Breuer et Freud. Op. cit.j
la malade et en Texaminant, je constate avec surprise qu'elle est vierge, quoique mariée depuis 3 ans. La confession ne fut pas difficile à obtenir, simplement à Tétat de veille. La malade a toujours eu horreur de son mari et n'a jamais pu se résoudre à tolérer ses approches. L'horreur morale s'est traduite par une hyperesthésie de la région des adducteurs, les custodes. Les hyperesthésies qui ne dépendent pas nettement d'un accident initial rentreront toujours dans l'une des catégories précédentes, et peuvent donc encore être considérées comme des formes particulières d'idées fixes.
Non seulement nous pouvons constater l'idée fixe au début de la maladie, mais nous pouvons quelquefois montrer qu'elle existe encore maintenant dans l'esprit du sujet, quoiqu'il ne puisse pas toujours en rendre compte. Je ne citerai que deux cas, car ils demandent quelques développements pour être compris.
Colinm. (observation prise dans le service de M. Hanot) était chauffeur sur une locomotive, quand il fut victime d'un grave accident de chemin de fer; ramassé sous les décombres, il avait une assez grave blessure à l'abdomen qui ne fut guérie qu'après six mois de séjour à l'hôpital. Cependant il ne présente aucun accident nerveux et se rétablit complètement. Six ans plus tard il éprouve de violentes et terribles émotions, il voit sa femme mourir dans son lit à ses côtés d'hémorrhagie cérébrale, et peu après il perd un enfant de la diphtérie. Le voici triste, déprimé, rêveur, il souffre d'une manière vague, et enfin il vient à l'hôpital se faire soigner, car il doit avoir une maladie dans le ventre. L'abdomen en effet est extrêmement météorisé, et il est le siège d'une hyperesthésie intense.
Eh bien, je n'hésite pas à dire que cette hyperesthésie abdominale survenue six ans après l'accident de chemin de fer est due à l'idée fixe persistante de cet accident. Col... s'est bien porté pendant ces six années, mais il a été obligé de renoncer à d'anciennes habitudes d'intempérance à cause d'un fait singulier. Autrefois, quand il se laissait
entraîner à boire avec des amis un peu plus qu'il ne convenait, il avait Tiviesse fort gaie. Depuis son accident, il a remarqué qu'il ne pouvait pas s'enivrer, l'ivresse le rendait lugubre et lui donnait des terreurs, il ne parlait que d'une locomotive se précipitant sur lui et « à chaque ivresse il souffrait cruellement de sa blessure pourtant bien cicatrisée ». Aujourd'hui, si on appuie sur la cicatrice, on provoque une attaque d'hystérie. Dans cette attaque, il ne songe pas un instant à ses chagrins récents, il ne parle que du chemin de fer, il ouvçe des yeux terrifiés envoyant le train qui se précipite sur lui, et tombe à la renverse écrasé. Cet homme souffre consciemment de ses chagrins actuels, mais cet état de dépression a permis le développement d'une ancienne idée fixe datant de six ans et qui n'apparaissait autrefois que dans les ivresses.
Maria, que j'observe depuis plus de trois ans, n'a jamais présenté d'accidents hystériques du côté de l'abdomen, elle n'a même pas eu'd'ovarie. Cependant elle est atteinte d'une métrite assez grave compliquée de salpingite légère. Il y a quelques mois, inquiété par certains symptômes, j'ai conduit cette malade à M. Térillon pour un examen gynécologique. M. Térillon a eu l'obligeance non seulement d'examiner avec soin la malade que je lui présentais, mais encore de me donner quelques explications sur les symptômes que j'avais observés, il nous a parlé des grosseurs que l'on appréciait par le loucher, de leur peu d'importance, et il a déclaré que cette malade n'avait aucunement besoin d'une opération. Quelque temps après, Maria vient me dire qu'elle ' souffre horriblement du ventre et qu'elle désire savoir si elle est enceinte. En réalité, son ventre était météorisé d'une façon surprenante, et présentait dans la partie inférieure une plaque • d'hyperesthésie. Elle ne se rendait aucun compte de l'accident, puisqu'elle parlait de grossesse, et cependant, dès qu'elle fut mise en somnambulisme, elle nous donna l'explication du phénomène : « c'est la tumeur dont M. Térillon a parlé ». L'idée fixe complètement subconsciente, absolument ignorée par la
malade éveillée, était des plus faciles à constater et à modifier.
