‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 107 sur 133 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les définitions de Thystérie étaient autrefois très nombreuses et tout auteur était obligé de passer en revue une cinquantaine de formules présentées par ses devanciers avant d'exprimer à son tour sa propre pensée ^ Mais quand une étude plus précise eut montré la variété de ces phénomènes « plus nombreux que les formes de- Protée et que les couleurs du caméléon » , on n*osa plus les réunir dans une même formule.

Lasègue, qui était cependant bien convaincu de Texistence de lois rigoureuses dans les manifestations hystériques, n'essaye plus de définir cette maladie. « La définition de riiystérie, dit-il, n*a jamais été donnée et ne le sera jamais. Les symptômes ne sont ni assez constants, ni assez conformes, ni assez égaux en durée et ep intensité pour qu'un type môme descriptif puisse les comprendre tous*. » Il préfère se borner « à étudier isolément chacun des groupes symptomatiques ; après ce travail préalable, on réunira les fragments et on recomposera le tout de la maladie*. »

Le conseil donné par Lasègue a été suivi et les auteurs les plus compétents ont évité de se prononcer sur la définition générale de cette maladie. Ils se bornent pour la plupart à montrer un certain nombre de caractères qui

1. Voir la longue préface, intéressante d'ailleurs, de Bbachet. Traité de rhystérie, 18i7, et son chapitre sur les définitions, p, 202.

2. Lasègue. Hystéries périphériques, 1878. (Études médicales^ II, 78.)

3. Lasègue. De l'anorexie hystérique, 1873. (Études médicales^ II, 45.)

permettent de reconnaître la nature hystérique d'uu phénomène*.

Peut-être, quand on déclare impossible la défmition de l'hystérie, s'est-on fait de la définition une idée trop ambitieuse. Nous sommes évidemment incapable, dans ce cas comme dans tous les autres, de faire connaître la nature véritable, l'essence d'une chose, ni l'explication dernière d'aucun phénomène. Mais une définition, sauf dans les sciences purement rationnelles comme les mathématiques, n'a jamais donné ni essence ni explication. Nos définitions ne sont que des idées générales, des résumés qui doivent seulement contenir le plus grand nombre de faits possible. Une définition serait parfaite si elle embrassait dans une même formule absolument tous les faits que Ton peut observer à propos d'un objet. Elle est irréalisable, puisque nous ne connaissons pas tous ces faits. Une définition serait excellente si elle résumait seulement tous les faits connus, mais cela est encore un idéal difficilement accessible. Une définition est suffisante quand elle exprime dans une seule phrase la majorité des faits connus. Sans doute une pareille formule, comme toute théorie scientifique, est provisoire, puisque les faits connus augmentent incessamment et la rendent bientôt trop étroite. Mais on ne supprime pas une semblable définition en montrant simplement que tel ou tel fait de détail n'y est pas compris; il faut pour la rendre inutile lui opposer une autre définition plus simple et plus générale embrassant non seulement les faits compris dans la première, mais d'autres encore. Si l'on s'en tient à cette conception modeste de la définition, a-t-on le droit de dire qu'une définition suffisante de l'hystérie est aujourd'hui impossible? N'y a-t-il aucun caractère commur ^ui rapproche la majorité des faits qui ont été recueiUii de tous côtés. S'il en était ainsi, l'hystérie n'existerait pas et ne mériterait pas d'être étudiée commf ^me maladie distincte, i

1. Babinski. De la migraine ophtalmique hystérique. Archivve$ de neiiro/oyte, 1891 « extrait, p. 81. —PiTREff. Op. C2Ï., 1,4.

g 1. L*HYSTÉRIE, MALADIE PAR REPRÉSENTATION.

Une définition, comme on sait, ne peut résumer des faits qu'en les groupant autour d'un phénomène « dominateur », c'est-à-dire en mettant au premier rang un caractère déclaré par hypothèse le plus important et en montrant aussi clairement que possible que tous les autres faits dépendent de ce caractère. Dans les définitions anciennes, le caractère choisi le plus souvent comme essentiel était un caractère physique, une modification réelle ou supposée des phénomènes physiologiques élémentaires. Pendant très longtemps, les promenades de l'utérus à travers le corps, ses altérations^ ses douleurs ont été le centre autour duquel gravitaient tous les autres symptômes. Ces définitions ne réunissaient qu'un nombre très restreint de phénomènes, c'est le seul reproche que nous leur adressons. Plus tard, un autre phénomène, que l'on considérait aussi comme un fait uniquement physique, l'attaque, devint prédominant et l'hystérie fut essentiellement une maladie convulsivante. « Lhystériey disait Brachet, est une névrose du système nerveux cérébral qui se manifeste plus ou moins brusquement par des crises de convulsions cloniques générales et par la sensation d'un globe ascendant dans le trajet de l*œsophage, à Vextrémité supérieure duquel il vient se fixer pour y causer une menace de suffocation^. )) Ces définitions étaient un peu plus compréhensives que les précédentes, les phénomènes qui se rattachent à l'attaque ètaiept^çiertainement plus nombreux que ceux qui dépendent de^/modifications utérines. Mais elles présentaient une grande lacune, elles laissaient à peu près complètement de côté les accidents interparoxystiques qui sont si nombreux. Puisqu'un grand, nombre d'auteurs n'avaient pu réussir à grouper des symptômes autour d'un phénomène physique, on a peu à peu changé de point de

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