‹ État général des forces militaires et maritimes de la ChineChapitre 41 sur 50 · ÉTAT GÉ5É11AL · texte numérisé non relu

ÉTAT GÉ5É11AL

d*éviter le jeu, les querella et les combats. Aînd la morale politique des l^slateurs chinois formait les guerriers les plus braves et les plus huttdns ; rÉmpereur, le général, ToIBcief etle soldât, instruit et formé par elle, s'estimait moins pour son habileté dans 1 art de la guerre que pour ses connais sances dans la morale, pour ses exploits que pour ses vertus ; et, sans rien ôter au courage et à l'émula* lion pour se perfectionner dans l'art militaire, cette morale avait garanti tous les Chinois» qui se consacraient aii service de la patrie dans les armées, de cet orgueil barbare et insensé qui persuade au ci* toyen qu'il est d'une nature supérieure aui autres hommes parce qu'il porte une arme. Il n*y a peutêtre point d'erreur plus funeste au genre hudiain et au progrès de la raisoh et de la vertu ; et Ton doit regarder comme un des plu^ heureux effets de là morale politique de la Chine d'en préserver les citoyens.

(( Parcelle même morale, l*empereur de la Chine et la nation chinoise s'estiment moins poub leur puissance que pour leur fidélité à suivre la raison, la justice, l'humanité, et sont plus heureux par leurs progrès dans la vertu, que par l'accroissement

de leur puissance, ou par Téclat de leurs exploits fnilitaîres.

a Han-Outi, 5* empereur de TillUstre dynastie des Tamâ, était un des restaurateurs des lettreis, et nul autre n*a étendu aussi loin les limites de TËmpire : il avait soumis à sa puissante un grand nombre de peuples et beaucoup de royaumes, ^ansqlië, ni pendant son règne, ni à sa mort, otl lui décernât le moindre titre d*honneur et de gloire daU^ TËmpire ou dans la salle de ses ancêtres.

« Seize ans après sa mort, lerapereur lian-!Sventi lit assembler les grands pour lui décerner ub titre d'honneur parmi ses ancêtres. Un grand s*y opposa, en disant qu*à la vérité l'empereur Han- Outî avait étendu les limites de TEmpire, et conquis plusieurs royaumes; mais qu'il avait sacrifié à Tambition de ces conquêtes une multitude prodigieuse de soldats, et avait épuisé se^ sujets; quil s'était fait un nom dans la seule vue de le transmettre à la postérité, sans chercher à procurer à son peuple le moindre avantagé; que toutes ces considérations réunies devaient lui faire refuser le titre d'honneur qu'on voulait lui décerner. «Si j'ai it blâmé la conduite de Han-Outi, ajouta-t-il, c*est t qu'elle me parait répréhensible. J'ai t>arl6 comme

444 ÉTAT GÉlfâUL

« je pense; et, dussé-je le payer de ma tête, je ne « puis dissimuler mou sentiment, que je crois fondé c sur la raison. »

« La morale politique de la Chine tend donc à étouffer l'ambition féroce, inhumaine et sanguinaire qui enfante ces fléaux du genre humain con* nus sous le nom de conquérants.

c Une politique qui apprend aux souverains et aux peuples qu'ils ne doivent s'estimer et qu'ils ne peuvent être heureux qu'en suivant les lois de la raison, de la justice et de l'humanité, ne porte jamais un souverain ou un peuple à faire usage de sa puissance que pour le bonheur des hommes; elle fixe chaque nation dans son territoire , et produirait une paix générale et perpétuelle sur la terre, si elle était la politique de tous les peuples.

< La paix et le bonheur sont Tobjet essentiel de la politique : c'est vers ce double objet que sont dirigés tous les établissements relatifs à la constitution, au caractère des citoyens, à la force de l'Etat. Voyons quels sont à cet égard les effets du système politique des l^slateurs chinois.

€ Une société civile est en paix, lorsqu'elle n*est troublée ni par le manque de subsistances, ni par la discorde des citoyens, ni par les séditionst nip^r

DES FOBCES DB LA CHUIB. 44&

les guerres étrangères. Voilà pour ainsi dire les différentes parties de la paix que la politique se propose de procurer aux sociétés civiles.

« Nous avons vu que le premier objet de la morale politique des législateurs chinois, c'est de procurer aux citoyens une subsistance assurée et commode ; que c'est là plus essentielle des obligations de l'Empereur : et la moindre omission des gouverneurs et des mandarins à cet égard est un crime capital.

• Conséquemment à ce principe, les l^slateurs chinois ont porté l'industrie principalement vers la recherche des moyens de tirer de leur territoire la plus grande quantité possible de productions utiles à la subsistance ou à la santé ; et ils ont fait contracter aux citoyens l'habitude de la tempérance et de la sobriété. Ainsi la morale politique des l^islateurs chinois prévient tous les troubles qui pourraient naître du manque de subsistance.

a La morale politique de la Chine, l'éducation et l'instmction que reçoivent les citoyens, leur donnent un caractère d'humanité , de bienveillance, d'amitié : les rites tendent à renouveler, à ranimer^ à fortifier ces sentiments dans (outes les occasions où les citoyens ont quelque correspondance entre

446 ttkJ GÊIÉRAL

eux ; et Ton donnait àces rites le nom de Cérémù^ niai de paix.

« L'humanité, Tamitié, la bienveillance, qui tendent à unir les hommes et à faire régner entre eux la paix et la concorde, ont leur source dans lesen-^ timent de l'égalité naturelle. 11 ne faut donc pas que la politique altère ce sentiment. Poyr le conserver dans toute sa force et dans toute sa pureté, les législateurs chinois n'admirent, entre les citoyens, de distinctions que celles qui naissent des Ibfiolîoiis civiles, et voulurent que ces fonction» ne ftiMent ni le fruit de la richesse, ni la prérogative delà naissance, mais le partage des lumières, de la hoBté, de la vertu ; tellement que, si celui qu'elles avaient élevé aux plus hautes dignitéa dégénérait, il rentrait dans la classe des simples citoyens.

u Ainsi le gouverneur, le mandarin, le ministre, ne pouvaient ni imaginer ni suppoâ^ en lai aucune qualité d'un oindre supérieur à la nature des autres hommes, et il voyait qu'il pouvait à tout moment perdre sa dignité.

« Ainsi les législateurs chinois, en admettant les distinctions nécessaires pour le maintien de lordcé dans la soeiété civile, avaient préservé ceux qui en étaient revêtus de la dangereuse erreur de supposer

DES F0BCB8 M U CHINE. 447

en eux une nature différente de celle des autres hommes. Le sentiment de l'égalité naturelle exis* tait donc dans toute sa force chez tous les Chinois, m^gré la différence que la société civile exige nécessairement entre les citoyens; et par conséquent les sentiments d'humanité, d'amitié et de , bienveillance qui en sont une suite nécessaire. Or le sentiment d'humanité est un principe d'union et de paix, puisqu'il nous fait ressentir les maux des autres, nous porte à les soulager lorsque nous les voyons souffrir, et nous fait craindre de leur causer de la douleur.

