souteut elles semblent n'être qu'un symbole. En général, les armes ne sont remises qu'au petit non»bre$ et môme, les soldats proprement dits, n'ont pas toujours le droit de les porter • Ce droit est limité •ttx cas de guerre, aux temps de senrices, de feotions, de remues, ou d'escortes près des Mandarins. On sait désormais assec que tous, les soldats compris, ne sont plus que marchands ou hommes de métier*
Cette règle qui nous semble bkarre, au premier abord, ne laisse pas d'awir son résultat heureux en ce qui touche à la police. Dans les \illes do Chine, aussi bien que dans nos faubourgs de Paris, les geus du peuple slnjuriont, et des invectives ils en viennent souvent aux coups. Mais du moins leur colère ne dépasse pas le coup de poings et ils savent qu'on ne doit pas vair le sang couler. Aussi pas d'armes, pas de Jjâlons^ pas de morceaux de fer. Et les plus sages^ sinon les plus modérés, laissent là la querelle pour en référer au Mandarin.
Celui-ci, le Dcum ex puehind^ attend et entend gravement la plainte. II reste immobile sur son siège à écouter le plaignant et l'accusé, sinon les
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deux plaignants. Et, à son gré, sans code, suitant l'inspiration du moment, il proncmce sans appel ; et, comme il arrive aux marionnettes delà foire, le coupaUe est condamné à la bastonnade arec son accusateur même, les trois quarts du temps.
Devant l'Empereur, cette proscription da port d^armes est encore plus absolue ; même, lorsque les soldats font exécuter la police du palais, ils n'ont le droit de se servir que de fouets. Le sabre du garde, qu'il porte en tout temps, indique lui^ même e^e pensée : en tonps de paix, la pointe est en avant; en temps de guerre, la pointe est en arrière.
Le soldat porte aon bouclier, son fusil à mèches, sa lance, son arc, ses flèches^ et quelquefois l'épée double. A peine, sauf le bouclier , a-t-il une arme défensive : c'est le bonnet fait en tige de bambou* Si l'aspect du guerrier est peu formidable, il ajoute à l'effet par une grosse paire d'yeux peinte de couleur sanguinolente. Du moins ce bonnet est solide, et le fer peut à peine Tentamer . Cette coiffure ne diffère guère que par l'absence du bouton de celle du mandarin. Les boucliers sont comme les bonn^, de tige de bambou, c'estA-dire fort solides, avec un anneau pour que le bras y passe, et une poignée
pour la main. Tout est méuagé pour que le bouclier imprime sa terreur ; il porie l'image de quelque fabuleux animal, et même la formidable physionomie du diable : le fer respecte le bouclier, mais la balle le perce. C'est une circonstance qui retire beaucoup à la valeur chinoise.
Nous avons nommé souvent le fusil à mèche. C'est l'arme qu'en Europe on a longtemps employée sous celte appellation. Du reste, le Chinois n'en fait pas aussi grand cas que de l'arc, l'arme nationale ; et cela tient peut-être aux dangers qu'il présente. Qu'on se représente le soldat muni de sa cartouchière : si la mèche qui fait l'effet d'une fusée vient à communiquer l'incendie aux habits de coton du soldat, malgré la figure hideuse de tigre que porte la giberne, le feu n'en gagne pas moins l'accoutrement, et même l'individu, qui devient la proie du fléau.
Pour les lances, elles offrent une variété indescriptible, et les Chinois savent s'en servir: c'est l'arme avec laquelle ils font le plus de mal, et qui sera, s'il se peut,' la plus redoutable à des Euro* péens. Le plus ordinairement elle est fort longue, et large assez pour ressembler à une faux ou à une de ces hallebardes, qui font le triomphe de nos
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suisses de paroisses. Le manche seul est petit en proportion.
Les arcs et les flèches sont à peu près les mêmes pour les différents ordres, en sorte qu'en ce point le mandarin n'est pas mieux armé que le soldat : mais la matière seule marque les grades. Le carquois se porte<sur le dos, et est fermement appliqué a rindividu ; pour qu'il ne s'agite pas, il a la forme la plus plate possible. La force et la grandeur de Tare diffèrent du Tartare au Chinois : les premiers lancent avec leur arc jusqu'à trois flèches à la fois qui neyont pas mieux à leur but pour cela; les Chinois n'en lancent qu'une. Pour Tare, il Bsi fait d'un bois élastique qui est recouvert de corne, et la corde est tressée de soie et de chanvre mélangés ensemble. L'arc s'arme avec effort, en ramenant la corde en arrière au moyen d'un anneau d'agate ou de pierre de jade qui se porte au pouce droit.
