‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 43 sur 102 · J’ai moi-même présenté u · texte numérisé non relu

J’ai moi-même présenté u

s d’amnésie rétro-antérograde. Rev. de

e étude sur c

LES AMNÉSIES.

D..., à la suite d’une violente émotion éprouvée le 28 août 1891, a eu une violente attaque d’hystérie. Elle s’est réveillée de son attaque dans un état mental tout particulier : 1° elle avait oublié tout ce qui venait de le passer pendant les deux mois précédents, et 2» elle était devenue incapable d’acquérir aucun souvenir nouveau, les événements les plus frappants, la morsure par un chien enragé, le voyage de G... à Paris, les vaccinations à l’Institut Pasteur n’ont pu se graver assez dans son esprit pour y laisser un souvenir : Amnésie rétrograde et antérograde, disait justement M. Charcot.

Les personnes qui ont peu de mémoire ne gardent les souvenirs précis que pendant peu de temps, quelques jours, par exemple, ou ne retiennent dans leur esprit que les événements les plus intéressants. M”= D... n’a pas une mémoire faible, elle n’en a aucune. Au printemps de 1892, c’est-à-dire huit mois après l’émotion initiale, elle oublie totalement un nom, un fait, en moins d’une minute, et encore, ce qui se prolonge pendant près d’une minute, c’est la perception des objets, c’est l’effort qu’elle semble faire pour retenir l’impression initiale; mais elle n’a pas de souvenir proprement dit, car elle est incapable de reproduire une image des sensations qu’elle a laissées s’éteindre. Ajoutons que cette amnésie si profonde et si rapide était continue et invariable, ce que nous n’avions pas vu dans les observations précédentes ; jamais nous n’avons remarqué un moment pendant lequel M”® D... eût une mémoire plus considérable. Disons aussi que cette étrange perturbation psychologique s’est prolongée jusqu’au mois de mai 1892, qu’elle a duré par conséquent sans modification neuf mois complets et nous aurons montré que c’est là le plus curieux cas d amnésie continue qui ait jamais, à notre connaissance, été

cédents ai Ce travail

Congrès de psychologie tenu à Londres, août 1892. era publié dans la Revue générale des sciences. ■

signalé. Sans doute, c’est là un cas unique et un peu | complexe; une amnésie si profonde n’était pas, à mon avis, ùn stigmate primitif uniquement produit par le développement naturel de l’hystérie, c’était un accident plus qu’un stigmate. Cependant, il se rapproche des j autres phénomènes d’amnésie ; il les complète et permet j de les comprendre.

Toutes les hystériques ne sont pas sans doute aussi j amnésiques que M”- D...; mais elles semblent se rap- ] procher de ce modèle, car, ainsi que nous l’avons vu, elles présentent toutes plus ou moins, l’une ou l’autre, des diverses amnésies systématisées, localisées, générales ou continues.

g 2. analyse des CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES

Les caractères psychologiques de l’amnésie des hysiériques sont tellement semblables à ceux de leur anesthésie, qu’il nous semble possible de suivre dans 1 exposition le même ordre et de présenter en abrégé les mêmes remarques. *

1° Dans les amnésies systématisées, on voit exactement comme dans les anesthésies du même genre, Imfluence de la pensée du sujet. On voit le souvenir que le sujet prétend avoir oublié jouer son rôle et déterminer le choix des oublis, comme la sensation en apparence non sentie du point de repère sert au sujet à reconnaître le papier qu’il ne doit point voir. Dans les expériences d’amnésie systématique suggérée, cela est évident; mais considérons-en une qui soit naturelle. Gélestine prétend m'avoir complètement oublie, n’avoir absolument aucun souvenir relatif à moi. Soit; je l’interroge sur ce qu’elle a fait cette semaine, elle retrouve à peu près tout, sauf un incident. Elle ne se souvient pas du tout d’avoir été examinée par M. Charcot dans le parloir. Or, c’est moi qui l’avais présentée à

LES AMNÉSIES.

M. Charcot. Gomment, si elle'n’â aucun souvenir de moi, choisit-elle si habilement l’incident où je suis mêlé pour l’oublier? La pensée du sujet intervient de la même manière pour fixer les limites des amnésies localisées. Une jeune femme, mariée depuis un an, a des accidents nerveux pendant l’accouchement; elle devient amnésique et oublie l'accouchement ainsi que la période précédente. Où s’arrête cette amnésie rétrograde? Au mariage. La jeune femme oublie la période qui contient l’accouchement, la grossesse, le mari, le mariage. A cette association d’idées délicate je reconnais une hystérique L

2“ De même que l’anesthésie ne supprime pas les réflexes qui dépendent cependant de la sensation, de mênie l’amnésie ne trouble pas le fonctionnement intellectuel qui est cependant la conséquence immédiate de la mémoire. Cela est d’autant plus net que l’on considère une amnésie plus grave, une amnésie générale, par exemple. Les auteurs disent toujours, comme M. Weir Mitchell ^ : « Malgré la perte de la mémoire, l’intelligence est restée intacte; dès qu’elle eut rappris à parler, elle s’expliquait avec bon sens et raison. » Supposons une pareille amnésie arnenée par les progrès d’une démence, un oubli semblable de toutes les notions, même de l’écriture et de la parole, et nous aurons devant nous un individu complètement stupide. N’est-il pas étonnant que l’hystérique, avec une amnésie aussi formidable, reste intelligente?

S” Si on laisse de côté des cas tout particuliers, comme l’amnésie continue, on peut dire que 1 hystérique est tout aussi indifférente à son amnésie qu à son anesthésie. Qu’elle ait oublié deux ou trois mois de sa vie, cela ne paraît pas la gêner beaucoup, à moins qu’il n’y ait des circonstances très spéciales pour lui faire

1. Lettre de Ch. Villiers à G. Cuvier, d’après Rtbot, Mal. de la mémoire^ 1883, 62.

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