« Le système demorale politique de la|Ghine n'in« spirait pas seulement aux citoyens \es sentiments les plus capables de produire l'union, la paix et la concorde; mais encore, par l'éducation et par l'instruction qu'ils avaient prescrites, ils prémunissavent les citoyens contre l'orgueil, contre la vanité, contre le désir de briller, contre la manie de primer dans les sociétés, contre la rusticité, contre la colère, contre l'étourderie, contre l'indiscrétion, contrôla cupidité, contre le faste, qui sont les causes les plus générales des rixes, des querelles et des ^ssensions entre les citoyens, comme je l'ai iait voir on exposant les moyens quç les législateurs

chinois ont employés pour établir leur système, et en traçant le caractère qu'ils ont donné au Chinois. « Aucun système politique n*est donc plus propre à prévenir la discorde et à faire régner la paix et Tunion parmi les citoyens. La gloire qui s'acquiert «par les armes ne fait donc point partie du bonheur de l'empereur de la Chine, et il ne pourrait, sans aggraver le poids du gouvernement , sans risquer de troubler son bonheur, sans compromettre sa gloire, entreprendre de faire des conquêtes violentes. Il ne pourrait tenter de faire ces conquêtes qu'en versant le sang de ses sujets, qu'il regarde comme ses enfants, et dont le Tien lui a confié la conservation. La guerre entreprise pour faire des conquêtes interromprait la culture de la terre, et tarirait la source de l'abondance des choses nécessaires, ce qui est la première obligation du souverain; elle suspendrait pour une infinité de citoyens Tinstruction; elle leur ferait contracter l'habitude de la férocité et de l'inhumanité ; elle tendrait à éteindre dans les Chinois les vertus qui sont le principe de l'obéissance des sujets et la base de l'autorité de l'Empereur.

Enfin la morale politique des Chinois ne permet que des guerres nécessaires, et elle prescrit d'ai-'

DES FORCIS DR LA CHINE. . 44d

tit donc la Chine des guerres que Tambition, la cupidité ou lamoiir de la gloire font entreprendre contre les nations étrangères. Mais elle ne néglige aucun ^es moyens nécessaires pour résister aux ennemis qui voudraient troubler la paix des pro* \inces et des citoyens : elle donne à TEtat le plus grand nombre possible de défenseurs braves, intrépides, et capables de sacrifier leur vie pour le salut de leur patrie. Elle assure donc la paix de l'Etat contre les ennemis du dehors ; elle prévient d'ail* leurs tous les troubles qui peuvent naître du manque de subsistance, fait régner la concorde, la bien* veillance, lamitié entre les citoyens ; prévient ou arrête les séditions. Elle procure donc la paix la plus générale, la plus profonde et la plus solide dont une société civile puisse jouir. »

§ 12. — ÂRBIES OFFENSIVES. '

r. Arcs et flèches.^ C'est, à proprement parler, Tarme par excellence, Tarme nationale. Dans les parades, l'exercice à l'arc tient naturellement le premier rang. 11 y en a quatre espèces, distinguées parleurs poids : 35, 40, 45 et 50 kilogrammes : on entend par là que, pour bander ces arcs, il faut dé«

fORCBS VIUTÀIRCS DE U CIIIK». 20

ployer une force suffisante pour soulever des fardeaux équivalents. Pour s'en servir, on fait usage des deux mains : la main droite y contribue de deux doigts seulement, Tindex, et le pouce, qui,. comme nousl avons dit déjà, est garni d un cercle de coma, OH de pierre précieuse ; la main gauche dirige Tare .avec les deux mêmes doigts : la première s'appdto MMA de tû lUcke^ la seconde, main de fare.

Au repos, l'arc et le <!!arquois sont placés dans un étui et attachés à une cdnture de cuir qui se passe sur le corps en façon d'écharpe. Le carquois luinméme est fait de cuir, et divisé en manière d'étages pour y adapter les flèches de différentes km-gueurs; les plus grandes sont fixées au premiw rang. •

Une autre sorte d'arc, qui n'est plus en usage au* jourd'hui, constituait en quelque sorte une petite machine de guerre, et il était nécesssdre que plu* sieurs hommes réunissent leurs efforts pour le ban* der. Ces arcs servaient à lancer, outre des fièdhes do forte dimension, des lances, des javelots, des pierres même. La forme était presque celle de nos anciennes arbalètes.

Tirwi'wrc avec habileté est «icore nue eeniB* tion d'avancement ; et, bien que cet exercice ii*ait

DES FOltCES DE LA CHINE. 4SI

plus la même importance aujourd'hui, un soldat, et surtout un officier, qui s y livrerait avec maladresse serait mal regardé et exposé aux railleries gênéraies. 11 y a des flèches de trois degrés. Celles du 1" degré, placées à Tétage supérieur du carquois, ont à leur extrémité, au lieu de fer, un morceau de bois creux, percé de plusieurs trous. On pré->tend que cette flèche s'emploie en temps de siège pour établir des communications avec les intelli* gences qu'on peut avoir dans la ville assiégée, Cdles du V àegféj moins longues et placées au deuxiè» me étage, sont plus nombreuses que les premières, et se terminent par un fer qui ressemble à celui de nos lances. Celles du 3' degré, moins longues encore, se terminent en une espèce de trident en fer, dont la blessure est particulièrement funeste

Tout l'appareil est recouvert le plus souvent d*une toile huilée, pour le mettre à l'abri des intempéries.

2* Pertuisanes^ haches, sabres. — I. Les piques ou pertuisanes sont fort variées de forme, et de longueurs différentes : on en compte cinq sortes, qui se nomment : mou, y-mo^ yeou, kou et fckt. Totites sont faites de bois de bambou, sauf la der** nière, lee^\

452 ÉTAT CÉxNÉRAL

Le mou est une des plus courtes pique» ; et ce* pendant il est long d au moins trois mèti*es : son extrémité est garnie d*uu ferlai^eetplat, découpé en trois crochets. Vymo, dont le fer a presque la même forme, ne diffère du mou que par la longueur du bois, qui a environ six mètres. Leyeou ne diffère pas sensiblement pour la longueur du mou ; mais le fer moins plat et plus allongé reproduit assez le fer de lance des armées européennes. Le kou^ arme assez peu dangereuse, surtout aux mains des Chinois, est une pertuisane courte relativement, puis* que le bois n'a guère que deux mètres : le fer, dont il est difficile d'apprécier l'usage, a environ 20 centimètres de large : il est allongé et tout plat. Enfin le tchi est de deux espèces : le grand et te pe* tit. Le grand tchi a quelquefois 7 mètres, le petit, 3 mètres et demi de longueur. En résumé, ce sont des armes plus bizarres que sérieusement dangereuses.