L'épée double est une arme de forme très-singulière et très-remarquable : les deux lames, quoique indépendantes l'une de l'autre, sont enfermées dans le même fourreau; leur face intérieure, celle par laquelle elles sont en contact, est nécessairement plaie, mais la face extérieure est triangulaire. Nous avons vu souvent des soldats ainsi armés, sor-
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tir ÂBft rtmg$ avec une épée da&s diaque mtm, se livrer à la pantomime la plus extraordinaire qu on puisse imaginer, pouscer «i même temps des cris Uzarres, aeeompagnés de toutes les apostrophes Us plus injurieuses qu'ils pouvaient adresser à Tennerni. Mais, un ou deux de ces fanfarons ayant été abattus par nos tireurs, leur exemple proÉli aux autres, qui se mmtraient à la fin peu jaloui de venir déployer devant nous leurs singuliers talents.
Les mandarins ont un sabre à lame eourte et étroite, et dont le fourreau est eouvert d'ofsements de fantaisie* ils le portent à droite pour ne point gêner la bandoulière du carquois, qui pend à Tépaule gauche. Ce carquois est en eufr plus ou *moins orné, selon les grades. Les flèches sont de diverses grandeurs ; quelques*unes se terminent par une boule percée de plusieurs trous, qui produisent dans l'air un sifflement aigu destiné à porter la terreur dans les rangs de Tennemi ; on choisit les plumes les plus brillantes, notamment cdlesdu faisan de Tariarie, qui ne sont employées que pour les mandarins. Ajoutons qu'ils portent rarement euxmêmes leurs armes : ils laissent ce soin aw écuyers ehargés de les accompagner.
Les uniformes des différents ré^ments consistent
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en «ne jaquette de couleur brun-jaune ou bleue, bordée avec une large bordure d'une autre couleur, les chausses sont généralement bleues. La cuirasse est faite d*un matelas et doublée de toile de coton, et recouverte de feuilles de fer, avec des nœuds d*acier joints entre eux par des bandes de cuivre. Le casque est en fer ou en acier poli, quelquefois ciselé ; il pèse 2 kil. 1/2 et il a des pans pour protéger le cou et les oreilles. ~ Le derrière de la jaquette porte quelquefois le mot «Jeune, » a Cpu-rage, » et sur la poitrine est peint le service ou le corps auquel on est attaché, soit au gouvernement, au commandant ou à rEmpereur. ~ L'exhibition du courage, parmi les troupes chinoises, n'existe pas; cependant, quelquefois, quand elles fuient, il. leur est certainement plus aisé de porter leur bravoure sur leur arrière-garde. Quelquefois, dans d*autres contrées, ils portent la croix autour de leur cou comme un symbole de leur religion.
Bien que les canons ne soient pas d'un calibre très-uniforme, ils servent suffisamment pour les salves; dans ces occasions, trois canons sont employés. — L'invention de la poudre à canon est probaUement due aux Chinois ; mais les armes à feu d une farme puissante n'étaient pas connues jujs-
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qu'au temps des Mongols, bu peu avant ; et, malgré les efforts qu'ont faits, pour améliorer leurs manufactures, des officiers instruits par les jésuites, leur qualité est encore inférieure, et la poudre est grosse et mal triturée, bien que les ingrédients y soient mêlés dans la même proportion que dans la nôtre.
