VÉRIFICATION EXPÉRIMENTALE ET CLINIQUE
La représentation précédente de l’anesthésie psychologique des hystériques repose sur deux notions principales : 1° La conception des sensations élémentaires, réelles au point de vue psychologique, mais non rattachées à la conscience personnelle du sujet; 2” la conception d une faiblesse, d’une indifférence particulière à cause de laquelle le sujet cesse de s’intéresser à ses sensations et de les percevoir. Dans un autre travail, j ai longuement discuté ces deux questions au point de vue philosophique; ici il suffit de montrer leur application aux faits d’observation : ,
Sensations subconscientes. — Il est toujours très difficile de démontrer l’existence d’un phénomène psychologique dans l’esprit d’une personne que l’on examine.
les anesthésies.
La conscience n’est pas visible ^ l’extérieur et l’existence de tels faits peut seulement être induite d apres leurs manifestations et leurs conséquences.
Le premier et le plus important des signes qui manifestent les sensations, ce sont les mouvements '
qui en dépendent. Les plus simples de ces mouvements sont les actes réflexes; et on a vu que, si on laisse de côté pour le moment certains réflexes spéciaux en rap port avec des douleurs ou des émotions, les réflexes
sensoriels dépendant d’une s/ns^tion précise sont tous conservés. Mais la plupart de ces réflexes sont con^ dérés, peut-être à tort, comme des Plic^omenes j^u ement organiques sans rapport avec des faits psycljo ffiaues II faut rechercher des mouvements plus corn Jlexes qui ne peuvent s’expliquer que par l’existence d’une véritable sensation. Je crois que les postures appelées attitudes cataleptiques, qui sont souvent si
nettes dans les membres anesthésiques, pourramnt fournir de bons exemples. Quand je soulève en 1 air le bras anesthésique de Lucie ou de Marguerite, sans qu elles le puissent regarder, et quand je vois ce ^ras conserver Lactement l’attitude complexe que je lui ai donnée, je ne puis m’empêcher de croire qu’il y a eu en elles a leur insu une sensation très précise de la position donnée au bras et que cette sensation kinesthésique est seule capable de coordonner exactement toutes les contrac- tiens musculaires nécessaires pour maintenir 1 attitude*. Très souvent cet état cataleptique des membres anesthésiques ne se produit que dans des conditions très déterminées. Chez Léonie, comme chez beaucoup d’autres ce phénomène n’est pas produit indifféiem ment par tous les opérateurs. Quand une personne étrangère soulevait de la même façon la main insensible, ce bras retombait flaque. Si je le prenais au con-
1. Sur l’existence des sensations pendant les attitudes cataleptiques, cf. Autom. psych.., 55 et 224.
traire, sans que le sujet pût s’apercevoir par la vue que c’était moi et non un autre, le bras restait en l’air. C’est une électivité dans les mouvements subconscients dont nous aurons à parler plus tard. 11 faut seulement remarquer maintenant qu’il est absolumeut impossible de l’expliquer sans supposer qu’il y a eu une sensation de contact, délicate sans doute, mais non extraordinaire, par laquelle l’attouchement de ma main a été distingué et reconnu *.
Mais nous pouvons aller plus loin encore : dans la main anesthésique d’un de ces sujets, de Berthe par exemple, je mets un objet sans la prévenir et sans qu’elle le puisse voir. La main saisit l’objet, le retient pour qu’il ne tombe pas; quelques-unes s’en tiennent là et c’est déjà quelque chose. Mais beaucoup d’autres, comme [Berthe, modifient les mouvements de la main insensible suivant la nature de l’objet. Elle tient la paire de ciseaux mise dans sa main, passe les doigts dans les anneaux, ouvre et ferme alternativement les ciseaux. Je lui mets dans la main un objet plus petit, une aiguille, elle la tient et fait machinalement des mouvements de va et vient comme pour coudre une étoffe. Est-ce par hasard que ces mouvements si précis s’accordent avec la nature de l’objet?
Enfin, dans des cas plus rares et qu’il est impossible d’analyser maintenant d’une façon complète, la main anesthésique qui tient un crayon se met à écrire. C’est l’écriture automatique, analogue à celle des médiums spirites sur laquelle j’ai tant insisté déjà. Il faut seulement remarquer maintenant que cette écriture exprime quelquefois la connaissance des sensations provoquées sur le membre anesthésique. On peut en effet souvent, par des procédés qui seront indiqués plus tard, poser des questions auxquelles cette écriture
1. Pour l’étude de cas du même genre, cf. Anesth. et Dissoc. Bevus philosophique, 1887, I, 461, et Actes inconscients. Revue philosophique, 1888, I, 246.