Observ. de Sharpey, d’après Ribot, Mal. de la mémoire
la pauvre femme se déclare si malheureuse et prétend qu’il lui est absolument impossible de retrouver le moindre souvenir? C’est que nous avons déjà vu bien des choses semblables chez les hystériques. Nous avons vu qu’elles semblaient ne pas sentir, ne pas voir et que cependant, à ce moment même, elles avaient très bien dans l’esprit les sensations tactiles et visuelles. On peut se demander s’il n’en serait pas de même pour les images qui diffèrent si peu des sensations. Certains actes de la malade nous ont inspiré cette supposition bien avant que nous n^ayons pu la vérifier par des expériences. M”'” D... oublie tout en une minute et ne parvient à connaître aucune des personnes de l’hôpital; cependant, quand elle sort dans la cour, elle va toujours spontanément s’asseoir auprès des mêmes personnes qui prennent soin d’elle. Toutes les fois qu’elle rencontre un chien, fût-il le plus ihoffensif, elle se sauve en cachant sa figure et en poussant des cris de terreur. 11 ne suffit pas de dire qu’elle a peur des chiens, car, si on l’interroge sur son passé, elle nous affirme qu’autrefois, même au mois de juillet, elle n’avait pas peur de ces animaux. D’où vient ce changement? Évidemment de la morsure qu’un chien enragé lui a faite au mois de septembre et des cautérisations consécutives. Mais, actuellement, elle ne se souvient pas de cet accident et ne sait pas pourquoi elle a peur; ce souvenir se reproduit donc à son insu.
J’ai vérifié cette reproduction subconsciente des souvenirs par bien des expériences, par des suggestions surtout qui s’exécutaient à l’heure dite, malgré l’amnésie. Mais voici le procédé qui me paraît manifester le fait de la façon la plus nette.
Si j’interroge directement cette malade, si je. lui demande de prononcer ou même d’écrire volontairement le nom de l’interne qui la soigne, je constate qu’elle semble faire effort, mais qu’elle ne trouve pas et se déclare incapable d’écrire ce nom. II faut procéder
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autrement: je m’écarte d’elle et je prie une autre personne de causer avec la malade ; elle répond à ses questions, paraît faire attention à ce qu’on lui dit et ne s’occupe plus de moi. Je lui glisse un crayon dans la main droite et elle le prend sans se retourner ; c’est bizarre, mais cela se passe ainsi chez la plupart des hystériques, qui sont, comme nous l’avons vu, des malades très faciles à distraire. Profitons de cette disposition, et pendant que D... continue à causer avec une autre personne, faisons-lui une suggestion comme si elle était capable de nous entendre : « Écrivez, lui dis-je, Iq nom de l’interne de votre salle. » On voit la main qui tient le crayon- se mettre en mouvement et écrire ce mot : « M. Lamy. » De la même manière je lui demande ce qu’elle s’est fait à la main gauche, et elle écrit sans hésiter : « Je me suis coupée avec du verre. » En un mot, elle va répondre de cette manière à toutes les questions possibles, et, dans son écriture ainsi obtenue, va nous montrer la reproduction de tous les souvenirs qu’elle paraissait avoir complètement perdus. Je n’ai pas l’intention d’étudier ici cette écriture qui, d’ailleurs, ne se présente pas chez D... d’une façon bien remarquable. Je n’insiste pas pour montrer qu’en réalité M“‘’ D... déclare n’avoir pas entendu mes questions, qu’elle affirme n'avoir rien écrit, qu’elle s’étonne de ces écritures, quand on les lui montre et n’admet pas qu’elle les ait écrites. Ce sont là des détails qui ne sont pas, pour le moment, indispensables. Tout ce que je désire faire constater, c’est que cette écriture involontaire et, en apparence au moins, inconsciente, manifeste des souvenirs que M““ D... est incapable de posséder autrement quand elle est éveillée. Il ne faut pas croire que j’attribue ici à l’écriture unepuissance merveilleuse pour ressusciter les souvenirs de M”' D... Non, j’ai pu réussir à manifester ces souvenirs d’une autre manière, par la parole même. Mais cette malade, dira-t-on, n’arrive jamais à- les dire, et
