‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 101 sur 133 · Breuer et Freud. Op. cit. y · texte numérisé non relu

Breuer et Freud. Op. cit. y

déjà connus; nous chercherons ensuite d'une manière générale quelle place ces délires doivent occuper dans la maladie.

g 1. — EXAGÉRATION DE l'aBOULIE. CONFUSION MENTALE.

Tous les stigmates hystériques dépendent d'une insuffisance psychologique qui se manifeste, comme on l'a vu, par les troubles de l'attention et de la volonté, par la distraction, l'amnésie continue, etc. 11 est vrai que d'ordinaire la synthèse mentale est très diminuée, mais non supprimée : le malade perçoit peu, oublie beaucoup, agit mal, mais, dans une certaine mesure, il perçoit, se souvient et agit. Cette faiblesse amène des troubles intellectuels, disr tractions, doutes, étonnemenls en présence des objets nouveaux, erreurs de mémoire, etc., mais elle ne va pas d'ordinaire jusqu'au délire proprement dit.

Cette aboulie peut grandir à certains moments et se manifester par des troubles beaucoup plus accusés de l'intelligence. Pendant les quelques heures qui précèdent l'attaque et quelquefois pendant une journée entière, Marguerite devient comme stupide, elle ne fait plus rien, ou marche au hasard, elle répond tout de travers aux questions et même, une fois, elle est restée tout interloquée quand je lui demandais son nom. Elle essaye de comprendre et de répondre, n'y parvient pas ; alors elle se fâche, frappe du pied et gesticule : « C'est trop fort, je suis embarrassée pour dire mon nom..., tout s'embrouille..., est-ce que je rêve... quoi... je n'en sais rien... je pense un tas de choses, toute ma vie, tout défile.... Qu'est-ce que vous me voulez? Comme il fait noir dans ma cervelle ! » Ce n'est pas, comme on voit, l'inintelligence complète, mais c'est un trouble de perception bien plus fort que son aprosexie ordinaire. Nous constatons des phénomènes analogues chez Berthe et chez Renée, avec cette différence que, chez cette dernière, cette exagération de l'aboulie se manifeste plutôt

après les attaques. On constate même chez cette malade des interprétations délirantes de son état qui sont particulièrement curieuses : « C*est stupide, dit-elle, j*ose à peine le dire, il me semble que je suis morte. » Une autre, Mus., qui, dans les mêmes circonstances, est également incapable de comprendre et de répondre, interprète singulièrement son état: « Je suis bête, bonne à rien.... Je suis comme une criminelle que Ton va punir.... » Nous voici bien près d*un délire.

On sait que les hystériques sont, en général, fort indifférentes, elles répètent volontiers des émotions anciennes, mais elles sont incapables de former des émotions nouvelles en rapport avec la situation présente*. M. SoUier insiste sur cette indifférence chez les anorexiques qui se nourrissent très insuffisamment. « L'indifférence n'existe plus seulement dans Tordre intellectuel, mais dans Tordre moral ; leurs familles s'étonnent soxivent de les voir supporter, sans jamais rien manifester, sans joie et sans douleur, sans rires et sans larmes, les événements gais ou pénibles qu'on leur annonce*. » J'ai vu, dans les mêmes circonstances, cette indifférence étonner les malades ellesmêmes. (( J'ai bien changé, disait Lee, je n'ai même plus la force de détester mon mari, on dirait que toutes les personnes me sont sorties de l'idée. » L'absence d'émotion se joint à l'absence de perception pour constituer un état mental de plus en plus près de Taliénation.

Ces symptômes peuvent augmenter encore, supprimer à peu près complètement toute synthèse mentale et plonger le sujet dans un état de stupeur complète. Cet état de psychasthénie aiguë a été décrit sous bien des noms, aujourd'hui il est surtout connu en France sous le nom de « confusion mentale ». M. Chaslin a surtout insisté sur la confusion mentale primitive qui se produit à peu près subitement chez un sujet jusque-là bien portant, au moins en apparence*. Celle qui se produit chez les hystériques

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