Pitres. Leçons sur Vhystérie^ I
la croûte dé pain grillée, puis à la croûte à l'état de charbon, puis graduellement au menu charbon. Je suppose que si Ton recherchait l'origine de beaucoup de ces goûts bizarres on en trouverait une aussi simple*. » J'ai suivi assez souvent ce conseil et j'ai pu apprécier sa valeur. Il est trop évident que l'odeur d'éther, le goût du poison se rapportent aux préoccupations des malades. Si Berthe trouve le rouge si répugnant, c'est que le rouge est la couleur du sang et lui rappelle la mort tragique de son père. Léonie éprouve des sensations bizarres au contact de l'aimant, c'est que tous les magnétiseurs qui J'ont étudiée se servaient avec elle d'un aimant et lui ont mis en tête les théories les plus fantaisistes sur le magnétisme. Ces idées sont devenues chez elle absolument fixes et indéracinables, et encore aujourd'hui, trente ans après la mort du magnétiseur, elles ont tout leur effet. On guérira tous les accidents de Léonie en appliquant alternativement sur le point malade les deux pôles d'un aimant; on aura une peine infinie pour les guérir si on ne connaît pas ce procédé. Nous faut-il beaucoup d'imagination pour comprendre pourquoi tous les sujets ont du plaisir à toucher des pièces d'or? On trouvera peut-être ces explications un peu terre à terre, mais il ne faut pas toujours mépriser les explications simples.
Des explications psychologiques de ce genre, qui ont déjà été souvent indiquées sous le nom de théorie de l'attention cxpectante ou de théorie de l'auto-suggestion, ont été vivement critiquées. On a fait observer que bien souvent le sujet n'attend rien, ne raisonne pas et éprouve cependant l'émotion dès qu'on applique sans le prévenir l'aimant ou le métal sur son bras. On peut répondre qu'il ne s'agit pas là d'un raisonnement, d'une attention volontaire, mais d'une association d'idées automatique chez des sujets extraordinairement prédisposés à ce genre de phénomènes.
M. Morton Prince, dans un travail très curieux, a insisté sur ces « association neuroses » dans lesquelles une asso-