Despine (d'.4ix). Op. cit
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séparation des deux états diminue et Tunité se reconstitue*. Nous avons déjà montré qu'il n'est plus possible de provoquer le somnambulisme chez les hystériques quand elles «ont guéries; nous avons depuis constaté plusieurs fois encore le même phénomène, il nous semble assez caractéristique. M. Gharcot a donc eu raison de dire dès le début que le somnambulisme est un phénomène qui se développe chez des hystériques.
Si nous considérons maintenant les phénomènes particuliers qui entrent dans le somnambulisme, nous verrons que CQS phénomènes sont directement en relation avec des symptômes hystériques. 11 est inutile de rappeler, ce qui est évident, que Tamnésie post-somnambulique est une amnésie hystérique, absolument identique à ces amnésies localisées que les malades présentent à chaque instant. 11 est plus intéressant de remarquer que la double existence, le somnambulisme complet, est une conséquence des stigmates hystériques. Quand on examine un sujet de ce genre pendant cet état, on constate que toutes ses sensibilités, tous ses souvenirs, tous ses mouvements sont absolument normaux. Cet état de somnambulisme complet est tout simplement la vie normale telle que ce sujet devrait la présenter continuellement s'il n'était pas malade. Mais il ne peut rester dans cet état, il se fatigue et s'endort comme Léonie ou Lucie, ou il s'épuise et délire comme Berthe, et d'une manière où d'une autre, il retombe dans un étatd'anesthésie, de rétrécissement du champ de conscience qui constitue sa maladie. C'est ce rétrécissement de la conscience qui amène l'amnésie de l'état précédent, et c'est cet état de veille qui est anormal et qui transforme les moments d'intelligence ordinaire en somnambulismes.
Pour éclaircir notre pensée, reprenons cette histoire de M. . . que nous avons déjà résumée ; on peut la représenter par le graphique suivant. Lentement, sans que l'on s'en aperçût, cette jeune fille était devenue de plus en plus malade, elle
i. Weir Mitchell. Op. cil.t il.
avait peu à peu perdu la sensibilité et la mémoire; on peut figurer cette étape par une ligne qui descendait bien audessous du taux de Tintelligence normale AB (fig. 5), Quand on l'a endormie en G, elle est remontée à une forme d'existence presque normale ; par Teffet de la maladie, elle redescend peu à peu. D'abord elle semble se réveiller un peu dès qu'on la quitte et oublie ce qu'on vient de lui dire en l'endormant, puis deux jours après elle a encore un réveil, c'est-à-dire une chute dans un état d'anestbésie et d'amnésie hystérique plus profond, elle oublie les deux jours précédents. Ensuite elle redescend fort lentement.
Figure 5.
Si on la laisse retomber ou si on la réveille en D, il y aura amnésie complète de toute la période précédente; si on l'excite, il y aura au contraire état psychologique plus complet et souvenir parfait des périodes précédentes. Ce sont ces chutes, ces retours à l'état d'anestbésie qui donnent aux périodes normales l'aspect de somnambulismes. Chez d'autres sujets l'état somnambulique n'est pas déterminé directement par l'anesthésie, mais il est le développement de phénomènes subconscients, de rêves et d'idées fixes qui ont grandi en dehors de la perception personnelle; n'est-ce pas là encore un caractère de l'hystérie? 11 ne se forme une seconde existence, ici incomplète cammm h pmfmève^ que par développement de phénomènes qui s(M)i m «lebors de la caascieace normale; et cet isolement de certaines pensées est encore un résultat du rétrécissement pathologique du champ de la coosciefice. .
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Un état particulier, l'hémi-somnambuliôme a encore les rapports les plus étroits avec les phénomènes subconscients de l'hystérie. L'écriture automatique n'est possible que chez des individus ayant le bras droit totalement anesthésique ou capable d'une distraction momentanée extrême qui leur fasse ignorer les mouvements de leur main droite *. Cette anesthésie et cette distraction d'ailleurs ne doivent supprimer ni les mouveipents ni les sensations élémentaires. Un auteur américain signalait récemment des phénomènes d'achromatopsie qui survenaient chez un médium au moment des séances spiritiques '. Où trouver de tels caractères si ce n'est dans l'hystérie ?
Enfin il existe des phénomènes hystériques dont le somnambulisme se rapproche encore davantage : non seulement les longues périodes de la double existence, mais des états de durée très courte pendant lesquels le sujet paraît marcher ou agir automatiquement ; ces fugues dont il ne se rend pas compte quand il semble se réveiller, ces rêveries interminables dont on ne peut que difficilement le tirer et qu'il ne peut expliquer s, ces extases, ces catalepsies plus ou moins complètes, etc., ne sont que des degrés ou des.formes variées du somnambulisme, des réapparitions plus ou moins complètes de la seconde existence; certains délires même dans lesquels le sujet crie, injurie, semble jouer un rôle, ne sont également pour nous que des somnambulismes modifiés par des influences particulières.