IL — Les haches sont de deux sortes ; la grande, qui est en quelque sorte une hachQ de cérémonie, est fort grosse : son fer est arrondi en un demicercle presque parfait, et le manche est d'une longueur disproportionnée. Ce n'est pas que la petite ne serve également aux cérémonies, mais elle est

proprement destinée au soldat. On lit dans le Lou^ tao\ livre écrit sur Tart militaire, au sujet de la nomination officielle d'un, général : « On Tintrodûit dans la salle des ancêtres , où l'Empereur et toute sa cour se transportent aussi. Quand tout le monde est arrivé sur le seuil, l'Empereur, précédé de ceux qui portent la grande et la petite hache, entre d'abord, et, se tournant vers la partie qui regarde l'Occident, il se tient debout. Le général, qui vient d'être nommé, se tournant à son tour vers le point du palais qui sert d'entrée, se tient également debout. L'Empereur alors , prenant dans ses mains la petite hache {fou-tie), en détache le fer, et le sépare du manche qu'il remet au général, en lui disant : ci Depuis cette terre où nous sommes c< jusqu'aux cieux, vous pouvez donner des ordres c< et les faire exécuter. » Puis, saisissant la grande hache, il sépare le manche du fer, qu'il place dans les mains du général, en ajoutant à cette action un discours destiné à l'investir de tout pouvoir, à lui recommander la valeur dans les combats, la modestie, l'estime pour ses ennemis, et le bon exemple qu'il doit aux troupes. »

La petite hache est particulièrement à l'usage de ceux qui sont armés du fusil, et ils ne doivent s'en

4&4 ÉTAT €É!VÉâ4Ii

Servir, d'après les règlements, qu'i^rès avoir épui^ se toutes leurs munitions ; si ce n'est dans les mar» cbes^ dans les campements, dans les sièges, ob ils l'emploient comme outil indispensable, à la oii^ nière de nos sapeurs du génie« Le manche pénètre dans le fer jusqu'à l'extrémité, par le côté mom tranchant, qui est d'une épaisseur relati?em«it fort considérable : ce manche est peint de couleur à l'huile. La hache se place dans un étui, fait en cuir, avec une attache en fils de soie. La fourniture de cette hache revient pour le trésor impérial à la somme de 1 franc cinquante centimes.

Pour les travaux militaires, on fait encore usage d'une hache plus petite, qui est une espèce dt cognée.

IIL — Il y a deux espèces de sabres : la premièM est destinée au^ archers, la seconde aux troupes qui portent le bouclier. Le sabre des archers est plus orné que l'autre, plus léger et plus droit; il ressemble à un grand couteau de cuiùne, légère^ ment recourbé. Celui |des hommes à boucliers est recourbé, et à lame plus large et pius épaisse { il se rapproche beaucoup de nos anciens briquets re* courbés. Ces deux sortes de sabres n'ont qu'une poignée k main, sans ornement. Le fer brut est

DES FOaCES DE U CHIf^E. 455

battu à froid, limé, puis poli ; la poignée est garnie de euitre ainsi que le fourreau. Celui-^ci est fait en bois et recouvert de la peau d'un poisson, nommé t$ê^. La garde est environnée de fils de soie, et rattache est également en soie.

La prescription de n user de cette arme offensive ^*àla dernière extrémité est particulièrement res* pectée par la valeur chinoise.

3*. Fusils et arquebuses. •-L— Le fusil chinois, que nous avons nommé fusil à mèche dans le cours de Cet ouvrage, afin qu'il fût bien entendu qu'il n'a« vgit rien de conforme au nôtre, demande une des* oription bien circonstanciée pour être à peu près compris. En fait, on ne le comprend bien qu'auprès l'avoir vu, et l'avoir fait fonctionner.

Pour former le canon de ce fusil, on a employé neuf kilogrammes de fer brut ; le fer est rougi et battu jusqu'à ce qife la quantité soit réduite à moitié : ce travail fait, le canon est percé, limé et poli. Sur la lumière est disposée une sorte de couverture ea cuivre à charnières, et le canon est attaché au bois par des garnitures de cuivre. Le canon est suffisamment huilé ; le'bois est recouvert de couleur jaune. La crosse, dans ces fusils, n'offre pas le renflement de bois que nous voyons dans les nôtres :

4â6 ÉTAT 6É?iÉRAL

le bois seulement s'abaisse en formant avec toute l'arme un angle obtus. A l'endroit même où oom* mence cette courbure, s'élève une pièce de fer au bout de laquelle est attachée la mèche allumée ; un ressort placé au-dessous fait abaisser la mèche en même temps que la pièce de fer sur le bassinet. Dans l'angle même, donné par la courbure de la crosse, se trouve comme nichée une boite de cuir oii sont conservées les mèches.

Deux courroies en cuir, attachées au milieu même de l'arme, servent à la suspendre ou à l'attacher. Mais une particularité tout à fait bizarre, c'est l'appareil qui suit cette courroie, appareil attaché à quelques pouces de l'orifice du canon. Ce sont deux petits pieux en bois à pointes en fer, sur lesquels les soldats appuient leurs fusils, quand ils vont les tirer. Une fois l'arme déchaînée, les deux petits pieux se replient le long du bois, au moyen d'une charnière. Quant au chargement, il se fait à peu près comme celui de nos fusils, pour ce qui r^arde le canon : on se sert d'une baguette en fer qui se place entre le bois et le canon.

Le fusil, comme toute autre partie de l'armement des Chinois, a son fourreau ou étui. Ce fourreau est en toile, de couleur jaune à Thuile; et,

DES FORCES DE LA CHINE. 4bl

conformément au système d'intimidation adopté par les Chinois, il est couvert de figures effrayantes de dragons, de diables, de nuages. La fantaisie S'*y. exerce avec d'autant plus d'emportement que cette partie de l'armure n'est pas fournie par l'État, mais achetée et choisie par chaque homme*

II. — Faute d'un autre mot, nous appellerons êrçuebuse une sorte de gros fusil, monté sur tré** pied que les Chinois nomment dans leur langue significative jn-chau-pao, c'est-à-dire fusil qui fend la montagne. Le trépied a une forme bizarre d'oi* seau : les deux pattes forment deux pieds du trépied, la queue de l'oiseau terminée par deux dents forme le troisième. C'est à proprement parler à la place de la tête de l'oiseau qu'est ajusté le canon de l'arme, de telle manière qu'il puisse être baissé et relevé à volonté, et de plus tourné facilement dans ' tous les sens. La longueur du canon est d'un mètre environ, le diamètre intérieur de 55 millimètres : son poids est à peu près de 30 kilogrammes. La matière est le fer et l'acier, mêlés ensemble dans la proportion de 2 kilogrammes d'acier pour 90 kilo-^ grammes de fer. Le tout est forgé, battu, etc., jus* qu'à réduction de 30 kilogrammes. Il faut ajouter à ce poids environ 7 kilogrammes pour les garnitures

45S frit ^tstÊiàt

de fer. U D*eiitre de bois dans cette «rmeqM pour, rettfémtté opposée à rorifice, ou espèce de ettlass», et pottr le trépied : le bois est pont en ronge. Lft eharge de poudre nécessâlrti à Tarquebuse est d*eii« tiroti 120 grammes.

