‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 130 sur 133 · Annales médico-psychologiques, 1892, II · texte numérisé non relu

Annales médico-psychologiques, 1892, II

contraire ; nous n^avons pas Tinlention d'assimiler entièrement une hystérique simple, avec ses anesthésîes, ses attaques et ses contractures, à un psychasthénique qui ne présente que des doutes, des impulsions et des idées fixes, n n'y a pas entre ces deux catégories de faits la grande différence que Ton supposait autrefois en disant que les premiers étaient des phénomènes physiques et les autres des phénomènes moraux; en réalité, ces faits sont aussi psychologiques les uns que les autres. Mais des différences importantes peuvent exister même entre des faits psychologiques. Le défaut de synthèse mentale, la désagrégation de l'esprit ne se présente pas de la même manière dans les deux cas. Dans l'hystérie, les phénomènes psychologiques ne pouvant plus être complètement réunis, se séparent nettement en plusieurs {j^roupes à peu près indépendants l'un de l'autre. La personnalité ne peut percevoir tous les phénomènes, elle en sacrifie définitivement quelques-uns; c'est une sorte d'autotomie, et ces phénomènes abandonnés se développent isolément sans que le sujet ait connaissance de leur activité. Aussi l'anesthésie est nette, l'amnésie est absolue, l'attaque et le somnambulisme se distinguent bien de la veille, les idées fixes ne sont pas exprimées, ni même connues par le sujet. Le délire existe dans la tête du sujet sans qu'il s'en rende compte et pendant qu'il continue à avoir un langage très raisonnable. Une hystérique crache tous ses aliments dès qu'elle les met dans sa bouche, et elle paraît faire raisonnablement tous ses efforts pour manger et rejette ses aliments malgré elle sans aucune intention, ni pensée de sa part; on croit en la voyant, et elle croit elle-même, qu'il s'agit d'un trouble de la déglutition et d'un accident simplement physique; on serait mal venu à déclarer qu'elle est folle. Cependant elle est en plein délire; depuis sa dernière attaque, elle rêve continuellement que sa mère du haut du ciel l'invite à venir la rejoindre et lui commande de mourir de faim le plus tôt possible, et c'est uniquement ce délire qui provoque le vomissement. Mais ce délire est séparé de la conscience normale; il est subcon-

scient, ignoré par les assistants et par le sujet lui-môme. « Les hystériques, disent MM. Breuer et Freud, sont raisonnables dans leur état éveillé et aliénées dans leur état hypnoïde^ » C'est cette séparation nette des phénomènes psychologiques que Ton peut exprimer d'une manière schématique en disant que, dans Fhystérie, il y a fornialion de deux personnalités indépendantes; la désagrégation prend la forme de dédoublement de la personnalité.

Il en est tout autrement chez les psychasthéniques, la désagrégation mentale ne s*esl pas faite de la même manière : il semble que la personnalité ne se soit pas résignée aux sacrifices nécessaires et qu'elle n'abandonne qu'en partie les phénomènes à leur développement automatique. Il n'y a plus d'aneslhésie et d'amnésie bien nettes, elles sont toujours incomplèteset prennent la forme d'une distraction et d'un doute continuel. Au lieu de passer d'une idée à une autre avec une facilité extrême, en oubliant totalement l'idée précédente, le psychasthénique reste toujours indécis ntre les différentes idées. Les délires, malheureusement pour le malade, ne restent pas subconscients, ils envahissent

chaque instant la conscience, se mêlent avec les autres pensées et produisent un trouble général de la pensée beaucoup plus considérable. Aussi cette malade, qui vient se plaindre en gémissant parce qu'elle pense malgré elle à tromper son mari et qu'elle est obsédée par cette idée continuelle, nous paraît beaucoup plus folle que l'hystérique qui vomit. Le sujet lui-même se sent beaucoup plus malade et n'a jamais la belle indifférence des hystériques. Quelquefois, quoique plus rarement, la désagréjration va chez ce malade jusqu'à la formation de personnalités différentes, mais elles ne sont jamais indépendantes comme chez l'hystérique. Le malade sent ce développement d'une autre personnalité en lui-même, et il parle sans cesse de possession, tandis que l'hystérique la plus dédoublée, la plus possédée en réalité, ignore le plus souvent cette division de son esprit.

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