« Bien que la dynastie des Tsing , actuellement régnante, dit A. Haussman, doive son avènement à la force des armes, la carrière militaire ne parait pas être plus honorée aujourd'hui dans le Céleste-Empire qu'avant la conquête tartare, et un mandarin civil y a toujours la préséance sur un mandarin de l'armée, quand ils portent tous deux le même bouton : preuve incontestable du respect des Chinois pour les lettres, de leur éloignement pour tout ce qui personnifie, à leurs yeux, la force et la violence, et surtout de l'extrême fusion qui s'est opérée, depuis deux siècles, entre eux et les conquérants de leur pays. »
La classe militaire est moins considérée en Chine que la classe lettrée ; elle y est moins encouragée : dans ce pays de paix, l'estime que l'on porte aux gens de guerre semble cesser qiicnd leurs services sont finis ; récompenses, distinctions, honneurs, avancement, émulation, encouragement dans les
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temps périlleux; services rendus, services presque oubliés quand le péril a cessé. C'est là une des causes de la faiblesse des armes chinoises, une des causes auxquelles on attribue la conquête de la Chine par les Tartares ; ceux-ci même ne sont plus ce qu'ils étaient, depuis qu'ils se sont fondus dans la nation, et que leurs usages se sont identifiés avec les usages nationaux.
Les honneurs publics sont moins prodigués aux mandarins d*armes. Jamais ceux-ci n'ont la plus légère part au gouvernement de l'État.
C'est même, comme on l'a vu, à une classe de mandarins lettrés qu'appartient l'inspection des troupes. Cependant, pour être admis dans la classe des mandarins de guerre, il faut avoir été successivement bachelier d'armes, licencié d'armes, docteur d'armes. La force du corps, l'adresse dans les exercices, l'aptitude à saisir les préceptes de l'art militaire , voilà ce qu'on exige d'eux ; et tel est le but des divers examens qu'on leur fait subir. C'est dans la capitale de chaque province qu'ils sont examinés pour obtenir les deux premiers grades.
Les mandarins d'armes ont leurs tribunaux composés de leurs principaux membres. Parmi les chefs, on compte des princes, des ducs et descom-
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tes. On retrouTe ces dignités ou leur équitalent, à la Chine comme en France.
Le principal de ces tribunaux réside à Pâdng. Il est composé de cinq différentes classes.
La première est celle des mandarins de Tarrièregarde. On la nomme Ueu-fu; la seconde, celle <les mandarins de l'aile gauche, qui se nomme Tsa-fu ; la troisième, celle des mandarins de Taile droite, nommée Yeu-fu ; la quatrième, cdle des mandarins de l'avant-garde du corps de bataille : son nom est Tihungfu ; la cinquième, celle des mandarins de laTant-garde, onlappelle Tsien-fu.
Ces cinq tribunaux sont encore subordonnés au tribunal suprême de la gueri'e, qui réside aussi à Péking. Le nom de celui-ci est Yungtching-fn ; il a pour chef un des phis grands seigneurs de l'Empire, qui étend son autorité sur lous les officiers et soldats de l'armée. Rien ne ressemble mieux à nos anciens connétables. Comme eux, il pourrait se rendre formidable au souverain même ; mais la politique chinoise a prévenu cet inconvénient. Ce chef a pour assesseur uh mandarin de lettres, pourvu du titre et des fonctions de surintendant des armes. Il doit aussi prendre l'avis de deux inspecteurs nommés par le ironr.rque. Ce n e§t pas tout : lors-
que ces quatre personnes se trouvent d accoçd sur un point, ce qu'elles ont résolu est encore soumis à la révision de Ja quatrième cour souveraine et purement civile, appelée Pin^-;?tf. On pourra s'étonner qu'un tribunal civil soit chargé de prononcer sur des objets purement militaires. Telle est la jalousie du pouvoir : le Ping-pu a dans son ressort toute la milice de l'Empire.
Le premier des mandarins de guerre est général né ; son pouvoir en cattipagne équivaut à celui de nos généraux en chef. Il a sous lui un certain nombre de mandarins, qui remplissent les fonctions de lieutenants-généraux ; d'autres mandarins remplissent l'emploi de colonels ; d'autres, celui de capitaines; d'autres enfin, celui de lieutenants et de sous-lieutenants.
On compte entre 18 à 20 mille mandarins de guerre. Leur nombre est par conséquent supérieur à celui des mandarins lettrés ; mais la considération dont ces derniers jouissent, les fait r^arder comme le premier corps de l'Etat. Encouragement pour les lettres ; découragement pour les armes. Leur faiblesse valut aux Tartares la conquête de la Chine; et les Tartares n'ont rien changé à cette double branche de la constitution chinoise.
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§ 6. — aRiCTÈRE DE Li RiTIOfV.