aucune suggestion n’a réussi à les lui faire exprimer. Sans doute; mais nous allons encore recourir à un procédé qui réussit quelquefois. Je m’en vais encore la distraire, mais en évitant cette fois d’attirer son attention sur la parole. Je lui donne un livre à lire ou mieux Je lui donne une multiplication à faire. Pendant qu’elle est bien absorbée dans son travail, nous remarquons les mêmes phénomènes de distraction, nous pouvons la toucher, lui parler aux oreilles sans qu’elle se retourne. Je lui demande ainsi, « comment s’appellent les deux malades qui sont ses voisines dans la salle » . Ses lèvres remuent et elle répond tout bas : « M”” G... et jjrne P „ Je puis môme lui commander de répondre plus haut; si elle est bien distraite par sa lecture ou sa multiplication, elle va le faire tout haut et très correctement. Nouveau fait dont je ne tire toujours qu’une conclusion : la reproduction des souvenirs existe chez elle, elle semble se faire normalement suivant les besoins.
Il en est ainsi à peu près chez tous les sujets et pour toutes les formes d’amnésie hystérique, quand on réussit à provoquer l’écriture automatique ou du moins à rendre manifestes, par un procédé quelconque, les phénomènes subconscients. Maria écrit ainsi sans le savoir le sujet de ce roman qu’elle lisait indéfiniment sans pouvoir se rappeler une seule ligne. Berthe et Georges ont récrit ainsi une lettre qu’ils avaient écrite la nuit en somnambulisme naturel et dont ils ne pouvaient consciemment retrouver le souvenir. Quelquefois, il est vrai, il faut beaucoup varier le procédé suivant les sujets, quelquefois cette écriture ne retrouve les souvenirs que pendant certains états spéciaux. Il y a même des exceptions très notables qui doivent dépendre du jeu compliqué de certaines associations d’idées. Mais les faits positifs sont assez nombreux pour que l’on puisse encore comparer sur ce point l’amnésie à l’anesthésie. Ici encore, il y a un caractère
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contradictoire, les souvenirs se reproduisent; d’un côté ils semblent présents, de l’autre ils semblent absents. Ce problème du même genre peut, je pense, recevoir une solution analogue.
§ 3. — TENTATIVE d’iNTERPRÉTATION
Mais où donc chercher cette altération de la mémoire qui doit bien exister quelque part pour produire des résultats aussi manifestes? Les psychologues, dans leurs descriptions, n’admettent pas d’autres phénomènes élémentaires de la mémoire, en dehors de la conservation et de la reproduction. Je crois qu’ils ont tort et que la maladie décompose et analyse la mémoire mieux que n’a pu le faire la psychologie.
Nous aurons fait un premier pas si nous remarquons qu’il s’agit ici d’un fait analogue à la distraction. En effet, il y a des distractions de mémoire comme des distractions de sensations, et elles amènent des oublis comme celles-ci produisaient des anesthésies. Lucie refuse énergiquement de raconter quelque chose devant moi; je n’ai qu’à m’écarter et, tout en restant à deux pas, à la laisser bavarder avec une autre personne, elle oublie si bien ma présence qu’elle se met à raconter ce qu’elle ne voulait pas dire devant moi. Berthe a une grande colère contre moi; si je cherche à discuter le motif de son dépit, elle se fâche de plus en plus : je n’ai qu’à lui parler d’autre chose, et, au bout d’un instant, elle suit cette nouvelle idée et a complètement oublié la première. D’une manière inverse, nous pouvons voir le rôle de la distraction, en cherchant à la supprimer par l’attention. Chez certains sujets, comme nous l’avons vu, on peut, en les encourageant, en dirigeant leur attention, faire disparaître momentanément leurs amne'sies, comme leurs anesthésies. Mais il leur faut pour cela un très grand effort d’attention, dont ils sont
rarement capables; le plus souvent, ils ont une attention faible qui sert seulement à leur faire constater leurs propres oublis. Reconnaissons donc que l’amnésie hystérique est elle aussi une forme de la distraction.
Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là, car cette amnésie se présente comme une distraction bien étrange dont il faut chercher la raison et la nature. Ainsi que cela a été démontré dans le chapitre précédent, il ne suffit pas qu’une sensation isolée, simple, soit produite dans l’esprit pour qu’elle soit par cela même appréciée par le sujet. 11 faut, pour la conscience complète d’une sensation qui s’exprime par le « je sens », qu’une nouvelle opération s’ajoute à la première. 11 faut qu’une sorte de synthèse réunisse les sensations produites et les rattache à la masse des idées antérieures qui constitue la personnalité. Eh bien, il doit en être de même pour les images ; il ne suffit pas, pour que nous ayons conscience d’un souvenir, que telle ou telle image soit reproduite par le jeu automatique de l’association des idées, il faut encore que la perception personnelle saisisse cette image et la rattache aux autres souvenirs, aux sensations nettes ou confuses, extérieures ou intérieures, dont l’ensemble constitue notre personnalité. Que l’on appelle cette opération comme on voudra, que l’on forge pour elle le mot de personnification, ou que l’on se contente des termes vulgaires que j’ai toujours employés, perception personnelle des souvenirs ou assimilation psychologique des images, il faut toujours constater son existence et lui donner une place dans la psychologie de la mémoire, comme dans celle des sensations.
Cette opération est si simple et si facile chez nous que l’on ne soupçonne même pas son rôle. Mais elle peut être altérée et supprimée, tandis que les autres phénomènes du souvenir, conservation et reproduction des images, subsistent intégralement. Son absence suffira pour produire chez les malades un trouble de la mémoire qui sera, pour eux, une véritable amnésie. Et je
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pense que, dans la plupart des cas, l’amnésie hystérique n’est pas autre chose qu’une amnésie de ce genre, une simple amnésie d'assimilation.
Examinons, en effet, comme nous le pouvons naaintenant, les conditions dans lesquelles cette amnésie mohile et contradictoire se manifeste ou semble disparaître. Prenons surtout comme exemple le cas de M”*' D..., qui est l’un des plus nets. Dans quelles circonstances le souvenir est-il absent chez elle? Quand on l’interroge directementen l’appelant par son nom, oubien quand elle s’interroge elle-même. En un mot, le souvenir semble disparaître toute les fois que sa personnalité est enjeu, toutes les fois où il faudrait se dire : «Je me souviens. » Au contraire, le souvenir semble présent dans plusieurs autres circonstances, dans les rêves, le sommeil hypnotique, les actes irréfléchis, l’écriture et la parole obtenus pendant que la malade est distraite par une autre opération consciente. Ici encore, il y a un caractère commun ; Le souvenir se présente quand la conscience claire et personnelle est absente, quand le souvenir est isolé, sans rapport avec la vie complète de la malade.
Ce caractère est bien visible dans son somnambulisme; en effet, cet état est chez M”” D... tout particulier. Ce n’est pas, comme chez d’autres malades, une seconde forme d’existence psychologique avec des souvenirs qui lui soient propres et la formation d’une seconde personnalité. Non, c’est chez D...la forme tout à fait inférieure du somnambulisme, celle qui semble se confondre avec un sommeil profond dans lequel elle na aucune réflexion, aucune spontanéité, je dirais presque aucune personnalité. Et quand on essaye, même pendant le somnambulisme, de constituer une personnalité, de relier par le souvenir les divers somnambulismes provoqués, on voit que la mémoire disparaît de nouveau. Le souvenir, même pendant le somnambulisme, n’existe qu’à une condition : Il faut que la malade ne se rende
compte de rien et réponde automatiquement aux questions par association mécanique des idées, sans réfléchir, sans avoir la perception personnelle de ce qu’elle fait. Sans doute, le mécanisme du retour des souvenirs pendant le somnambulisme n’est pas toujours celui-là; mais je cite cet exemple pour montrer que les souvenirs persistent et se manifestent d’une façon automatique sans perception personnelle.
