‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 64 sur 133 · Stigmates mentaux de l'hystérie · texte numérisé non relu

Stigmates mentaux de l'hystérie

bout de 9 mois de maladie, oubliait encore tous les événements récents quelques minutes à peine après leur production. D'autre part, elle prétendait, quand on l'interrogeait sur ce point, n'être troublée par aucun rêve, par aucune idée et avoir, sauf le manque de mémoire, l'esprit aussi libre que par le passé. J'ai tenu à m'assurer de ce détail et à vérifier si réellement Mme D... avait, à l'inverse des autres malades, cette amnésie continue sans idées fixes. Je n'ai pas tardé à constater chez elle des obsessions très graves, ignorées par la malade elle-même et qui cependant troublaient complètement le fonctionnement cérébral. Ces idées fixes, ainsi que nous l'avons déjà dit, se manifestaient chez elles pendant l'attaque, pendant le somnambulisme et par dés actes subconscients pendant la veille.

Comment déterminer l'influence de ces idées fixes sur l'amnésie elle-même? En essayant de les supprimer et en examinant ce que deviendrait alors la mémoire. Les suggestions directes, c'est-à-dire les suggestions portant directement sur la mémoire, faites, soit pendant la veille, soit pendant le somnambulisme, étaient à peine parvenues à lui faire conserver quelques mots dans sa mémoire; les souvenirs personnels et conscients de Mme D... s'arrêtaient toujours exactement au 14 juillet 1891. Voyons l'effet d'une thérapeutique en quelque sorte indirecte portant non plus sur la mémoire, mais sur l'idée fixe que nous supposons importante. Je ne raconte pas comment j'ai essayé de lutter contre l'idée fixe subconsciente, ce sont des études en dehors de notre sujet. Toujours est-il que, en quelques jours, j'avais modifié cette idée fixe. La malade rêvait toujours, mais l'homme qui lui apparaissait l'effrayait beaucoup moins maintenant, car il était transformé. 11 avait pris ma propre figure et, au lieu de sa phrase terrifiante, il disait simplement : « Madame 1)..., préparez un lit, car je désire coucher chez vous à C... ». Cette modification de l'hallucination fut difficile, mais elle eut un résultat inattendu. Mme D..., tout éveillée et consciemment, eut des souvenirs vagues de son passé, elle put dire spontanément :

« C'est une peur qui m'a rendue malade, on m'a annoncé une mauvaise nouvelle » . En quelques jours, elle retrouva le souvenir des mois de juillet, août et septembre, c'està-dire des périodes les plus anciennes sur lesquelles s'étendait l'amnésie. En même temps les souvenirs du présent persistèrent plus longtemps, un quart d'heure, puis une heure, puis une demi-journée, une journée entière. Il est impossible d'étudier ici ce traitement et les difficultés qu'il présenta, je fais seulement remarquer que, chez cette malade et chez toutes les autres d'ailleurs, on constatait un rapport étroit entre l'amnésie continue et les idées fixes; quand celles-ci diminuaient, la mémoire se rétabHssait; quand les idées fixes grandissaient de nouveau, ce qui élail malheureusement trop fréquent, l*amnésie continue se rétablissait complètement. Ce nouveau stigmgjte peut donc, comme les premiers, être une conséquence indirecte de l'existence des idées fixes dans Tespril.

Comment interpréter des faits de ce genre? D'une façon bien simple si l'on veut se souvenir de ce cpie nous avons supposé en étudiant la nature des stigmates. Ils étaient simplement pour nous la manifestation d'une grande distraction, d'un rétrécissement du champ de la conscience incapable de contenir tous les phénomènes psychologiques. Or les idées fixes sont, on en conviendra, une des grandes causes de distraction. H est bien évident, même chez l'homme normal, qu'un esprit absorbé par une pensée obsédante est moins apte à percevoir les sensations et les images nouvelles. Chez des hystériques dont la force de pensée et de perception est déjà réduite, une idée fixe va devenir encore plus gênante, elle absorbe le peu d'attention disponible et laisse le sujet plus distrait, plus anestliésique et amnésique que jamais.

Ajoutons que souvent ces idées Cixe^ privent les malades de sommeil, ce qui est loin d'être insignifiant dans les maladies par affaiblissement .de la synthèse psychologique. (( La mémoire, disait le physiologiste pesage, de Ge-

nève S est la faculté intellectuelle que la privation de sommeil affecte le plus. » Ajoutons aussi que souvent les idées fixes comme les suggestions sont envahissantes, qu*elles semblent prendre et attirer certaines sensations et certaines images enlevées à la conscience normale, et nous comprendrons qu'elles augmentent les stigmates de l'hystérie. Cette influence des idées fixes peut être considérée comme une vérification des hypothèses que nous avions présentées sur la nature des stigmates. Quant à la forme particulière (fue cet affaiblissement de la perception prend suivant les cas, nous ne pouvons pas l'expliquer. Noua remarquerons seulement que l'effet général des idées fixes est chez toutes les malades à peu près semblable. Au moment où les idées fixes se développent d'une façon plus ou moins subconsciente, toutes deviennent abouliques, anesthésiques et amnésique's. Mme D... est absolument anesthésique pendant les rêves que j'ai décrits et Maria devient amnésique quand elle pense à l'éther. Mai§, outre cet effet général, il y a une localisation spéciale de la faiblesse de perception sur les images motrices, sur les images du souvenir ou sur les sensations, qui fait que d'ordinaire Marcelle est plus aboulique, Mme D... plus amnésique et Maria plus anesthésique. Ces différences tiennent à des conditions particulières que nous ne pouvons toujours expliquer.

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