Outre cette arquebuse, il y en a une autre plue petite, et montée sur bols comme un fusil, nommée itoUM^Mn^filte, u/iriÊii^MeMau^éêlàét Iê mdmaffnê. s Cette arme est montée aussi sur ua trépied, et eppuyée sur un genou de manière à être mue dans tous les seus. fia longueur est d^uii mètre 30 centimètres; son diamètre de 5 centime très; son poldi de 14 kilogrammes, fer et aeter compris; sa charge de 30 grammes de poudre.

4V CûMHÉ. -^ Nous pouvons les dlTiser en trois clteses : ïemumémaifa^ ItipUeÈdi tampafn», le

1. -^Noui appellerônsniMiiA iMinê, nue espèce de griMAe arquebuse, servie par cinq hommes. Tout rattirail se compose d'uue grosse boîte à pou« dre eu cuir; d'uue autre botte pour les mèches; d'une poche à plomb; d'utt marteau, destmi à bourrer et à comprimer la poudre; enfin d'un large sac pour retafermer le tout. Le trépied qui supporta ce canon représente un tigre à tète car»

^ DES FORCES 0B hk CHIUB. 4i9

rée .et à gueule ouverte, le tout peint en jauM et eu rouge. Des boites toutes Réparées s'sîuitMt Ht corps même de larme ^ entre la culasse et le ca** non ; il y Ml a quatre : et^ pendant qu'oa déchargS ou qu'on retire lés trois premières^ cens des cift^ servants, que ce travail né retityt pas^ s'oeoupent à recharger l'autre avec la plus gi*andd léloriti» et de manière à ce que les décbai^ges se suCddfiSit la plus rapidement possible. La découverte de cettt espèce de canon ne remonte pas à plvs de 1 50 atiSi puisque Ton m fit usage, pour la première Mê^ vers la troisième année d'Y^ng-tekàng, e'est*à-dira vers 1 725, sur les indications du UUHkffMÊmg d'un» des |>roviBces de TEmpire, qui M ai«it présenté le modèle à TEmpereur.

La longueur delarmeest â*un peu plus d*ull «^ tre; son diamètre de 6 c^titnëtres^ les boites mil 30 oentimètres de long, 3 centitnètMft de diauiMr» «térieur, environ 3 de calibre» et SO cttlitMtrM dfe profondeur. Le poids de rantie pttM Mfe il 40 kilogminmes.

li.^Ceqnenouieatetidotis ïtil^tfêèeHëettu^ ptgm, ce sont des es|)èces de petits canons dont Mi longueur varie de 50 c^timètres à 1 mètre. Lès plus petits, qui se «Munent en chinois

(I canons à pied de cheval, » sont longs de 50 à 80 centimètres, et, pour éviter qu'ils n'éclatent, ils sont garnis, de distance en distance, d'anneaux de fer. Leur diamètre est d environ 10 centimètres près de la bouche , et de 12 près de la culasse ; la profondeur varie e|^tre 60 et 40 centimètres; le poids entre 70 et 40 kilogrammes; la charge entre 560 et 375 grammes. Il y en a d'autres un peu plus forts, nommés Pe-^tse-pao^ c canons de cent balles, » d'un mètre de longueiir environ, d*un diamètre à peu près égal pour la bouche et la culasse, à peu près 10 centimètres, et du poids de 25 kilogrammes.

III. — Nous avoQS à décrire 3 canons sur affût, qui donneront idée du complément d'artillerie des Chinois : ils ont dû être construits vers le règne de Tchoung-tchang, dernier empereur de la dynastie desiUin^ (1636). Ces canons paraissent de fabrication européenne. Le premier a 1 mètre de long, 12 centimètres de diamètre à la bouche, 15 à la culasse ; 90 centimètres de profondeur. Le poids est de 125 kilogrammes, la charge de 750 grammes. Le second est un peu plus fort de calibre, et n'est guère plus long; son poids est de 135 kilogrammes et sa charge la mômeque celle du premier.

DES FORGES 1>E LA CSIlfE. i^

Le dernier est long de 1 mètre 10 centimètres ; son diamètre, à la bouche, est de 15 centimètres; mais, k, la culasse, il est de 0 pouces. Sa profondeur est d'un mètre, son poids de 200 kilogrammes, sa charge de 1 kilogramme de poudre.

En résultat, quelles qu'aient dû être le|leçons reçues par eux dans la science de l'artilleur, ilsont bien peu appris; et les renseignements qu'on a pu obtenir à ce sujet, il y a deux cents ans, sont conformes à ceux qui nous sont encore transmis aujourd'hui,

5*. Feu. — Il y a lieu de citer ici, sur cet article, un fragment du chapitre 12 du Sun-tse, ouvrage chinois sur l'art militaire, publié par le Père Amiot, missionnaire à Péking ; et ce n'est pas un des points les moins curieux que ces moyens de destruction érigés en art par la science chinoise.

Sun-tse dit « : Les différentes manières de combattre par le feu se réduisent à cinq. La première' consiste à brûler les hommes ; la seconde, à brûler les provisions ; la troisième, à brûler les bagages; la quatrième, à brûleries magasins; la cinquième» à brûler l'attirail (1).

(I) Les commentateurs expliquent ainsi les cinq manières de combattre par le feu. La première consiste, disent-ils, à mettre le feu dans tous les lieux où sont les ennemis, tels que le

48t tTkt gInéhal

« A^ast d'entreprendre ce genre de combat, il fout avoir tout pré\u , il faut avoir reconnu la position des ennemis, il faut s'être mis au fait de tous les chemins par où il pourrait s'échapper ou recevoir des secours, il faut s'être muni des choses nécessairei pour Texécution du projet, il faut que le temps et les circonstances ioient favorables.

« Préparez d'abord toutes les matières combus* tfbles (t), dont vous voulez faire usage : dès qu'une fbis TOUS aurez mis le feu, faites attention à la ftimée. Il y a le temps de mettre le feu, il y a le temps de le faire éclater : n'allez pas confondre eas deux choses. Le temps de mettre le feu est celui '

emp, Iti viMagM, les campagnes, et généralemeiit tous les lieux 4*0tt Ut poHrraieiH tirer des secours» La seconde oaa* siste à brûler li$ provisions^ e'est-à-dire les herbages, les légumes et les autres choses semblables qui servent à la Morrituredes hommes, et les fourrages, grains, etc., dont m MNurrii les (àmvmx et les autres bêles de somme» LatixMsième consisteà brûler les fra^a^e^, c'est-à-dire lâscbarriots, Targeot, les ustensiles, etc. La quatrième consiste k brûler les magëstnSf c'est-à-dire tous les amas de grains. La cinquième consiste à brûler l'attirail^ c'esWà-difeleselwvmix, les mulets, les armes, les étendards, etc.

(I) Ces wmtikmi oombttsiibies, disent les eommeatateurs, •cal: la pondre à caooD, lés huiles, les graisses, les berim se* Éhsi»teBsa ^tefarmoise, les)oiics«l«»lresplaiites«emUibiet.

OÙ tout est tranquille soiis le ciel, où la sérénité parait devoir être de durée. Le jour de le faire éclater est celui où la lune se trouve sous quel* qu'une de ces quatre constellations, Ki, Pi, Y, Tchen. Il est rare que le vent ne souffle point alors, et il arrive très-souvent qu'il souffle avec force.