Le même caractère est encore plus net à mon avis si on examine les souvenirs qui se manifestent par l’écriture ou par la parole automatiques. Ces deux expériences intéressantes sont très difficiles à reproduire et elles échouent souvent. Pourquoi? Dès que le sujet fait attention à son écriture, dès qu’il sent ou entend sa propre parole, tout s’arrête et il n’est plus possible d’obtenir la manifestation du souvenir. L’attention consciente, loin de faciliter l’écriture automatique, comme cela arriverait chez un simulateur, la supprime absolument. Le souvenir, en un mot, ne se manifeste qu’à l’insu de la personne, il disparaît quand la personne cherche à parler ou à écrire en son propre nom.
Je crains, en exprimant cette façon de concevoir l’amnésie hystérique, de paraître tomber dans un excès fâcheux. Gomment, dira-t-on, l’oubli des hystériques, celui qui suit les somnambulismes, celui qui suit les crises, celui qui est continu chez la malade de M. Charcot, n’est que cela, une sorte de distraction de la personnalité; mais alors ce n’est rien et l’on peut dire que cet oubli n’existe pas, qu’il n’est qu’une complaisance du sujet. Non, certainement non, cet oubli est très réel, très pénible pour le malade ; c’est une petite lésion psychologique et ce n’en est pas moins une infirmité. Les oublis de Berthe qui survenaient à chaque instant de la journée et que je reproduis à volonté et si facilement en apparence, l’ont fait renvoyer du magasin où elle travaillait et l’ont réduite à lamisère. Les oublis de M“'’D... ont forcé à la transporter à Paris, à la placer pendant
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des mois à la Salpêtrière, loin de son mari et de ses enfants qui pleurent après elle. Une lésion, pour être morale. n’en est pas moins réelle et quelquefois très grave, et l’on peut être toute sa vie enfermé dans un asile pour un simple trouble de la notion de personnalité. '
Les amnésies hystériques comme les anesthésies peuvent être représentées comme des troubles de ce genre. Les éléments du souvenir, la conservation et la reproduction des images sont intacts, mais il y a un défaut de synthèse actuelle des éléments psychologiques, défaut qui supprime plus ou moins complètement 1 assimilation des souvenirs à la personnalité.
g — quelques formes particulières d’amnésie
Les essais d’interprétation que je viens de faire n’ont porté que sur le phénomène de l’amnésie en général, sur sa nature et les conditions de sa production. Mais en réalité, l’amnésie ne se présente pas de cette manière vague, elle porte sur tel ou tel fait bien précis, bien distinct des autres. Pourquoi l’amnésie prend-elle ces aspects particuliers? pourquoi est-elle tantôt systématisée, tantôt localisée à telle ou telle période delà vie, tantôt générale?Jen’hésitepas àayouerqueje n’en sais
rien et que je n’ai pas trouvé d’explication pouvant s appliquer à tous les cas. Il faudra encore beaucoup d’études pour que l’on puisse interpréter les détails de ces phénomènes. Cependant j’ai observé un certain nombre de faits particuliers qui ne se relient pas entre eux et ne fournissent pas de loi générale, mais qui peuvent être signalés comme des observations préliminaires, des pierres d’attente pour les constructions futures. Les amnésies et leurs localisations me paraissent dépendre quelquefois : 1“ de l’état du sujet au moment ou il acquiert le souvenir; 2“ de l’état du sujet au moment où il cherche à reproduire le souvenir; 3“ de la nature
et du développement des phénomènes oubliés ; 4" des modifications de la sensibilité.
