Saint-Bourdin, op. cit
:i. Paul Ricuer, ojj. cit., 156.
modifier sa position. Je crois qu'une foule d'intermédiaires peuvent établir le rapprochement entre ces deux extrêmes. Chez Rose, l'attitude du bras gauche, tout en restant bien cataleptique puisque je puis la modifier à mon gré sans éprouver de résistance, perd un de ses caractères. Le sujet a beau regarder son bras, il ne peut pas le baisser, il n'en reprend pas la disposition. Chez d'autres, les choses vont plus loin; le bras levé en l'air à leur insu est d'abord cataleptique ; mais au bout d'un certain temps, un quart d'heure pour Lucie, quelques minutes pour Justine, il devient de plus en plus raide. Non seulement le malade ne peut plus le bouger en regardant, mais moi non plus je ne peux plus le bouger quand j'y touche : la catalepsie partielle s'est peu à peu transformée en contracture. Chez S. môme, la catalepsie partielle détermine une contracture qui gagne peu à peu et envahit tout le corps.
Il n'est pas toujours nécessaire que cette transformation se produise pour que l'on voie les analogies entre les deux phénomènes. On sait qu'une des conditions de la catalepsie partielle, c'est l'électivité. Quand elle manque, l'état cataleptique peut prendre l'apparence de l'état de contracture. Si une personne étrangère cherche à déplacer le bras gauche de Léonie que j'ai mis en l'air, elle va rencontrer une résistance étonnante; elle trouvera que le bras est raidi jusqu'à l'épaule et portera justement le diagnostic de contracture hystérique. 11 est vrai que je n'ai qu'à toucher le bras pour la remuer dans tous les sens : ce bras est en contracture pour vous et en catalepsie pour moi.
Enfin, quand l'électivité est exaltée, quand une malade a été très souvent hypnotisée et dominée par un operateur, ses contractures môme naturelles, survenues, par exemple, à la suite d'attaques, se transforment, pour cet opérateur, en simples catalepsies. Léonie, Lucie, actuellement Marguerite viennent me présenter leur bras contracturé pour que je le défasse. 11 me suffit, pendant
LES TROUBLi:S DU MOUVEMENT.
que le sujet détourne la tête, de déplacer doucement le bras et les doigts comme s'ils étaient cataleptiques. Le massage lui-même, d'ailleurs, que l'on emploie si heureusement pour les autres malades, semble avoir un effet identique, et provoquer plus brutalement de nouvelles images musculaires qui modifient les images ti^op persistantes.
Ces observations, que je ne puis discuter ici en détail, me semblent suffisantes pour rapprocher les deux phénomènes et leur donner une explication générale du même genre. M. Pitres ^ remarquait déjà fort bien que cette contracture n'est pas un phénomène uniquement musculaire, puisqu'il suffit de frotter la peau qui recouvre le tibia pour l'établir. J'irai seulement un peu plus loin dans le même sens. Ce n'est pas, au moins dans la majorité des cas, un réflexe purement élémentaire, puisque la contracture produit des attitudes systématisées avec coordination des diverses contractions musculaires; puisqu'elle alterne avec des catalepsies qui sont, elles, des phénomènes supérieurs; puisqu'elle obéit à des attouchements d'une personne déterminée et qu'elle manifeste de l'électivité. Il doit y avoir ici aussi un certain mécanisme psychologique. Si on laisse de côté quelques contractures purement organiques, dont je n'ai ni affirmé, ni nié l'existence, on peut dire d'une façon générale que les contractures d'origine psychique, les seules que j'aie étudiées, sont des phénomènes analogues aux catalepsies partielles. Elles sont dues également à des phénomènes subconscients, qui doivent être rapportés à des sensations et à des images kinesthésiques subsistant à part, isolément, en dehors de la conscience personnelle du sujet. D'un côté comme de l'autre, des excitations extérieures provoquent de telles sensations ^ Celles-ci, en raison du rétrécissement de la
\. Pitres, op. cit., I, 385.