« l.«es cinq manières de combattre par le feu demandent de votre part une conduite qui varie sui* vaut les circonstances : ces variations se réduisent à cinq. Je vais les indiquer, afin que vous puissiez les employer dans les occasions.

« r Dès que vous aurez mis le feu, sl^ après quelque temps, il n*y a aucune rumeur dans le camp des ennemis, si tout est tranquille chez eux, reslez vous-mêmes tranquilles, n'entreprenez rien ; attaquer imprudemment, c'est chercher à se faire battre. Vous savez que le feu a pris, cela doit vous suffire : en attendant, vous devez supposer qu'il agit mmréBmml; les efieis n'en seront que plus fu- MstM. U est att-«bdans, attendes qii'H éclate et ^pie foos «a voyÎM des étiaeeUas a» dakoia^ fOui poufiei aller reeevoîr eeu qui ne abereheront ^u'è saaauver,

•2*. Si, peu d6 temps ai^avaîr ukk feu, lOiit vofea i|tt'U s'élève par tourbiUoiis« ne 4ûmm pm

464 ÉTAT CÉNEEAL

aux ennemis le temps de l'éteindre, envoyez des gens pour l'attiser, disposez promptement toutes choses, et courez au cœnbat.

€ 3'. Si, malgré toutes vos mesures et tous les artifices que vous aurez pu employer, il n a pas été possible à vos gens de pénétrer dans l'intérieur, et si vous êtes forcés à ne pouvoir mettre le feu que par dehore, observez de quel coté vient le vent ; c'est de ce côté que doit commencer Imcendie ; c*est par le même côté que vous devez attaquer. Dans ces sortes d'occasions, qu'il ne vous arrive jamais de combattre sous le vent.

c 4\ Si, pendant le jour, le vent a soufflé sans discontinuer, regardez comme une chose sûre que, pendant la nuit, il y aura un temps où il cessera : prenez là-dessus vos précautions et vos arrangements.

a 5*. Un général qui, pour combattre ses enne^ mis, sait employer le feu toujours à propos, est un homme véritablement éclairé : un général qui sait se servir de l'eau, pour la même fin, est un excellent homme. Cependant il ne faut employer l'eau qu'avec discrétion. Servez-vous-en, à la bonne heure; mais que ce ne soit que pour gâter les che-

DES FORCES DK LA CQINE. 46S

mins par où les ennemis pourraient s'échapper ou recevoir du secours.

0 Les différentes manières de combattre par le feu, telles que je viens de les indiquer, sont ordinairement suivies d'une pleine victoire, dont il faut que vous sacliiez recueillir les fruits. Le plus considérable de tous, et celui sans lequel vous auriez perdu vos soins et vos peines, c'est de connaître le mérite de tous ceux qui se seront distingués, c'est de les récompenser, en proportion de ce qu'ils auront fait pour la réussite de l'entreprise. Les hommes se conduisent ordinairement par l'intérêt; si vos troupes ne trouvent dans le service que des pei* nés et des travaux, vous ne les employerez pas deux fois avec avantage. >

§ 13. — Armes défensites.

Avant d'entrer en matière, citons le passage du 4* article de Se-ma, sur la Majesté des Troupes.

( Ce qui touche de plus près les hommes, dit-il, doit être fait avec beaucoup de soin. Les habits, les armes, les casaques, les cuirasses, les boucliers.

POECES mUTAIREs'oi LX CUINC 30

466 ÉTAT GÉffÉRàL

doivmt être tels, que, sans embarrasser ceux qui les portent, ils puissent les mettre en état de parer les coups de l'ennemi, et leur donner la facilité de lui en porter. Des armes bien aiguisées, des cuirasses et des casques assez forts pour résister au fer, inspirent la confiance, augmentent le courage, eH servent comme de supplément aux forces ordinaires. Que Tesprit d'une épargne sordide ne vous suggère jamais de ces mauvaises raisons, qui, présentées sous un c^ain jour, sont qudquefois assez plausibles pour en imposer aux plus désintéressés, comme aux mieux intentionnés. Sous l'apparence de quelques avantages présents sont cachées les pertes les plus funestes. »

Voilà certes des maximes honnêtes : et ce peuple n*en est pas avare. On doit naturellement s'attendre à trouYi^r 4ps« rwn a'^ négligé pour l'équipement et la défense du guerrier chinois ; nous allons en voir les détails, et juger. Cette partie de notice trayail considérera d'abord Thabillement ^ les casques , les bonnets, les cuirasses, les bouicliers, etc., des différents ordres de troupe; elle i

(lonnera ensuite quelques détails sur les ^endards, |

si curieux et si multipliéSj'sur les tentes^ les tam- i

bours. etc., de Tarmée chinoise«

I. Cavalerie. — La cavalerie porte un casque orné, dont voici à peu près la description. Le corps du casque est de fer, dont les lames ouvragées et cloutées s'arrondissent en forme de cône tronqué : le poids de cette partie est de 600 grammes environ. A la base du cône, dans la partie qui s'ajuste sur la tête, est attachée une sorte de collier, s'avançant jusqu'au dessus des yeux, pour former visière ; par derrière, sont adaptées deux plaques de cuivre, formant oreillettes. Au-dessus du casque, flotte un panache : c'est un bâton ajusté, que surmonte un long pompon noir, au-dessous duquel flottent les fils d'un gros gland rouge en poils de vache.

L'habit ou cuirasse des cavaliers est composé de plusieurs pièces, qui, lorsqu'elles sont toutes ajustées, donnent assez l'idée de la dalmatique des sous-diacres. Le corps de la cuirasse se compose de deux parties en forme de tablier, descendant par devant et par derrière, et se rejoignant sur l'épaule. Deux pièces sont destinées à couvrir le dessous de l'épaule et le haut du bras jusqu'au coude. Deux autres, qu'on peut appeler brassards, servent à recouvrir le bras depuis le poignet jusqu'au coude.. Au-dessous du bras, couvrant l'aisselle, s'ajustent

466 ÉTAT GÉnEEiL

deux autres pièces, réunies Tune à l'autre par derrière par une forte bande. Enfin un tablier s'attache à la \este ou cuirasse, et protège les cuisses et les jambes à partir de la ceinture. Ce tablier est attaché à la cuirasse sur la ceinture, par devant; et, sur le côté, par deux pièces carrées, ressemblant en grand aux boucles de ceinturons de nos soldats.

Cette armure est un composé de toile violette, ou bleue foncée, en dehors ; et de toile blanche, formant doublure, en dedans : les bords sont de toile noire, sauf ceux du tablier à la partie supérieure, qui sont de toile bleue. Entre ces toiles, c*est-àdire entre la doublure et rhabillement proprement dit, on introduit jusqu'à 146 morceaux de tôle, grands ou petits, et 1 ,500 clous de cuivre pour attacher ces morceaux. Le tout est orné de figures de dragons, de nuages, de montagnes, d'eaux et de fleurs, et exige l'achat de 8 mètres de toile violette, 9 Je toile blanche, 2 de toile noire, et 50 centimètres de toile bleue.