1“ Un souvenir peut être insuffisant, parce qu’il a été mal acquis, mal organisé depuis le début de sa formation. Quand un malade traverse une période pendant laquelle il est particulièrement faible et synthétise très mai non seulement ses images, mais même ses sensations actuelles, il est incapable à ce moment de fonder des souvenirs pour l’avenir. Plus tard, même s’il se porte mieux, il ne retrouvera pas les souvenirs de cette période malheureuse, tandis qu’il retrouvera des souvenirs d’une période voisine où les synthèses se sont mieux effectuées. Une malade, Marcelle, avait d’ordinaire très peu de force psychologique, soit pour accoinplir des actes volontaires, soit pour percevoir consciemment les phénomènes extérieurs; mais, de temps en temps, par exemple à la suite d’un sommeil prolongé, elle avait des « instants clairs « pendant lesquels les perceptions extérieures des objets et même la perception intérieure de sa propre personnalité paraissaient transformées et beaucoup plus fortes. Ges deux états laissaient des souvenirs très différents. Autant elle oubliait complètement les souvenirs des périodes « sombres », autant elle se rappelait indéfiniment les souvenirs des « instants clairs ». Un exemple rendra notre remarque plus nette. « Pendant un de ces instants clairs au réveil du somnambulisme, Marcelle remarque sur la table des morceaux de métal, fragments d’un appareil électrique démonté. Avec cette curiosité bizarre qu’elle avait dans ces moments et rien que dans ces rnoments-là, elle s’inquiète de ces morceaux de cuivre et n’est satisfaite que lorsque je lui ai expliqué leur usage. Peu de temps après, elle retombe dans cet état morne qui lui est habituel. Huit jours et même quinze jours plus tard, je n’avais qu’à lui demander ce qu’elle avait vu avec moi dans le cabinet, pour qu’elle me décrivît exactement les fragments de l’appareil
AMNÉSIES.
électrique. Au contraire, tous les événements survenus dans l’intervalle, fussent-ils frappants comme une visite de ses parents, ou tout à fait récents comme les faits de la matinée, étaient absolument oubliés. C’est donc bien l’altération de la perception qui est cause de l’altération de la mémoire ultérieure. Et d’ailleurs nous avons tenu à vérifier le fait par l’observation ; mais on aurait pu le prévoir par le raisonnement. La mémoire n’esÜ que la conservation d’une synthèse faite autrefois; il est clair que la mémoire n’existera pas quand la synthèse n’a pas été formée ou bien quand elle est faite à demi, et reste instable et fragile. La mémoire est une fonction corporelle, dit-on, les souvenirs sont en quelque sorté entrés dans l’organisme : sans aucun doute, mais encore faut-il qu’ils aient été organisés. Fonder des souvenirs, créer des habitudes est une des prérogatives de l’activité mentale L » C’est dans ce cas que les souvenirs sont le plus complètement absents, qu’ils sont vagues et difficiles à retrouver même dans les états subconscients. L’oubli et la localisation de l’amnésie dépendent ici de l’état de l’esprit au moment où les souvenirs ont été acquis.
2° L’oubli peut dépendre, non de l’état passé, mais de l’état actuel du sujet, au moment où il cherche à évoquer les souvenirs et à les rattacher à sa personnalité présente. Marguerite n*a d’ordinaire qu’une amnésie légère : elle est capable, par effort d’attention, de retrouver à peu près tous les souvenirs, sauf ceux des crises et des somnambulismes. Mais, à de certains moments, sa mémoire paraît se détruire complètement; elle ne se rappelle plus rien, elle oublie même les faits de la vie courante dont elle a ordinairement le souvenir. A cette diminution de la mémoire, comme au rétrécissementplus grand du champ visuel,onpeutpronostiquer chez elle qu’une attaque estproche.Plus tard elle décrit bien elle-même cet état: «Je sais bien maintenant pour-