FÉRÉ, Sensation et mouvement
conscience, de la distraclion et de l'anesthésie, ne sont ni contrôlées, ni arrêtées par les autres phénomènes psychologiques et tendent à persister indéfiniment en se manifestant comme toujours par des mouvements extérieurs.
Une seule chose pourrait nous embarrasser, c'est que les actes subconscients, comme on l'a vu souvent, sont des actes faibles, exécutés avec continuité, mais sans énergie, car ils ne sont pas rattachés à ces émotions, à ces efforts d'attention qui provoquent les actions vigoureuses. Mais il ne faut pas se laisser aller à une illusion :les contractures, malgré leur apparence, sont aussi des actes faibles. Beaucoup d'auteurs et récemment M. Paul Richer, l'ont mis en évidence par beaucoup d'observations*. Autrefois, j'avais cherché à m'en rendre compte d'une manière plus élémentaire : j'avais glissé un dynamomètre dans la main gauche de Rose, au moment où la main se contracturait en flexion avec une force en apparence très grande : l'instrument fut pris et serré dans la contracture, mais il ne marqua que 9 ; surune autre malade, j'ai obtenu 12, mais jamais plus. Or, ces chiffres sont précisément ceux que l'on obtient très facilement par des actes subconscients. Ils ne semblent pas indiquer qu'une force plus grande soit nécessaire dans les contractures.
Une autre difficulté peut être soulevée à propos de la durée de ces contractures. J'aurai plus tard des remarques à faire sur ce point et je montrerai que cette durée et cette permanence sont souvent illusoires, surtout quand il s'agira des contractures accidentelles produites sur des membres sensibles. Dans tous le accidents que l'on considère en clinique comme de contractures, les muscles sont loin de conserver un contraction absolument immuable. Il faut cependan
1. Brissaud et Règnard, Soc. de biologie, 1876. Pitres, o;;. ci(. 383. — Paul Ricuer, op. cit., 121.
LES TROUBLES DU MOUVEMENT
remarquer que, si le membre est bien anesthésique, la contracture est peu variable et ne présente pas, dans sa courbe enregistrée par des appareils, ces soubresauts et ces oscillations qui dépendent d'ordinaire de la fatigue'. Même dans ce cas, la contracture ne résiste pas indéfiniment ; si on exerce sur un membre contracturé une traction continue, on voit le membre se détendre peu à peu. Cette permanence d'une contracture faible est donc toute relative, elle n'a rien de plus extraordinaire que la catalepsie continue d'un bras qui reste en l'air pendant une heure. Ici encore, c'est l'absence des phénomènes de douleur, de fatigue et d'émotion qui permet à la contracture de se prolonger jusqu'à épuisement de la force physique des organes. Cet épuisement, malgré l'absence du sentiment de fatigue, est si réel que toute contracture, comme toute catalepsie prolongée, est suivie d'un état parétique du membre.
Après avoir constaté les analogies, il ne faut pas cependant méconnaître les différences : la catalepsie et la contracture sont deux formes différentes d'actes subconscients. Dans la contracture, il semble que les images motrices soient encore moins conscientes, encore plus séparées de la perception personnelle du sujet qui est tout à fait incapable de les ressaisir. Ces images isolées sont moins disposées à se systématiser, à former des groupes autour d'une image prépondérante, elles manifestent moins d'électivité et reconnaissent moins bien le maître ordinaire ; elles obéissent uniquement à des procédés plus brutaux, le massage, la traction continue : en un mot, elles sont moins intelligentes. Comme on le verra plus tard, l'obéissance cataleptique dépend d'un certain groupement intelligent des images subconscientes, d'un rudiment de seconde personnalité. Dans la contracture, ce groupement existe beaucoup moins ou même n'existe pas du tout.
i. Charcot, Mal. du syst. nerv., III, 121.
ÉTAT MENTAL JJES HYSTÉIUQUES.
C'est une autre forme, plus avancée, de la désagrégation psychologique.
Je n'hésite pas à avouer que ces dernières considérations sont fort hypothétiques ; en dehors des cas de suggestion et de dressage évident, il est hien difOcile de dire pourquoi l'acte subconscient se manifeste tantôt sous une forme, tantôt sous une autre. Une seule notion générale demeure évidente, c'est que ces altérations du mouvement sont, comme les précédentes, des conséquences des phénomènes subconscients et se rattachent, par conséquent, comme tous les autres troubles du mouvement aux stigmates mentaux de l'hystérie.