‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 102 sur 133 · SoLLiER. Anorexie. Revue de médecine · texte numérisé non relu

SoLLiER. Anorexie. Revue de médecine

n*est pas de ce genre, puisqu'elle n*est que Texagération momentanée d'une faiblesse mentale antérieure, tlle a cependant, à notre avis, à peu près les mêmes caractères. L'observation suivante, rapportée en résumé, fera connaître mieux qu'une description cet accident.

Déni., âgée de 20 ans, présente des antécédents héréditaires assez nets. Sa mère est une hystérique qui a eu des attaques de 15 à 27 ans, son oncle maternel est bizarre et peu intelligent, son père est mort de tuberculose pulmonaire à 30 ans. Cette jeune fille elle-même a eu la rougeole dans l'enfance et une fièvre typhoïde très grave à 15 ans. Depuis, son intelligence et surtout sa puissance d'attention sont restées très affaiblies ; elle travaille bien, devient même une excellente ouvrière dans un atelier de modes, mais ne réussit qu'avec une application et une peine énormes. « C'est vrai, disait-elle à sa mère, j'arrive à bien faire, mais cela me coûte trop, tu ne te figures pas ce qu'il me faut souffrir pour faire attention et comprendre, ce n'est pas naturel. » Ces excès de travail la rendent impatiente et peu maîtresse d'elle-même; à la suite de contrariétés légères, elle eut deux attaques de chacune 20 minutes, avec contorsions, trismus, contractures. Plus récemment, quelques émotions, une tentative de séduction la bouleversent, elle rentre chez elle fort agitée, parlant à tort et à travers de messieurs qui voulaient l'enlever et d'une expédition qu'elle veut faire en Angleterre pour diriger un grand magasin. Elle ne délire pas complètement, les faits sont vrais, mais elle les complique et les exagère. Après quelques jours d'une agitation semblable, elle a encore, à plusieurs reprises, une attaque de convulsions et de contractures. Le médecin de la famille et M. Gilles de la Tourette diagnostiquent avec netteté des attaques d'hystérie. On la conduit à la Salpêtrière où nous pouvons l'examiner deux jours après la dernière attaque.

i. Ph. Chaslki. La confusion mentale primitiye. Annales médicopsychologiques j sept.-oct. 4892.

La malade est couchée, immobile, très indifférente à ce qu'on lui fait; le visage est étonné, ahuri, plutôt que délirant. En insistant, je puis la décider à se lever et à me suivre; elle obéit docilement et même bêtement, car elle me suit partout, même quand je me déplace dans la chambre. En Texaminant, je ne puis trouver aucun stigmate d'hystérie, mais je constate la plus grande confusion dans les idées et surtout dans les perceptions : (v Qu'est-ce qui m'est arrivé? dit-elle en réponse à mes questions très répétées, mais je n'en sais rien du tout.,., j'étais à l'atelier, je travaillais, pourquoi est-ce que je n'y suis plus?... Où suis-je ici?... quelle est cette chambre?... je ne comprends pas, j'ai la tète vide.... Vous êtes bien Monsieur F., vous êtes bien le frère d'André, n'est-ce pas?... Cette demoiselle (la surveillante), c'est Mlle M..., n'est-ce pas? Est-ce que je suis toujours Déni...? Peut-être. Mais c'est drôle, je ne sais plus rien, c'est d'un vide dans ma tèté, je ne m'y retrouve plus du tout. » C'est bien l'aprosexie complète, avec défaut de perception, perceptions fausses, amnésie continue, etc. Le seul fait qui rend cette observation plus curieuse que les autres, c'est que cet état est resté le même sans modifications, deux mois et demi.

Pendant cet intervalle, la malade a eu de temps en temps quelques rêves, les uns. ayant un rapport vague aux incidents du début ; elle s'agilait et criait : « On va m'emmener bien loin... je serai une grande dame, je suis la fille à Boulanger, etc. » ; les autres, de couleur mélancolique, ressemblent aux interprétations des perceptions fausses que nous avons déjà signalées : « Oh ! comme je suis sale... tu prends mes mains, tu n'es pas dégoûté. Pourquoi as-tu cet air triste?... je ne veux pas rester dans une maison où tout le monde a l'air triste. » Une fois elle a eu une colère bizarre, elle jouait avec un porte-plume qu'elle avait pris et s'est mis en tête de l'enfoncer dans la main de ceux qui approchaient : on a eu quelque peine à le lui enlever. De temps en tenâps, surtout quand elle s'agitait.

elle semblait étouffer et serrait les dents comme au début d'une attaque. Mais tout cela était très exceptionnel, elle restait en réalité tout le temps immobile et très docile, dans un état de stupidité complète. Elle se portait bien d*ailleurs, mangeait convenablement et n*a pas semblé s'amaigrir; toutefois il faut remarquer que, dans les derniers temps de la maladie, elle mangeait plus et engraissait notablement.

Vers la fin du troisième mois, elle eut de temps en temps, dans la journée, des moments de lucidité, elle reconnaissait les gens, se rappelait sa vie antérieure, non son délire ni sa période de stupeur dont le souvenir n'est jamais revenu, elle consentait à travailler et à coudre un peu. Dans ces instants passagers, j'ai remarqué une chose très intéressante, elle était hémianesihésique du côté gauche; cette hémianesthésie disparaissait dans les périodes de stupeur (je ne parle pas du champ visuel, il a été, malgré mes efforts, très difficile à mesurer chez une pareille malade). Elle a quitté l'hôpital à demi rétablie. J'ai appris depuis que la stupeur a complètement disparu, mais qye la malade a des crises d'hystérie et des idées fixes, en particulier des idées erotiques comme s'il était resté quelque chose de l'incident initial.

Encadrée ainsi entre des symptômes nettement hystériques, cette confusion mentale paraît se rattacher à l'hystérie. D'ailleurs, elle ne doit pas nous surprendre, elle n'est que le développement d'un symptôme psychologique que nous avons rencontré à un degré plus ou moins élevé chez beaucoup d'autres malades. Nous sommes disposé à croire avec M. Charpentier que des phénomènes de ce genre ne sont pas en eux-mêmes bien spécifiques et qu'ils peuvent se rencontrer au cours de beaucoup de maladies mentales^

1. Charpentier. La confusion mentale. Hevue générale de clinique et de Ihérapeutique, 4 février 1892.

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