‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 44 sur 102 · Weir Mitchell, Mary B.eynoldSy · texte numérisé non relu

Weir Mitchell, Mary B.eynoldSy

remarquer ses oublis et pour provoquer les interrogaüons volontaires. Gela est tellement qu elles ne

s’en plaignent pas et que le plus “f ”®’ J S

avis, elles l’ignorent. Rose, ®dR

o-mit uniauement de sa paraplégie et ne m a pas au un mot de cette énorme amnésie localisée ^rois mois que j’ai été très étonné de découvrir. Comme M. Charcot \e disait de l’anesthésie, l’amnésie aussi est un carac

^Enfin^^noÎs^ïïlons retrouver dans l’amnésie les deux caractères primordiaux ^anesthésie hyster J^e

la mobilité et la contradiction. Insistons d abord mobilité Ordinairement une amnésie grave est due a , Ta de uctL des traces, des modiflcations inconnues :■ qleSTensations laissent dans le cerveau et qm^ permettent de se reproduire sous J images

Supposons une destruction definitive m^tenelle des cellules cérébrales qui ont emmagasine c^ modRica tiens et les souvenirs de ces sensations s^ont inate riellement détruits d’une façon irréparable. En est 1

atipourlesamnésieshystériques?Non,c^^^^^^^

nous pouvons être certains que, ^ans tou e amnesm hvstérique, la conservation des souvenus subsiste SS ist prouvé par la mobUilé dé qui prend ainsi une importance psychologique consi

*^*'r)?puis longtemps on a remarqué que cet oubli si profond n’est pas perpétuel et que temps à ^tre Lus diverses influences, il disparaît Le sujet retrouve tous les souvenirs qu il pa™ ssa t avoir oubliés : il les sait dans tous leurs détails, ü reprend l’existence qu’il semblait "^Ll’TvaR

abandonnée et il la reprend juste au Pomt ou ü 1 avm laissée. Peut-être au bout de quelque temps va t U nerdre de nouveau ces souvenirs, mais leur résurrection momentanée a suffi pour prouver que les ™ 'j,'m

conservées. C’est là ce qu’on désigne sous le nom d am

;S AMNÉSIES.

nésie périodique. On sait que certains de ces malades qui ont, à un moment donné, présenté de l’amnésie générale et qui ont recommencé leur vie à la première enfance ne conservent pas définitivement cette nouvelle existence enfantine. Au bout de quelque temps, au bout de dix semaines dans l’observation de M. Weir Mitchell, Mary Reynolds eut une seconde période de sommeil et se fiéveilla telle qu’elle était avant ses accidents avec la mémoire complète de toute sa vie. Il est vrai qu’elle n’avait plus maintenant le souvenir du second état; mais ne soyons pas inquiets pour ces souvenirs de l’état 2, ils ont réapparu à la suite d’une nouvelle attaque qui n’a pas tardé à survenir. Grâce à ces alternatives des deux états, nous voyons qu en réalité, aucun souvenir n’a été perdu.

Je n’ai pas cru nécessaire d’établir une classe pour les amnésies périodiques pour une excellente raison. Je ne parlais que des amnésies hystériques et à mon avis toute amnésie hystérique est périodique. Très souvent la périodicité s’établit d’elle-même, et des attaques ou des sommeils, ou des accidents variés qui changent l’équilibre mental, viennent mettre régulièrement au jour, tantôt un souvenir, tantôt un autre A Marguerite a de grandes attaques depuis deux ans et à la suite de ces attaques elle entre dans un somnambulisme assez compliqué. Il suffit de savoir maintenant que c’est un état spontané qui fait partie de la crise hystérique et dont elle sort par des convulsions. Elle n’a jamais su au réveil ce qui se passe pendant cette période : il semble qu’il y ait là un oubli localisé bien net. A la prochaine attaque qui viendra avant quinze jours, elle va rentrer dans le même somnambulisme et retrouvera tous les souvenirs en apparence perdus.