Le prix de ce casque et de cette cuirasse peut tire évalué pour le trésor à quatre taëls, environ 30 francs de notre monnaie.

a Le casque et la cuirasse, dit le Sema, ne doi- \ent être ni trop étroits ni trop pesants. S'ils ser-

Dl-S FORCES DE LA CHINE. 469

rent trop la tête et le corps, ou s'ils surchargent l'une et l'autre d'un poids inutile, de l'homnie U plus agile ils font un homme lourd, et diminuent à coup sûr, dans tous ceux qui sont ainsi gênés, la force, l'adresse et la valeur. Un soldat dont la tête et le corps ne sont pas à Taise et qui est affecté de quelque douleur sourde, n'est pas la moitié de luimême, il ne saurait combattre avec avantage. >

II. Archers. — Le casque des archers est moins élégant que celui des cavaliers : il en diffère aussi par la forme, mais peu sensiblement. Au lieu du pompon qui surmonte le gland, le panache se compose d'une suite d'ornements en bois tourné, ressemblant à des boules superposées. Ce casque a, comme l'autre, un gland rouge en poils de vache ; et la partie inférieure est formée de deux pièces qui couvrent tout le bas de la tête et le cou jusqu'aux épaules : il a aussi des oreillettes en plaques de cuivre.

Le porps même du casque est en fer battu et pè^e un peu plus de 1 kilogramme.

Pour la cuirasse des archers, elle est, quant à la forme, taillée exactement sur le modèle de celle des cavaliers, et se compose entièrement des mêmes parties. Elle porte pour ornement extérieur la fi«

470 ' ÉTAT GÉISÉRiL

gure de sept dragons brodés en or. Elle se compose, comme lautre, de morceaux de fer battu, au Qom^ bre de soixante, et d un millier de clous en cuivre battu. La toile extérieure qui la recouvre est do couleur violette, ou, comme le disent les Chinois, de rouge tirant sur le noir : on emploie 7 mètres de cette toile ; la doublure, qui prend 8 mètres d'étoffe, est en toile blanche. Il faut 2 mètres et demi de toile bleue pour la partie supérieure du tablier ; et un mètre et demi de toile noire pour la bande qui sert de bordure à tout Thabillement et qui tranche sur la couleur du fond entre le blanc et le bleu.

III. Corps des fusiliers. •-* Leur casque est semblable à celui des archers, avec ces deux différences que d'abord il ne protège pas le cou, et n'a que des oreillettes, et ensuite que le poids en est plus léger, puisqu'il n'est que de 800 grammes environ.

La cuirasse de ce corps diffère beaucoup des deux précédentes : elle a la forme d'une longue blouse, et n'a point de ceinture. Dans cette cuirasse, les attaches au-dessus des épaules, que nous avons remarquées plus haut, sont totalement supprimées ; celles qui couvrent Taisselle subsistent seules. Cette sorte de casaque est boutonnée par devant dans sa

DUS FOE€Ei DB LA GflllfE. 471

iMigmiir^ et porte sur le milieu de la poitrine; use plaque rondo dorée, en forme de lune*

Cet habillement est fait de toile fourrée de co- Umf et couverte de clous de cuivre battu* La parti» extériewe est en toile noire^ la doublure en toila bleue : 7 mètree de la première, i [mètrea et dwà de la seconde, et un kilograaime seulement de coton pour la fourrure* Il entre dan» la contcKtiiro ilO dous, ei autant de morceaux de cuir derrièm ladoubhiroy pour qu'on puisse y river la peinte dm cloB< U faut ajouter 30 cMtimètres envkoi^detQila noire et de toile bleuoy pour ledebors et ladonUfeM dueellier.

IV. Habita d'ofdoiMMce. ^ Ces habite et la emibxn ou bonneC qui kn est apptopr^, to«l kH ménwe pour ks cavaliers, les finttiera et iM ir« eh«r9. Le bcMmefr a la forme d'me aktta on hé* nmpàèfe, aotMr de.laqu^o règne un hnêféfffféf et à laquelle est attachée «n# coMMttf qui se passe sons le mentoB^ La calotte «A en fils de soie peints eÉ ri«9e ; le bord est en satia noir, doublé de toile noire^ L'attache est de couleur bleue.

La casaque est une blouse à in(»iches : «Aie est de toile noire doublée de ^toile blanche : elle est boutonnée sur toute la longueur, boutonnières en

472 ÉTAT GÉRÉaAL

fils do soie, boutons en os : il y entre 4 mètres de toile noire, 3 mètres et demi de toile blanche.

Les soldats armés du sabre et du bouclier ont une casaque plus longue que la précédente, et garnie d'un plus grand nombre de boutons; ils portent de plus le ceinturon et la culotte* Le ceinturon est une large bande de toile rouge, doublée de toile blanche, bordée de toile noire, et fourrée de coton: il estg^arni de boutons également, et de boutonnières en fils de soie. La culotle d'ordonnance est aussi en toile, et d'une couleur noirâtre, la doublure est en toile blanche. La ceinture de cette culotte est assez large et est faite en toile bleue.

Le corps a un autre habit et un autre bonnet d'ordonnance, dont la bizarrerie exige une description toute particulière. La coiffure est une espèce de casque, qui a la prétention de figurer une tête de tigre. Ce casque se pose sur la tète, de façon que le terrible guerrier qui s'en couvre, voie par les yeux et puisse parler par la gueule du monstre. Une garniture, de couleur peau de tigre, comme la coiffure, descend sur les épaules qu'elle couvre, et s'agraffe par .'devant. Le corps de ce casque est en cuivre battu, la partie inférieure est en toile jaune.

Li casaque représente naturellement la peau du

DES FORGES DE Là CHiriE. 473

tigre : elle se compose d'une blouse, boutonnée par devant, d'une culotte à ceinture, et d'un ceinturon. Le tout est fait en toile jaune, ou couleur de tigre, et doublé en toile bleue : la casaque et le ceinturon sont fourrés de coton. Il faut de plus observer que la garniture des boutons de la casaque, la bordure du ceinturon, et la ceinture de la culotte sont en toile rouge. La forme est la même que celle des habits d'ordonnance dont nous avons donné plus haut la description.

V. Boucliers. — Gibernes. — Poires à poudre. — L'idée qu'on peut se faire du soldat armé du sabre et du bouclier , celle qu'on peut avoir du fusilier, seraient nécessairement incomplètes, si nous ne disions ifn root du bouclier, de la poire à poudre et de la giberne.