Le dessein principal de ce travail, comme nous l'avons répété plus d'une fois, c'était de calculer à quel chiffre le trésor public de l'empire chinois devait faire monter les dépenses de son énorme et inutile armée. Pour éviter Textrôme stérilité de simples chiffres, nous avons essayé d'intéresser le lecteur en général (celui qui s'occupe de la Chine), en introduisant quelques détails jugés à peu près nécessaires pour le guider au travers de tous ces tableaux d'hommes et d'officiers, distingués entre eux par tant de noms variés et bizarres.
Excepté dans la Grande Revue triennale de Pi^ kinQy à laquelle les ouvrages modernes de statistique semblent attacher de l'importance, toute allusion aux parades et manœuvres en plaine a été aussi soigneusement évitée que les auteurs de mémoires d'aujourd'hui déclarent l'être les exercices euxmêmes, par ceux auxquels l'Etat paye des raillions dans l'espérance qu'ils voudront bien s'instruire un peu de cela et des autres devoirs d'un soldat. Nous avons vu que lactc de mutinerie de 1731, ajouté mais non corrigé en 1781, est imprimé comme loi
faisant autorité, même en 1825 ; et je ne puis affirmer qu'aucun moderne ait avancé, à Tappui des théories de Siin-tsz', Wu-tsz\ Sz'roà et autres auteurs d'une vénérable antiquité, rien qui parle des connaissances exigées des candidats au degré militaire. Ces auteurs sont plutôt uu objet d'étude pour le philosophe etl'érudit que pour le tacticien; et je renvoie la curiosité insatiable à la traduction française qu'on en a (aile {Mémoires sur lesChi^ noiSj tome 7), accompagnée comme elle l'est de remarques sur les mouvements, ornée de nombreuses gravures illustrées de peintures, d'armoiries et d'appareils militaires.
La condition de cette armée immense, soutenue à de si énormes frais, n'est pas matière d'un mince intérêt, et les feuilles politiques de celte époque nous mettent en état de porter un jugement sain sur ses imperfections. Un examen des causes qui contribuent à cet état pourrait nous mener à une excursion historique plus longue que nos loisirs actuels ne nous le permettent.
Soyons brefs. Leurs propres annales prouvent que de tout temps les Chinois ont été comparativement une nation peu militaire; cela veut dire que c'est une nation qui a moins souvent recours à la
guerre, comme moyen d'acquisition ou d'agrandis* sèment, que toute autre des nations de la terre, qui s'est créée une position élevée, durant les vingt siècles que la Chine a été regardée comme un simple empire. C'est une question de savoir si sa position, pendant des siècles, a été fort imposante; quoique la séparation des puissances contondantes dont l'histoire a grossi Timportance, puisse autoriser à nier ses prétentions à une distinction relative de grande valeur politique.
Je ne prétends pas ignorer les différentes luttes partielles avec les tribus qui infestent ses frontière, ni les violentes dissensions sérieuses qui précèdent et accompagnent les changements de dynasties; mais son histoire, en général, se compose bien certainement moins de récits guerriers que celle d'aucune autre nation dont on a écrit les annales ; et c'est, malgré cela, l'histoire d'une nation qui, en tout temps restée une des plus vastes, a vécu le plus longtemps sous une seule forme degouTemement, et reconnaissant, pendant toute cette période, une série de principes, religieux et politiques, comme base de son administration.
Cette carrière peu belliqueuse est peut-être due, avant tout, à la position naturelle de la Chine. Sa
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distaacedes frontières de tout Etat régulièrement constitué, et les difficultés naturelles qui s opposent au passage des armées à travers les solitudes qui masquent ses frontières, Tout préservée des invasions auxquelles le voisinage d une rivale aurait pu l'exposer; elles l'ont garantie en mèioe temps des aspirations vives vers une aggression qu'aurait pu provoquer la présence d'un objet digne da son ambition.
§ 7. — &ÉFE!«SE8 ET FORTmCiTIOnB.
Quant aux frontières de ce vaste empire, la nature eile-même, ainsi que le fait remanquer l'abbé Grosier, a pris soin de les fortifier dans leur plus grande étendue. La mer borne six de ses provinces; mais elle est si basse vers les côtes que nul grand vais** seau n'en peut approcher. Des montagnes inaccesr ^bles la couvrent à l'Occident; le surplus de ce vaste empire est défendu par la Grande Muraille.
