Gilles DE LA Toorette, op. ci
2. Binet, Mouvements volontaires .chez tes hystériques, 1889, lli
infirmes et leur faiblesse éclate dans toutes leurs actions. Mais nos hystériques qui marquent o et 10 ne sont pas, comme eux, des infirmes; elles cousent, elles travaillent, portent des paquets sans aucune gôné apparente. Un exemple expliquera ma pensée : Célestine est une robuste fille de la campagne, habituée aux gros ouvrages et qui demande comme une faveur la permission de balayer et de frotter énergiquement les parquets. Elle est brusque, et quand les choses ne sont pas à son goût, elle secoue les lits, les change de place et enlève d’un seul bras de lourds fauteuils de bois. Elle a des colères terribles et, dans les asiles où elle a été, elle a rossé des hommes vigoureux. J’arrête cette jeune fille au milieu de son travail et je lui donne à serrer le dynamomètre. Elle est absolument anesthésique des deux côtés du corps et ne serre le dynamomètre qu’en regardant. L’instrument marque én moyenne j;i’expérience a été faite bien des fois) 9 à droite et 5 à gauche, même quand elle regarde. Eh bien, je dis què ces chiffres sont en contradiction complète avec ce que je lui vois faire à chaque instant. Pour m’en rendre compte, j’ai essayé moi-même, et quoique je marque 50 au même dynamomètre, je suis incapable d’enlever comme elle les fauteuils et les lits. Le même fait peut être constaté d’une manière plus précise par l’expérimentation. Mais il faut avouer qu’il est alors moins frappant. Marguerite est absolument anesthésique du côté droit et si je lui demande de serrer le dynamomètre de lamain droite sans regarder, elle ne fait aucun mouvement et l’instrument reste à 0.’ Mais on sait que je puis provoquer chez elle des mouvements subconscients de son bras droit. Si je lui fais serrer ainsi le dynamomètre subconsciemment de la main droite sans qu’elle le sache, le mouvement est réel et marque 10 ou 12. Ce n’est pas beaucoup et on peut remarquer que les mouvements subconscients provoqués de cette manière restentfaibles, mais c’estbien plus que 0.
Il se passe donc chez l’hystérique une modification spéciale quand on la met en expérience, quand on la prie de faire attention, de serrer un instrument de façon volontaire et personnelle pour montrer sa propre force. Elle ne la retrouve plus, elle ne peut plus en faire usage de cette manière, quoique cette force existe bien réellement et se dépense sans compter dans tous les actes de la vie courante, quand la malade ne cherche pas à s’en rendre compte. C’est tout à fait le caractère que nous avons vti sous le nom d’aboulie.
Cette amyosthénie est donc en rapport avec la faiblesse de l’actioiî volontaire. Une ancienne remarque de M. Féré peut nous expliquer cette dépendance; il a montré que la pression dynamométrique, c’est-à-dire l’effort brusque et momentané est faible chez les nègres, chez les ouvriers employés à des professions uniquement manuelles et qu’il ne devenait puissant que chez les hommes adonnés à des professions libérales ; en un mot, il a démontré que la plus grande énergie de l'effort momentané coïncidait avec la plus grande activité des fonctions intellectuelles*. Cette proposition paraît inexacte si on l’applique à la force d’un mouvement quelconque, elle est cependant juste si on en restreint l’application à la puissance de l’effort conscient et volontaire. S’il en est ainsi, personne ne sera étonné de voir la puissance musculaire si faible chez les hystériques, si faible surtout de leur côté insensible. Leur puissance d’attention est minime et elles ne savent pas concentrer toutes leurs énergies sur un acte momentané. Leur force variera automatiquement suivant que les passions ou les habitudes réuniront sur une même action une plus ou moins grande quantité de phénomènes psychologiques ; mais il ne dépendra pas A’elles d’employer, à un certain moment, cette force d’une manière consciente et volontaire.