Le bouclier est d'un aspect véritablement ridicule à force de vouloirparaltre terrible. C'est un disque, quia 75 centimètres ]de diamètre environ, tressé avec une espèce de jonc particulière : du côté qui s'appuie au corps du soldat, ce jonc est apparent , et l'on y a adapté un anneau mobile par où le bras s'introduit à la partie supérieure, et, à la partie inférieure, une poignée immobile. Mais, sur la face opposée à l'ennemi, l'art cbinoi» a fait merveille :

474 Ètài êà^ÈÊML

(SÊqu(mi^m^iié'$bMiy eeil mm vtato gMvàtk toirtê roKigp, n^cte qaëtn gtmim àèkmim p^itAmmi \m grô9 êoe&A àe me rtnige àkffaM db om^ m détaeluttt mrki faw 4obI ie UêA «b( bkiiy rt, cbh» i9, aihdml» dtf c« à» tiÉsanglaiti^ dMd ffm VMS ftmchs Mae» el à «owcik rwageau Qw a# prend»»! k fmte à te Toe ito eet ho^ribi» iqpfptrall

LsL giberne est simplement une grande gii)eciëre, dont le couvercle se rabat et se rattache sur un des côtés : elle s'attache au corps par defix cordons dfe soie bleue. Le soldat y place ses balles et tout ce qu'il croit utile à la charge de son fusil : d^^ordï* naire elle est confectionnée en toile noire huilée, et couverte d'arabesques dg fantaisie de couleurs voyantes. C'est une des fournitures que TËtat ne fait pas à ses défenseurs : le soldat se la procure et l'entretient à sa guise.

Le canm k c^yfifMiip ia( pcmif^ ttl tovfèiftÉl r^essemblsfflit à cmiqiMiÊCfm êiï»iK)»tMi^«tw bm» pQfnr la ehas^ : il s'Mcrisdbe à ht étts«que p» émix mneaux, et ^t de eoiu)e«r noire^ Oè Yêtp^upsm mr l'arme pour amiorcer, et o» le r^lace ok il dirit être : mouvements ^i doheftt retajrder censîdérablettent la charge Nous n'avons rmi è aîcnrter

DES FORGES M hk CHINE. 41&

ici à ce qiie nous «vous dit déjà de la labîlcêtkMi dt la poiidre.

YL Tente» et Étendard». ---^Oâ fiehe a» terr# deux poutrelles droiteB, on adafto sur le«fa dieM extrémités une poutrelle transversale^ dam kl fofm^ de k lettre grecque ^. Gela làît , sor la travMse même, on fait pcttser une toile que Tor tend bm pied par des anneaux et de gros eknia : latent» est Go^nstruite. Ordinairement les tentes ofti pvèa dtf deux mètres de haut, 4 mètres et demi de long^ et 12 mètres de pourtour : Tétofie, à Text^ieur, &à une grosse toile blanche, dont il faué, en eoiaptant les bords, les boutonnières, etc. y un peu {dus de 7& mètres. Les portes de cette tente, qui se replient comme les battants d'une porter, cmt «fne ferme triangulaire. La doublure est de toile Mené ordi«« naire et emploie environ SO mètres d'étoffe. Ob attache derrière les boutonnières, pour leur deBEner de la résistance, une centaine de moreea«x de cûr, entre les deux toiles. Le tout est enduit dTlroile pour la conservatioïi, et tendu par âm cordes d'en corce, qui ont uûc force supérieure à edlea de chanvre.

Bien que cette forme de tente soit edie qae l'en adopte dana tovtes h» dreonstanees, la àmecif^m

qui vient d'être faite est tout particuIiêremeDt applicable à la tente du général, aux re\Ttes et aux exercices ; c'est là que se réunissent les principaux officiers qui ont été convoqués, et de là ils assistent au défilé des troupes.

Pour les étendards, les Chinois sont prodigues : et, pour le prouver, il suffit de dire qu'il y a pour 5 hommes un petit étendard ; et un grand pour 25 hommes ou une compagnie. Si cette forêt de drapeaux ne rend pas de grands services, on ne peut nier que le spectacle en plaine ne doive en être fort brillant.

Avant de les décrire, mentionnons qu'auprès de la tente du général se trouve dressée ime tour nommée tour des signaux : elle renferme l'étendard général, bien entendu; mais, déplus, autant d'étenparticuliers qu'il y a de corps différents. Le gênérai veut-il faire exécuter un mouvement, iPenvoie à cette tour un officier avec un ordre : on montre l'étendard du corps qui doit faire évolution. Il y a aussi dans cette tour des trompettes , des tambours, des canons, etc.

Les différentes couleurs des étendards sont : le jaune, le blanc, le vert, le bleu, le rouge et le noir, toutes couleurs faciles à apercevoir comme »^

gnaux. Le Sutitse dit : « Si \ous avez à faii*e des évolutions pendant la nuit , faites exécuter vos ordres au bruit d'un grand nombre d'instruments; si , au contraire , c'est pendant le jour qu'il faut que vous agissiez, employez les drapeaux et les éten* dards pour faire savoir vos volontés. Le fracas des instruments servira pendant la nuit, autant à jeter l'épouvante parmi vos ennemis, qu'à ranimer le courage de vos solHats : l'éclat d'un grand nombre d'étendards, la multitude de leurs évolutions , Isi diversité de leurs couleurs, et la bizarrerie de leur assemblage, en instruisant vos gens, les tiendront toujours en haleine pendant le jour, les occuperont et leur réjouiront le cœur, en jetant le trouble et la perplexité dans celui de vos ennemis. Ainsi, outre l'avantage que vous aurez de faire savoir promptement toutes vos volontés à votre armée entière dans le même moment, vous aurez encore celui de lasser l'ennemi, en le rendant attentif à tout ce qu'il croit que vous vouiez entreprendre , de lui faire naître des doutes continuels sur la conduite que vous devez tenir, et de lui inspirer d'é* temelles frayeurs. >

Outre les étendards aux six couleurs, qu'on peut appeler élendards généraux ou banuières. il y a le

478 Ètkt 6Éfiâiii

d^fand et le petit étenëard. Le grand se porte à la tète d'une compagnie de 25 hommes, £omme nous Tarons dit plus haut. Le fond en est de satin vert, aur lequel est hrodé en or un animal étrange recouvert d'écaillés; toiis les bords sont de satin rouge à découpures flottantes. La forme de l'étendard est triangulaire, et ce triangle est sunnonté d'une flamme ou large ruban flottant, en soie }>rochée d'or. Le bâton est surmonté d'une grosse iiouppe rouge en poils de vadie. Une courroie aide h le soutenir dans le fourreau de cuir que soutient à son cou le porCe^tendard ; enfln le bât<Hi est con- «elidé de distance en distance par des cercles de mtîfi destinés à l'empêcher de se fendre. Tout ce (qui entre dafi« la composition de cet étendard est ^emi OH huilé. Le petit étendard est porté à k tète de S faonmies seulement : il y en a donc cinq par compagnie. Ces petits étendards, qui ne sont guère que le quart du précédent, sont de satin vert brodé de satin rouge, avec une flamme de 5 pieds, de soie broéàée d'or.

A ces étendards, il faut joindre une biumiëfe rouge, formant un parallélogramme allongé le l^ag du bois, sur laquelle scmt gravés des caractères diinds, et qui se porte à la queue de diaque coia-

DES FOftCeS ^E Là CBÎNE. 479

pagnie de 25 hommes. Le bâton ert terminé par un fleeon 4e peik 4e fecbe , une Aunî^-^ère et «B tfident doré. Le bftton, comme celui de tous les étendards, est un simple bambou dans lequel fm a introduit une tige de fer.