Le sommeil naturel, comme nous l’avons déjà vu en étudiant les sensations, peut aussi nous montrer la

t. Autom. psych., 'il.

mobilité, le caractère périodique de ces amnésies et la conservation réelle des souvenirs. On sait comment M. Charcot s’est aperçu pour la première fois de la conservation des souvenirs chez M™'’ D..., cette malade qui semblait cependant ne conserver aucune image dans l’esprit. Elle parlait tout haut, la nuit, et murmurait des paroles que des voisines ont pu entendre. En rêve, elle parlait du chien enragé, de la Salpêtrière, des inédecins en tablier blanc, enfin de tout ce qu’elle paraissait avoir oublié. J’ai vu bien souvent une personne qu’on avait hypnotisée dans la journée et qui semblait avoir un oubli complet au réveil, raconter tout haut pendant la nuit, comme faisait Lucie, ce qu’on avait fait avec elle pendant le somnambulisme. Quelquefois ces souvenirs du.somnambulisme réapparaissent d’une façon plus curieuse; ils ne sont pas exprimés tout haut par le sujet, mais ils se présentent à lui pendant le sommeil comme un rêve ordinaire. Or, comme on peùt ordinairement se souvenir de semblables rêves, le sujet au moyen de cet intermédiaire retrouvait la mémoire de son somnambulisme. C’est ainsi que B. et Justine ignorent leur somnambulisme au moment du éveil, et cependant le savent quelquefois le lendemaint matin.

Les attaques et le sommeil naturel ne sont pas tout à fait à notre disposition; nous pouvons, dans certains cas, user d’un procédé plus pratique encore. On peut artificiellement, par le somnambulisme provoqué, reproduire ces états dans lesquels les souvenirs disparus se manifestent de nouveau. Berthe, par exemple, est très facilement hypnotisable, ne cherchons pas maintenant ce que c’est que l’hypnotisme, c’est là encore probablement un même nom appliqué confusément à des choses fort différentes les unes des autres. Je rappelle seulement un fait déjà constaté : l’hypnose est un ,j, état qui ne laisse pas de souvenirs après le réveil du oubli est plus ou moins net, plus ou moins

' LES AMNÉSIES.

rapidement obtenu après les premières hypnotisations ; mais il est à mes yeux la caractéristique de l’etat somnambulique plus ou moins grave. ChezBertbe, il a existe dès la première fois que je l’ai endormie. Ce fait n’a rien d’étonnant: c’est une jeune fille prédisposée ace phénomène ayant naturellement et à chaque instant des amnésies localisées analogues à celles qui ont été décrites par Despine. Elle avait depuis de longues années, avant de venir à l’hôpital, des somnambulismes naturels, la nuit d’abord et, cela ne doit pas surprendre, même le jour. L’hypnose consiste simplement chez elle à reproduire artificiellement un de ces nombreux états suivis d’amnésie dans lesquels elle entrait'd’elle-même à chaque instant. Elle semble, quand on la réveille, avoir totalement oublié ce qui s’est passé pendant quelle dormait; autrefois, quand on la secouait après ses hypnoses spontanées, elle s’arrêtait tout ahurie, ayant totalement oublié ce dont on l’avait chargée l’instant précédent. Eh bien, cet oubli n’est qu’une apparence, une illusion ; il suffit de la rendormir, de la remettre par suggestion, si l’on veut, ou mieux par une habitude automatique, dans un état moral analogue à celui dont elle vient de sortir pour qu’elle retrouve tous les souvenirs. Chez elle, l’opération est excessivement simple, car, dés le début de l’état hypnotique, toute amnésie, comme toute anesthésie, a complètement disparu. Non seulement elle retrouve les souvenirs des somnambulismes provoqués, mais ceux des somnambulismes naturels, des crises, ceux même de ces périodes bizarres de la veille qui sont instantanément oubliées.

