‹ État général des forces militaires et maritimes de la ChineChapitre 42 sur 50 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Arrivé au terme de notre tâche, nous croyons avoir présenté un tableau aussi complet que pos* sible des divisions militaires et maritimes de la Chine.' Notre unique atnbition est d'être un peu utile en réunissant dans une sorte de faisceau des documents et des faits qui pourront éclairer les commerçants, guider les voyageurs, et être de quelque secours pour nos officiers. Nous ne terminerons pas, sans répéter d'une manière positive que, dans notre pensée, ce livre n'est pas fait pour le besoin des circonstances, qu'il n'est pas motivé seulement par la guerre actuelle, mais que le but, par nous cherché, est plus durable et plus élevé Nous ne doutons pas, et personne ne doute non plus du résultat des opérations militaires ; ce sera

un triomphe de plus pour les armes eumpéenues. Mais ce qu'il faut désormais, c'est un avenir d'affaires, une suite non interrompue de relations ; c'est comme on la dit si souvent, la porte ouverte en Chine.

Maintenant, quelque étendu qiie soit notre travail, le lecteur nous saura gré de le laisser en compagnie de l'abbé Hue ; car nous ne pouvons résister au désir de reproduire les excellentes considérations suivantes, qui serviront de corollaire à notre livre.

€ D'après tout ce quenous venons de dire, on peut se former une certaine idée de l'armée chinoise. Il n'existe pas, peut-être, dans le monde entier, de plus misérables troupes, ni de plus maT équi« pées, de plus indisciplinées, de plus insensibles à l'honneur, de plus ridicules, en un mot; assec fortes pour écraser par le nombre des hordes de Turkestans ou des bandes de voleurs, elles ont prouvé, dans la dernière guerre contre les Anglais, qu'elles étaient incapables de résister à des soldats européens, même dans la proportion de cinquante contre un. Cette complète nullité de l'armée chi-^ noise tient à plusieurs causes, dont les principales sont la longue paix dont TEmpire jouit depuis plusieurs siècles, car les petites guerres qu'elle a eu

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à soutenir sont insuffisantes pour ranimer cbes w peuple l*esprit guerrier; la politique do la dynastie mantchoue qui eherehe à tenir les Ghinda dans l^impuissance de secouer le joug ; rentètement du gouvernement à ne vouloir admettre aucune réfor-

me dans la tactique et les armes des temps anâena ; enfin le discrédit qu'on cherche à répandre sur Tétat militaire. Un si^ldat, selon l'expression chinoise, est un homme antisapéfut, c'est-à-dire sans prix, sans valeur, un hoopue qui ne peut pas être représenté par un denier. Un mandarin militaire n*est rien à c6té d'un officier civil ; il ne doit agir que d'après l'impulsion qu'on lui donne ; il est le rejirésentant de la force, de la matière, une machine à laquelle Tintelligenee du lettré doit imprimer le mouvement.

€ Ces enHses, pourUmt, sont purement aeddet^ tettee, et notée ne pensons pas qm les Chinois soient radicatement ineapables de faire de bons soldats. Ils sont susceptibles de beaucoup de dévouement, et même d'un grand courage. Leurs annales sont aussi remplies de traits héroïques que celles des Grecs, des Romains et des peuples les plus guerriers. Quand on parcourt Thistoire de leurs longues révolutions et de leurs guerres intestines, on est

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souvent saisi d'admiration, en TOjant des pc^iila^ lions entières, hommes, femmes, enfants, linllards, tous, en un mot, sout^iir avec achamement et enthousiasme des sièges horribles, et défoidre, jusqu'à complète extermination, les murs de leurs cités. Que de fois les tableaux de ces luttes grandioses nous ont reporté à des traaps plus modwnes, en nous rappelant la sublime^éfense de Sarragosse ! Nous avons remarqué, à plusieurs époques, des dévouements semblables àgcelui de ce fameux Russe, qui eut le sombre et épouvantable courage de réduire Moscou en cendres pour sauver sa patrie. Et, dans les premiers temps de la dynastie mantchoue, les Chinois n'ont-ils pas eu le patriotisme et l'énergie de ravager eux-mêmes les côtes jusqu'à la distance de vingt lieues dans Tintérieur des terres, de renverser de fond en comble les villages et les cités, d'incendier les forêts et les moissons, de faire enfin un immense désert, pour anéantir la puissance d'un formidable pirate, qui, depuis longtemps, tenait en échec toutes les forces de l'Empire?

« On a beaucoup ri, beaucoup plaisanté de la mauière dont se comportaient les soldats chinois devant les troupes anglaises. Après les premières dé-

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«harges, on les voyait se débarrasser de leurs armes et prendre la fuite à toutes jambes, comme ferait un troupeau de moutons au milieu duquel une bombe éclaterait tout à coup. On en a conclu que les Chinois étaient des hommes essentiellement lâches, sans énergie et incapables de se battre. Ce jugement nous parait injuste. Nous avons toujours pensé que, dans ces circonstances, les soldats chi* nois avaient tout bonnement fait preuve de bon sens. Les moyens de destruction employés par les deux partis étaient tellement disproportionnés , qu'il ne pouvait plus y avoir lieu à montrer de la bravoure* D un côté, des flèches et des arquebuses à mèche, et de lautre de bons fusils de munition et des canons chargés à mitraille. Quand il était question de détruire une ville maritime, c'était la chose la plus simple du monde ; une frégate anglaise n'avait qu'às'embosser tranquillement à une distance voulue ; puis, pendant que l'état-major, attablé sur la dunette, manœuvrait tout à son aise avec du Champagne et du madère, les matelots bombardaient méthodiquement la ville, qui, avec ses mauvais canons , ne pouvait guère envoyer des boulets qu'à moitié chemin de la frégate. Les maisons et les édifices publics s écroulaient de toutes

