Azitom. psych
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nières différentes, qui se traduisent un jour par un geste, un jour par telle ou telle parole, un autre jour par des coups. Quand Célestinc se met en colère, ce n'est pas si compliqué, elle a toujours et partout la même colère. Rougir, crier très fort, dire des injures, toujours les mêmes, frapper les gens à coups de poing et casser quelques carreaux, c'est absolument réglé. Quelquefois ce défaut d'adaptation de l'émotion aux circonstances est encore plus net et les malades ont des sentiments contradictoires inverses de ceux qu'ils devraient éprouver dans la réalité. Renée se met à pleurer quand elle devrait être heureuse; elle éprouve le besoin de dire des choses désagréables aux personnes qu'elle aime le plus, ou elle se prend à caresser ceux qu'elle déteste. Il semble qu'il y ait un mécanisme qui règle tout ce développement des émotions et que ce mécanisme soit troublé comme dans les phénomènes de l'allochirie ou de l'étérocinésie.
3° Chez une même malade, les émotions différentes sont très peu nombreuses. Il semble que chacune ait la sienne, toujours la même. Louise est une peureuse : toutes les impressions, quelles qu'elles soient, amènent la peur. Gélestine est une coléreuse, toute excitation, une surprise, une mauvaise nouvelle, aussi bien qu'une réprimande, provoquent une colère ou plutôt sa colère. Que l'on essaye d'émotionner Berthe de diverses manières, par une douleur, une surprise, une moquerie, etc., elle réagira toujours de la même manière, par une sorte de désespoir qui est son état émotionnel à elle. Elle pâlit, pleure, étouffe, gémit ces paroles : « Que je suis malheureuse! Quel être inférieur je suis! Pourquoi vivre encore? je suis maudite. » Et ce sera toujours la même chose, on dirait qu'elle récite une leçon.
Et, en effet, elle récite : son émotion n'est pas une émotion actuelle, ce n'est pas une synthèse de phénomènes créée par son esprit au moment où je lui parle
et en rapport avec le mot que j'ai prononcé. C'est une émotion ancienne construite peu à peu à la suite de ses malheurs de famille et de ses chagrins trop réels. Cette émotion s'est systématisée, et elle est toute prête à fonctionner maintenant, à tort et à travers. 11 y a, en un mot, des émotions automatiques comme des actes automatiques, et celles-ci, comme toujours, sont conservées et exagérées chez les hystériques. Il est juste d'ajouter que cette exagération de l'émotion ancienne tient au caractère général de l'esprit des hystériques, au rétrécissement du champ de leur conscience qui les oblige à avoir sans cesse des idées isolées, sans pensées antagonistes, sans contrepoids. « Une impression donnée, disait justement M. Laurent, venant effacer brusquement les idées antérieurement existantes, l'hystérique se trouve dans la situation d'un homme qui apprend tout d'un coup, ou voit quelque chose à quoi il ne s'attend pas. Cette impression chasse les autres idées et, dominant l'intelligence, cause selon sa nature l'étonnement, la peur, la joie sans être contre-balancée par rien K » Nous verrons avec plus de précision, en étudiant les suggestions, cette puissance que prend un phénomène automatique grâce à la faiblesse présente de la perception personnelle.
Après avoir remarqué ce caractère général des émotions qui subsistent chez ces malades, il faut voir sous quelles formes particulières elles se présentent le plus souvent, quelles sont les espèces d'émotions les plus fréquentes. Presque toutes les émotions simples, la joie, la gaieté, la surprise, la peur, etc., peuvent se développer, surtout chez celles qui ne sont pas assez malades pour ne plus comprendre du tout les situations nouvelles, et chacune de ces émotions envahira totalement l'esprit, avec cette exagération et cette ré-
1, L. Laurent, De l'état mental des hystériques. Archives cliniq. (Je Bordeaux, sept. 1892, 4,
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giilarité. Mais il faut reconnaître que les émotions tristes, déprimantes, sont de beaucoup les plus fréquentes. On a souvent signalé une distinction assez juste entre l'hystérie de l'homme et celle de la femme. On représente la femme hystérique comme agitée, remuante, gaie, riant aux éclats, faisant raille folies, et l'homme, au contraire, comme plus triste, plus mélancolique et inerte. Les choses se présentent le plus communément de cette manière, et il est certain que l'hystérie de l'homme, « ce renversement des lois constitutives de la société », selon Briquets est plus pénible, plus cruelle que celle de la femme. Un homme souffre plus de cette inertie, de cette destruction de toute force vive, et son affaiblissement moral étonne davantage.
Mais, derrière cette différence apparente, il y a un fond de ressemblance, et l'hystérie est toujours la même. C'est la mélancolie et la tristesse qui sont les sentiments dominants chez les femmes comme chez les hommes. Toutes les malades dont j'ai parlé sont tristes et désespérées; l'ennui continuel, le dégoût de la vie, la peur', les terreurs, l'extrême désespoir, voilà ce qu'elles expriment toutes continuellement. Les éclats de gaieté folle sont des accidents au miheu d'une tristesse très monotone. Elles justifient une pensée souvent exprimée par les philosophes, et reprise récemment par M. Féré, « la sensation de plaisir se résout dans une sensation de puissance, et la sensation de déplaisir dans un sentiment d'impuissance^ » . J'irai même plus loin; et, malgré la vanité hystérique qui existe quelquefois, mais dont on a fort abusé, je dirai qu'elles sont très souvent humbles, incapables de rien affronter, découragées pour un rien, et comme honteuses. Celles qui ne s'aperçoivent pas du tout de leur état