‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 119 sur 133 · L. Laurent. États seconds · texte numérisé non relu

L. Laurent. États seconds

L*anesthésie se comporte comme une distraction ; elle est variable, mobile; elle disparaît souvent quand on peut provoquer un effort d*attention du sujet. Elle n*est ni profonde ni complète, car elle laisse subsister des sensations élémentaires sous forme de phénomènes subconscients faciles à constater dans bien des cas. On peut produire par les distractions elles-mêmes des insensibilités qui ont tous les caractères des anesthésies hystériques. Quand la répartition de Tanesthésie se modifie, ce qui est très fréquent, on constate des alternances, des équivalences dans les sensations disparues. « La sensibilité, disait autrefois Cabanis, semble se comporter à la manière d'un fluide dont la quantité totale est déterminée, et qui, toutes les fois qu'il se jette en plus grande abondance dans un de ses canaux, diminué proportionnellement dans les autres*. » Si vous contraignez le sujet, en attirant son attention, à retrouver la sensibilité du côté gauche, il la perd du côté droit. Obtenez-vous la sensibilité tactile totale, le rétrécissement du champ visuel augmente tellement que le sujet devient momentanément aveugle, ainsi que je l'ai observé plusieurs fois sans l'avoir prévu. Voulez-vous élargir le champ visuel, l'anesthésie tactile augmentera. Ces modifications arrivent souvent d'une manière spontanée et certains sujets semblent avoir le choix entre plusieurs formes d'anesthésies équivalentes. Ces alternances n'existent pas seulement pour les anesthésies, mais pour bien d'autres phénomènes, et c'est pourquoi les hystériques ne sont pas guéries quand on leur a plus ou moins complètement supprimé un symptôme. La faiblesse de leur pensée subsiste et elles perdent d'un côté ce qu'elles ont semblé regagner d'un autre. La localisation de l'anesthésie peut dépendre d'une suggestion ou d'une idée fixe, mais l'anesthésie en elle-même et les stigmates en général sont des manifestations de l'insuffisance de la perception personnelle, du rétrécissement du champ de la conscience.

i. Cabanis. Histoire des sensations dans l'étude sur le rapport du physique et du moral. Œuvres complètes, 1824, IIÏ, 153.

M. J. Héricourt, quand il résumait notre étude sur l'anesthésie hystérique, a employé une expression très heureuse qui exprime bien notre pensée. « Ce$t par une sorte de pai^esse que le personnage principal supprime toute une série de sensations^ celles qui lui sont le moins indispensables^ afin de limiter le champ d'une activité dont il aurait quelque peine à faire les frais,,, ce rejet de tout un groupe d'éléments psychiques gênants constituerait une sorte d'autotomie psychologique spontanée dont il existe d'ailleurs des cas non douteux. Ainsi, on sait que les personnes qui louchent d*un œil suppriment complètement la vision de Tœil atteint par le strabisme et ne voient en réalité que d'un œil, bien que leurs deux yeux soient également sensibles aux impressions rétiniennes ^ ». Nous pensons donc que Ton peut résumer les stigmates par la formule suivante : a Les choses se. passent comme si les phénomènes psychologiques élémentaires étaient ausn réels et aussi nombreux que chez les individus normaux^ mai9 ne peuvent pas, à cause du rétrécissement du champ de la conscience, à cause de cette faiblesse de la faculté de synthèse^ se réunir en une seule perception, en une seule conscience personnelle •.

Cette nouvelle conception à laquelle nous avons été amené par l'étude des stigmates est loin d'être en opposition avec les conclusions de nos précédentes études sur les accidents. Le dédoublement de la personnalité est bien plutôt la conséquence immédiate de cette faiblesse de synthèse psychologique. Cellcrci laisse subsister des phénomènes psychologiques, mais ne les réunit pas à l'idée de la personnalité. On peut se représenter les faits de somnambulisme et les actes subconscients, comme des groupements secondaires, des systématisations accessoires de ces phénomènes psychologiques négligés. « Les choses se passent comme si le système des phénomènes psycholo-

1. i. Héricourt. L'activité inconsciente de l'esprit. {Revue scientifique, iS^9, 11,262.)

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