Peu à peu, nous avons pénétré la nature psychologique de ces hyperesthésies hystériques ; ce ne sont pas des exagérations de la sensation tactile, ni même de la sensation de douleur provoquée par le contact, ce sont des hyperesthésies fausses, uniquement dues aux idées réveillées par association h propos de ce contact. Aussitôt que le sujet sait que la peau de Tendroit malade a été touchée, soit qu'il rapprenne par la vue, soit qu'il le sache par la sensation tactile restée normale, il éprouve non pas une douleur proprement dite et localisée, mais une émotion générale, une angoisse, une terreur épouvantable. Ces émotions amènent des troubles respiratoires, et des mouvements de défense, des spasmes et même des attaques complètes. Enfin le sujet a souvent, au même moment, l'esprit envahi par des hallucinations plus ou moins nettes, par des souvenirs pénibles ou terrifiants. Tout cet ensemble de phénomènes psychologiques se reproduit régulièrement à l'occasion du contact d'une certaine région du corps. La sensation n'est pas douloureuse en elle-même par son intensité, mais par sa qualité, ses caractères, elle est devenue le signal auquel se rattachent par association d'idées un ensemble de phénomènes extrêmement pénibles, et dont le malade redoute à juste titre la reproduction. Ce sont, comme je le disais, des hyperesthésies par idée fixe.
g 3. — LES TICS ET LES MOUVEMENTS CHORÉIQUES.
Les troubles du mouvement qui se produisent accidentellement chez les hystériques sont innombrables, et je n'ai aucunement la prétention de les énumérer tous ; je désire seulement montrer par l'étude de quelques observations le rôle important que les idées fixes peuvent jouer dans ces accidents; je commencerai par examiner quelques mouve-
ments involontaires, dans lesquels la pensée consciente ou subconsciente est la plus évidente.
Beaucoup d'hystériques, tout en restant en apparence dans leur état normal, sans perdre conscience, exécutent avec leurs membres, involontairement et quelquefois à leur insu, une quantité de mouvements qu'elles sont incapables d'arrêter; suivant que ces mouvements sont petits et séparés par des intervalles, ou bien petits et continuels, ou, au contraire, assez grands et fréquents, on les désigne sous les noms de tics, de tremblements, de chorées.
Les tics, comme beaucoup d'autres symptômes à propos desquels nous avons déjà fait la même remarque, ne sont pas propres aux hystériques, ils peuvent exister dans beaucoup de maladies mentales beaucoup plus graves, et ils peuvent alors présenter un tout autre pronostic, mais il est incontestable qu'ils sont également fréquents chez les hystériques*. M. Charcot signale chez des hystériques des tics de la face", sous le nom de spasmes rythmiques et de spasmes respiratoires. M. Pitres décrit un grand nombre de phénomènes du même genre ^. On connaît bien la belle description de la toux hystérique par Lasègue*. Une des malades que nous avons étudiées, Mich., présentait un bel exemple de ce spasme, qui nous semble pouvoir être rangé parmi les tics. Pendant plus de six mois, elle a toussé toute la journée, elle ne s'interrompait que la nuit dans le sommeil le plus profond ; sa toux est d'une régularité merveilleuse, il y a toujours une grande toux suivie de deux petites, on pouvait représenter ce rythme par un dactyle ( — --). Le hoquet*, le rire, le sanglot sont trop connus pour que j'en rapporte des exemples. M. Pitres décrit des phénomènes voisins de ceux-ci sous le nom de logospasmes