Cette recherche des souvenirs disparus n’est pas toujours aussi facile. Marguerite, une fois hypnotisée, n’a pas le souvenir complet de tout le somnambulisme naturel qui suit l’attaque, elle ne se rappelle que la première partie de cette crise, celle pendant laquelle elle garde les yeux fermés. Mais si, pendant l’état hypnotique, on lui ouvre les yeux, elle éprouve, ce qui

est loin d’être général, une modification de son état mental, et elle reprend 'les souvenirs de la seconde nériode de la crise, celle pendant laquelle elle a aussi les veux ouverts. Nous avons déjà parlé de somnambulismes variés dans lesquels- l’état de la sensibilité se modifie. Eh bien, dans ces états, la mémoire se modifie également et, par une sorte de tâtonnement, en passant de l’un à l’autre, on arrivera à peu près toujours a restaurer le souvenir que l’on désire.

Quelquefois même nous pourrons nous passer du somnambulisme; par le moyen de la suggestion, ou grâce à l’association des idées, ou mieux encore, en dirigeant bien et en soutenant l’attention du sujet, nous pourrons lui faire retrouver les souvenirs perdus. Bien étendu, je ne parle ici que des petits oublis hystériques. Quand il y a une grande amnésie bien nette, il faut presque toujours recourir àj’attaque ou au somnambulisme. Chez D..., par exemple, on n’obtient rien en essayant de diriger l’attention consciente pendant la veille; on lui fait, au contraire, retrouver tous les souvenirs quand on l’endort. En un mot, la mobilité de ces amnésies est la raison de leur caractère périodique et elle prouve que la conservation des souvenirs n’est pas altérée.

5» Les anesthésies se présentaient avec un caractère cmtradictoire, je crois qu’il en est de même pour les amnésies. Nous avons déjà remarqué combien les am-nésies générales étaient singulières. M. Weir Mitchell nous dit que Marie Raynolds est comme un enfant qui vient de naître, mais un enfant avec les capacités intellectuelles de l’adulte ; « La raison, dit-il, s’exerce chez elle sans aucune donnée. » Eh bien, j avoue que je ne comprends pas ce que cek veut dire. Qu’est-ce que cette intelligence abstraite, ce pouvoir occulte qui subsiste tout seul? L’intelligence de l’adulte est simplement la somme des souvenirs, des associations d idees, des tendances préorganisées à passer d’une image à une

LES AMNÉSIES. ' lO^i'

autre. Le défaut d’intelligence de l’enfant est précisément l’absence de cette organisation. Psychologiquement comme physiquement, on ne peut pas être à la fois un enfant et un adulte. Ou Mary a réellement perdu tous ses souvenirs et a l’esprit d’un enfant qui vient de naître, et alors elle est inintelligente, stupide, comme l’enfant qui naît; ou elle est intelligente et alors elle n’a pas perdu ses souvenirs. D’ailleurs, à chaque instant on voit se manifester ces souvenirs : le sujet réapprend excessivement vite, il sait mieux une ancienne chanson qu’une nouvelle. « Quand elle chante, elle a en général besoin d’être aidée pour les deux ou trois premiers mots d’une ligne ; elle achève le reste de mémoire, à ce qu'il semble... Quand on lui a demandé où elle a appris à jouer un air en regardant la musique sur un livre, elle a répondu qu’elle ne pouvait pas le dire et elle s’est étonnée que son interlocuteur ne pût pas en faire autant h »

Ces faits sont extrêmement importants, car ils nous montrent, non plus seulement la conservation, mais la reproduction même des images malgré l’amnésie. On sait que la renaissance des images au moment opportun est une condition essentielle dn souvenir complet et on croit tout naturellement que ce phénomène est altéré dans l’amnésie hystérique. M”» D..., par exemple, semble ne pouvoir reproduire les images qu’en rêve, pendant le sommeil, et ne pas pouvoir les reproduire quand il le faut, suivant les besoins de la veille. Eh bien, le caractère contradictoire de ces phénomènes est tel que, malgré l’amnésie apparente, les souvenirs peuvent se reproduire quand il le faut, même pendant la veille. M"'® D..., si je ne me trompe, a tout le temps dans l’esprit et sur les lèvres la réponse à la question qu’on lui pose ou qu’elle se pose à elle-même. Pourquoi est-ce que je me figure une chose pareille quand

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