VUE GÉNÉRALE DU TÂNZ1MAT
Origine et principe de la réfonne. — Le tanzimât. — Définition. — * Sources d*où il découle : le khatt-i-chérifde Gul-Khanèh ; le . khatt-i-humaïoun de 1856; Tiradèh de 1875.
On rapporte généralement au khatt-i-chérifde Gul- Khanèh (1) (1839) le commencement de la réforme en Turquie. La date n'est point rigoureusement exacte. En effet, le véritable promoteur de la réforme, ce n'est point Âbdul-Medjid, c'est Mahmoud. L'acte de Gul-Khanèh ne fit qu'inaugurer un plan de gouvernement arrêté depuis longtemps dans la pensée de celui-ci, et dont la destruction des dérèhrbeys (2) et le massacre des janissaires avaient été les préludes sanglants. Après avoir, suivant l'expression de son biographe, € coupé ce buisson d'épines qui déchirait son manteau royal et gênait sa marche triomphale », Mahmoud s'occupa de rassembler les matériaux du nouvel édifice qu'il voulait élever sur le sol déblayé et
0) Appendice, I.
(2) « Princes ou seigneurs des vallées ». Voy. Lettres sur la Turquie, l, 5.
nivelé par lui. Des guerres malheureuses, la mort qui le surprit à peine au seuil de la vieillesse, rempêchèrent d'accomplir son œuvre; mais ses fidèles compagnons, ceux qu'il avait associés, de son vivant, à ses projets, et qui devaient en être les exécuteurs après lui, le vieux Khosrew, Ahmed-Fethi, Riza, Réchid, lui avaient survécu. Ils se groupèrent autour de son fils. Abdul-Medjid commençait à peine sa dix-huitième année ; ils lui tracèrent la voie, et le premier acte du nouveau règne fut la fameuse Déclaration du 3 novembre, qui proclamait le principe et posait les premières bases de la réforme (1)-
Le préambule de cet acte en montre le iDTiractè«e à la fois politique et religieux : « Tout le monde sait que dans les premiers temps de la monarchie ottomane, les préceptes glorieux du Coran et les lois de l'Empire étaient une règle toujours honorée. En conséquence, l'Empire croissait en force et en grandeur, et tous les sujets sabs exception avaient acquis au plus haut degré Taisance et la prospérité. Depuis cent cinquante ^nû, une succession d'accidents et de causes diverses ont fait qu*on a cessé de se conformer au Code sacré des lois et aux règlements qui en découlent, et la force et la jprospérité antérieures se sont changées en faiblesse et en appauvrissement; c'est qu'en effet un empire perd toute stabilité quand il cesse d'observer ses lois. Ces considérations sont sans cesse préseUtes à notre esprit^ et, depuis le jour de notre avènement au trône.
(i) Voyez sur cet acte et sur les circonstances qui le précédèrent et l'accompagnèrent, Lettres sur la Turquie, I, 29, eiTurquie actuelle, Introduction.
VUE gënërale du tanzimat. d
la pensée du bien public, de Tamélioration de Tétat des provinces et du soulagement des peuples, n'a cessé de l'occuper uniquement. Or^ si l'on considère la position géographique des provinces ottomanes, la fertilité du sol, l'aptitude et l'intelligence des habitants, on demeurera convaincu qu'en s' appliquant à trouver les moyens efficaces, le résultat^ qu'avec l'aide de Dieu nous espérons atteindre, peut être obtenu dans l'espace de quelques années. Ainsi donc, plein de confiance dans le secours du Très-Haut, appuyé sur l'inteh^ession de son Prophète^ nous jugeons convenable de chercher, par des institutions nouvelles, à procurer aux provinces de notre Empire les bienfaits d'une bonne administration. »
Ces institutions, comme il est dit dans le texte même du khatt-i-chérif, devaient porter sur trois points principaux, à savoir : 1^ les garanties propres à assurer à tous les sujets de l'Empire, musulmans ou raïas, une parfaite sécurité, quant à leur vie, leur honneur et leur fortune ; 2® un mode régulier d'asseoir et de prélever les impôts ; 39 un mode également régulier pour la levée des soldats et la durée de leur service. Le sultan non-seulement s'engageait par serment à observer scrupuleusement les prescriptions de son khatti-chélîf, dont l'original fut déposé dans la salle qui renferme le manteau du Prophète, mais même il sanctionnait à Pavance toutes les mesures qui seraient décrétées plus tard pour en assurer l'exécution.
En effet, l'acte de Gul-Khanèh n'avait fait que formuler des principes généraux; il restait à tirer les conséquences de ces principes, c'est-à-dire à promulguer les lois et les règlements qui devaient ouvrir à la
Turquie une voie nouvelle et la régénérer en la réformant.
C'est cette réforme, poursuivie avec plus ou moins de succès, à travers des difficultés sans cesse renaissantes, pendant le règne d'Abdul-Medjid et de son frère Abdul-Aziz, qui reçut à l'origine et qui porte encore aujourd'hui le nom de tanzimât (1). Etendu successivement à toutes les branches des services publics, administration, finances» tribunaux, armée, instruction publique, et de la capitale, où il fut appliqué d'abord à titre d'essai, aux diverses provinces de TEmpire, le tanzimât a parcouru plusieurs phases qui marquent comme les étapes de la réforme en Turquie.
La première est celle qui va du khatt-i-chérif de Gul-Khanèh au khalt-i-humaïoun de 1856. C'est celle que nous avons pris à tâche de décrire dans nos Lettres sur la Turquie^ dont la dernière édition parut en 1853- 54. Â cette période appartiennent la réorganisation de l'armée sous le séraskérat de Riza pacha, la nouvelle division de l'Empire en eïâlets organisés sur un modèle uniforme, la création du Conseil d'Etat, l'institution des medjlis ou conseils provinciaux, les premiers essais de sécularisation de l'instruction publique, le Code pénal de 1840, les ordonnances de 1846 désignées sous le nom de Talimât^i^umoumiyèh , le Code de commerce, la création des tribunaux mixtes de commerce et de police, elc.
 la suite de la guerre de Crimée, six semaines
(1) Pluriel arabe de tanzim, « ordre, organisation ». On ajoute quelquefois Tépithète de khairiyèh « heureuse » : tanzimdt-i'khairiyèk, les < heureuses organisations ».