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ptHs, wm» (n^pfé^ de la feodre. L'aiiUlerie oh glaise était pour oea malheuieiix qvelcpie chOM da il temUe » de al surinmialii , qutls fiaîie»! par a*îmagiiiar atcur à eomlMittfa eontra des âtroa aurnaturah. ComBueiit atcâr du ooimiga dana UM lutte lemUaUe f

« IncapaUes d'attemdi« uii emanii qui laa Imi* droyaitiout à wn aise, ila n'avaient qu'à se sattfer« et c'est ce qu'ils firent, selon nous, avee beaucoup de prudraee et de sagesse. Le gou?Qiiieinent seul était blâmable de pousser au eombat des milliera d'hommes, sans armes , em qudque sorte, et sana moyens de défense ; c'était les envoyer à une moart certaine et inutile* Les troupes anglaises sont asaurément pleines à» valeur; mais si un jour il ani« vait, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'elles n'eussent pour défendra leur pays contre une armée wrc^^éenna que les flèches et les arqu^mses conquises sur lea Chinois, elles seraient, nous en sraames convainc eu, bientôt à bout de leur incomparable bra« voure.

a H est probable qu'il serait possible de trouver en Chine tous les éléments nécessaires pour organiser l'armée la plus fonnidable qui ait jamais paru dans le monde. Les Chinois sont intelligents, ingénieux,

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d'un esprit prompt et plein de aoupletae. lia mà9^ sent rapidement ce qu'on leur enseigne, et le gvçh» vent aisément dans leur mémoire, lia sont, de plus, persévérants, et d'une activité étonnante, quand ils veulent s^en donner la peine ; d'un earafii tère soumis et obéissant» respectueux envMv Taulo* rite, on les verrait se idier sans elfort à toutes lea exigences de la discipline la plus sévère^ Les Ghi-* nois possèdent, en outre, une qualité bien pré« cieuse dans des hommes de guerre, et qu*on ne trouverait peut-être nulle part aussi développée que chez eux : c'est une incroyable facilité à sup« porter les privations de tout genre. Nous awns été souvent étonné de les voir endurer, comme » se jouant, la fkim, la soif, le froid , le chaud, les dif« Acuités et les fatigues des longues courses. Ainsi, sous le rapport intellectuel et physique, ils ne pa^ raissent laisser rien à désirer. Pour ce qui est du nombre, on en aurait par millions tant qu'on voudrait.

« L'équipement de cette immense armée serait encore, probablement, peu difficile. Il ne serait pas nécessaire d'avoir recours aux nations étrangères; on trouverait abondamment dans leur pays tout le matériel désirable, et des ouvriera sans

nombre, bien vite au courant des nouvelles inventions. •

f La Chine offrirait surtout des ressources incomparables pour la marine. Sans parler de la vaste étendue de ses côtes, où de nombreuses populations passent en mer la majeure partie de leur vie, les grands fleuves et les lacs immenses de Tintérîeiir, toujours encombrés de pêcheurs et de jonques de commerce, pourraient fournir des multitudes d'hommes habitués dès leur enfance à la navigation, agiles, expérimentés, et capables de devenir d'excellents marins pour les longues expéditions. Les officiers de nos marines de guerre, qui ont parcouru les mers de la Chine, ont été souvent déconcertés de rencontrer au large, fort loin des côtes, des pêcheurs affrontant audacieusem^it la tempête, et conduisant avec habileté leurs mauvaises barques à travers les vagues énormes qui menaçaient à chaque instant de les engloutir. La construction des navires sur le modèle de ceux des Européens ne leur offrirait aucune difficulté, et il ne leur faudrait que peu d'années pour lancer à la mer des flottes telles qu'on n'en a jamais vu.

€ Nous comprenons que cette armée immense, ces avalanches d'hommes descendant du plateau de la

haute Asie, comme au temps de Thinggis-khan, et ces innombrables bâtiments x^hinois sillonnant toutes les mers , et venant encombrer nos ports, tout cela doit paraître bien fantastique à nos lecteurs. Nous sommes nous-même assez porté à croire que ces choses ne se réaliseront pas, et cependant, quand on connaît bien la Chine, cet empire de trois cents millions d'habitants, quand on sait combien il y a de ressources dans les populations et dans le sol de ces riches et fécondes^contrées, on se demande ce qui manquerait à ce peuple pour remuer le monde et exercer une grande influence dans les affaires de l'humanité. Ce qui lui manque, c'est peut-être un homme, et voilà tout; mais un homme de vaste génie, un homme vraiment grand, capable de s'assimiler tout ce qu'il y a encore de puissance et de vie dans cette nation, plus populeuse que l'Europe, et qui compte plus de trente siècles de civilisation. S'il venait à su(^r un empereur à larges idées et doué d'une volonté de fer, un esprit réformateur, déterminé à briser hardiment avec les vieilles traditions pour initier son peuple aux progrès de l'Occident , nous pensons que celte œuvre de régénération marcherait à grands pas, et qu'un temps viendrait, peut-

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