Les fortifications ne sont pas construites, on le pense bien, d'après les principes de Vauban. Us n'avaient pas grand'chose a apprendre de leurs voisins, les Portugais de Macao, dont ils ont d'ailleurs copié très-fidèlement les travaux* Les murs sont
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d'une épaisseur éuorme, et en général bien revêtus, mais leurs assises sont mal cimentées.
« Les travaux de défense qu'ils avaient établis dans le lit de la rivière étaient peu redoutables, mais prodigieusement ennuyeux pour nous. C'étaient d'immenses radeaux qu'on ne pouvait détruire sans y perdre beaucoup de temps et de peine ; c'étaient des jonques coulées bas, des pierres noyées qui interceptaient la navigation et quelquefois causaient des avaries à nos bâtiments. Pour montrer quel soin ils déployaient à couler les jonques, je dirai qu'à mon retour de Canton sur la' Modeste, en passant devant le fort de Macao, la force de la marée nous jeta sur une jonque où . nous dûmes rester douze heures avant de pouvoir nous retirer. Heureusement, grâce aux précautions qui avaient été prises^ notre bâtiment n eut àsouffrir aucuneavarie. Au Bogue, ils avaient établi deux grandes chatnescâbles attachées à un immense radeau mouillé sur la partie navigable de la rivière ; ces chaînes étaient scellées dans le roc à leurs extrémités, et avec un cabestan on pouvait les mollir de façon à laisser passer les navires, et Its relever ensuite. Ce radeau, cette digue flottante fut, si l'on s'en souvient, emportée par la marée; si elle était restée en placs
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jusqu'au jour où nous attaquâmes les forts, elle n'aurait sans doute pas résisté au choc d'un vaisseau de ligne. Un capitaine américain, qui avait vu cet ouvrage, et en rendait compte au commodore Bremer, disait, dans son langage pittoresque, qu'il eût été enlevé comme une chique de tabac (!}. »
a La place importante, nous dit Davis, que la Grande Muraille occupe sur la carte de la Chine, donne à cette immense barrière artificielle le droit d'être considérée sous un point de vue géographique. Nous avons déjà dit qu'elle avait été élevée par le premier monarque universel de l'Empire, 200 ans environ avant l'ère chrétienne, ou, pour mieux dire, depuis plus de 2,000 ans. Elle borne tout le Nord de la Chine, le long des frontières des trois provinces, et s'étend depuis les bords du golfe du Pé-tché-li, 3 degrés 1;2 Est de Péking, jusqu'à Sining, 1 5 degrés Ouest de cette capitale. Les empe* reurs de la dynastie des Ming bâtirent un mur additionnel intérieur, près de Péking, à l'Ouest ; on peut le voir sur la carte; il ceint une partie de la province, à partir de l'extrémité orientale de la Grande Muraille; il y a une immense plantation de
(1) Seconde campagne de Chine. — K. S. Hackensie, lieutenant au 00^ régiment d'infonterie.
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pilotis de bois, qui enclôt le pays do Moukdeo, et qui, dans plusieurs cartes europé^nes» a été représentée, par erreur, comme une continuation de la barrière solide.
« Les personnes attachées à l'ambassade de lord Macartney furent asses favorisées du sort pour pas* ser en Tartane par l'une des parties les plus entières de la Muraille, ce qui donna au capitaine Parish l'occasion d'en examiner la structure d'una manière toute particulière. De loin, à la première Tue, elle ressemble, dit-il, à une veine proéminente de quartz surgissant de montagnes de gneiss ou de granit. Mais la continuation de cette ligne sur In sommet des hauteurs fixa notre attention ; bieutftt nous distinguâmes la forme d'un mur surmonté de créneaux qui couronnait ies collines les plos élcH vées, et descendait jusque dans les plus profondas vallées, traversait les fleuves sur des arches, et était double dans les passages importants; de distance en distance, c'est-è-dire environ tous les cent yards, il était flanqué de tours massives ou de bastions. L'un des pics les plus gigantesques, sui^ monté par la Grande Muraille, était situé à environ 5,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. En un mot, cette barrière surpasse la masse totiite de tous
les autres travaux de ce genre, et elle a été efficace jusqu'au moment où la puissance de Gengis«Khan renversa I empire chinois.