Let^ésultat de ees «bser^aitiena doit être, qu'il y a sept drapeaux par eompagnie : le grand étendard, ecluiqui ttent la tète delaeompagnie ; les S moyens, qui tiennent ebaeun la tête de dnq bommes ; et enift le plus petit, ia bannièro rouge, qui ferme la

UtMrcue.

VL Instruments de muflflique.-^Panni les instruments destinés à Tamaée en Chine, il faut placer en pr^nifcre ligne, comme étrat le plus souvent employés, le foet ie M^o; le /a est un iMtrament es cnifrê, de la £MUie d'un bassin ttufmé ou d'un gros iamboMT de basque qui pèse envimn deux kilogrammes. On le fait fsetenlîrMiie frappant avec un «naffleau de faeis, en même simptaBent awc un bAton. On remploie dans les esençioss et les revues pour transmettre les Mdnes du générdi t le nombre deseeups frappés, la manièm de les AfapperMr le «entre eu ^w les ^ct«émités, fenuent mimU de aSgmux différenis et ceuMBM, #apnto leiqutfh e'eséctttenft tes maaesuwec ut les éaeiutÎQM, $1

variées qu'elles soient. On s'en sert encore pour désigner les veilles de la nuit, ou même, comme chez nous du cri : Sentinelles, prenez garde à nous! pour constater que les gardes de tous les quartiers du camp ne sont pas endormis. Le kin-lo, qui a la même forme et qui sert aux mêmes usages, ne diffère du lo que par sa grosseur qui est plus considérable, et pal* son poids qui est de 4 kilogrammes. Ces instruments ont environ un mètre de diamètre, et 15 centimètres d'épaisseur. Le son, qui parait faible d'abord, se grossit d'instant en instant, et se propage à une fort grande distance.

Un extrait du Se-^ma peut donner quelque idée de l'emploi de ces instruments, ainsi que de celui du tambour, dont nous donnons plus bas la description, pour la manœuvre et les combats, c Pour faire avancer vers l'ennemi, on frappera sur le tambour un nombre de coups déterminé, et à quelque intervalle Tun de l'autre; pour engager le combat, on frappera sur le tambour, mais préci* pitamment et à coups redoublés ; pour arrêter la marche ou faire cesser le combat, on frappera sur le lo; s'il s'agit de revenir sur ses pas, c'est le tambour qui en donnera le signal, et l'intervalle qu'on mettra entre les différents coups sera la

mesure du nombre de pas que l'on doit faire et que le général aura déterminé. II n'y a pas de meilleur moyen, ni qui soit plus simple, pour maintenir Tordre et empêcher qu'une retraite qui n'a rien que de très-honorable, n'ait l'air d'une fuite, et n'en acquière quelquefois la réalité, par la con* fusion où l'on doit être nécessairement dans une marche inhale ou trop précipitée, ou par les attaques imprévues des ennemis, qui, persuadés que vous fuyez, voudront, par des efforts redoublés, achever entièrement votre défaite. »

Le Se^ma parle encore en termes relevés des tambours et de leur mission : c Les sept sortes de tambours, etc., sont les directeurs et les guides / d'une armée bien disciplinée : il n'est personne dans une armée qui ne leur doive toute son attention, afin de pouvoir faire, à point nommé, les évolutions, commandées. Les tambours... doivent être connus de^ corps particuliers auxquels ils appartiennent. II y a les tambours porte-étendards, les tambours des chars, les tambours de la cavalerie, les tambours des fantassins, les tambours communs, les tambours de la tête et les tambours de la queue. Tous doivent être dans un même lieu, lorsqu'on doit commencer la bataille, et c'est à eux *

fORCIS MILITAinES DE I.A CHINE. 31

4S2 ÉTAT 6ÉNÉftAL

que le général s'adresse pour donner ses ordres. Dès que tous les tambours sont rendus au lieu dé^ ûgùé^ le général leur ordonne de battre la charge ; alors la cavalerie et les chars se placent à la tôte de l'armée, et Tinfanterie s'avance à petits pas juft<]tt'à la portée du trait, pour commencer le combat dans l'ordre qui aura déjà été déterminé ou qui sera in'diqué sur^IeM^hampt Les chars s'ouvrent, la cavalerie revient par les côtés, et les ftmtasrins avaibcent toujours, et combattent en avançant^ jusqu'à ce qu'ils aient enfoncé 1^ ennemis. »

Le tambour des Chinois se place entre quatre bâtons qui le soutiennent de quatre côtés, et qui le retiennent par deux anneaux : la forme est assez semblable à celle d'un tonnelet peu allongé. Il est le plus souvent peint en rouge uni, surtout celui qui sert à annoncer les différentes veilles de la nuit, et celui qui sert à la bataille, comme nouR Tavons lu dans le Se-tM. Mais il y en a un autre plus gros, quoique de même forme et dont on se sert pour donner les signaux. Ce dernier, à fond rouge, est enluminé de mille figures et couleurs diversi».

Pour les trompettes, en usage dans l'armée chinoise, elles ne sont guëre que de demt sortM, et sont toutes deux en cuivre battu. Leur usage est le

même que celui du to et des tambours. L'une, la plus usitée, a la forme d un gros porte-voix, et .est à peu près montée au ton de nos cors de chasse ; l'autre, renflée vers l'extrémité, est à un octave audessous de la première.

Nous terminerons cette notice sur les instni-* ments militaires par un mot sur les canquêi :.on se sert des conques, dans la ville de Péking, pour tous les exercices et les appels; à l'armée, elle indique les mouvements, et donne le signal de la retraite. Chaque division de Tannée a la sienne, chaque corps particulier la sienne.

Note mpoRTANiE. -^ Ne pouvant introduire dans cet ouvrage des figures qui pourtant eussent été fort utiles, nous indiquerons au moins les gravures précieuses que l'on trouve à la Bibliothèque impériale. Elles ont été exécutéesà Paris, sur la demande de l'empereur de Chine lui-même. Outre les lumières que les gravures peuvent jeter sur les costumes, armes et usages dçs Chinois, elles aideront à com* prendre leurs campements, leurs revues et leurs batailles.

Voici l'indication de ces gravures :

Conquêtes de Kien-Long, empereur de la Chine,

484 ÉTAT GÉfféSiL DF.S POUCES DE U CHINE.

remportées dans le royaume de Chanagar, gravées par ordre du Roi sur les dessins donnés par TEm* pereuren 1767.

Seize estampes ^ gravées d*après les dessins des missionnaires Jean-Denis Attiret, Jean-Damascène Sichelbarth et Joseph Gastilhoni, par les graTOurs AUam, Choffard, Le Bas, Masquelier, Née et Saint- Aubin; sous la direction de Charles-Nicolas Cochin le fils.

Indiquées dans le catalogue de l'œuvre de Cochin par Jombert. Paris, 1770, in-8^, n* 316, page 120.

Page 1