CHAPITRE V
LES MODIFICATIONS DU CARACTÈRE
L'étude du caractère des hystériques avait, pour beaucoup d'auteurs, une grande importance, car ils réunissaient sous ce titre tous les phénomènes psychologiques présentés par les malades. Ces phénomènes très nombreux ont déjà été l'objet dans ce livre de quelques études distinctes et seront encore analysés à propos des accidents et des idées fixes. Le caractère hystérique devient donc ici un sujet d'études beaucoupplus restreint et bien moins important. Je ne puis étudier sous ce titre que les modifications générales produites par les stigmates psychiques dans la pensée et dans la conduite.
Même pour faire cette étude restreinte, il faut prendre quelques précautions; le caractère dépend beaucoup de Tintelligence primitive des malades, du milieu où ils ont vécu et de leur éducation. L'hystérie peut frapper des personnes très différentes, des riches et des pauvres, des intelligentes et des sottes, des vertueuses et des vicieuses. Il ne faut pas mettre sur le compte de la maladie des traits de caractère qui auraient été exactement les mêmes si la maladie n'était pas survenue. Il ne faut donc décrire que les modifications du caractère, les transformations que la maladie a visiblement amenées avec elle dans la conduite des malades. Il faut encore se garder d'un autre dan-
ger : l'hystérie expose les malades à de nombreux accidents mentaux, surtout à des idées fixes et à des impulsions. Ces phénomènes tout accidentels, extrêmement variables d'un sujet à l'autre, ne sont pas des traits de caractère et dépendent moins de la maladie elle-même que de certaines circonstances extérieures. Je tâcherai d'éviter ces deux dangers en décrivant l'intelligence, la volonté et la sensibilité de ces malades. Je crois qu'après les études précédentes il faut insister très peu sur l'intelligence et la volonté et décrire plus complètement les émotions et quelques faits particuliers auxquels la tradition accorde une certaine importance.
§ 1. — MODIFICATIONS DE l'iNTELLIGENCE ET DE l'aCTIVITÉ
« Après de nombreuses attaques, dit Briquet, la plupart des hystériques éprouvent dans leur intelligence des altérations; elles perdent de leur mémoire, leur faculté de s'appliquer diminue notablement; elles deviennent incapables d'une attention quelque peu soutenue... Quelques-unes deviennent pesantes et ont perdu notablement de leur intelligence *. » Quelles que soient les illusions que puissent causer la vivacité apparente et même quelques facultés brillantes plus ou moins sauvegardées, je crois que l'opinion de Briquet est juste dans sa généralité. Non seulement après de nombreuses attaques, mais à peu près dès le début de la maladie, l'intelligence des malades est amoindrie. Bien entendu, cet amoindrissement est tout relatif et ne peut être apprécié que par les personnes qui ont antérieurement bien connu les malades.
Cette diminution porte principalement sur un élé-