AMOUR DE LA PAIX
La Chine a eu le singulier bonheur d'être toujours àl'abri d'une attaque et d'une velléité de provocation. C'est pourquoi, con^parée à d'autres puissances, elle a eu peu d'expérience de la guerre sur * ce qu'on peut appeler une grande échelle ; cette habitude de sécurité, formée loin de la guerre et de la possibilité de ce fléau, a été très-propice au perfectionnement des intérêts qu'il est reconnu que la guerre contrarie.
Parmi ces intérêts, l'agriculture, qui doit essen-
(1] La Chine ou Description générale des mosurs et des coutumes du gouvernement, etc., par Davis, t. !•', p. 348.
tielleroent tout à la paix, n'aurait pas d'elle^nième rendu un peuple impropre à l'action. L'ardeur pour le gain et pour la littérature, c'est ce qui a le plus de tendance à corrompre ou à retarder l'énergie martiale d'une nation ; en Chine, malgré sa glorification officielle de l'agriculture, on peut dire que ces deux derniers goûts gouvernent et décident le tempérament de son peuple, et sa littérature s'est positivemmt opposée à l'existence d'un esprit guerrier.
Dans le monde occidental, une dernière lance a été rompue, et même de nos jours, avec un grand succès, contre la douceur du christianisme, par la chevalerie qui déclarait déshonorante la soumission pacifique à une injure, et excusait, comme preuve d'honneur, l'accomplissement de tout ce qui était contraire aux lois. L'ardeur de combattre n'a pas tiré le même secours de la philosophie chinoise, qui, en tout, a conservé, non-«eulraieat la place la plus élevée, mais- aussi la plus populaire dans sa littérature» Enseignant directement la supériorité de Ta patience sur les représailles, elle a inculqué si généralement celle de la raison sur la force, qu'elle a établi une préférence avouée pour les arrangcmcnls amiables en présence d'une vio-
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lente contestation de droit. Quand même les circonstances extérieures auraient été moins faiforables à ces dispositions pacifiques, il n'était guère possible qu'une telle doctrine ne fit pas beaucoup de prosélytes, sortant d'un code pour lequel la nation professe un grand respect pratique*
A l'influence anti-guerrière dont nous tenons de parler, il s'en joint une autre, moins respec* table, mais concourant avec le conmierce à faire désirer le maintien de la paix. La valeur morale de la littérature chinoise lui a obtenu la distinction de devenir le point essentiel de toute prétention officielle aux emplois publics : être versé dans la littérature, est devenu le moyen légal de satisfaire une ambition qui demeure honorable, tant qu'elle est désintéressée; et, quoique, dans l'accomplissement de fonctions considérées comme un essai d'aptitude aux emplois, sa philosophie ait grandement dégénérée, et qu'au lieu d'être la règle de la conduite morale, elle ne soit plus guère devenue qu'un marchepied pour atteindi-e aux émoluments d'une place ; toujours est-il que, sans s'arrêtera considérer si c'est la bonne ou la mauvaise raison qui a eu le dessus, l'amour des sciences et«des lettres n'a cessé d'augmenter depuis des siècles, et, comme
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moyen ou comme bul, est venu en aide à une disposition déjà peu guerrière, en absorbant uoe part considérable de lattention publique. Il n'est pas discutable qu'à l'heure qu'il est le Chinois n'est pas belliqueux. On peut douter que j'aie songé à placer les causes de sa grande inaptitude à la guerre sur le terrain de l'histoire , puisque je semble m'attacher à le montrer à l'abri de toute influence bostile à h paix, plus que ne voudraient l'admettre d'autre lecteurs de l'histoire des Chinois. Je confesse que ces remarques ne sont point le fruit de longues méditations et ne sont pas basées sur une connaissance approfondie de l'histoire de la Chine. S'U en eût été autrement, j'aurais pu disserter ave^ profit sur un point d'un grand intérêt, point sur lequelle docteur Williams a attiré mon attention à sEToir que : « l'armée en Chine n'a jamais servi à asservir le peuple, et à prendre le parU du pouvoir royal contre les institutions nationales, parce que l'aristocratie lettrée s'est montrée trop influente sur les soldats habitués par éducation à révérer les mêmes institutions littéraires. »
Si cette sécurité au sujet de la guerre est contestée, je ne sais plus comment rendre compte du dé>eIoppement extraordinaire des actes et des res- WMTAiia Dt LA caim. '
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sources de la paix, et j'hésiterais à reconnaître, autant que je Tai fait, Imfluence de ce précepte : if II est préférable de ne pas répondre à la violence par la violence, i> sur un peuple qui, pour se défendre, eût été contraint de désobéir constamment à ce précepte. En un mot, je soupçonne que Tinhabilité d'un Chinois moderne à la guerre, est une habitude de vieille date, due, en partie, à cette longue désuétude d'hostilités que la position de la Chine a produite en lui, et qui l'a comme formé par une seconde nature à des désirs et à des recherches incompatibles avec la guerre; et, en partie, à l'esprit du Code de morale, dont l'étude s'identifie si bien avec ses goûts plus prononcés, et qui d'ailleurs a un tel mérite intrinsèque, qu'il est considéré par lui comme la plus haute autorité sur tous les points du gouvernement personnel, domestique ou politique. J'ai regardé plus haut l'inhabilité à la guerre comme un attribut chinois que je n'ai pas voulu appeler un défaut ; mais, convaincu comme nous le sommes qu'il y a une étroite alliance entre le cou- i rage et la véracité, il ne nous est pas possible de l ressentir vivement la connexion qu-il y a entre la | Iftcheté et le mensonge dans le caractère d'un Chinois ; et de ne pas souhaiter que les bénédictions
de la paix et la doctrine de la résignation lui aient laissé un peu* plus de cette énergie qui aujourd'hui serait fort nécessaire à la conservation de son indépendance.
Il y a trois siècles environ que les Japonais attaquërent sans relâche les côtes chinoises, durant huit années, sans que les Chinois tentassent une seule représaille digne d'être citée. L'expérience de ce désastre ne put faire tenter le moindre perfectionnement qui les eût sauvés, cinquante ans après, de la honte d'être subjugués par une tribu petite et .obscure, qui envahit l'Empire et plaça son chef sur le trône. La nouvelle dynastie a témoigné une confiance peu lettrée dans les corps solides dé cava- . lerie et d'infanterie.'A Péking, et dans le voisinage immédiat de cette ville, sont stationnés environ 1 30,000 hommes des Bannières, qui fourniront toujours un noyau décent pour une armée effective, s'ils sont régulièrement payés, — condition qui n'est nullement remplie. Les garnisons de Bannière des provinces, héritant leur métier de père en fils, ont, sans aucun doute , dégénéré aristocratiquement comme troupes utiles, et sont condamnées à être fraudées aussi ignoblement de leur paye et de leur
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ration que leurs camarades Métropolitains^ par leurs supérieurs de tout rang.