Mais on peut aller beaucoup plus loin et M. Charcot a établi depuis longtemps une notion que nous considérons comme essentielle pour l'interprétation de l'hystérie, ce sont les rapports étroits qui existent entre l'état sonmambulique et l'attaque hystérique proprement dite. M. Charcot a montré que d'un côté l'attaque renfermait très souvent
1. William James. Notes on automatic wriling, Proceedings of thc American Society for psychical researchj 1880, 549.
2. J. Edw^ PuRDON. The psychical import of variable aehramatop9ia, from the transactionê of\992.
3. CnkBcoT.Mal. du ayst. nerv,^ I, 447.— Paul Ricbir. La grande hystérie, 301. — Pitres. Op. cit.. Il, 235.
m ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES.
des phénomènes de nature somnambulique et que de Tautre les somnambulismes naturels ou provoqués étaient souvent précédés ou même accompagnés d'un grand nombre de symptômes appartenant à l'attaque . Le sujet continuait dans une attaque suivante les actes ou les rêves commencés dans la précédente, il avait dans le somnambulisme les mêmes strangulations, les mêmes contractures que dans Tattaque, enfin les procédés qui terminaient ou modifiaient Tune réussissaient également à terminer ou à modifier l'autre*.
Nous croyons avoir ajouté quelques notions à cette étude faite à la Salpêtrière : les sujets, disions-nous, sont capables de percevoir les phénomènes extérieurs même pendant leur attaque, ils passent très facilement de la crise au somnambulisme ou réciproquement*; la mémoire, qui est ici si importante, présente dans ces deux états un caractère essentiel, elle est réciproque ; le malade, pendant l'attaque, se souvient bien du somnambulisme et ce n'est que pendant le somnambulisme qu'il retrouve nettement les souvenirs de l'attaque*. Voici une observation parmi beaucoup d'autres qui donne un exemple de ces faits. Quand Berthe est en attaque, je puis arrêter ses convulsions «n mettant une main sur son front : elle me reconnaît, se calme et cause avec moi, elle a passé dans un état somnambulique. Dernièrement un élève du service la trouvant en convulsions, voulut essayer le môme procédé : il lui mit la main sur le front, mais ne parvint pas à modifier l'attaque. Il quitta la malade encore en crise et ne parla pas de cet in:ident. Quelques jours plus tard, Berthe, que j'avais mise en somnambulisme, se mit spontanément à me rapporter cet incident que personne ne lui avait raconté, mais dent elle avait cependant le souvenir fort exact : « J'ai très
\, CifARcoT. Op. cil., I, 447. Paul Richer. La grande hystérie^ 310. PiTaES. Op. cit., II, 235.
%. Automatisme psychologique, 52.
3. Actes inconscients et dédoublement de la personnalité. Revue philosophique, 1883, il, ^90. Autom. ptych., 87,120,448.
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bien senti, disait-elle, que H. X. m*a mis la main sur le front. — Et pourquoi n'es-tu pas restée tranquille? — Parce que ce n'était pas vous. » Modification de la crise, perception pendant l'attaque, souvenir en somnambulisme, tous les faits les plus importants sont ici réunis.
Si nous ajoutons que des attaques d'hystérie peuvent être provoquées à la suite de tentatives d'hypnotisation*, que des attaques peuvent être remplacées par des somnambulismes, qu'elles peuvent se modifier par les suggestions, les exemples, les idées fixes, comme les états seconds, nous pourrons conclure en rappelant la parole de Mesmer et de Deleuze : « La plupart des maladies nerveuses,... des folies, la catalepsie, ne sont qu'un somnambulisme imparfait et dégénéré' ». Le somnambulisme se rattache donc d'une manière étroite à tous les phénomènes de l'hystérie.
Nous croyons que l'on peut être encore plus affîrmatif : le somnambulisme est précisément caractérisé par le même phénomène qui se retrouve au fond de tous les symptômes hystériques, la désagrégation de l'esprit, le dédoublement de la personnalité. Non seulement il coïncide en fait avec l'hystérie, mais, si l'on peut s'exprimer ainsi, il se rattache aussi en droit à cette maladie. Il en est de même des écritures subconscientes, des phénomènes médianimiques; ces faits présentent en eux-mêmes ce qu'il y a d'essentiel dans l'hystérie.
Il est bon de s'entendre sur les termes et de parler un langage précis, même quand on se trompe. Pour nous, cette division de la personnalité qui se manifeste chez le somnambule et le médium, c'est précisément ce que nous appelons hystérie, parce qu'elle se retrouve dans tous les phénomènes que l'on considère comme hystériques.
i. Georges Gdikoii. Les agents provocateurs, 29. 2. Deleuzb. Histoire du magnétisme, II, 18.