« Le corps du mur consiste en un r^npart de terre^ retenu de chaque côté par d'autres murs de maçonnerie, et couronné d'une plate*fofftneen bri** ques carrées. La hauteur totale, en y comprenant un parapet de cinq pieds, est de vingt pieds, surunebase de pierre saillante de deux pieds sous le travail en briques, et variant en hauteur depuis deux pieds et au-dessus, selon le niveau du terrain. L'épalaseur du mur à sa base est de 25 pieds, et se réduit à 4 5 à la plate-forme. Les tours ont 40 pieds carrés à leur base, et vont eu diminuant jusqu'au sommet où elles n'en ont plus que 30 : leur hauteur totale est d'environ 37 pieds. Dans certains eadroits, œ^ pendant, la tour avait 2 étages et 48 pieds de hauteur. Les briques sont, comme d'ordinaire en Chine^ d'une couleur bleuâtre, et ont à peu près i 6 pouces de k)ng sur 7 1/2 de large, et presque 4 pouces d'épaisseur; elles sont probablement la totalité, la moitié et le quart du ccAi chinois, ou eotid* Lacou* leur bleue des briques portait à croire qu'elles aveteot été brûlées, mais oa remarqua quelques vieux fours près du mur; et, d^Hiis, l'exf^érienoe
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tentée en 1816 par le docteur Abel, prouva que la brique d argile des Chinois, rouge d'abord, devient bleue lorsqu'elle est cuite. Le peu d'épûsseur du parapet de la Muraille, lequel n a que 18 pouces environ, justifie l'opinion qu'il n'avait point été construit pour résister aux canons. Les Chinois d'ailleurs ne réclament pas une antiquité aussi reculée pour l'invention de leurs armes à feu. La description qui prétède confirme donc, dans son ensemble, celle faite par Gerbillon un siècle aupararavant. c La Grande Muraille, dit-il, n'a pas, en a général, plus de 18, 20 ou 2I> pieds géométriques « de hauteur ; mais il est rare que les tours en € aient moins de 40. »
«Lemème missionnaire remarque toutefois qu'au delà du fleuve Jaune, à son extrémité occidentale, ou pendant la bonne moitié de sa longueur totale, la Muraille consiste principalement en un rempart de terre ou de gravier, d'environ 1 5 pieds de haut, avec des tours de briques, situées à des distances irr^lières.
«Le premier empereur (titre indiqué par les mots chi-oang-ti)^ étant inquiété par les incursions des Tartares Mantclioux, sur lafrontière septentrionale, se rendit à jamais célèbre en construisant l'im*
mense muraille qui subsiste depuis 2,000 ans, et qui se prolonge sur un espace de 1,500 milles, à partir du golfe de Példng jusqu'à la Tartarie occidentale. On a calculé que les matériaux employés à la construction de ce monument prodigieux pourraient ceindre le globe dans sa plus grande largeur et former encore un mur de plusieurs pieds d'élévation.
« Le trait le plus frappant des principales ailles de la Chine consistedans les hautes murailles crénelées et faites de briques bleues qui les environnent et qui prennent leur type dans celle dePéking, la plus haute et la plus épaisse de toutes, pomme l'antique rempart de TEmpire, la muraille de Péking a été construite avec des décombres, des pierres de rebut, de la terre et des briques. Sa hauteur est d*environ 30 pieds; le pa^rapet étroil est crénelé, mais les créneaux n ont aucune ressemblance avec \ei embrasures régulières pratiquées en Europe pour les canons. Il est rare, en eflfet, d'y voir des pièces d'artillerie, quoiqu'il y en ait toujours près des por^ tes. L'épaisseur de la muraille à sa base est de près de 20 pieds, mais comme elle va en diminuant elle n'en a plus que 12 à son extrémité. Devant chaque porte est une esplanade, enclose d'un mur demi-
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drcttlaire, et formant comme une place d'armes, pour la défense et la sécurité des habitants. Audessus des deux portes s'élèvent des tours à plusieurs étages, destinées à servir de casernes aux soldats qui les défendent. Le mur, de distance en distance (tous les 68 yards environ), est flanqué de bastions delà même hauteur, qui forment une saillie de près de 30 pieds. La plupart des plans dePéking représentant un fossé plein d'eau qui ceint complètement les côtés de la ville (1). »